II. — Les animaux sont des variétés d'un même type
Il semble que la nature se soit plu à varier le même mécanis d'une infinité de manières diâérentes. Elle n'abandonne genre de productions qu'après en avoir multiplié les individi sous toutes les faces possibles. Quand on considère le règoi animal, et qu'on s'aperçoit que, parmi les quadrupèdes, il n'y es a pas un qui n'ait les fonctions et les parties, surtout intérieureSi entièrement semblables à un autre quadrupède, ne croiraiw* pas volontiers qu'il n'y a jamais eu qu'un premier auiniil prototype de tous les animaux, dont la nature n'a £aitqu'aUoûg0fi raccourcir, transformer, multiplier, oblitérer certains organes*
Diderot: 325
Imaginez les doigts de la main réunis, et la matière des ongles si abondante que, venant à s'étendre et à se gonfler, elle enveloppe et couvre le tout, au lieu de la main d'un homme vous aurez le pied d'un cheval. Quand on voit les métamorphoses successives de l'enveloppe du prototype, quel qu'il ait été, approcher un règne d'un autre règne par des degrés insensibles, et peupler les confins des deux règnes (s*il est permis de se servir du terme de confins où il n'y a aucune division réelle), et peupler, dis*je, les confins des deux règnes d'êtres incertains, ambigus, dépouillés en grande partie des formes, des qualités et des fonctions de l'un, et revêtus des formes, des qualités, des fonctions de l'autre, qui ne se sentirait porté à croire qu'il n'y a jamais eu qu'un premier être prototype de tous les êtres ?
De l'interprétation de la nature^ XII.
III. — Tous les phénomènes physiques dérivent d'un seul rôle de la science.
De même que, en mathématiques, en examinant toutes les propriétés d'une courbe on trouve que ce n'est que la même propriété présentée sous des faces difTérentes, dans la nature on reconnaîtra, lorsque la physique expérimentale sera plus avancée, que tous les phénomènes, ou de la pesanteur, ou de Télasticité, ou de l'attraction, ou du magnétisme, ou de l'électricité, ne sont que des faces différentes de la même affection. Mais entre les phénomènes connus que l'on rapporte à l'une de ces causes, combien y a-t-il de phénomènes intermédiaires à trouver pour former les liaisons, remplir les vides et démontrer l'identité î C'est ce qui ne peut se déterminer. 11 y a peut-être un phénomène central qui jetterait des rayons non-seulement à ceux qu'on a, mais encore à tous ceux que le temps ferait' découvrir, qui les unirait et qui en formerait un système. Mais au défaut de ce centre de correspondance commune, ils demeureront, isolés ; toutes les découvertes de la physique expérimentale ne feront que les rapprocher, en s'interposaut, sans jamais les réunir, et quand elles parviendraient à les réunir, elles en formeraient un cercle continu de phénomènes où l'on ne pourrait discerner quel serait le premier et quel serait le dernier. Ce cas singulier où la physique expérimentale, à force de travail, aurait formé un labyrinthe dans lequel la physique rationnelle, égarée et perdue, tournerait sans cesse, n'est pas impossible dans la nature, comme il l'est en mathématiques. On trouve toujours en mathématiques, ou
326 LA PHILOSOPHIE EN FRANCE AU XVm» SIÈCLE.
par là synthèse ou par Taiialyse, les propositions intertoédiaires cfuî séparent la propriété fondamentale d'une courbe de sa propriété la plus éloignée.
De Vinterprétation de la nature^ XLV.