Cefaitestraconté par Join- | tion de Wailly, p
sénéchal passa à son frère puîné Simon, qui perpétua dignement les traditions de la famille : il combattait dans l'armée qui,en 1219, sous les ordres de Jean de Brienne, prit Damiette aux Infidèles; onze ans plus tard, il défendait son suzerain contre les barons coalisés, et c'est à la promptitude et à l'énergie de son action que Troyes dut alors de ne pas tomber entre leurs mains.
Jean de Joinville, l'historien, fils ainé de Simon, naquit en 1295 et perdit son père à l'âge de huit ans; nous ne savons rien de son enfance, mais il est très probable qu'i en passa au moins une partie à la cour du comte Thibaud IV; c’est sans doute à cette cour, présidée par un des poètes les plus délicats du temps, qu'il prit le goût des choses de l’espritt. En 1944, il remplissait devant son suzerain l'office d'écuyer tranchant à ces fêtes de Saumur dont il gardait encore, à quatre-vingts ans, un souvenir ébloui?; il ne prit pas part, Fannée suivante, à la campagne de Taillebourg, car à ce moment il n'avait pas encore, nous dit-1}, revêtu le haubert, c’est-à-dire qu'il n'était pas chevalier. H l'était, au contraire, en 12%5, lorsque, avec son jeune frère, il aidait le conte de Chalon à repousser une agression des Allemands. |
Dès la fin de 1244, le roi s'était croisé, et Joinville n'avait pas lardé à suivre son exemple. Au printemps de 1248. 1l réunit ses amis et ses vassaux dans son château ; après une semaine passée « en danses et en caroles », Joinville leur annonça son intention d'accompagner le rot, et il mit ordre à ses affaires, s’'enquérant de ses torts auprés de chacun ; our les réparer aussitôt. Puis il alla à
1. Dès 1250 il composait à | nia, XXIT, 546). Acre un petit manuel de piété, | 2. Elles étaient données en qu'on a appelé le Credo. 11 dut | l'honneur d’Alphonse, frère de aussi faire des chansons ; on | Saint Louis, qui venait de recelui en attribue une avec quel- | voir l'investiture du comté de que vraisemblance {voy. Roma- | Poitiers et d'Aquitaine,
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Metz engager une rite de sa terre, car, sa mère vivant encore, il ne possédait qu'une rente annuelle de mille livres qui ne lui eût pas permis de subvenir aux frais de l'expédition. Après un voyage à Paris, il revint chez lui, se fit donner l'écharpe et le bourdon du pèlerin par l'abbé de Cheminon, un saint homme en qui il avait grande confiance, et, après avoir visité les principaux sanctuaires de la contrée, il se mit en route, sans rentrer dans sa demeure, sans même détourner les yeux de ce côté, « de peur, dit-il, que le cœur ne m'attendrit pour le beau château que je laissais et mes deux enfants! » ($ 122)?. I emmenait avec lui neuf chevaliers, dont deux portant bannière, et environ sept cents hommes, Au mois d'août, il s ‘embarquait à Marseille, et au milieu de septembre 1l retrouvait à Chypre le roi, qu'il ne devait plus quitter durant toute la croisade.
Cette période de sa vie est de beaucoup la mieux connue cornme la plus intéressante. Il ne nous en à laissé ignorer aucun détail, si bien qu'il serait facile, en parcourant son récit, où son propre nom revient si souvent, de s'exagérer l'importance de son rôle. Ce rôle fut, en somme, assez modeste : Joinville n’était ni un des chefs les plus en vue, ni même un des chevaliers les plus brillants de l’armée; mais nul n'eut, en revanche, ni plus de belle humeur, ni surtout plus de loyauté, de sang-froid, d’aimables et solides qualités; on s'explique donc parfaitement, en somme, l'amitié et l'estime singulières où le tint son roi; ce que d’autres eussent fait par entrainement ou vaine gloire, il le faisait par respect du devoir, portant partout
1. Joinville avait épousé, pro- | mière femme, il sé remaria en bablement dès 1259, Alaïs de | 1264 avec Aélis, fille unique de Grandpré, qui venait de lui don- | Gautier de Reinel. ner son second enfant au milieu 9, Nous renvoyons toujours même des fêtes qu’il avait célé- | à l'édition de M. N. de Wailly brées au printemps de cette | (Paris, Didot, 1874, et Hachette, année. Ayant perdu cette pre- | 1881, éd. classique)
90 + 7 2) EXTRAITS DE JOINVILLE. AT
cette gaieté qui l’aida, ainsi que ses compagnons, à tra-!
