Dame de cour de la grande-duchesse
me permet pas d'être près de vous et de vous serrer contre mon cœur!
Vous avez perdu tout ce qui tient à la facilité, à l'agrément de la vie* ; mais s'il était possible d'être plus aimée, plus intéressante que vous ne l'étiez, c'est ce qui vous serait arrivé. Je vais écrire à M. Récamier, que je plains et que je respecte. Mais, dites-moi, serait-ce un rêve que l'espérance de vous revoir ici cet hiver? Si vous vouliez, trois mois passés dans un cercle étroit où vous seriez passionnément soignée... Mais à Paris aussi, vous inspirez ce sentiment. Enfin, au moins à Lyon, et jusqu'à mes quarante lieues^, j'irai pour vous voir, pour vous embrasser, pour vous dire que je me suis senti pour vous plus de tendresse que pour aucune femme que j'aie jamais connue : je ne sais rien vous dire comme consolation, si ce n'est que vous serez aimée et considérée plus que jamais, et que les admirables traits de votre générosité et de voire bienfaisance seront connus malgré vous par ce malheur, comme ils ne l'auraient jamais été sans lui.
Certainement, en comparant votre situation à ce qu'elle était, vous avez perdu; mais, s'il m'était possible d'envier ce que j'aime, je donnerais bien tout ce que je suis pour être vous. Beauté sans égale en Europe, réputation sans tache, caractère iîer et généreux, quelle fortune de bonheur encore dans cette triste vie où l'on marche si dépouillé I Chère Juliette, que notre amitié se resserre, que ce ne soit plus simplement des services généreux, qui sont tous venus de vous, mais une correspondance suivie, un besoin réciproque de se confier ses pensées,
1. M"» Récamier venait d'éprouver un douloureux revers de fortune. — « Par suite d'un fatal concours de circonstances politiques, M. Hccamier, grand banquier à Paris, était obligé de suspendre ses paiements, faisait à ses créanciers l'abandon de tout ce qu'il possédait, et leur confiante estime le mettait à la tète de la liquidation de ses allaires. Ce revers fut noblement supporté par sa jeune et courageuse femme, qui fit vendre alors jusqu'à son dernier bijou. <> (M. de GÉRANDO, Souvenirs cpistolahes de iV""> liécamier et de M"" de Staël, Melr, lï^G4.)