Dans sa tragédie du Siège de Calais
bûclier; un messager est envoyé pour leur apporter leur grâce, que le roi se détermine à leur accorder;
Mais il n'était plus temps, les chants avaient cessé.
C'est ainsi que le poète nous apprend que ces généreux martyrs ont enfin péri dans les Ilammes. Dans quelle tragédie païenne pourrait-on trouver l'expression d'un tel sentiment? et pourquoi les Français seraient-ils privés au théâtre de tout ce qui est vraiment en harmonie avec eux, leurs ancêtres et leur croyance?
Les Français considèrent l'unité de temps et de lieu comme une condition indispensable de l'illusion théâtrale * ; les étrangers font consister cette illusion dans la peinture des caractères, dans la vérité du langage, et dans l'exacte observation des mœurs du siècle et du pays qu'on veut peindre^. 11 faut s'entendre sur le mot d'illusion dans les arts. Puisque nous consentons à croire que des acteurs, séparés de nous par quelques planches, sont des héros grecs morts il y a trois mille ans, il est bien certain que ce qu'on appelle l'illusion, ce n'est pas s'imaginer que ce qu'on voit existe véritablement; une tragédie ne peut nous paraître vraie que par l'émotion qu'elle nous cause. Or, si, par la nature des circonstances représentées, le changement de lieu et la prolongation supposée du temps ajoutent à cette émotion, l'illusion en devient plus vive.
On se plaint de ce que les plus belles tragédies de Voltaire, Zaïre et Tancrède, sont fondées sur des malentendus; mais comment ne pas avoir recours aux moyens de l'intrigue, quand les développements sont censés avoir lieu dans un espace aussi court? l'art dramatique tient alors du tour de force; et, pour faire passer les plus grands événements à travers tant de gônes.
1. C'eût été assez de dire : comme une des conditions indispensables...
2. C'est à tout cela que vise, avec plus ou moins de bonheur, le théâtre allemand; mais Shakspeaie, soit ignorance naïve, soit insouciauce de CO genre d'exactitude, est plein d'inûdélités à la couleur locale.
il faut une dextérité semblable à celle des charlatans, qui escamotent aux regards des spectateurs les objets qu'ils leur présentent.
De V Allemagne.
De la poésie primitiTe en Grèce.
On a beaucoup dit que les beaux-arts, que la poésie prospéraient surtout dans les siècles corrompus; cela signifie seulement que la plupart des peuples libres ne se sont occupés que de conserver leur morale et leur liberté, tandis que les rois et les chefs despotiques ont encouragé volontiers les distractions et les amusements. Mais l'origine de la poésie, mais le poème le plus remarquable par l'imagination, celui d'Homère, est d'un temps renommé pour la simplicité des mœurs; ce n'est ni la vertu ni la dépravation qui servent ou nuisent à la poésie ; mais elle doit beaucoup à la nouveauté de la nature, à l'enfance de la civilisation. La jeunesse du poète ne peut suppléer en tout à celle du genre humain; il faut que ceux qui écoutent les chants poétiques soient avides de la nature entière, étonnés par ses merveilles, et flexibles à ses impressions. Les difficultés que présenterait une disposition plus philosophique dans les auditeurs, ne feraient pas que l'art des vers atteignît à de nouvelles beautés; c'est au milieu des hommes qui s'émeuvent aisément, que l'inspiration sert mieux le véritable poète.
L'origine des sociétés, la formation des langues, ces premiers pas de l'esprit humain nous sont entièrement inconnus, eA rien n'est plus fatigant, en général, que cette métaphysique qui suppose des faits à l'appui de ses systèmes, et ne peut jamais avoir pour base aucune observation positive. Mais ce qu'on ne peut méconnaître, c'est que la nature acquiert promptement ce qu'il faut à son développement, comme la nature physique découvre d'abord ce qui est nécessaire à sa conservation.
