‹ Extraits des grands philosophesChapitre 214 sur 331 · IV. - L'amitié et l'intérêt · texte numérisé non relu

IV. - L'amitié et l'intérêt

Aimer, c*est avoir besoin... Il n*y a pas d'amitié sans besoin : ce serait un effet sans cause. Les hommes n'ont pas tous les mêmes besoins ; l'amitié est donc entre eux fondée sur des motifs différents.. • En conséquence il y a des amis de plaisir, d'argent, d'intrigue, d'esprit et de malheur...

La force de l'amitié est toujours proportionnée au besoin que les hommes ont les uns des autres... Le besoin est la mesure du Sentiment...

Mais, dira-t-on, si l'amitié suppose toujours un besoin, ce n'est

1. Jean-Jacques Rousseau, dans ses notes sur le livre De l'Esprit, écrivit, •D regard de cette phrase : « Le salut public n'est rien si tous les parti- Uliers ne sont en sûreté. » L'article Economie politique (publié par Rous- •^u dans l'Encyclopédie en 1755) contient cette réponse à Helvétius: ' Qu'on nous dise qu'il est bon qu'un seul périsse pour tous, j'admirerai -ette sentence dans la bouche d'un digne et vertueux patriote qui se 'Onsacre volontairement et par devoir à la mort pour le salut de son ^ays; mais si l'on entend qu'il soit permis au gouvernement de sacritier xn innocent au salut de la multitude, je tiens cette maxime pour une des >lus exécrables que jamais la tyrannie ait inventées, la plus fausse qu'on [Puisse avancer, la plus dangereuse qu'on puisse admettre et la plus directement opposée aux lois fondamentales de la société. »

pàâ du moins un besoin physique. <— Mais, répondrai-je, à quoi tient le charme de la conversation d'un ami? Au plaisir, d*f parler de soi. La fortune nous a-t-elle placés dans un état honnête, on s'entretient avec son ami des moyens d'accroître sei biens, son honneur, son crédit et sa réputation. Est-on dans h misère, on cherche avec ce même ami les moyens de se soustraire à Tindigence, et son entretien nous épargne du moins le malheur, Tennui de conversations indifférentes. C'est donc toujours de ses passions ou de ses plaisirs que l*on parle à son ami. Or, s'il n'est de vrais plaisirs et de vraies peines, comme je l'ai prouvé plus haut, que les plaisirs et les peines physiques.., «. il s'ensuit que l'amitié, ainsi que les autres passions, est l'effet immédiat de b sensibilité physique.»... Les peines et les plaisirs des sens sont le germe productif de tout sentiment. De V Esprit^ II.

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