‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 242 sur 341 · PR NS PEER ET · texte numérisé non relu

PR NS PEER ET

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gneur, Gaston m'a batu, mais 1l y a autant ou plus a batre! à luy qu'a moy. — Pour quoy? » dist le nte, qui tantost entra en souspechon et qui est trop ain 1?..« Par ma foy, monseigneur, depuis qu'il est retourné de Navare, il porte a sa poittrine une boursette toute plaine de pouldre, mais je ne sçay a quoy elle sert, ne qu'il en veult faire, fors tant quil m'a dit une fois ou deux que madame sa mere sera Lemprements el en brief mieulx en vostre grace que oneques ne fut. — Hofat » dist le conte de Fois, € tays toy et garde bien que tu ne parles a homme nul du monde de ce que tu m'as dit. — mseigneur, » respondi le dit Yeuvain, «voulentiers,. » « Le conte de Fois entra lors en ymagination, et se

uvry de‘ tout le fait jusques à l'eure de disner, et

Va, puis se mist a table en sa grant salle comme s autres jours. Gaston, son fils, avoit d'usaige que tous ses mès 1l le servoit et faisoit essay de toutes s viandes. Si tost qu'il ot assis® devant le conte son re le premier mès, et fait ce qu'il devoit faire, le nte Jette ses yeulx, qui estoit tout infourmé de son t, et voit les pendans de la boursette tenans au ppon de son fils. Lors le sang luy mua, et dist : Gaston, vien avant! Je vueil parler a toy en Loreille. » Le jeuvencel s’avança sur la tablef. Le nte ouvry adont son sain et ouvry Son JUppon, puis

1. À batre, « autant de raïi-| 3. Temprement, bientôt. 18 de le battre ». | 4, Se couvry de, dissimula. - : ; 5. Assis, placé.

2. Prompt à imaginer, à S& | 6 Se pencha par dessus la onter la tête, ; table,

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prinst ung coutel dont il coupa les pendans de boursier et! lui demoura en la main. Il lar garda, puis demanda a son fils : « Quelle chose es « ce en ceste boursette? » Le jeuvencel, qui fut lo tout sourpris et esbahy, ne sonna mot, mais devin tout pale de grant paour et tout esperdu, et coms mença fort a trembler, car il se sentoit fourfait. Le conte de Fois ouvry la bourse et prinst de calé pouldre, si en mist str ung tailloir? de pain et le donna a mengier a ung chien. Si tost que le chiet eut mengié de ce tailloir ung morsel et avalé, à tourna les veulx en la teste, et la morut tout a coup Quant le conte de Fois en vit la maniere, se il fui esbahy et courrouchié 11 y ot bien cause, et se levi de la table et prinst son coutel, si le voult lanchi@ après son fils, et l’eûst la occis sans remede; mal chevalliers et escuiers sallirent au devant et dirent* « Monseigneur, pour Dieu, ne vous hastés point « ainchois infourmés vous trés bien de la besoigné € premier que vous faittes a vostre fils nul mal. D Et le premier mot que le conte dist, ce fut en SO gascon : (0 Gaston, fals traditour, pour toy et pou « accroistre l’eritaige qui te devoit retourner, j'el € ay eù guerre et haÿne au roi de France, au rû « d'Angleterre, au roy d'Espaigne, au roy de Navarf

1. Et, sous-entendu la | vent oblongues, sur lesquellé bourse. l'écuyer tranchant coupait s| 2. Tailloir. Les tailloirs | viandes ». On donnait le mé étaient, dit Laborde, « des pla- | nom à des tranches de pain sen ques de métal rondes, plus sou- ! vant au même office. |

« et au roi d'Arragon, et contre eulx me suis je tenu « et porté; et tu me veuls maintenant murdrir!! « Il te procede de mauvaise nature, et saches que

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« tu en morras 4 €e"60p. »| Lors il sailly oultre la

table, son coutel en sa main, et le voult la occire. Mais chevalliers et escuiers se mirent au devant de luy, les pluiseurs a genoulx, et lui dirent : « Ha! « monseigneur, pour Dieu mercy! n'occiés pas Gas- « ton; vous n'avés plus d’enffans. Faittes le garder « et vous infourmés de ta matiere. Espoir ne sçavoit « il qu'il portoit, et a ce meffait n'a nulle coulpe. — Or tost, » dist le conte, « mettésle en la tour, et soit « si bien gardés que bon compte m'en soit rendu. » Lors fut mis le jeuvencel en la tour de ceans.

. « Le conte fist adont prendre grant foison de ceulx qui servoient Gaston son fils, mais tous ne les ot pas; car 1&-pldigéuréfs'en partirent, dont l'evesque de l'Escale? d'encoste Pau en est encoires hors du pays, le quel en fut souspechonné, et aussi furent plenté d’autres ; mais il en fist morir jusques a quinze de moult horrible mort, et la raison que il y mettoit toit telle que il ne se pouoit faire qu'ils ne sceüssent de ses secrès, et luy deüssent avoir signiffié et dit : « Monseigneur, vostre fils Gaston porte une boursette «a la poittrine telle et telle. » Riens n'en firent : pour

4. Murdrir, meurdrir,meur-|tris entre leurs bras sanrir, a été usité jusqu'au | glants. » (J.-B. Rousseau, Odes, vin® siècle, aumoins isolément, | IV, 8.)

ans le sens primitif de mettre 9, L'Escale. Lescar, à 8 kil. mort : « Et ces enfants meur- | nord-ouest de Pau.

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