CHASTELLAIN
Georges Chastellain, né en 1403 ou 1405, était gentihomme. Après de bons services militaires, il devint paneter dela cour de Bourgogne, puis roi d'armes ou indiciaire de la Toison d'Or et orateur officiel. Après s’être fait connaitre comme poète, il entreprit en 1455 une grande histoire, écrite naturellement, comme celle d'Olivier de la Marche, au point de vue bourguignon, et qui allait de 1419 à 1474. Cette œuvre considérable est perdue : on en a retrouvé de nos jours deux fragments assez longs (de 1419 à 1422 et de 1461 à 1489), sui ont été | ubliés par Buchon (Collection de chroniques, tomes XLII et XLHIT, et Panthéon lilléraire), puis par Kervyn de Lettenhove (6 vol. in-8, 1864). La narration de Chastellain a souvent de la couleur et du mouvement : nous aurions volontiers cité le passage . où ilraconte la révolte des Gantois en 1467, « récit plus naïf, mais aussi grand que les plus grandes pages de Tacite », dit Michelet (qui en a résumé les principaux traits). Mais, outre que ce récit est un peu long, le fragment que nous imprimons donnera une idée plus exacte de la ma- Rière habituelle de Chastellain, particulièrement de son Style noble, mais emphatique, pédantesque et farci de Ja-
tinismes souvent maladroits.
Les vices des grands.
Je entre içi en matiere de grant charge, et qui fait
a doloir et a plaindre durement, en si haut homme ‘que d'un roy, soy consentir en si laide œuvre que de vouloir faire tacitement morir ung sien prochain parent!, frere jadis par mariage?, son pacifié solen- : nellement par voeu, par serment, par contract et accord des princes de France et de tout Le parlement, et par seellés et instrumens si estrois et si authentiques comme pour tout le monde y estre compris dedens et sauvé. Mès quant je regarde et considere : la condicion des princes de la terre, comment en ce dont ung povre noble homme feroit grant-pois et. grant refus de le commettre, eux, plus encore sont grans, moins encore en font estime et dangier!, et leur est aussi peu horreur de grant vice comme il ne leur est amour ne honneur à vertu, certes je me rappaise moi mesme, et par le naturel et commun usage de leur vie Je retire mon ammiracion de leur abus, et conforme auques près comme par une.
maxime : que tous grans princes coustumiérement : sont a mal donnés au jour d'hui, n’accontent a re- proche de malvaise operacion, et ne font feste de” loenge qui est acquise en vertu; rétirent leurs ieux de ariere de Dieu, et en vanité temporelle tant seu-