verser les plus rudes épreuves : aussi, bien qu'il fût par. nature peu ami du danger, nous le verrons toujours se.
conduire en brave et maintes fois combattre au premierg
rang.
| Louis IX, comme s’il eût voulu laisser à l'ennemi le
temps de se préparer à la lutte, hiverna à Chypre. Ce n'est”
que le 22 mai 1249 que sa flotte mit à la voile; le 4 juin‘,
elle arrivait en vue de Damiette, défendue par l’armée du
Seudan Malek-Adel, qui s'était rangée le long du rivage. Joinville fut un des premiers à débarquer : quelques-uns de ses compagnons et lui abordèrent en vue d'un gros de
Sarrasins qui, devant leur attitude énergique, renoncèrent
à les inquiéter. Damiette, abandonnée par l'ennemi, fut occupée sans coup férir. Mais la suite ne répondit pas à ces brillants débuts. Les opérations furent conduites avec une inexplicable lenteur; l'armée, après avoir séjourné près de six mois sous les murs de Damiette, où elle était sans cesse harcelée par les coureurs ennemis, se mit enfin en marche vers le Caire, en suivant la rive droite du Nil; au bout d'un mois, après avoir parcouru une soixantaine de kilomètres seulement, on fut arrêté à la hauteur de Mansourah par un bras du fleuve, lAschmoun- Tenah, qu'on essaya vainement, pendant six semaines, de barrer par une chaussée; on se décida enfin à le passer à gué, et c'est alors que s’engagérent les deux importantes batailles du mardi gras et du premier vendredi de carême (8 et 11 février 1250) Joinville paraît s'être particulièrement distingué dans la premièfe; s’il n’imita pas Ja folle témérité du comte d'Artois, qui alla se faire tuer sans profit, avec l’élite de l’armée, dans les rues étroites de
4. T1 faut probablement lire, | dique Jean Sarrazin, et qui est au $ 150, le vendredi après [et | plus vraisemblable, la flotte non devant) la Trinité, ce qui | ayant été retardée par une temferait coïncider la date donnée | pête qui dispersä au loin un par Joinville avec celle qu'in- | cer‘ain nombre de vaisseaux,
Mansourah, son courage l'exposa cependant à de sérieux dangers : il s'était mis, sans prendre l'avis de” personne (car chacun dans cette triste journée parait avoir combattu au hasard), à poursuivre quelques Sarrasins qui fuyaient à travers leur camp; il se laissa entrainer trop loin et tout à à COUP 5 s'aperçut que la retraite lui était coupée par un corps ennemi qu'il évalue à six mille hommes : il ft réduit à se réfugier, avec quelques com pagnons, dans une maison à demi ruinée, où sa petite troupe, comme on le verra par le récit imprimé plus loia, fut fort maltraitée. Enfin délivré, il se posta à la tête d'un pont! par lequel il pensait que les Sarrasins pourraient prendre en flanc l’armée chrétienne, et il le défendit vaillamment jusqu'au soir. Le vendredi suivant, 501 petit corps n ’eut pas à donner, heureusement pour lur, car les cinq blessures qu'il avait reçues ne lui permettaient pas de revêtir son haubert.
Dans ces deux premières journées, les Croisés étaient restés maîtres du champ de bataille; mais ils n’osèrent pas poursuivre leurs succès et campèrent autour de Mansourah. Peu après, une terrible épidémie, aggravée par la disette, vint les décimer; vers le milieu du carême, Joimville tomba malade, et il était loin d’être rétabli quand l'armée se replia sur Damiette (5 avril), aussitôt poursuivie par les Sarrasins, qui avaient repris l'offensive; au bout de quelques heures de marche, le roi tombait entre leurs mains, ét bientôt toute l’armée subissait le même sort. Joinville, embarqué sur le Nil avec les malades, fut pris dans sa galère. Deux fois sa vie fut particulièrement menacée, d' abord. dans la confusion qui suivit la capture des Croisés, et ensuite lors de la révolution militaire qui aboutit à l'assassinat du oudan*?; plusieurs des émirs qui .
4. Jeté évidemment sur un | Adel, mort de maladie peu de petit affluent de l’Aschmoun- temps après l’arrivée des Croi- Tenah. sés en Égypte, mais son fils