‹ Extraits de ses œuvresChapitre 59 sur 60 · Savary, duc de Rovigo, ministre de la police en ISIO · texte numérisé non relu

Savary, duc de Rovigo, ministre de la police en ISIO

2. Les sommes dont l'État était redevable à la ûlle de Necker.

3. M"" de Staël, tout en rendant justice aux Prussiens sur certains points, ne les avait pas ménagés sur d'autres. (V. ch. xvi et xvti du livre De l'Allemagne, V' partie.)

4. Langage de soldat, parole expressive, dans sa vulgarité, mais bien imprudente. Les événements allaient bientôt, hélas! donner à ce mépris outrageux, pour des ennemis à terre, le plus cruel démenti. — Le brave général gardait, dans les hautes fonctions où il succédait à Fouché, son style de caserne. Elle esL célèbre. la lettre où, après avoir expliqué laconiquement à M"** de Staël les raisons de son exil (de son exil de ISIO;, il concluait en disant : // m'a donc paru que l'air de ce pays ne vous convenait point...

méchanceté a fait dire à Lyon que j'avais voulu dédier mon livre à l'empereur? Certes, quand tout tenait à une seule phrase d éloge, il est un peu dur que celle qui a le courage de la refuser passe pour avoir voulu l'écrire. Au reste, c'est peutêtre une seule personne qui a dit cette bêtise recherchée. Adieu ! cher Camille; ah ! faites que je vous voie cet hiver!

A Mme Réeamier.

Coppet, octobre 1811.

Je ne puis vous parler; je me jette à vos pieds; je vous supplie de ne pas me haïr. Au nom de Dieu, mettez du zèle pour vous; afin que je vive, tirez-vous de là; que je vous sente heureuse * .

Que votre admirable générosité ne vous ait pas perdue! Mon Dieu, je n'ai pas ma tète à moi; mais je vous adore. Croyez-le, ■et prouvez-moi que vous le sentez en vous occupant de vousmême, car je n'aurai de repos que si vous êtes hors de cet exil.

Adieu, quand vous reverrai-je? Pas dans ce monde

11 me prend des moments de mélancolie si profonde que je •suis prête à me laisser mourir. On est presque mort quand on -est exilé.

Je suis plongée dans une espèce de désespoir ; ne faut-il pas •que je tente d'y échapper? Je ne crois pas que je relève jamais de ce que j'éprouve; rien ne m'intéresse plus; je ne trouve du plaisir à rien; la vie est pour moi comme un bal où la

1. M™" Réiîamier, en punition d'une visile faite à son amie, venait d'ctrc ellemême frappée d'e.iil (V. notre Notice, p. xlii.). Ce coup, s'ajoutaol à celui qui venait d'atteindre Mathieu de Montmorency, comblait la mesure. Au\ douleurs de la solitude s'ajoutait, pour la prisonnière de Coppet, celle de se voir fatale à •SCS amis. C était trop pour une ùme aussi impressionnable. De là celle explosion de souffrance, de là l'étrange prière (je vous supplie de ne pas me haïr) par laquelle commence celte lettre, et tout ce désespuir, vainement combattu, qui ^'épanche dans le reste.

CORRESPONDANCE. 3fi3

musique a cessé, et tout, excepté ce qui m'est ravi, me paraît sans couleur. Je vous assure que, si vous lisiez dans mon àme, je vous ferais pitié. Je suis bien convaincue que le plus grand service que je puisse rendre à vous, à Mathieu, à ce qui m'entoure, c'est de m'éloigner. Il y a, je vous le dis, une fatalité dans mon sort; je n'ai pas un hasard pour moi; tout ce que je redoute est ce qui m'arrive. Je me sens un obstacle à tout bien pour mes enfants et pour mes amis. Pardon de vous peindre un état si maladif de IVime, quand vous êtes vousmême dans une situation où tout votre courage vous est nécessaire ; mais il faut, avant tout, que vous sachiez ce qui se passe en moi. Je me contiens à Textérieur : une sorte de fierté me conseille de ne pas montrer ce que j'éprouve. Les âmes des autres se sèchent si vite, et, quand on leur demande ce qu'ils ne peuvent plus donner, on a l'air d'un créancier importun. Mais, si je me laissais aller, j'offrirais le plus misérable spectacle.

J'ai recours sans cesse à la prière, mais parfois il me semble que j'ai fatigué la Divinité, et que le Ciel est d'airain pour moi.

