‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 142 sur 341 · Voy. Buisson de Jeunesse, v · texte numérisé non relu

Voy. Buisson de Jeunesse, v

- UT PAT RETRO NE tite ne 186 © EXTRAITS DE FROISSART.

Cependant, quelle que soit l’objectivité de sa chronique Froissart n’a pas pu n'y rien mettre de-lui-même : il rem plit les intermèdes, fait mouvoir les personnages, mél parfois ses réflexions aux leurs: surtout dans les der nières rédactions, il a souvent cédé au plaisir de parle de lui-même. Nous devons donc essayer de le définir e rechercher ce qu'il faut penser de lui.

Reconnaissons tout d’abord que Froissart n’est ni m grand esprit n1 un grand cœur. S'il eût eu une véritable ori ginalité d'esprit, se fût-il réduit à un rôle tout passif? I ; merveilleusement peint son époque, et il l’a peu comprise il n’a pas réfléchi sur ces événements, dont le récit lu plaisait tant, plus que ceux même qui les lui rapportaien! et qui y avaient été trop intimement mêlés pour en saish la portée; tout ce qui n’est point éclat, lumière, vie extérieure, lui échappe. Le bruit de l’histoire lui en a cache le sens. Il a constaté les étonnants succès des armées anglaises sans voir que la cause en était dans leur organisat:on; il n’a sérieusement étudié l’histoire intérieure ni de la france, ni de l'Angleterre; s’il a recherché les causes des troubles de Flandre, ce sont les moins profondes qu’il a le mieux aperçues. Cette médiocrité d’esprit se retrouve partout. Ce lettré est plus crédule qu'une femme du peuple : il croit aux enchanteurs qui soulèvent les flots de la mer, aux chevaliers métamorphosés en ours, aux iles habitées par les fées et les nymphes, aux esprits qui parcourent cent lieues en une nuit et tout à coup se changent en truies ou en fétus de paille (IX, 469; XI, 102, 191; XVI, 55). Ce prêtre ne songe même point à prendre parti dans les querelles qui divisent l’Église! : il parle avec une indifférence assez dédaigneuse d'Urbain ou de Clément (qui se disoit pape », et on se demande

4. « Du tort ou du droit, | miner, car tant comme a moÿ dit-il, je n'en vucil point deter- | point ne appartient » (XV, 128).

Rent . NOTICE. Ra de

Fes ne lui ie point le plus atine qui con-

atira à lui conférer un bénéfice 1.

Que dire de son insensibilité? On Pa loué récemment ? sa douceur, de sa charité compatissante. Mais c'est un pur contresens. La vérité est qu'il racon'e

ec impassibilité les actes les plus révoltants, pillages,

cendies, massacres de femmes et d'enfants, meurtres tages, au même titre que les faits de guerre les plus bituels ou les cérémonies de cour. Il faut, pour lu racher un mot de réprobation, une atrocité qui dépasse aiment toutes les bornes, comme le sac de Limoges, et rs même il est possible qu'il ne soit que l'écho de pinion publique, une fois enfin soulevée. Sans doute, ite insensibilité est celle de tout son siècle, et nul alors

: songeait à s’apitoyer sur les victimes innombrables et

onymes de la guerre; mais il faut avouer qu'il y a dans

s récits de Froissart une sérénité presque Joyeuse : on

nt trop que, se trouvant bien lui-même dans la société

le qu’elle était alors constituée, il a jugé que tout y

ait pour le mieux; il avait pourtant assisté à des spec-

cles faits pour inquiéter le plus solide optimisme.

ie

1. On a dit parfois que l’esit de Froissart, à mesure 1e les années étaient venues, était müri, que le progrès ait sensible d’une rédaction à utre, que le manuscrit de me, par exemple, contenait ir le caractère du peuple anais des considérations dont Jelques-unes ne manquent 15 de profondeur. Mais il ffit de relire la page qui jusfierait le mieux ces’élozes (IT, )) pour voir que Froiscart n’y nullement fait œuvre d’histo-

rien philosophe, qu'elle ne lui a pas été dictée par une vue désintéressée des choses, mais par l'horreur que lui avait inspirée la révolution dont Richard IL venait d’être victime. — Sur les principales différences entre les rédactions successives (eten général sur les diverses questions que nous effleurons ici) voy. un remarquable article de M. Boissier (Revue des Deux Mondes, 1°* février 1875).

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