Entruesque ou entresque,;s
tandis que.
= LES TROUBLES DE FLANDRE. "1986 e monsigneur et il en est tous hors, que. nous ocisyemes!. Je l'ociray trop aise, se J'en suy carés; et ensi serons nous hors de peril, et trop le-
‘erement nous venrons sus? de la mort de Iy. » ï autre frere nullement ne le voloient consentir, et
isoient que il ne leur faisoit nul mal, et que point m ne doit homme occire, se il ne l'a trop grandenent desservy.
Si demora la cose en cel estat un tamps, et tant que li diables, qui onques ne dort, resvilla chiaulx le Bruges a faire fosses pour avoir l'aisement de la iviere dou Lis, et en avoient assés le conte de leur ccort, et y envoyerent grant quantité de fosseurs et le gens d'armes pour eulx garder. En devant es utres annees avoient il enssi fait; mais chil de and par poissance leur avoient toudis brissiét leur roupos. Ces nouvelles vinrent a Gand que derechief hil de Bruges faissoient efforciément fosser pour woir le cours de le riviere dou Lis, qui * leur estoit rop grandement a leur prejudice. Si commenchieent a murmurer moult de gens parmy la ville de sand, et especiaulment li navieur, as quels la cose ouchoit trop mallement. disant que on ne devoit nies souffrir a ceuls de Bruges de fosser ensi a l’enontre de la riviere, pour avoir le cours et le fil de aigue, dont leur ville seroit deffaicte, et disoient
4. Otisyemes. La termin. |le français aurait dit occions. iemes ou -iens, à cette époque, | 2. Sus. Venir sus, venir à st propre au N.-E. En outre | bout, se tirer d'affaire.
's d’ocisiemes est analogique : | 3. Qui. Qui, ce qui.
984 EXTRAÎTS DE FROÏSSART. e.
encores li aucun tout quoiement : € Or Dieus gart Jehan Lyon! Se ce fust nos doyens, la besongne né se portast pas ensi, cil de Bruges ne fuissent si osé que de venir si avant sur nous. » Jehan$ Lions estoit bien enfourmés de toutes ces parolles, et se commencha un petit a resvillier, et dist en soi meïsmes : « J'ai dormi un tamps, mais il appert 4 petit d'affaire! que je me resvilleray, et meteray un tel trouble entre ceste ville chi et le conte que coustera cent mille vies. » Ceste cose de ces fos seurs Commencha à augmenter et a enflamer ceulx de Gand, et avint que une femme qui revenoit de pelerimage de Nostre Dame de Boulongne?, toute lasseë el escauffee, s’assist enmyÿ le marchié la ou il avoit - le plus de gens, et fist moult grandement l'esbahie* On li demanda dont elle venoit; elle respondi : « De Boulogne; si ay veü et trouvé sus mon chemin le plus grant meschief qui onques avenist a le bonne ville de Gand; car il sont plus de cinq cens losseurs qui nuit et jour oevrent au devant dou Lis et aront tantost la riviere se on ne leur debat. » Les parolles de la femme furent bien oïcs et entendues et recordees en pluiseurs lieus en là ville.
Adont s'esmurent cil de Gand, et dissent® que cé
1. À petit d'affaire, c.-à.-4. | le resta longtemps après l’épo= on verra dans peu de temps. | que de Froissart.
2. Le pélerinage de Notre-| 3. Dissent, comme disent, Dame de Boulogne-sur-Mer était | 3° pers. parf. indic. ; voy. p.193, célèbre depuis le xne siécle, et | note 14°. À 4
L'on }
LES TROUBLES DE FLANDRÉ. 985 1e faissoit mies a soustenir! ni a consentir, Si ce raissent li pluiseur deviers Jehan Lion et li demanierent conseil de ceste cose et comment on en pooit user. Quand Jehans Lions se vei appellé de chiaulx dont il desiroit a avoir le grace et l'amour, si fu en soer grandement resjois; mais nul samblant de sa joie il ne fist, car 1l n'estoit pas encores heure, tant que la cose fu: encores mieux entouellie?, et se fist pryér et requerre trop durement anchois que il en vosist riens dire ne monstrer, et quant il parla, il dist : « Signeur, se vous volés ceste cose adventurer et mettre sus, il fault en la ville de Gand que uns ancyéns usages qui jadis y fu soit recouvrés et renouvellés : c’est, que li blanc cappron soient remis avant, et cil blanc cappron aient un chicf au quel il se puissent tout retraire et raloyer. » — Leste parolle fu trés volentiers oÿe et entendue, et dissent tous de une vois : « Nous le volons! nous le volons! Or avant as blans capprons! » La furent fait li blanc cappron, donnét et delivrét plus de cine cens et as compaignons qui trop plus chier avoient la guerre que la pais, car il n’avoient riens que perdre, et fu Jehans Lions esleüs a estre chiés de ces blans capprons, le quel office il rechut assés liément pour li contrevengier de ses ennemis et pour entouellier la ville de Gand encontre ceuls de Bruges : et le conte son signeur, et fu ordonnés a aler contre
4. Sur les sens de faire a,|liee, embrouillée, troublé: ; voy. p. 82. n. 2. voy. sur Toueil, p. 244, n. 5. 2. Entouellie, pour ertoueil-| 3. Cappron. chaperons,
286 © EXTRAITS DE FROISSARR ces fosseurs de Bruges comme souverainscappitaines et l1 dovens des blans capprons en sa compaigme Chil doy avoecques leurs gens avoient plus chie assés guerre que pais ni amour.