La force créatrice a été prodigue da nécessaire Ce dont
l'homme avait un impérieux besoin, il l'a promptement connu : mais les progrès qui ont suivi les découvertes indispensables sont à proportion infiniment plus lents que les premiers pas. Il semble qu'une main divine conduise l'homme dans les recherches nécessaires à son existence, et le livre à lui-même dans les études d'une utilité moins immédiate. Par exemple, la théorie d'une langue, celle du grec, suppose une foule de combinaisons abstraites fort au-dessus des connaissances métaphysiques que possédaient les écrivains qui parlaient, cependant, cette langue avec tant de charme et de pureté; mais le langage est l'instrument nécessaire pour acquérir tous les autres développements; et, par une sorte de prodige, cet instrument existe, sans qu'à la même époque, aucun homme puisse atteindre, dans quelque sujet que ce soit, à la puissance d'abstraction qu'exige la composition d'une grammaire. Les premiers auteurs grecs ne peuvent être considérés comme des penseurs aussi profonds que le ferait supposer la métaphysique de leur langue; ce qu'ils sont, c'est poètes, et tout les favorisait à cet égard.
Les faits, les caractères, les superstitions, les coutumes des temps héroïques étaient singulièrement propres aux images poétiques. Homère, quelque grand qu'il soit, n'est point un homme au-dessus de tous les autres hommes, ni seul au milieu de son siècle, et de plusieurs siècles supérieurs au sien. Le plus rare génie est toujours en rapport avec les lumières de ses contemporains, et l'on aoit calculer, à peu près, de combien la pensée d'un homme peut dépasser les connaissances de son temps. Homère a recueilli les traditions qui existaient lorsqu'il a vécu, et l'histoire de tous les événements principaux était alors très poétique en elle-même. Moins il y avait de communications faciles entre les divers pays, plus le récit des faits se grossissait par l'imagination. Les brigands et les animaux féroces qui infestaient la terre, rendaient les exploits des guer-
LITTÉRATURE. il9
riers nécessaires à la sécurité individuelle de leurs concitoyens; les événements publics ayant une influence directe sur la destinée de chacun, la reconnaissance et la crainte animaient l'enthousiasme. On confondait ensemble les héros et les dieux, parce qu'on en attendait les mêmes secours; et les hauts faits de la guerre s'offraient avec des traits gigantesques à l'esprit épouvanté. Le merveilleux se mêlait ainsi à la nature morale comme à la nature physique. La philosophie, c'est-à-dire la connaissance des causes et de leurs effets, porte l'admiration des penseurs sur l'ensemble du grand ouvrage de la création ; et chaque fait particulier reçoit une explication simple. L'homme, en acquérant la faculté de prévoir, perd beaucoup de celle de s'étonner, et l'enthousiasme, comme l'effroi, se compose souvent de la surprise ^ .
On accordait, dans l'héroïsme antique, une grande estime à la force du corps; la valeur se composait beaucoup moins de vertu morale que de puissance physique; la délicatesse du point d'honneur, le respect pour la faiblesse, sont les idées plus nobles des siècles suivants. Les héros grecs s'accusent publiquement de lâcheté, le fils d'Achille immole une jeune fille aux yeux de tous les Grecs qui applaudissent à ce forfait. Les poètes savaient peindre de la manière la plus frappante les objets extérieurs ; mais ils ne dessinaient jamais des caractères où la beauté morale fût conservée sans tache jusqu'à la fin du poème ou de la tragédie^, parce que ces caractères n'ont point leur modèle dans la nature.
Homère et les poètes grecs ont été remarquables par la splen-
1. Ce cliapilrc, plein de vues généralement fort justes sur les sources et les caractères de la poésie homérique, est d'autant plus remarquable que personne encore, en France, n'en avait présenté de telles sur ce sujet. Il est vrai que. pour le traiter, M"" de Staël avait acquis, par son commerce intellectuel avec l'Allemagne, et dans ses curieux entretiens avec un savant ami, G. Schlegel, des lumières qui, avant elle, faisaient absolument défaut à la critique française.
