‹ Extraits de ses œuvresChapitre 38 sur 60 · ISOi · texte numérisé non relu

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récits; SOUVl'NIRS DB VOYAGKS. 211

de nobles àmcs avaient bien pensé de celle qu'un tel bomme avait honorée de ce nom. Je ne sais si la Providence voulait que que ce fût au milieu du bonheur que m'atteignît la foudre; mais mon âmo froissée par d'amères ingratitudes' s'était relevée en recevant un accueil généreux. Je formais des plans d'ouvrages pour faire connaître l'Allemagne littéraire à la France; j'avais rassemblé une foule de notes pour causer avec mon prre. pour lui demander son avis sur des objets de tout genre; je m'étais amusée à calculer minutieusement sur Talmanach le jour précis de mon départ ; et mon père, en se moquant de mes manies pour les dates, m'avait écrit que le même jour, à la même heure, il quitterait Genève pour revenir m'attendre à Coppet. Enfin, et c'est là, ce me semble, ce qui doit faire peur, mon père, d-ans la dernière de ses lettres qui a précédé sa maladie, m'écrivait : « Mon enfant^ jouis sans inquiétude dit » ]}/a?'sir que tu ù'ouves dcuis la société de Berlin; ca)\ depuis » longtemps, je ne me suis senti dans un aussi bon état de santé. » Ces paroles m'avaient pénétrée d'une sécurité tout à fait étrangère à mon caractère habituel. Jamais je n'avais porté si légèrement la vie; jamais je ne m'étais plus complètement distraite de toutes les pensées qui préparent à la douleur. Le matin du 18 avril, un homme de mes amis posa sur ma table, à Berlin, deux lettres qui m'annonçaient la maladie de mon père. Le courrier qui les apportait, la terrible nouvelle dont il était chargé, tout me fut caché. Je partis à l'instant même; mais jusqu'à Wcimar l'idée qu'on m'avait trompée, l'idée qu'ii n'existait plus, n'approcha pas de mon âme.

On ne sait pas ce qu'il y a d'inconcevable dans la mort de l'ami le plus intime, de celui avec lequel on a passé toute sa vie, de celui qui est tellement la moitié de vous-même, qu'il vous semble impossible que rien dans votre propre existence ne vous ait averti de sa fin. On ne sent vivement la diflV'reni^e

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