L'étude très intéressante
que M. Debidour a publiée récemment sur ce sujet (Les Chroniqueurs, 1 série,
suffisamment indiquer les cirs constances qui atténuent le torts de Villehardouin.
89) äboutit en somme à la mème conclusion que la nôtrez mais elle nous parait ne pas,
PES MES RE el Ve
di © EXTRAITS DE YILLEHARDOUIN. ets
d'abord sont la clarté et la simplicité : lors même que les causes restent obscures, — et nous venons de voir que c'est alors par l’expresse volonté de l'historien, — il n'y a pas une ombre qui plane sur les faits. Cette clarté absolue tient évidemment, d’abord à la connaissance parfaite que l'auteur, grâce à sa haute situation, a eue des événements; maïs elle tient aussi à l’admurable lucidité de son esprit, qui lui faisait distinguer sans eftort les grandes lignes et les points saillants. Que l’on compare son récit des deux sièges de Constantinople aux récits de bataille de Joinville : celui-ci est incomparable dans la peinture du détail, mais il ne voit que le détail; sa nar-
ration est celle d’un soldat qui a le coup d'œil d’un pein-
tre, la fraicheur de souvenir et d'imagination d’un poète, mais enfin, c'est celle d'un soldat : on ne peut pas plus se faire, d’après lui, une idée du dessin général de la bataille de Mansourah que nos grands-pères n’eussent pu se représenter celui des journées d’Austerlitz on d'Iéna d'après les souvenirs d’un grenadier de la garde. Au contraire, le récit de Villehardouin est celui d’un général dont le coup d'œil a dominé l’action, et qui ne fait place au détail qu'autant que celui-ci ne doit pas obscur cir l’ensemble; on peut trouver même que cette place est un peu restreinte, et l’on se fût volontiers attardé au récit de quelques faits d'armes qui, nous le savons, furent héroïques, et que la sobriété un peu dédaigneuse de la . manière de Villehardouin a cependant laissés de côté!.
De là cette impression, non pas de froideur, certes, mais d’austérité, que laisse la lecture dé Villehardouin. Ce livæ n’est pas froid, parce que son auteur est pas-
“ 4. C'est ainsi que nous ne | nous eussions toujours ignoré savons que par Robert de Clari | les prouesses du clerc Aleaume
comment les premiers cheva- | s'il n'eût été le frère du narra=
liers français pénétrérent dans | teur. On trouvera plus lem le: Constantinople lors du second | morceau auquel nous faisons £ siège de la ville, et sans doute l'allusiôn.
# 4 RES és
NOTICE. à ASC
sionné : il est, pour ainsi dire, échauffé par une flamme intérieure; mais il a quelque chose de grave, presque de triste; sa fière grandeur tient en quelque sorte le lecteur à distance. Certains critiques en ont cherché la cause dans le caractère de la langue que maniait Villehardown, et qui, peu formée encore et uniquement façconnée par la versification, aurait été un instrument rebelle aux mains d'un prosateurt.
Il est certain que le style de Villehardouin a un caractré que lon qualifierait volontiers d’archaïque; mais > nous sommes persuadés qu'il tient infiniment moins à
l'état de la langue qu’au tempérament de l’auteur. On ne . comprendrait pas en effet que la prose ne püût pas - profiter des acquisitions faites par les poètes; une langue assouplie par une longue pratique de la versification doit ètre d'autant plus vive, plus dégagée, plus alerte, quand on cessé d’en faire peser sur elle les entraves; voyons-. - nous qu'Hérodote perde rien de sa brillante fluidité aux- - souvenirs homériques qui flottent dans sa mémoire ? En
fait, 1l existe des œuvres en prose à peu près contempo-
raies de notre chronique, et qui n'ont nullement le même . caractère : dans Robert de Clari, ce ne sont ni les détailsdescriptifs ni même le havardage qui manquent; les
premiers romans bretons, postérieurs d’une dizaine - d’années, ont déjà cette grâce nonchalante et molle qui » fait le charme du genre. Qu'on ne nous oppose point les nombreuses formules épiques éparses çà et là dans le
style de Villehardouin, et qui en constituent un des traits les plus intéressants et les plus, caractéristiques?, mais
th
La Des
À. «La difficulté même qu'il , chesse du sujet, entre la force
- éprouve dans l'emploi d’une | des impressions et la faiblesse
3 langue pauvre, informe, re- | de l'idiome qui sert d'organe
belle, ajoute à ses mérites et | à un puissant esprit.» (Auber-
£ donne du piquant à ses vivants | tin, Lilt. franc. au moyen âge, … tableaux; il y à contraste et | II, 175.)