2. Ceci cesse dètre vrai à partir de Sophocle. V. son Antigone. Et même ce n'est pas absolument vrai d'Homère. V. Audromaque et Pénélope,
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deur et par la variété des images, mais non par les réflexions approfondies de l'esprit. Le poète a vu, il vous fait voir; il a été frappé, il vous transmet son impression, et tous ses auditeurs, à quelques égards, sont poètes comme lui ; ils croient, ils admirent, ils ignorent, ils s'étonnent, et la curiosité de l'enfance s'unit en eux aux passions des hommes. Lisez Homère, il décrit tout, il vous dit que l'île est entourée d'eau; que la farine fait la force de V homme: que le soleil est à midi au-dessus de vos tcfcs. Il décrit tout, parce que tout intéressait encore ses contemporains. 11 se répète quelquefois, mais il n'est pas monotone, parce qu'il est sans cesse animé par des sensations nouvelles. Il n'est pas fatigant, parce qu'il ne vous présente jamais d'idées abstraites, et que vous voyagez avec lui à travers une suite d'images plus ou moins agréables, mais qui parlent toujours aux yeux. La métaphysique, l'art de généraliser les idées, a de beaucoup hùté la marche de l'esprit humain; mais, en abrégeant la route, elle a pu quelquefois la dépouiller de ses brillants aspects. Tous les objets se présentent un à un aux regards d'Homère; il ne choisit pas toujours avec sévérité, mais il peint toujours avec intérêt.
On remarque, avec raison, que le goût de la première littérature était d'une grande pureté ; mais comment le bon goût n'cxisterait-il pas, dans l'abondance et dans la nouveauté de tous les objets agréables? C'est la satiété qui fait recourir à la bizarrerie; c'est le besoin de variété qui rend souvent l'esprit recherché; mais les Grecs, au milieu de tant d'images et de sensations vives, s'abandonnaient à peindre celles qui leur causaient le plus de plaisir. Ils devaient leur bon goût aux jouissances mêmes de la nature; nos théories ne sont que l'analyse de leurs impressions*.
1. l/auleur montre dans tout ceci une vive intelligence de ce que Fénelon appelait si bien l'aimablp simplicité du monde naissant; il décrit cet état avec une rare pcnélralion de sens historique.
Le paganisme des Grecs était l'une des principales causes de la perfection de leur goût dans les arts; ces dieux, toujours près des hommes, et néanmoins toujours au-dessus d'eux, consacraient l'élégance et la beauté des formes dans tous les genres de tableaux. Cette même religion était aussi d'un i)uissant secours pour les divers chefs-d'œuvre de la littérature. Les prêtres et les législateurs avaient tourné la crédulité des hommes vers des idées purement poétiques; les mystères, les oracles, l'enfer, tout, dans la mythologie des Grecs, semblait la création d'une imagination libre dans son choix. On eût dit que les peintres et les poètes avaient disposé de la croyance populaire pour placer dans les cieux les ressorts et les secrets de leur art. Les usages communs de la vie étaient ennoblis par des pratiques religieuses. Notre luxe commode, nos machines combinées par les sciences, nos relations sociales simplifiées par le commerce, ne peuvent se peindre en vers d'un genre élevé. Rien n'est moins poétique que la plupart des coutumes modernes; et, chez les Grecs, ces coutumes ajoutaient toutes à l'effet des événements et à la dignité des hommes. On faisait précéder les repas de libations aux dieux propices; sur le seuil de la porte, on se prosternait devant Jupiter hospitalier; la vie agricole, la chasse, les occupations champêtres des plus fameux héros de l'antiquité servaient encore à la poésie, en rapprochant les images naturelles des faits politiques les plus importants.
L'esclavage, cet abominable fléau de l'espèce humaine, en augmentant la force des distinctions sociales, faisait remarquer davantage encore la hauteur des grands caractères. Aucun peuple, donc, n'a réuni pour la poésie autant d'avantages que les Grecs.
De la Littérature.
De la poésie italienne.
