‹ Extraits des grands philosophesChapitre 103 sur 331 · I. — Présomption de rhomme · texte numérisé non relu

I. — Présomption de rhomme

ConsidéronB l'homme seul^ sans secours étranger, armé seulement de ses armes Qu'il me fasse entendre, par l'efiort de son

discours, sur quels fondements il a bâti ces grands avantages qfu'il pense avoir sur les autres créatures . Qui lui a persuadé que ce branle admirable de la voûte céleste, la lumière étemelle de ces flambeaux roulant si fièrement sur sa tête, les mouvements épouvantables de cette mer infinie soient établis et jse continuent tant de siècles pour

sa commodité et pour son service ? Est-il possible de rien imaginer de si ridicule que cette misérable et chétive créature, qui n'est pas seulement maîtresse de soi, exposée aux offenses de toutes choses, se dise maîtresse et emperière de l'univers, duquel il n'est pas en sa puissance de connaître la moindre partie, tant s'en faut de la commander ? Et ce privilège qu'il s'attribue d'être seul, en ce grand bâtiment, qui ait la suffisance d'en reconnaître la beauté et les pièces, seul qui en puisse rendre grâces à l'architecte, et tenir compte de la recette et mise du monde : qui lui a scellé ce privilège ? Qu'il nous montre lettres de cette belle et grande charge. Mais, pauvret, qu'a-t-il en soi digne d'un tel avantage ?

La présomption est notre maladie naturelle et originelle. La plus <;alamiteuse et fragile de toutes les créatures, c'est l'homme, et quant et quant, dit Pline, la plus orgueilleuse. Elle se sent et se voit logée ici parmi la bourbe et la fiente du monde, attachée et clouée à la pire, plus morte et croupie partie de l'univers, au dernier étage du logis et le plus éloigné de la voûte céleste, et se va plantant par imagination au-dessus du cercle de la lune, et ramenant le ciel sous ses pieds. C'est par la vanité de cette môme imagination qu'il s'égale à Dieu, qu'il s'attribue les conditions divines, qu'il se trie soi-même et se s^are de la presse des autres créatures, taille les parts aux animaux, ses confrères et compagnons, et leur distribue telle portion de facultés et de forces que bon lui semble.

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