POURPARLERS AVEC. LES VÉNITIENS. ESS
à ‘sivement à un nombre de plus en plus grand de notables :
enfin, pour la faire ratifier au peuple, il réunit celui-ci dans l’église Saint-Marce ; là, Villehardouin expose de nou-
- veau l’objet du message : «Les barons de France, dit-il,
vous crient merci afin qu’il vous prenne pitié de Jérusalem, :
- qui est sous le servage des Turcs, et que, pour l’amour de
Dieu, vous les aidiez à venger la honte de Jésus-Christ. » En même temps, les six messagers tombent aux pieds
. des Vénitiens: ceux-ci tendent les mains au ciel en s’é-
criant tout d'une voix : « Nous l’octroyons! » On fait faire et sceller les chartes, et l’on convient que tout sera
prêt pour le départ le jour de la Saint-Jean de l’année
suivaute (24 juin 1202). Villehardouin et Alard Maquerel rentrent en France, tandis que leurs compagnons vont
à Gênes et à Pise pour essayer d'engager ces deux villes
> dans l'expédition ($ 11-34).
Mort de Thibaud de Champagne, qui était le chef désigné de l'expédition! (24 mai 1201). Les Croisés offrent.
* successivement le commandement à Odon de Bourgogne?
et à Thibaud de Bars, qui le refusent tous deux. Sur le conseil de Villehardouin, les Croisés s'adressent à Boniface dé Montferrat, qui est en effet reconnu comme chef de l'expédition à un parlement tenu « dans un verger de l'abbaye de Notre-Dame de Soissons ». En retournant chez lui pour y faire ses préparatifs, 1l s'arrête à Citeaux (sep-
lui avait fait « abaciner » {voy. | plus, il était frère du roi de bu Cange, abacinare\les yeux ; | Jérusalem qui venait de mourir
ji] avait 82 ans quand il fut élu | (1197).
- doge de Venise (1192) et 95! 2, Odon IIT, duc de Bour-
quand il mourut de maladie à | gogne à partir de 1195, mort Constantinople (1205). Voy. sur | en 1218 en allant combattre les
4 ce personnagé Du Cange, 0b- | Infidèles.
LS LR EN A
. servalions sur Villehardouin, | 3. Thibaud Ier, de Bar, comte
n° 4. de 1191 à 1214; son frère aîné, 4. C’est sur ses terres que la | Henri Lr (1170-91), était mortà croisade avait été décidée; de | Acre.
A Art LT
2%. EXTRAITS DE VILLEHARDOUIN. nd
tembre 1201), où Foulque de Neuilli prêche la Lire et entraine un grand nombre de barons bourguignons et provençaux !.
Vers la Pentecôte (2 juin 1202), les Croisés commencent à quitter leur pays et se rendent à Venise par la Bourgogne, le mont Joux ou le mont Genis et la Lombardie. Mais plusieurs prennent un autre chemin, ce qui excite l’indi-
4. Il ne s'arrêta pas seulement à Citeaux, mais poussa jusqu'en Allemagne (ce que Villehardouin ne dit pas), sans doute pour y nouer des intrigues avec Frédéric de Souabe.
Voyez Notice, p. 12, note.
MM. de Wailly (Éclaircissements..…., p. 458) et Riant (Revue des Questions histor., XNII, 348 ss.) se sont étonnés qu'on eût mis à la tête d’une croisade française un marquis lombard ; mais depuis longtemps l'histoire des princes de Montferrat était liée à celle des croisades, et peu de prétendants eussent offert des titres plus sérieux at plus brillants que les leurs Guillaume IV le Vieux, qui avait été l'un des chefs de la seconde croisade, et ses quatre fils Renier, Guillaume ‘ Longue-Épée, Conrad et Boniface, rendirent aux chrétiens d'Orient les plus signalés des services ; Guillaume Longue-
pée avait épousé la sœur de Baudouin, roi de Jérusalem, et le fils né de ce mariage avait été tout enfant (1183) proclamé roi (il devait mourir trois ans
après); Guillaume le Vieux
malgré son grand âge, avait alors passé enTerre Sainte pour soutenir le trône chancelant de son petit-fils; en 1187, il était fait prisonnier par Saladin à Tibériade, avec le nouveau roi de Jérusalem Gui de Lusignan; heureusement, à ce moment, Conrad arriva, et ce furent ses exploits qui sauvèrent Tyr, le dernier rempart des
chrétiens, et leur permirent d'attendre l’arrivée de Philippe Auguste et de Richard Cœur de Lion. Il y déployaun héroïsme farouche qui enthousiasma ses contemporains : Saladin le menaçant de faire périr son père s’il ne livrait pas Tyr, il répondit que pour obtenir la liberté du prisonnier il ne rendrait pas la plus petite pierre de la ville; bien plus, que, si on l’amenait devant les murailles, il ferait tirer sur lui, « car il était trop vieux et avait trop vécu » (Chronique d'Ernoul, p. 183); Conrad mourut assassiné en 1192. Quant à Boniface, il était aussi un des combattants de Tibériade; il