Pétrarque, le premier poète qu'ait eu l'Italie* , et Tun de ceux qu'on y admire le plus, a commencé ce malheureux genre d'antithèses et de concetti dont la littérature italienne n'a pu se corriger entièrement*. Toutes les poésies de l'école de Pétrarque, et il faut mettre de ce nombre VAminta du Tasse et le Pastor fido de Guarini, ont puisé leurs défauts dans la subtilité des Grecs du moyen âge. L'esprit que ces derniers avaient porté dans la théologie, les Italiens l'introduisirent dans l'amour". Il y a quelque rapport entre l'amour et la dévotion; mais il n'en existe point assurément entre la langue théologique et celle des sentiments du cœur ; et néanmoins c'était souvent avec le même genre d'esprit qu'on disputait à Constantinople sur la nature de la Trinité, et qu'on analysait, en Italie, les préférences et les rigueurs de sa maîtresse.
L'Europe, et en particulier la France, ont failli perdre tous les avantages du génie naturel par l'imitation des écrivains de l'Italie. Les beautés qui immortalisent les poètes italiens appartiennent à la langue, au climat, à l'imagination, à des circon-
1. A quoi songe rautenr, et que fail-il de Dante? pure inadvertance, sans doute.
2. M"* de Staël, qui ne marchandait pas l'adoiiration aux grands poètes, semble en avoir élc un peu avare pour celui-ci dan? les pages du livre De la Littéral irf qu'elle consacre à l'Italie. Bien que très délicate et raffinée, la poésie des sonnets à la gloire de Laure garde sincérité de sentiment, vérité de passion, élévation dame dans une mélodie de paroles enclianteresse. D'ailleurs, l'œuvre de Pétrarque n'est pas là tout entière. Le poète de la tendresse a été aussi le chantre des grandeurs et des malheurs de l'Italie, dans ses mâles canzone. M"* de Staël le savait bien, elle qui a fait dire à sa Corinne, dans le chant que la jeune muse couronnée improvise au Capitole : « En un siècle plus Cer et plus libre que celui du Tasse, Pétrarque fut aussi, comme le Dante, le poète valeureux de l'indépendance italienne. Ailleurs, on ne connaît de lui que ses amours; ici (à Rome;, des souvenirs plus sévères honorent à jamais son nom, et la patrie l'inspira mieux que Laure elle-même. »
3. On peut discerner, en etfet, dans cette langue d'amour quintessenciée quelque trace ou quelque reflet de subtilité théologiquo; mais la Grèce, avant la chute de Constantinople. n'y était pour rien; l'Occident avait eu de bonne heure sa manie propre de théologie, et dc devait rien, sous ce rapport, à Byzance.
stances do tout genre qui ne peuvent se transporter ailleurs, tandis que leurs défauts sont très contagieux. Si quelques passions profondes ne s'étaient pas conservées dans le Nord, sous cette atmosphère nébuleuse où la force de Ta me entrelient seule la vie, les femmes n'auraient apporté dans l'existence des hommes qu'une galanterie flatteuse et recherchée, qui aurait Uni par étouffer pour toujours la simplicité des sentiments naturels.
L'affectation est, de tous les défauts des caractères et des écrits, celui qui tarit de la manière la plus irréparable la source de tout bien, car elle blase sur la vérité même dont elle imite l'accent.
Dans quelque genre que ce soit, tous les mots qui ont servi à des idées fausses, à de froides exagérations, sont pendant longtemps frappés d'aridité; et telle langue même peut perdre entièrement la puissance d'émouvoir sur tel sujet, si elle a été trop souvent prodiguée à ce sujet même. Ainsi peut-être l'italien est-il de toutes les langues de l'Europe la moins propre à l'éloquence passionnée de l'amour, comme la nôtre est maintenant usée pour l'éloquence de la liberté ^.