» lutle perpétuelle entre la ri-! 2. Ces formules ont été étu-
= : F d CEE Tape
eÙ
dont on nous semble avoir exagéré l'importance. Sans doute l'allure de la narration, dans sa majesté imperson= nelle, a quelque chose d'épique ; sans doute certaines formules ont passé directement des chansons de geste dans le style de notre chroniqueur, mais il en est d’autres aussi pour lesquelles cette explication est inutile: ce sont celles, par exemple, par lesquelles il se met en contact direct avec son public; en effet, comme nous Pavons: dit, le livre de Villehardouin a été écrit, non pour fa
lecture, mais pour la récitation‘. D’autres étaient pro-.
bablement des façons traditionnelles et habituelles d’exprimer des actions très fréquentes, et n’ont rien de particuhèrement épique, si, comme il est probable, c’est autour d’eux que les ont recueillies les auteurs de chansons de geste qui les ont les premiers employées?. Ce qui est incontestable, c’est que Villehardouin aime (et en cela, il est vrai, il se rapproche de ceux-ci) à caractériser les mêmes
actes par les mêmes mots.
diées par M. À. Kressner dans l'Archiv für das Studium der neueren Sprachen und Literaturen, LNII, 1-16. On trouvera dans cet article d’intéressants rapprochements, malheureusement restreints à quelques chansons de geste, à côté de beaucoup d'inutilités ; M.
Kressner n’a pas distingué. les formules, vraiment épiques de certaines formules de la langue courante.
1. Nous avons signalé plus haut le Sachez du début : «Seignor, sachiez...». C’est aussi de la même cause que dérive l’emploi de formules telles que :
« Ur. oëz » (8 175, 182, 229, OU8, elc.); « come vos avez
Ainsi, veut-il exprimer une
oï.. » (S 14, 69, 245, etc.);
« come. vos porrez oir. avant »
($ 55); « lors veïssiez » ($ 78, 172, 244)..Quant aux formules de transition comme : «Or lairons de... et revenrons a... »
(S 524, 547, 369), elles étaient alors habituelles dans tous les ouvrages narratifs.
2. Ainsi certaines formes de style qui ont un caractère tout.
à fait populaire; des redoublements de mots, par exemple : « bel et bon; riche et beau; travaillié et pené»; des
sortes de dictons: « si grant :
bruit que il sembloit que terre
fondist (ou croulast)... que on n'oïst pas Dieu tonant » (S 28, 172, 218, 241, etc). ;
A ne NOTICE. at grande douleur, il dira: ( i ot mainte lerme de pitié ploree» ($ 31, 47,67, 371, 584, etc.). Veut-il peindre l'état de dénuement de l’armée, il écrira : «et mangierent pou, car pou avoient » ($ 181, 53° 313). Mais il faut voir là moins une imitation mécanique du style épique (la dernière de ces formules au moins n’a rien d’épique) que Vaversion de l’auteur pour tout ce qui ressemblerait à un développement de rhétorique. C’est au même motif qu'il faut attribuer le fréquent emploi de formules synthéti- - ques comme celles-ci : ( chose la plus bele, la plus grande, la meilleure qui soit » ou « que on eüst onques veüe » (S 21, 29, 87, 96, 154...) ; ( si richement acesmees que eles ne pouroient plus » ($ 185). Évidemment si Villehar- -douin recule devant la description, ce n’est pas que la langue lui refuse le service : la langue la plus inexpérimentée, du moment qu’elle est pourvue des mots correspondants aux objets, peut fournir les éléments d'une description; mais c’est que Villehardouin eût cru tomber dans un vain bavardage, et il a voulu simplement marquer que l'impression faite sur lui avait été vive, sans la juger digne cependant d’être analysée. Cette aversion- pour tout ce qui sent l’homme de lettres, le rhéteur, est peut-être le trait le plus saillant du style de: Villehardouin ‘. C’est plus que de la simplicité, c'est la nudité voulue du style d’affaires; c’est que Villehardouin en effet-est, non un écrivain, mais un homme d'action qui veut ne mettre entre les faits et nous aucun intermédiaire, qui préfère laisser parler les choses, jugeant leur éloquence plus efficace que celle des mots.