Quand Ghisebrès Mahieus et si frere veirent la coni tenance de ces blans capprons, si n'en furent pa trop resjoi, et dist Estievenars, li uns des freres : «4 le vous disoie bien. Certes cils Jehans Lions nou desconfira par sa soutieuté. Mieux vausist que @ m'en euist laissiét couvenir de li occire que dont qui il fust* en l'estat ou 1l est et ou 1l venra, et tout pa ces blans capprons que 1l a remis sus. — Nennil,« . dist Ghisebrès, « mais que je aie parlé a monsigneur on les metera tout jus; je voel bien que il facen leur emprisse de aler contre ces fosseurs de Bruge pour le proufit de nostre ville; car, au voir diré autrement nostre ville seroit perdue. »
Jehäns Lions et toute sa route, tout a blans cap: prons, se despartirent de Gand en volenté et en pro pos que de tous occire ces fosseurs et ceulx qui lei gardoient. Les nouvelles vinrent a ces fosseurs el leurs gardes que li Gantois venoient la efforciëment si se doubterent de tout perdre, et laissierent leu ouvrage et se retraissent a Bruges tout effraé, m onques puis ne s'ahatirent? de fosser. Quant Jehan Lions et li blanc cappron veirent que nuls il n&
1. Que dont que il fust, | pond à notre: « que s'il étaita construction difficile à ana- 9. S'ahatir, se faire fort 0 lyser, mais dont le sens ré- | avoir l’audace de. Cf. p. 255.n%
NÉS EN DT me RATES PNR ET, 2 mers CAR RUE
avoient fe si furent courouchiét et se retraissent en Gand: pour che ne cesserent il mies de leur office, mais aloient l1 blanc cappron tous uisseux! parmy la ville. Et les tenoit Jehans Lions en cel estat
et disoit bien as aucuns tout secreement : « Tenez
vous tout aise, buvés et mengiés, et ne vous effroiés de cose que vous despendés. Tels paiera temprement? vostre escot qui maintenant ne vous donroit point un denier. »
Sur ces entrefaites, le comte, en faisant arrêter et ter en prison un bourgeois de Gand, fournit aux mécontents un nouveau grief, que Jean Yoens exploite habilement ; celui-ci ne cesse de leur prédire la ruine de leurs privilèses, et ses paroles trouvent surtout un écho dans la corporation des bateliers, à laquelle Guisebrecht Mahieu a imposé des charges excessives.
Ghisebrès Mahieu et li doyens des menus mestiers,
qui estoit de son aliance, ooient tous les jours telles :
parolles a leurs oreilles et les reconnissoient que elles venoient de Jehan Lion; mais 1l n'y pooient ne osoient remedyër, car Jehans Lyons avoit ja tant semés de blans capprons aval la ville5 et donnés as compaignons hardis et outrageus que on ne l'osoil asaillir, et ossi Jehans Lyons n'aloit mies seus aval les rues; Car, quant il yssoit de sa maisson, il avoit dou mains‘ deus ou trois cens blans capprons autour
1. Uisseux, oisifs. proprement en descendant, 2. Temprement, le moment | mais ici, le sens s'étant élargi,
ve nu. dans, au milieu de.
. 9. Aval la ville. Aval signifie & Dou mains, au moins. | à
SES PSN" 4 = 7" > RENE .
de li, et ossi il n'aloit point aval la, vilé se tro[ grans besomgs n'estoit, et se faissoit trés grandement pryér pour avoir son conseil sur les incidensses @ avenues qui avenoient à Gand et au dehors contrt les francisses de la ville, et quant il estoit-en conseil ou qu'il remonstroit une parolle en general au peuple: il parloit de si belle retorique et par si grant art qu cil qui le ootent estoient tout resjoï de son langage: et dissolent communement et de une vois de toul quanqu'il disoit : «Il dist voir! II dist voir! » Bier disoit Jehans Lions par grant prudensse : « Je ne d mies que nous afoiblissons ne amenrissons l'ire tage de monsigneur de Flandres, et, se faire le volions, se ne porions nous; Car raisons né justice ne le poroient souffrir, ne ossi que nous querons ne cautelons' nulle incidense par quoi nous soions mal de li?, ne en se indinationÿ; car on doit tousjours estre bien de son seigneur, ét messires de Flandres est uns bons sires ét uns hauls princes, cremus et renommés, qui nous a tousjours lenus en gant pais et en trés grant prosperité les quels coses nous devons bien recongnoistre, el en devons nous; plus souffrir, et tenu y sommes, que dont que :il nous euist guerryét et héervét#
1. Cautelons. Cauteler, tra- | forme à la prononciation; © mer, machiner (mot savant for- | prononcait de même dène, sine mé sur cautela). (cf. auj. signet pronoicé sinet).
2. Mal de li. Nous dirions| % Heryét. Dont = de. ce aujourd'hui « mal avec lui ». | Herier ou Larier (prob. d'orig: