‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 256 sur 341 · TI, 6;-10,12--N1,15; VIS; VITE · texte numérisé non relu

TI, 6;-10,12--N1,15; VIS; VITE

356 EXTRAITS DE COMMINES. - ‘suité un cortège d'idées accessoires qui én entravent le développement et en troublent la netteté. Communes en a trop à la fois et il les distribue mal. L'expression elle-même n’est pas à l'abri de tout reproche; sans doute, chaque mot est exact et bien choisi, mais lé tissu du style est lâche; la plirase, morcelée par lés mcidentes, gonflée de parenthèses, est à péiné articulée: de telle sorte que ce Style, qui est pourtant précis et juste, n'est pas toujours, surtout dans les inorceaux de spéculation pure, parfaitement net, et qu'il sollicite quelque effort. Nous l'avons assez montré dans les pages qui précèdent, le mérite de Commines est ailleurs; il est dans le sérieux, la fermeté, la profondeur de la pensée. Ce n’est pas une gloire médiocré pour lui que de faire songer tour à tour à Machiavel et à Bossuet, à Tacite et à Saint-Simon. Cette pensée est même assez originale pour suffire à donner parfois au style une chaleur ou un éclat inaccoutumés. Commines a souvent, en développant ses maximes fa vorites, le souffle et l'accent d'un véritable orateur; il a des trouvailles de mots d'autant plus frappantes qu’on n’y sent aucune recherché, que c'est la pensée mêmé qui a créé son expression: il dira par exemple du Téméraire que « la gloire lui monta au cœur » (VI, 13) où que « son malbeur le conduisait »; il nous montrera Louis XI, Ç allant par pays » malgré ses souffrances, parce quê «son grand cœur le portait » (VI, 7). Il n’est pas jusqu'à son ironie même qu ne le serve; elle donne à son style tantôt une saveur amère, tantôt une triviahté énergique et pittoresque. Il dira que le bien public, dont la défense abritait tant d’ambitions « s'était converti en bien parlé culier » (1, 12); on a souvent cité son mot sur cés deux « hommes de bien », dont l’un, à la bätaille de Mont lhéri, s'enfuit, bride abattue, jusqu’en Poitou, lautri jusqu'en Bourgogne : « ces deux, ajoute-t-1l, n’avaieiil garde de se mordre» (I, 4). Ne fait-il point songer à Mon: laigne quand il écrit qu'avec Louis XL tout capitai

ec Er PRES à + 2e

NOTICE. Ps nb lisposé à entrer en négociations » avait trouvé marchand » VI, 6), quand il nous peint ces « gens de robe longue » [ui à tout propos « ont une loi au bec ou une histoire » Il, 6), quand il dit qu'une bataille perdue «€ a t: ujours rande queue et mauvaise pour le perdant » (I, 2)?

Il ne faut rien exagérer toutefois : ces trouvailles sont ssez rares, et Commines exige l'effort plus souvent qu'il le le récompense. Supérieur par la pensée aux trois écrians que nous avons étudiés jusqu'ici, il reste notablenent au-dessous d’eux par le talent littéraire. Il n’a ni la umineuse précision de Villehardouin, ni la souriante onhomie de Joinville, ni l'heureuse et facile abondance le Froissart et il n’est en somme un des plus grands crivains de son siècle que parce que ce siècle est un des noins brillants dé notre liltérature.

# Episodes de la bataille de Montilhéri!.

Le comte de Charolais, sachant que Louis XI (qui étai en Bourbonnais) s'était mis en marche pour rentrer 4 Paris, vint se poster à Longjumeau, avec l'intention d lui barrer là route, tandis que son arrière-garde, com: mandée par le comte de Saint-Pol, se portait à deu lieues au sud, à Montlhéri. Le roi eût voulu éviter la ba: taille, mais un de ses lieutenants, Pierre de Brézé, grant sénéchal de Normandie, était d’un avis contraire : « X les mettrai au jour d’uy si près l’ung de l’aultre, aurait dit selon Commines, qu'il sera bien habille qui les pourr: demesler ». En effet, l'avant-garde de l’armée royal vint se heurter, à l'entrée du village de Montlhéri, aw

1. Nous suivons, pour la graphie, dans ces Extraits de Commines, l'édition Chantelauze (Paris, Didot, 1881), qui reproduit avec une scrupuleuse fidélité un manuscrit du commencement du xvi° siècle (appartenant à la famille Montmorency-Luxembourg), mais nous avons emprunté un grand rnom-

bre de lecons à l'édition Du pont (Paris 1840-47), dont À texte, fondé sur la comparaisoi des trois manuscrits antérieu rement connus, est en générà meilleur. Pour l’annotation nous avons largement mis # profit les commentaires his toriques des éditions citée!

plus haut (p. 335, n. 1). :

ne.

rAANS

BATAILLE DE MONTLHERI. | 359

lroupes du comte de Saint-Pol (16 juillet 1475). Le comte le Gharolais, prévenu, se hâta de porter secours à son jeutenant,

IL avoit esté dit que on marcheroit a trois foys!, Jour ce que la distance des deux batailles? estoit ongue. Ceulx du roy estoient vers le chasteau de Mont le Hery*, et avoyent une grant have et ung fossé u devant d'eulx. Oultre estoient les champs pleins le bledz et de febves, et d’autres grains trés fors : ar le territoire y estoit bon.