Faut-il voir dans cette sécheresse un défaut de sensibilité ou d'imagination ? Nous ne le croyons pas. L'ima-
1. Il semble bien que ce | fut fait pour aucun homme ». parti pris de concision soit | (S 31). «Il y avait peu de jours très réfléchi : « Du deuil qui | qu'on ne fit des sorties, mais fut là fait, il ne convient pas de | je ne puis vous les raconter parler, jamais plus grand ne | toutes » (8 68\ »
PSE LOPROUT RAR DNS O7 GA PER Et se
LR À
Conan TR SE 2°, 47 RM TAN
gination de Villehardouin, qu'il s'applique ordinairement à contenir, perce malgré lui dans quelques tableaux qui échappent, pour ainsi dire, à sa plume, quand l'émotion a dépassé la mesure ordinaire, et qui sont d’un grand peintre: qu'on lise par exemple les quelques lignes où il nous montre Constantinople apparaissant aux yeux des Croisés ($ 128), et ce récit de l’embarquement, si impatiemment désiré par lui, après les hésitations de Corfou (K 119); il semble que sur ce dernier surtout un souffle printanier ait passé. Sa brièveté n'est donc que le parti pris d’un auteur qui veut, non amuser la curiosité, mais satisfaire l'intelligence.
Quant à son caractère, il éclate dans son œuvre malgré ce parti pris, et ce n’est même pas un des moindres attraits de celle-ci que de nous faire vivre intimement avec son auteur: quand on a parcouru ces deux cents pages, on connait à fond l’âme de Villehardouin, et par surcroit, — car il ne paraît avoir différé de ses compagnons que par l’'éminence de ses qualités, — la façon de penser et de sentir d’une génération singulièrement intéressante. Villehardouin, en effet, a mille fois l’occasion de nous parler de lui-même, son rôle l'ayant mis souvent en lumière; de plus, s’il dissimule volontiers ses émotions,
il ne cache pas et affiche presque ses appréciations sur des actes d'autrui ($37, 49, 50, 57, etc.). En effet, il voit dans l'histoire ce que les hommes du xr° siècle voyaient dans l'épopée ! : une récompense pour les bons, une pu nition pour les félons?; or ces jugements qu'il porte. le jugent lui-même.
On serait tenté, au premier abord, de le croire insen-
4. Chanson de Roland, v.| 2. Le récit d'une action d’é- 4014, 1474: clat est presque toujours suivi « Male chançon Ja chantede | du nom de ceux qui s'y sont.
é [n'en seit... | distingués; de même pour les Que nnls prozdom malvaise- | actes répréhensibles, et il note
[ment n'en chant. » | volontiers que le déshonneur
LL s ”
“NOTICE. Re nm 10
sible : en effet, il ne plaint pas les autres plus qu’il ne se plaint lui-même ; pouftant il n’est pas difficile de voir qu'il y a là quelque affectation, et que c’est en vain qu'il s’est fait un masque d’impassibihité : ses émotions percent, sielles n’éclatent pas. Non seulement il pleure la perte de ses amis, ce qui est trop-naturel!, mais les misères des pauvres gens, les cruelles nécessités de la guerre ne le laissent pas indifférent ; on voit qu'il déplore, par exemple, ces trois incendies successifs qui ravagérent Constantinople malgré les Croisés, — certains d’entre eux du moins, — qui « ni PRANt rien de plus » ($ 203, 247. CF. 409, 414)*?.