Loin de tourner la vivacité de mes impressions au dehors, c'est contre moi (|ue je les dirige : je me dis que je suis donc bien coupable; car Dieu est juste et ne fait porter à chacun- que ce qu'il mérite. Enfin, depuis que je vous ai quittée à Ferney, depuis la nouvelle de votre exil, il n'est pas entré dans mon cœur un sentiment qui me fit respirer. J'ai quelquefois une lassitude de souffrir que je prends pour du soulagement ; cela va deux ou trois jours, et puis la douleur revient plus vive, parce que j'ai repris des forces pour la sentir.

Pises, 8 décembre 181 j.

Puisque vous avez rextrème bonté, Madame, de vous intéresser à ma fille, je prends la liberté de vous demander d'écrire un mot au cardinal Gonsalvi. Je me suis adressée à lui de Gênes, le 22 novembre, en le priant de me répondre à Pise, et je n'ai encore rien reçu de lui"\ ]Ma lettre en renfermait une autre du prince Stenhemberg, ambassadeur à Turin; tout cela pourrait-il être perdu? — Le duc de Broglie m'écrit lettre sur lettre pour arriver ici, et je n'ose pas le lui permettre, que cette dispense ne soit obtenue. Je vais encore vous importuner d'une question : lord Barshersk a-t-il, ou non, une chapelle anglaise à Florence? — Voyez combien j'ai de confiance dans votre parfaite bonté; mais il est aussi doux qu'honorable pour ma lillc d'entrer dans le monde sous votre protection. — J'ai vu hier le grand-duc^, et sa simplicité m'a fort intéressée. Du reste, Pise est the most dull place^ dont l'imagination puisse se faire l'idée, si elle travaillait dans ce genre. Je ue bouge pas néanmoins jusqu'à l'arrivée de mon fils et de la dispense. Mais il y a bien du mérite à être si près de vous, sans tout quitter pour

1. Lonise-Marie-Caroline Slolberg-, née à Mons, en 1763, d'une famille allemande, avait épousé, en 1772, le Prétendant Charles-Edouard, le vaincu de CuUoden, réfugié en Italie sous le nom de comte d'Albany. En 17SS, la veuve du Sluarl s'était unie par un mariage secret au poète Alûeri. Depuis la mort de celui-ci, en 1S03, elle vieillissait à Florence, gardant la petite cour de nobles italiens, d'hommes d'esprit, d'étrangers de distinction voyageant en Italie, qui se renouvelait autour de sa royale personne.

2. M"»" de Staël était venue chercher le ciel d'Italie pour la santé de M. de llocca {V. notre Notice, p. xlix, n. 2); une aggravation de l'état du malade l'avait retenue à Pise: elle attendait qu'il fût mieux pour se rendre à Florcuoe.

3. Il s'agissait d'obîeair, de la cour (!c Rome, la dispense nécessaire pour le mariage qu'elle ctiit impatiente de célébrer. Sa ûUe Albertine épousa l'année suivante le duc Victor de Broglie, le jeune pair de France, de tant d'avenir, qui d( j i s'était noblement signalé par son vole courageux dans le procès du maréchal Ney.

A. Le grand- lue ('e Toscane, Ferdinand III, rétabli dans ses États en 1814. b. Le pluï iasijjidc séjour.

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jouir de voire société si douce et si éclairée. Je suis de votre avis sur Sismondi, c'est un homme de la meilleure foi du monde; nous avons eu des querelles terribles par lettres sur Bonaparte; il a vu la liberté là oij elle était impossible*. Mais il faut convenir aussi que pour la France tout valait mieux que l'état où elle est réduite actuellement^. Enfin, je parlerai de tout cela au coin de votre feu et de votre soleil, Madame, et je me réchauffe, en attendant, en vous baisant les mains de tout mon cœur et de tout mon respect.

A la même.

Pise, 20 décembre 1815.

Combien je vous remercie, Madame, de votre inépuisable bonté! Vous me dites qu'on veut me faire plaisir, et moi je vous dis que votre recommandation est toute-puissante, et c'est à elle que je me fie. J'attends de Paris la requête que le cardinal^ me demande, et j'espère que le duc de Broglie pourra être ici le l*^"" février, parce que j'estime que ce temps est nécessaire pour avoir la dispense. Alors nous irons tous à vos pieds, et je sortirai de mon exil de Pise^. La princesse Rospigliose, qui vous connaît et qui vous admire, est, en femmes, la seule avec qui j'aime à causer. Il y a deux ou trois hommes d'esprit et de sens; du reste, c'est une ignorance dans les nobles dont je no me faisais pas l'idée. Vous dites, avec raison, qu'on est aussi libre que dans une république; certainement, si la liberté est

1. C'osl-à-dire, dans l'empire constitutionnel essayé en 1S15. V, plus haut,

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