Tous les archiers du dit conte marchoient a pied levant luy et en mauvais ordre; combien que mon dvis est que la souvereine chose du monde pour les ataillest sont les archiers, mais qu'ilz5 soient par nilliers (car en petit nombre ne vallent riens) et jue ce soient gens mal montez, a ce qu'ilz® n'ayent joint de regret a perdre leurs chevaulx, ou que de ous poinctz n'en ayent point ; et vallent myeulx pour ray, pour ung jour, en cest office ceulx qui jamais ïe veirent? riens que les bien exercitez. Et aussi elle opinion tiennent les Angloys, qui sont la fleur les archiers du monde.

1. À trois foys. C.-à-d. que | qu’une tour à demi ruinée, ‘armée du comte, dont il est | qu’on aperçoit du chemin de ci question, ferait deux haltes | fer de Paris à Orléans, à la hauen chemin. teur de la station de St-Michel:

2. Des deux batailles. La 4. Batailles, au sens modistance qui séparait les deux | derne.

corps de l’armée des princes. | 5. Mais que, pourvu que. 3. Mont le Hery. De ce chà- 6. À ce qu'ils, pour qu'ils. leau il ne reste aujourd'hui 7. Veirent. Noy. p.226, n. 2.

sn EXTRAITS DE COMMINES. £ ne 6 a à:

Il avoit esté dit que on se reposeroit deux fois au chemin, pour donner alayne aux gens de pied, pou ce que le chemin estoit long, et les fruicts de Ia terre lons et fors, qui les empeschoient à aller; toutesfois tout le contraire se feist, comme se on

eust voulu perdre a son escient. Et en cela monsträ Dieu que les batailles sont en sa main, et dispose dt la victoire a son plaisir. Et ne m'est pas advis que le sens d'ung homme sceust porter ne donner ordre à ung si grant nombre de gens, ne que les choses tinssent aux champs comme elles sont ordonnees en chambre ; et que‘ celluy qui se estimeroit jusques mesprendroit envers Dieu, s'il estoit homme qui eus raison naturelle; combien que? ung chascun y doil faire ce qu'il peult et ce qu'il doit, et recongnoistré que c'est ung des accomplissemens des oeuvres que Dieu a commencees aucunes foys par petites mou: vetez et occasions, et en donnant la victoire aucunes foys a ung, et aucunes foys a l’autre; et est ce miss tere si grant, que les royaulmes et grans seigneuries en prennent aucunes foys fin et desolation et les autres acroissement et commencement de regner*

4. Et que. Entendez : et|« C'est quelquefois l'issue, m'est advis que. bonne ou mauvaise, d’une bas 2, Combien que, avec l'indi- | taille (et cette issue dépend catif, signifie « quoique » (cf, | souvent de bien petites causes) 399, 1. 12), ct correspond ici à | qui äonne le signal de ces «cependant ». = grands changements dans la 3. Regner = prospérer. La | fortune des États qui sont phrase n’est pas exempte d’em- | conformes aux desseins dé barras, Commines veut dire: | Dieu, »

DA SITE Ve LUE VE LE à De 2 FES

FOUT dE MONTE.

Pour réYenir à la déclaration de cest aile le dict ‘onte marcha tout d’une boutee, sans donner alayne

t ses afchiers et gens de pied. Ceulx du roy pas-

ërent ceste haye par deux boutz, tous hommes larmes; et comme ilz furent si près que de getter es lances en arrest, les hommes d'armes Bourguinons rompifent leurs propres archiers, et passerent ar dessus sans leur donner loisir de tirér ung coup le flesche, qui‘ éstoient la fleur et esperance de leur rmee; Car Je ne croy pas que de douze cens hommes larmes, où environ, qui y estoient, qu'il? en y eust Anquante qui eüssent sceu coucher üñe lance en wrest. Il n'y en avoit pas quatre cens armez de cuiasses, et Si n'y avoit pas ung seul serviteur armés. It tout cecy à cause de la longue paix, et que en este maison de Bourgogne ne tenoïent nulles gens de ouldee’, pour soulager le peuple de tailles; et mcques puis ce jour ce quartier de Bourgongne n'eut epos Jusques a ceste heure, qui est pis que amais*.

1. Qui. L'antécédent de cé elatif, placé un peu loin de ai, est archiers.

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