‹ Extraits des grands philosophesChapitre 199 sur 331 · II. — Caractère sacré et inaliénable de la liberté hamaine · texte numérisé non relu

II. — Caractère sacré et inaliénable de la liberté hamaine

Si un particulier, dit Grotius, peut aliéner sa liberté et se rendre esclave d'un mattre, pourquoi tout un peuple ne pourrait-il pas aliéner la sienne et se rendre sujet d'un roi ? — Il y a là Uen des mots équivoques qui auraient besoin d'explication ; mais tenons-nous en à celui à^aliéner. Aliéner, c'est donner ou vendre. Or, un bomme qui se fait esclave d'un autre ne se donne pis; il se vend tout au moins pour sa subsistance : mais un peuple pourquoi se vend-il ? Bien qu'un roi fournisse à ses sujets leur subsistance, il ne tire la sienne que d'eux, et, selon Rabelais, on roi ne vit pas de peu. Les sujets donnent donc leur personne à condition qu'on prendra aussi leur bien. Je ne vois pas ce qu'il leur reste à conserver.

On dira que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile ; soit, mais qu'y gagnent-ils, si les guerres que son ambition leur attire, si son insatiable avidité, si les vexations de son ministère les désolent plus que ne feraient leurs dissensions T Qu'y gagnent-ils, si cette tranquillité même est une de leurs misères ? On vit tranquille aussi dans les cachots : en est-ce asseï pour s'y trouver bien f Les Grecs enfermés dans l'antre du cyclope y vivaient tranquilles, en attendant que leur tour vînt d'être dévorés.

Dire qu'un homme se donne gratuitement, c'est dire une chose absurde et inconcevable ; un tel acte est illégitime et nul, par cela seul que celui qui le fait n'est pas dans son bon sens. Dire la même chose de tout un peuple, c'est supposer un peuple de fous : la folie ne fait pas droit.

Quand chacun pourrait s'aliéner lui-même, il ne peut aliéner ses enfants ; ils naissent hommes et libres ; leur liberté leur appartient : nul n'a droit d'en disposer qu'eux. Avant qu'ilssoient en âge de raison, le père peut, en leur nom, stipuler des conditions pour leur conservation, pour leur bien-être, mais non les donner irrévocablement et sans condition ; car un tel don est contraire aux fins de la nature, et passe les droits de la paternité. H faudrait donc, pour qu'un gouvernement arbitraire fût légitime, ' chaque génération le peuple fût le maître de l'admettre oa

Le le rejeter : mais alors ce gouvernement ne serait plus arbiraire.

Renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme, .ux droits de l'humanité, même à ses devoirs. Il n'y a nul dédomnagement possible pour quiconque renonce à tout, une telle enonciation est incompatible avec la nature de Thomme ; et ^'est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa olonté.

Enfin c'est une convention vaine et contradictoire de stipuler L'une part une autorité absolue, et de l'autre une obéissance sans N>rnes. N'est-il pas clair qu'on n*est engagé à rien envers celui tont on a droit de tout exiger? El cette seule condition sans équi- ''aient, sans échange, n*entralne-t-elle pas la nullité de l'acte? >ar quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ;6qu*il a m'appartient, et que, sou droit étant le mien, ce droit de Doi contre moi-même est un mot qui n'a aucun sens ?

Ainsi, de quelque sens qu'on envisage les choses, le droit d'esclavage est nul, non-seulement parce qu'il est illégitime, mais 3arce qu'il est absurde et ne signifie rien. Ces mots esclavage et irait sont contradictoires, ils s'excluent mutuellement ; soit d'un lomme à un homme, soit d'un homme à un peuple, ce discours ^era toujours également insensé : «Je fais avec toi une convendon toute à ta charge et toute à mon profit, que j'observerai tant lu'il me plaira, et que tu observeras tant qu'il me plaira. »

/ Contrat social^ I, iv.

III. — Qu'il faut toujours remonter à une première convention.

Quand j'accorderais tout ce que j'ai réfuté jusqu'ici, les fauteurs 3n despotisme n'en seraient pas plus avancés. Il y aura toujours tine grande différence entre soumettre une multitude et régir une iiociété. Que des hommes épars soient successivement asservis à Un seul, en quelque nombre qu'ils puissent être, je ne vois là qu'un maître et des esclaves ; je n'y vois point un peuple et son cshef ; c'est, si Ton veut, une agrégation, mais non pas une assoi^tion; il n'y a là ni bien public, ni corps politique. Cet homme, •BAt-il asservi la moitié du monde, n'est toujours qu'un particu- *ir; son intérêt, séparé de celui des autres, n'est toujours qu'un ^Wrôt privé. Si ce même homme vient à périr, son empire, après ^% reste épars et sans liaison, comme un chêne se dissout et ^ombe en un tas de cendres après que le feu l'a consumé.

314 LA PHILOSOPHIE B!t FtlANOà ^D XVni* SIÈCLE,

tin peuplé) dit Qtotitïê^ petit isé iéûûet h un tùi. Séldfi OrMias, un peuple est donc un peuple avant de se donner à un rOi. Ce dm ffîdnie mi un acte civil ; II suppose une délibéi'ation ptildlqBe. Aimt donc que à'^ÈÉLminet l'acte pa^ lequel un perapld élit tin tdi^ il serait bod d'etaininér ïêitie par lequel un peùplef estmi peuple^ oaf éet acte^ étant nécessaireiûeût antérieur à l'autre, eit le vrai foudetueiit dé la société.

En efiety s'il n'y avait point de convention antérieure, où serait, à inoius que l'élection lie fftt uuanimë, Tobligation pour lé petit nombre de se soumettre au choix du grand ; et d*où cent qui veulent un maître, dnt-ils un droit de voter pour dix qui n'en veulent point 1 La loi de la pluralité des suffrages est elle-mten Un établissement de convention, et suppose au moins une fini ruiianiinité. Contrat socialy I, v. •

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