IV. — Gomment on acquiert l'idée de l'espace
Cîomme la statue (1) connaît la durée par la succession de ses idées, elle connaît l'espace par la coexistence de ses idées. Si le foncher ne lui transmettait pas à la fois plusieurs sensations qu'il distingue, qu'il rassemble, qu'il circonscrit dans de certaines limites, et dont, en un mot, il fait un corps, elle n'aurait l'idée d*aacune grandear. Elle ne trouve donc cette idée que dans la coexistence de plusieurs sensations.
Traité des sensations, viii, 24.
V, — Noas n'avons point d'idée de rinâpi.
tlemarquer que nous pouvons sans cesse ajouter Tunité, c'est remarquer qu'il n'est point de nombre qui ne soit susceptible d'augmentation, et qui ne le soit sans fin. Nous nous imaginons bientôt que nous ne jugeons ainsi que parce que l'idée de l'infini Um ei4 présente. Cependant, qu'on ajoute sans cesse des unités lu unes aux autres, parviendra-t^n jamais à pouvoir dire : Voilà k fiomir» infini, comme on parvient à dire : Voilà celui de mille? IbiSi quelque considérables que soient les nombres que nous pouvons démftler, il en reste toujours une multitude qu'il n'est
L Coadilkc iouigiiie une statue à laquelle il donne sueeessirement toas les sens.
pas possible de déterminer, qu'on appelle pour cette raison r«h fini, et qu'on eût bien mieux nommée VindéfinL
Lorsque la statue a une fois imaginé un espace, où elle ne s'est point transportée, elle en imagine plusieurs les uns hors des autres. Enfin, ne concevant point de bornes au delà desquelles elle puisse cesser d'en imaginer, elle est comme forcée d'en ima* giner encore, et elle croit apercevoir l'immensité même.
Lorsqu'elle s'est fait une longue habitude des changements auxquels elle est destinée, le souvenir d'une succession d'idées est un modèle d'après lequel elle imagine une durée antérieure et une durée postérieure ; de sorte que, ne trouvant point d'instant dans le passé ni dans l'avenir au delà duquel elle ne puisse pas en imaginer d'autres, il lui semble que sa pensée embrasse toute l'éternité.
Cependant elle n'a dans le vrai aucune idée ni de Tétemité, ni de l'immensité. Si elle juge le contraire, c'est que son imagina* tion lui fait illusion en lui représentant comme l'éternité et Timmensité même une durée et un espace vagues dont elle ne peat fixer les bornes. Ibid.