‹ Extraits de ses œuvresChapitre 9 sur 60 · NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XUII · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XUII

était faite, elle se ranima pour chercher le moyen de s'y d«'M'obcr. Gomment tromper la surveillance de ses gardiens, et à quel pays demander un asile? De toutes parts, dans TEurope conquise, ou asservie sous prétexte d'alliance, l'Empire avait mis ses préfets, ou trouvait dans les autorités locales des auxiliaires complaisants de sa police. Seule, TAngleterre était un abri sur aux proscrits; mais comment y arriver? Un décret récent menaçait de la prison tout sujet français suspect de s'y rendre. La Russie était libre encore, mais sous la menace d'une invasion. Le plus sage serait peut-être de s'embarquer furtivement pour l'Amérique?... Dans sa solitude désolée de Coppet, elle s'occupait à faire et à défaire des projets de fuite. L'année 1811 s'écoula dans ces irrésolutions. Enfin elle prit son parti au printemps de l'année suivante.

De 1812 à 1817.

Le 25 mai 1812, elle part pour un immense voyage, résolue à se rendre à Londres parvienne, Moscou, Saint-Pétersbourg, Stockholm, étrange chemin, mais le plus sûr; pour dépister les limiers du préfet, elle monte en voiture, avec sa fille et un de SCS fils, sans apparence de bagages, comme pour une excursion de plaisir autour de sa demeure, en costume de promenade, un éventail à la main. Aucun gendarme ne paraît; elle franchit la lisière de sa prison, atteint la frontière allemande de la Suisse, traverse la Bavière, passe en Autriche, non sans vives émotions, croyant voir en chaque cavalier qui galope derrière elle un courrier français envoyé pour la reprendre. A Vienne, elle est retenue par le retard d'un passe-port pour la Russie, qu'on doit lui envoyer de Saint-Pétersbourg, et qui n'arrive pas. Ce temps d'arrêt attire sur elle l'attention de la police autrichienne, qui la fait surveiller d'une inquiétante façon. Elle peut enfin se remettre

:sLiv MADAME DE STAËL.

en route, mais escortée, comme im personnage dangereux, d'un commissaire sottement attentif à tous ses pas, dont elle n'est délivrée qu'à la frontière russe. Là, du moins, elle respire. Ce n'est plus une évasion craintive, c'est un libre et curieux voyage dans une contrée inconnue et hospitalière. A son arrivée dans la sauvage petite ville de Toula (Ukraine), plusieurs gentilshommes des environs, lecteurs assidus de ses écrits, viennent saluer avec admiration l'auteur de Corinne. A Moscou, elle contemple, d'une fenêtre du Kremlin, le magnifique panorama de la ville aux cent coupoles, dont nul, à ce moment, ne prévoyait la prochaine destinée; elle dîne chez le gouverneur Rostopschin, dont elle goûte la conversation originale et remarque l'ardent patriotisme. A Saint-Pétersbourg, quoiqu'elle y arrive au lendemain des premières hostilités entre la France et la Russie, elle trouve l'accueil le plus flatteur; dans les salons où elle est reçue et fêtée par les plus nobles familles, on se presse pour la voir et l'entendre. Un jour, chez le comte OrlolF, on veut connaître quelque chose de son Allemagne; elle lit, aux applaudissements d'une brillante assistance, un des plus éloquents chapitres du livre, celui où elle célèbre les bienfaisantes vertus de l'enthousiasme (IV® partie, cli. x). Le czar Alexandre, en la recevant, met de côté l'étiquette, s'entretient à cœur ouvert avec elle des motifs de sa rupture récente avec Napoléon, des intérêts de l'Europe sacrifiés à l'ambition d'un seul homme... Elle continue son voyage : en Suède, c'est une vieille connaissance, restée fidèle à son souvenir dans la plus haute fortune, c'est le général français Bernadotte, devenu prince héritier de ce royaume depuis 1810, qui lui souhaite la bienvenue et veut être son hôte. Retenue par cet accueil à Stockholm, elle y passe une partic de l'hiver de 1812 à 1813, revient, durant ce temps, à ses méditations et à ses travaux d'écrivain, achève ses belles Réflexions sur le suicide, éloquente réfutation d'un paradoxe de Jean-Jacques Rousseau. Enfin, après un an de vie errante, la voilà en Angleterre (mai 1813), chez ce peuple que depuis long-

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temps elle admire, heureuse de pouvoir étudier sur le vif le jeu de ses institutions, Fesprit de son gouvernement, Texercice de ses libertés, s'instruisantà loisir dans la conversation de ses plus illustres hommes d'État, de ses premiers orateurs, Whigs ou Tories (d'un lord Holland, d'un lord Broug-ham, d'un Mackintosch, d'un Wilberforce, etc.), à qui elle fait hommage des premiers exemplaires de son livre De l'Allemagne rendu à la lumière par un imprimeur de Londres.

Elle a fait elle-même, après le récit de son évasion hors de Coppet, celui de ses différents séjours sous le ciel du nord * . On aime à voir, dans ces mémoires de son exil, les témoignages de célébrité européenne qu'elle recueillait partout oii elle faisait halte, les empressements, les égards dont elle était l'objet dans les sociétés les plus lointaines, les hommages que lea royautés elles-mêmes rendaient spontanément à la femme de génie. Mais aussi, on souffre parfois de la voir en si particulière faveur, en telle privauté d'audience auprès de ces mêmes hommes d'Etat, de ces mêmes princes qui, précisément à cette heure, travaillaient avec un redoublement d'animosité à la ruine, déjà commencée, du dominateur de l'Europe, et tout ensemble, à l'abaissement, à l'écrasement de la vaillante nation, complice de sa gloire, et fatalement associée à ses revers... Dans les graves conversations sur les choses du temps qu'elle eut avec le czar, avec ce Bernadette, cheville ouvrière de la coalition européenne de 1813, avec les successeurs de Pitt dans le ministère anglais, lorsqu'elle laissait parler (et comment eût-elle pu les taire?) ses légitimes griefs de femme, de citoyenne, d'écrivain, contre l'oppresseur de toutes les libertés, elle attisait par là même, en s'y unissant avec éloquence, des haines déjà bien assez vives ; et, dans ces temps malheureux oii tout était livré au sort des batailles, n'était-ce pas du même coup, sans le vouloir, exciter, d'autant, à leur œuvre de sanglantes représailles

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