‹ Extraits de ses œuvresChapitre 45 sur 60 · Un des journaux du temps · texte numérisé non relu

Un des journaux du temps

4. 11 s'agit dune brochure que Camille Jordati venait de publier, et qui faisait beaucoup de bruit; elle était intitulée Vrai sens du vote national sur le consulat à vie. Sans s'inscrire en faux contre le vœu du pays, l'auteur élevait courageusement la voix pour réclamer plus de garanties et de libertés que n'en laissait à la France la constitution ainsi modiûée.

CORnESPONDANCE. 339

pauvre M. de St.*. Je voulais vous Tcnvoyer; mais vous me paraissez si engoué des cheveux blonds de i\P° de Krùdner, que j'ai été timide sur mes cheveux noirs, et ils restent là jusqu'à ce que nous nous revoyions. Mathieu vous dira qu'on m'a donné des inquiétudes sur mon repos cet hiver. Je suis décidée à n'y pas croire; d'ailleurs, cela fût-il vrai, vous 'me trouveriez quelque habitation près de Paris, et vous viendrez m'y voir. C'est de mes amis et non de Paris que j'ai besoin. Oh! quel tissu ourdi pour enchaîner tout ce qui pense, que ce S. G. ^ ! Mais je ne veux pas commencer à parler ; ce sera pour l'heureux jour oi^i je vous reverrai, Camille; c'est avec le respect qu'on doit à la plus noble des actions, que je vous reverrai. Mon amitié me fera reprendre le ton familier; mais il me restera au fond du cœur de l'admiration pour votre caractère et votre talent. Ne le perdez pas, ce talent ; c'est, après mon père, la dernière voix de la vertu sur la terre. Qu'avezvous pensé de l'ouvrage de mon père^? Et n'avez-vous pas trouvé que c'étaient vos sentiments appliqués aux institutions? Je ne sais rien qui s'accorde mieux que votre jeunesse et sa vieillesse. Mandez-moi ce que vous en pensez, et ce qu'on en dit.

Adieu, je vous aime à présent bien plus que vous ne m'aimez.

Au même.

Coppct, 23 octobre 1802.

Je savais bien, mon cher Camille, que la raison n'était pas pour mon projet; mais j'avais eu un élan vers quelque chose

1. Le baron de SLaël était mort le 2 mai de cette année 1802.

2. Sénalus-consulte. Il s'agit du sénatus-consulte du 2 août 1802, qui investissait Bonaparte, consul à vie, de ses nouveaux pouvoirs.

3. Elle veut parler de l'ouvrage de M. Necker, Dernières vues de politique et de .finances, publié en 1802.

de mieux qu'elle, quand cette idée me vint ^ X'en parlons plus. Je ne l'aurais pas eue, cette idée, avant ce que j'ai lu- : mais j'ai eu Torg-ueil de trouver là tant de réponse à mes sentiments les plus intimes, qu'il me semblait que tout pouvait être d'accord. Ma vengeance se borne maintenant à désirer qu'en lisant Delphine^ vous regrettiez le projet évanoui. J'ai vu assez souvent INP*^ de Kriidner^. Je la trouve toujours distinguée; mais elle raconte une si grande quantité d'histoires de gens qui se sont tués pour elle, que sa conversation a l'air d'une gageure, et que, sans être précisément affectée, on ne se confie pas à son naturel. 11 m'est revenu que vous aviez un peu de goût pour sa lille, et je vous avouerai que, si cela est, je ne conçois pas comment tout ce qui a quinze ans ne vous a pas enchaîné. Je l'ai bien observée depuis qu'on a dit cela, et je n'ai jamais pu y voir qu'un très joli visage de Greuze, parlant sans accent de l'ùme, mais avec douceur. Elle m'a dit des vers d'une énergie remarquable, comme un bouquet à Iris : c'est gracieux à regarder; mais il me semble que, pour aimer, il faut peutêtre ce visage, mais sûrement un autre esprit. — Je range donc cette passion de vous avec celle de M'^*^ Hulot. Si je me trompe, dites-le-moi; je l'étudierai mieux, car je l'aime d'avance, si elle est digne d'être aimée de vous

1. M"" de Slai;l aurait fait, dès cette époque, le voyage d'Italie (qu'elle mit à exécution deux ans plus tard), elle l'aurait fait avec Guillaume de Schlegel et Camille Jordan, pour compagnons, si celui-ci n'avait opposé diverses et raisonnables difficultés à ce projet. Ce fut partie remise, non sans regret et un peu de dépil, comme on voit, de n'avoir pas entraîné cet ami. si digue de s'intéresser avec elle à tout ce que le voyage en question promettait.

Page 1