Dans le temps même où Pétrarque mettait dans ses poésies une exagération trop romanesque, Boccace se jeta dans un genre tout à fait contraire. Il composa les contes les plus indécents; et la plupart des comédies italiennes sont infiniment plus libres qu'aucune pièce française. C'est encore une des funestes conséquences de la recherche maniérée des sentiments, que d'inspirer le goût de l'extrême opposé, pour réveiller de la langueur et de l'ennui que ce ton sentimental fait éprouver. L'affectation de
1. L'auleur, qui écrivait ceci au temps du Directoire, veut dire sans doute que la langue française, dans son application aux débals de la politique, sétait, à la longue, affaiblie et comme énervée par les redites déclamatoires et les violences monotones de la tribune révolutionnaire; que la langue de la liberté, gâtée par l'abus qu'on en avait fait, n'offrait plus qu'un vocabulaire usé, flétri, aux plus nobles sentiments du citoyen et du patriote.
Tamour porte les esprits au ton licencieux, comme Thypocrisie de la religion à l'athéisme.
Pétrarque cependant, et quelques poètes célèbres qui ont écrit dans le même genre, méritent d'être lus, par le charme de leur langue harmonieuse : elle rappelle quelques-uns des effets de la musique céleste dont elle est si souvent accompagnée. Ce n'est pas, néanmoins, que des mots aussi sonores soient un avantage pour tous les genres de style, ni même pour tous les genres de poésie. Le bruit retentissant de Titalien ne dispose ni l'écrivain, ni le lecteur à penser ; la sensibilité même est distraite de l'émotion par des consonances trop éclatantes. L'italien n'a pas assez de concision pour les idées; il n'a rien d'assez sombre pour la mélancolie des sentiments. C'est une langue d'une mélodie si extraordinaire, qu'elle peut vous ébranler, comme des accords, sans que vous donniez votre attention au sens même des paroles. Elle agit sur vous comme un instrument musical.
Quand on lit dans le Tasse ces vers :
Chlama gli abitator dell' ombre eterne 11 rauco suon dcUa tartarea troinba :
Treman le ?paziose atre caverne, E l'aer cieco a quel romor rimbomba » ;
il n'est personne qui ne soit transporté d'admiration. Cependant, en examinant le sens de ces paroles, on n'y trouve rien de sublime : c'est comme grand musicien que le Tasse vous fait trembler dans cette strophe; et les beaux airs de Jomelli* produiraient sur vous un effet à peu près semblable. Voilà l'avantage de la langue; en voici l'inconvénient.
La mort de Clorindc, tuée par Tancrèdo, est peut-être la
1. « Le son rauque de la IrompeUe du Tarlare appelle les habitants de? ombres élcrnelles; les vastes et noires cavernes en frémissent, et l'air obscur répète au loin ce bruit terrible. »
2. Nicolas JomcUi, célèbre compositeur d'opcras italiens cl d'oratorios, sur- DOinmé le Gluck de l'Italie.
situation la plus touchante que nous connaissions en poésie; et le charme inexprimable de cet épisode, dans le Tasse, ajoute encore à son effet. Cependant, le dernier vers qui termine le
récit :
Passa la bclla donna et par che donnai,
est trop harmonicu:ç, trop doux, glisse trop mollement sur l'âme, pour être d'accord avec l'impression profonde que doit produire un tel événement.
La foule d'improvisateurs assez distingués qui font des vers aussi promptement que l'on parle, est citée comme une preuve des avantages de l'italien pour la poésie. Je crois, au contraire, que cette extrême facilité de la langue est un de ses défauts, et l'un des obstacles qu'elle offre aux bons poètes pour élever très haut la perfection de leur style. Les gradations de la pensée, les nuances du sentiment, ont besoin d'être approfondies par la méditation; et ces paroles agréables, qui s'offrent en foule aux poètes italiens pour faire des vers, sont comme une cour de flatteurs qui dispensent de chercher et souvent empêchent de découvrir un véritable ami ^.
L'esprit national influe sur la nature de la langue d'un pays; mais cette langue réagit à son tour sur l'esprit national. L'italien cause souvent une sorte de lassitude de la pensée; il faut plus d'efforts pour la saisir à travers ces sons voluptueux que dans les idiomes distincts, qui ne détournent point l'esprit d'une attention abstraite. En Italie, tout semble se réunir pour livrer la vie de l'homme aux sensations agréables que peuvent donner les beaux-arts et le soleil.
De la Littérature.