‹ Extraits de ses œuvresChapitre 3 sur 60 · NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XXIX · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XXIX

maintenant les amertumes de ma vie' ! » Ces beaux jours, dont elle chérissait le souvenir, n'avaient eu guère de lendemain.

Necker rappelé, dans un tel ébranlement, aux affaires n'y apporte qu'un dévouement stérile. La lutte des partis s'ag-grave. La Révolution, que d'aveugles résistances veulent refouler, se précipite. Après un an de pouvoir, le ministre, débordé et impuissant au milieu d'orages qu'un Mirabeau lui-même ne réussit pas à dominer, donne sa démission et va s'ensevelir dans sa terre de Coppet (septembre 1790). M™° de Staël reste à Paris en pleine tourmente, sous le toit d'ambassade qui la protège, ■curieuse d'un si grand spectacle, bien que navrée des jours de violence, et souvent en crainte pour la liberté ou la vie d'un ami. Plus d'un, caché dans son hôtel, aidé par elle à fuir, lui doit son salut. Elle est encore à Paris au 20 juin 1792, au 10 août; elle ■n'en part, non sans péril, que le 2 septembre. Elle part seule, M. de Staël étant absent. A peine montée en voiture, des femmes du peuple l'entourent, des hommes armés de piques accourent, lui font rebrousser chemin. On la conduit à la section du faubourg Saint-Germain, son quartier; celle-ci l'envoie à l'Hôtel de ville, comme suspecte de « porter aux émigrés l'or de la nation. » Elle met trois mortelles heures à se rendre à la place de Grève, arrêtée à chaque pas, et menacée par une foule. que les nouvelles de la frontière rendent furieuse (c'est le premier jour des massacres de septembre). Amenée devant la Commune, elle se trouve en présence de Billaud-Varennes et de Collot d'Herbois, ne faiblit pas devant ces sinistres personnages, invoque son droit de partir comme femme du ministre de Suède... Le procureur de la Commune, Manuel, dont elle a un jour flatté la vanité d'auteur pour se faire accorder la grâce d'un proscrit, arrive à temps, répond pour elle, et la ramène à l'ambassade sous sa sauvegarde. Ainsi délivrée, elle va rejoindre son père à Coppet.

1. Du caractère de M. de Necker et de sa vieprive'e, écrit en 1804.

Quelle que fût la tranquillité de cet asile, elle y apportait une âme trop meurtrie d'impressions douloureuses et d'inquiétudes, pour revenir aussitôt et se reprendre à ses goûts et à ses travaux d'un temps plus heureux. Du séjour de trois ans qu'elle fit alors sur les bords du Léman (1792-1795), il n'est sorti qu'un seul écrit, de peu d'étendue, un plaidoyer pour une accusée. Cette accusée était la reine de France, qui attendait, dans la prison du Temple, le moment de paraître devant le tribunal révolutionnaire. j\P® de Staël eut-elle donc le sérieux espoir d'attendrir les juges de Marie-Antoinette? Quoi qu'il en soit, rien n'est plus touchant que cet écrit * où, sans s'attacher à discuter les fautes ou les torts politiques de la souveraine, elle s'efforçait surtout d'émouvoir la pitié sur la femme infortunée, sur l'épouse en deuil, et la mère...

Enfin, après les nouveaux événements qui coupaient court au règne de la Terreur et mettaient fin à la Révolution violente, elle put aller revivre à Paris. En même temps qu'elle ressaisissait son éclatante royauté de salon, elle entrait décidément dans la carrière des lettres, avec toutes les forces d'un génie excité et mûri par tout ce qu'elle venait de voir et de sentir.

Une grande partie de son œuvre, et non la moindre, a vu le jour sous le Directoire et dans les premières années du Consulat (1795-1802).

Ce furent d'abord ses Réflexions sur la paix, où elle s'associait vivement aux espérances de ces premiers jours de liberté moins orageuse et de vie sociale renaissante.

En 1 79G parut le livre De V influence des passions sur le bonhcuj\ où l'art difficile de modérer les passions proprement dites, ces redoutables puissances, généralement « destructrices du bonheur, » ou plutôt celui de s'en préserver en se bornant aux plus saines affections naturelles, aux sentiments qui vivifient l'existence

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