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tureuse de chevalliers et d’ eseuiers, si commeil a d'u u<
saige; et ce jour il faisoil moult froit. Le conte avoit
disné en la salle, et aveucques luy grant foison de bons chevaliers et escuiers. Après Le disner, il party de la salle, et s’en vint sur une gallerie où il y a a monter par une large allee vint et trois degrés. En celle galerie y a-une cheminee ou l'on fait par usaige feu, quant le conte y sejourne, et non autrement. Il y avoit pelit feu, car il ne voit pas voulentiers grant feu : si est il! en lieu pour avoir plentureusement
de busche, car ce sont tous bois en Berne, et ya bien.
de quoy chauffer quant il veult, mais le petit feu-luy est de coustume. Advint adont que il gelloit mouit fort, et si estoit l'air moult froit, et quant il fut venu en la gallerie, il regarda le feu, et luy sembla bien pelit, et dist aux chevalliers qui la estoient : « Veey petit feu selon le froit?. » .Ernaulton d'Espaigne descendi tantost les degrés. car par les galleries qui regardent sur la court 1l vit la une quantité d'asnes
chargiés de busce, qui venaient du bois pour le.
service de lostel. Il vint en la court et prinst le plus grant de ces asnes tout chargié de busche et le charga sur son col‘moult legierement et l'apporta amont les degrés, ot ouvry la presse des chevalliers et escuiers qui devant la cheminee estoient, et reversa fa busche et l'asne les piés dessus en la cheminee sur les gantier,%, de quoy le ccnte de Fois
1. Siest il. Si — cependant.| 3. Gantiers. Gantier [autre 2. Selon le froit, eu égard | forme de cantier ou chantier) au froid. = chenet,
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VOYAGE eut grant joye. et tous ceulx qui la estoient, et s'esmerveilloient de la force de l'eseuier comment tout
seul il avoit si grant fais chargié el monté tant de
degrés. Geste appertise veis je faire a mes yeulx, et aussi fisent pluseurs, au bourch d'Espaigne. » Quant messire Espang de Lyon m'eult racompté ce que dit est, moult me tourna a grant plaisir et recreation, et m'en sembloit le chemin trop plus brief, et, tout en comptant ces adventures, nous passasmes le Pas au Laire et le chastel de Marceras ou la bataille fut.
La conversation tombe sur le château de Lourdes, dont Espan explique à Froissart l'importance. Le duc d'Anjou? l'avait vainement assiégé (juin 1573); le comte de Foix, qui eût. voulu être agréable au duc d'Anjou?, résolut de se faire rendre le châleau par Pierre de Béarn, qui en élait gouverneurs.
« Moult tost après que le duc d'Anjou ot fait son
4. Louis, second fils de Jean le Bon, d'ahord comte du Maïne, puis due d'Anjou (et enfin ‘roi des Deux-Siciles), fut lieutenant du roi en Languedoc de 1364 à 1380. :
temps essayé de rester neutre, bien qu'il penchät plutôt du côté de l'Angleterre, parce que son ennemi héréditaire, le comte d'Armagnac étaitalhé des Francais, il fit en 1375 sa soumis-
9. Le comte de Foix, bien qu'il fût vassal du roi de France, refusait également l'hommage à celui-ci et au roi d'Angleterre (le Béarn était bien enclavé dans les possessions anglaises. mais depuis le x1° siècle il échappait à toute suzeraineté, ei ne relevait, disait-on,
que de Dieu); après avoir lang-.
sion définitive au roi de France.
3. Pic.re de Béarn était parent et vassal du comte de Foix, mais il tenait le château de
Lourdes du prince de Galles, à :
qui il avait juré fidélité ; de là un de ces couflits de devoirs, fréquents dans la société féodale, qui devait, comme on va le voir, lui coûter la vie,
310 © EXTRAITS DE FROISSART. voiage comme dit est et qu'il eut donné à toute ma niere de gens d'armes congié, ils’en ala tenir a Thou louse. Si advint ung jour que le conte de Fois mandà par ses lettres et par certains messages a Lourde à son cousin messire Pierre Ernault de Berne que il venist parler a luy a Orthais. Quant messire Pierre Ernault, qui moult franc chevallier estoit et loial, recongneu‘ les lettres du conte de Fois son parent, et vit le messaige, qui estoit notable homme, il pensa moult et ot plusieurs Ymaginations, et ne sçavoit lé quel faire du venir ou du laissier?. Tout consileré, il dist au message qu'il yroit devers luy, car il n'eüst bonnement osé courrouchier le conte de Fois. Et quant il deubt partir, il vint a Jehan de Berne, son frere, et luy dist : « Beau frere, sachiés que le conte « de Fois, nostre cousin, me mande que je le aille € veoir à Orthais, Je ne sçay pour quoy; mais, puis « qu'il veult que je voise parler a‘luy, je yray. Or « me doubte je moult grandement que je ne soye « requis de rendre la forteresse de Lourde..… Si ne € sçay mie se il ont traittié entre luy et le due € d'Anjou, mais Je vous dy que, tant que je vive, le « chastel de Lourde je ne renderay fors a mon naturel « seigneur le roy d'Angleterre. Si vueil, Jehan beau « frere, où cas que je vous establis icy pour estre
1. Recongneu. Graphie fau-| 2. Laissier, omettre, s’abstive, due à la forme du part. |te ir.
passé, pour reconut. Voy. plus| 3. Bonnement, facilement, haut p. 226, n. 2. de bon gré,
VOYAGE DE FROISSART EN BÉARN. sa « mon lieutenant, que vous me jurés! sur vosire foy «et par vostre gentillesse? que le chastel de « Lourde, en la fourme et manicre que je le tiens, « vous le tiendrés, ne pour mort ne pour vie Jamais vous n'en deffauldrés. »
= Lors Jehan de Berne le jura ainsi a son frere en la presence de‘’tous leurs compaignons. Adont se party de Lourde le chevallier messire Pierre Ernault et vint a Orthais, et tantost ala descendre a l’ostel a la Lune. Et quant il senty® que point et temps fut, il vint ou chastel de Orthais devers le conte, qui Île rechupt trés joieusement et le fist seoir a sa table et Tuy monstra tous les beaulx semblans d’amours qu'il pot, et, après disner, il luy dist : « Pierre, j'ay a parler « a vous de pluiseurs choses; si ne vueil pas que « vous partés sans mon congié. » Le chevallier respondi : « Monseigneur, voulentiers; je ne partiray « point si l'avrés ordonné*. » Advint que, le tiers jour après ce qu'il fut venu à Orthais, le conte de
À. Jurés, à l'ind., par une construction fréquente en anc. fr.