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598 EXTRAITS DE FROISSAI
tant 11 morurent horrihlement, dont ce fut pitié, | par especial des aucuns jeunes escuiers; car il nf avoit, en taute Gascoingne, sidonist, si beaulx, ne 81 bien en point comme ceulx estoient, car tous, jours 4 esté le conte de Fois servy de gaillarde ES
« Trop toucha ceste besoigne de près au conte dé Fois, et bien le monstra; ear il fist assembler ung jour à Orthais tous les nobles et les prelats, baron et chevaliers de Fois, de Berne et tous les hommes notables de ces deux paÿsfet, quant il furent venus a Orthais, il leur declaira là cause pour quoy il les avoit mandés, et comment il avoil trouvé son fils Gaston en telle deffaulte et si grant meffait que c'e toit son intention qu'il morust, et qu'il avoit mo 4 desseryy. Tout le peuple respondi a ceste parole dé une vois et dist : « Monseigneur, sauve soit vostrè « grace, nous ne voulons pas que Gaston votre fils « muire?; c'est vostre heritier, et plus n'en avés. »
« Quant le conte de Fois ouÿ son peuple qui prioït pour son fils, il se refraigny® uug petit, puis se pouf pensa qu'il le chastoieroit par longue prison, et I tendroit deux ou trois mois prisonnier, et après il envoieroit en quelque loingtain voiaige deux ou trois ans pour estre hors de sa presence, tant qu'il avroï oublié son mautalent, et que le jeuvencel, par avo plus d'eage et plus veü, seroit en meilleur et pl k
4. Joli, gai, gracieux. pers, du subj. prés. de mourè 2. Muire. Forme ancienne, | 3. Refraigny. Se refrai phonétiquement régulière (md- | dre, ou refraindre son couragi riat, pour mortatur) de la 3° se retenir, se calmer
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ifve congnoissance. Si donna a toute celle assemblee ‘ongié; mais ceulx de la conté de Fois ne se vouoient partir de Orthais, se le conte ne les asseüroit que Gaston son fils il ne feroit Ja mort, tant amotent H le jeuvencel. Il leur ot en convenant', mais bien list qu’il le tendroit par aucun temps en prison pour e chastoier. Et sur ceste convenence se partirent de Jrthais toutes manieres de gens, et demoura Gaston Jrisonnier en La tour d'Orthiais.
« Ges nouvelles s'espandirent en pluiseurs lieus, et jour celluy temps estoit pape? Gregoire onzieme en \vignon; si envoia tahtost le cardinal d'Amiens en egation pour venir en Berne, et pour amoienner5 :es besoingnes et appaisier le-Conte de Fois et oster le son courroux ef le jeuvencel hors de prison. Mais e cardinal ordonna ses besoingnes si longuement que il ne pot venir que jusques a Besiers, quant les iouvelles lui vindrent la que il n'avoit que faire en zerne, car Gaston le fils au conte estoit mort, et je jous diray comment il morut, puis que je vous aŸ arlé de la matiere.
« Le conte de Fois le faisoit tenir en une chambre n la tour d'Orthais ou gaires n'avoit de lumiere, et ut la par dis Jours, ou petit beut ne manja, car il 1e vouloit, combien qu'on luy apportoit tous les
4. Convenant. Pour : à le1Cf. l'italien Papa Gregorio. eur... QI le leur promit ». 3. Amotenner et plus sou- 2. Pape. L'ancien français | vent motenner, au neutre, proupprime volontiers l’article | curer un accord; à l'actif, nélevant les noms de dignités : ! gocier, régler.
bee | DE FROISSART EN BÉARN. A 320
jours assés a boire et a mangier. Mais quant il avoit la viande!, il la destournoit d'une part et n’en tenoit compte, car il n’en goustoit point, et veulent aucuns dire que l’on trouva trop bien les viandes toutes en= tieres que l'on luy avoit apportees en celle prison, nes de riens ne les avoit amendries ne attouchiees aus jour de sa mort pour boire ne pour mengier, et fut merveilles comment il peult tant vivre, par pluiseurs« raisons. Le conte le faisoit la tenir sans nulle garde ne regart? qui fust en la chambre avecques luy ne qui le conseillast ne confortast, et se tint le jeuvencel tous jours en ses draps ainsi comme il y entra, et si se melancolia et argua* moult grandement, car il n'avoit pas telle regle aprins*. Lors 1l prinst a mau= dire l’eure quant il fut oncques nés de meref, pou estre venu a telle fin.
« Le jour de son trespas, ceulx qui le servoient de boire et de mengier lui apporterent du vin et de la viande, et luy dirent : « Gaston, vecy de la viande (€ pour vous. » Mais Gaston n'en tint compte, si dist « Mettés la la; ». et celluy qui ainsi le servoit de ce que dit est regarde et voit en la prison a tous lés1 encoires toutes$ entieres les viandes que les noeufl