Ce qui fait le fond du caractère de Villehardouin, et, à ce qu'il semble, de ses compagnons, ce sont deux qualités très viriles et très françaises : c’est d’abord cette sorte de courage qui consiste, non pas à ne jamais craindre le danger ou même à le chercher, mais à ne pas reculer devant le péril, même évident, quand l'honneur le commande; courage fait de raison, de sang-froid, de volonté réfléchie, qui est, à notre courage moderne, fait souvent d'entrain, de point d'honneur, de nervosité, ce que la santé est à la maladie. On s’est extasié sur la naïveté de - Joinville, avouant que, tombé au pouvoir des Sarrasins, - il.se mit à « trembler bien fort pour la peur qu'il avait »
(édition de Waiïlly, $ 323), et qui, de détresse, se jeta aux | pieds de ceux qui tenaient «les grandes haches danoises à charpentier » ($ 355); la naïveté seule de l'expression
est propre à Joimville; le sentiment eûl été avoué par Vilehardouin, qui ne se pique nullement d’impassibilité
à À rejaillira sur la postérité des] 2. Cependanton peuttrouver - coupables ($ 345, 3576-9, et | qu'il raconte bien sèchement Surtout 379 et 484). la fin misérable des Arméniens 4 . «“ ., #44 mort -dû jeune comte | (Hermins), fidèles alliés des de Champagne lui inspire par | Croisés, qui moururent Jjusexemple quelques lignes fort | qu'au dernier loin de leur na- éloquentes {$ 35). trie (S 385) #9 À - { Pr]
A 1H EC VEUT 90 . EXTRAITS DE VILLÉHARDOUIN. | devait le danger, Quand ses deux compagnons et lui reviennent. sains et saufs de cétte ambassade où ils avaient été provoquer l'empereur dans son palais mêime,
il avoue qu'il (n’y en eut pas un qui ne fût bien joyeux,
car ils étaient échappés de bien grand péril » ($ 216. CF.
181). Il ne dissimule nullement qu’en face d’un grand danger on a un moment d’hésitation. Quand les Croisés découvrent pour la première fois Constantinople avec ses fossés, ses tours, et leurs défenseurs: « Sachez, dit-il, qu'il n’y eut homme si hardi à qui la chair né frémit h ($ 128); mais c’est la chair seule qui frémit, le cœur resté ferme : chacun regarde ses armes ($ 132), et, surtout quand on est ( confessé et communié » ($ 154,430), on marche sans trouble au pérille plus évident. Si l’on recule devant les témérités inutiles, — ét encore ne le fait-on pas toujours, — c’est qu'on sait lé prix, et en quelque sorte là valeur positive, de la vie d’un bon chevalier: mais une occasion se présente-t-elle où il vaille la peine de donner la sienne, on n'hésite pas un instant. Il y a un passagé. vraiment touchant dans sa simplicité : quand les Grecs, hier ennemis des Croisés, aujourd'hui leurs alliés, sont : assiégés par Joannis-dans Dimot, on comprend tout lé péril que l'on court en allant chercher, avec dés alliés neu sûrs, un ennemi supérieur en nombre; pourtant on n'hésite pas un instant, et l’on réussit à délivrer là ville | (S 451). Peu de temps après, Joannis fait un retour
offensif, reprend la ville et la ruine de fond en comble ; puis il se retire en émmeénant des prisonniers ; bien que : ces prisonmers fussent des Grécs, v'est-à-dire des gens. qui n'avaient rien fait pour se concilier la sympathie ét mériter le dévouement des Croisés, on se met en iarcle, on poursuit Joannis pendant quatre jours, et l’on. a enfin la joie de délivrer vingt mille prisonniers, tant: hommes que femmes et enfants (S 448), Tous ces faits sont racontés avec la plus oxtrême simplicité, comme la chose la plus naturelle du monde. Sans doute nous trou
vons aujourd’hui que les Croisés mont fait que leur ! devoir; mais le sentiment du moyen âge était autre
peut-être, et, si légitime que nous paraisse l'acte, il était du moins courageux, et il y a quelque mérite à ne pas s’en être vanté,
Un second sentiment plus profond encore, semble-t-il, au cœur des Croisés, c’est la fidélité absolue au suzerain. Quand Renier de Trit est abandonné dans Philippopoli par son fils et son gendre, et que ceux-ci, surpris par leurs
enhemis, ont la tête tranchée ($ 345), Villehardouin n’est
pas loin de trouver que le châtiment est juste. Il faut voir l’étonnement et l'indignation que provoquent chez lui la félonie.d’Alexis, qui, oublieux des bienfaits, se tourne contre ceux mêmes qui l’ont remis sur le trône, et les trahisons continuelles des Grecs, pour qui ne compte pas la foi jurée et qui se font un jeu d'égorger leurs empereurs. Certes, Villehardouin est en général sobre de réflexions, mais ici c’est comme une révolte de sou être qu’il ne peut contenir. Ces trahisons lui paraissent justifier la colère de Dieu, qui semble s'être appesantie sur les Grecs : ( Or voyez, dit-il, si ces gens devaient tenir uneterre ou la perdre, qui faisaient de si grandes cruautés les uns contre les autres »
($ 271). Telle est, du reste, l'indignation des Croisés,
qu'ils se chargent de punir un crime qui n’était point dirigé contre eux : ils font précipiter Murzuphle du haut d’une colonne ($ 307).
