IV. — 6ur l'idée de la justice
La notion de justice aie semble si naturelle, si unîvewclle-
ineiil acquise par tous les hommes, qu'elle est indépendante (le
iHite loi, dé tout pacte, de toute religion... Partout violée, auUe part elle n'est abrogée : « qu'on me montre un pays où il soit lonnétede me ratir le fruit de mon travail, de violer sa promesse, le mentir pour nuire, de calomnier, d'assassiner, d'empoisonner, l'être ingrat* » Le Philosophe ignorant.
J.-J. ^0a88BlU,
Fean- Jacques Rousseau naquit à Genève, en 1712, d'une (kmille firtnçaiie émîgrée au xvi« siècle. Tour à tour clerc d'un greffier, apprenti grar veur, écuyer de la reine de Sardaigne, professeur de musique à Lausanne, il vécut pendant huit ans auprès de Madame de Warens. Plus tard il se lia à Paris avec Diderot et Grimm, écrivit en 1749 pour TAcadémie de Dijon son mémoire sur Le progrès des arts et des sciences, et, l'année suivante, un second mémoire sur L'origine de rinégalité parmi Us hofnmes. Il retourna ensuite à Genève, revint à Paris, publia la Lettre à d'Alembert sur les spectacles, le Contrat social^ V Emile (1762), Ce dernier livre fut condamné à la fois à Paris et en Suisse. U écrivit alors, contre le conseil de Genèye, ses Lettres de la Montagne^ quitta la Suisse pour passer en Angleterre, vécut quelque temps ches le philosophe Hume et rentra ensuite en France, U mourut sui^iteipent le 3jametl778.
I. — Du droit da plus fort. — Différence de la force et du droit. — La puis-
sance n'oblige que si elle est légitime.
Sitôt que c'est la force qui fait le droit, l'effet change avec la cause ; toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu'on peut désobéir impunément, on le peut légitimement ; et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s'agit que de faire en sorte qu'on soit le plus fort. Or, qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse ? S'il faut obéir par force, on n'a pas besoin d'obéir par devoir ; et si l'on n'est plus forcé d'obéir, on n'y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien à la forcé \ il ne signifie ici rien du tout.
Obéisses aux puissances. Si cela veut dire, cédez à la force, le pj^cepte est bon, mais superflu ; je réponds qu'il ne sera jaipais violé. Toute puissance vient de Dieu, je l'avoue; mais toute Maladie en vient aussi : est-ce à dire qu'il soit défendu d'appeler ^e médecin? Qu'un brigand me surprenne au coin d'un bois, nonseulement il faut par force donner la bourse ; mais, quand je beurrai la ^ustraire, suis -je en conscience obligé de la donner? ^f enfin lé pistolet qu'il tient est aussi une puissance.
ConveaoDs donc que force ne fait pas droit, et qu'on n'est obligé d'obéir qu'aux puissances légitimes.
Contrat social^ I, ui.