Nous devons tenir compte aussi de ce sentiment quanc nous voyons Villehardouin blâämer si violemment et hors de toute meSure, à notre avis, céux qui s'étaient permis de se séparer de leur seigneur : c’est que, pour lui, c'étaient, non des dissidents ayant sur la politique ou la
stratégie des vues différentes, mais de véritables déser-
ee
teurs, traitres à leur serment et à leur drapeau.
En somme, Villehardouin nous offre le type, sinon aimable, au moins très respectable et imposant, du baron féodal à la fin du xne siècle. Cette génération fut moins
brillante que celle de Joinville, mais dans celle-ci àl y a déjà un grain de frivolité ; elle fait déjà la guerre, quoique moins exclusivement que celle dont nous trouverons l'image dans Froissart, par vaine gloire, et pour ainsi dire par amour de l'art; elle aime trop à raconter ses exploits « dans les chambres des dames ». On sent poindre la chevalerie de parade et de carrousel. Au temps de Villehardouin, au contraire, la chevalerie est encore dans son austère et vigoureuse maturité, et peut-être plus que jamais dans le plein équilibre de ses qualités; elle ne connait plus, il est vrai, cette exaltation du sentiment religieux qui fit les premières croisades, mais la foi est vive encore, ct les âmes, moins mystiques, n’en sont peutêtre que plus virilement trempées; à côté des sentiments religieux elles en admettent quelques autres qui forment cette religion laïque, la prud'homie, qu’on appellera plus” tard l'honneur, et dont les éléments principaux sont la bravoure, la loyauté, la fidélité absolue au serment et au suzerain ; ces vertus sont d'autant plus solides qu’elles s'ignorent elles-mêmes et sont pratiquées sans faste. À vrai dire, il n'a pas fallu moins que toutes ces vertus, et portées à un haut degré, pour que nos Croisés, malgré leur petit nombre et la multitude de leurs ennemis, malgré les incertitudes, les dissensions et les fautes de leurs chefs, aient pu faire encore les grandes choses au'ils ont fautes.
L'an 11981, Foulque, curé de Neuilli, commence à « parler de Dieu » dans l’Ile-de France et aux environs, et Dieu fait par lui maint miracle. Sa renommée étant parvenue jusqu’au pape (Innocent IH), celui-cilui ordonne de prêcher la croisade et envoie en France, pour l'aider dans cette œuvre, un cardinal, maitre Pierre de Capoue®; il accordäit en même temps une indulgence plénière à
tous ceux qui serviraient un an dans les rangs des Croi-
sés, Lors d'un tournoi qui a lieu à Écris (28 novembre 1199), les comtes Thibaud de Champagne et Louis de Blois se croisent. Énumération des chevaliers qui suivent leur exemple ($ 1-10).
Durant toute l’année 1200, les barons croisés s’assemblent plusieurs fois à Soissons et à Compiègne sans pouvoir s'entendre, ni sur la date du départ, ni sur l'objectif
de l'expédition. Ils conviennent du moins de choisir la
1. Le texte porte 1197; c’est qu'Innocent Ill, dont il va être question, monta sur le trône pontifical le 8 janvier 1198
et que, l’année ne commençant |
qu'à Pâques, les trois premiers mois de 1198 sont comptés
comme appartenant encore à