IV. — Le goAt a des lois
Ceux qui soutiennent qu'il n'y a rien d'absolu en matière de )ût, et que le proverbe qu'on ne doit pas disputer des goûts est Une application sans limites, soutiennent une opinion insouteible. On pourrait prouver par les mêmes raisons qu'il n'y a rien sû)solu en matière de vérité.
Ceux mômes qui pensent que la beauté n'est qu'un sentiment us la personne qui perçoit sont obligés de s'exprimer comme elle était une qualité de l'objet perçu.
e sentiment de la grandeur.
ti'émotion causée par les objets grands est sévère, sérieuse et lennelle. Telle est l'émotion causée par la grandeur de Dieu, lotion grave et recueillie, qui inspire à l'homme des résolutions unanimes et le dispose aux actes de vertu. Mais qu'est-ce que grandeur ? C'est ce degré d'excellence qui mérite notre admiiion. L'esprit possède des attributs qui ont une excellence réelle en les compare à leurs contraires, et qui sont à ce titre l'objet Lturel de l'estime : ils deviennent l'objet de l'admiration lorsi^'ils sont portés à un degré extraordinaire... La puissance n'estle j)a8 préférable à la faiblesse, l'instruction à l'ignorance, la cesse à la folie, le courage à la pusillanimité ?... Il y a donc ^e excellence réelle dans certaines qualités de l'âme, et, par temple, dans la puissance, dans la sagesse, dans l'instruction, ^113 la vertu, dans la magnanimité.
Un grand ouvrage n'est autre chose que l'ouvrage d'un grand ^nvoir, d'une grande sagesse, et d'une grande bonté, travaillant ^Qr une grande fin.
350 lâ philosophie écossaise.
Or, le pouToir, la sagesse et la bonté sont des attrilmts de Tesprit. L'esprit a donc sa grandeur. La matière ne saurait-elk avoir la sienne ? Je demande qu'avant de prononcer on veuiDa bien examiner à quel titre les objets des sens ont de la grandeur, et si ce n*est point parce qu'ils sont des effets ou des signes im qualités intellectuelles, ou parce qu'ils ont avec elle des analogin ou des rapports.
n me semble donc que la grandeur est le degré d'excellenoi qui excite Tadmiration et l'enthousiasme ; que cette qualité n'appartient naturellement et véritablement qu'aux qualités di l'âme, qu'elle n'existe dans les objets sensibles que comme existe dans la lune et dans les planètes la lumière du soleil, et que ceoiii qui prétendent trouver le principe de la grandeur dans la matièn cherchent la vie dans l'empire de la mort.
C'est donc dans l'échelle de la perfection et de l'excellence qv nous devons chercher ce qui est grand ou beau dans les oljets. Ce qui est grand est l'objet propre de l'admiration, ce qui fàfr. beau l'objet propre de l'amour et de l'estime.
VI. — La beauté extérieure est le symbole de U beauté spiritoelle.
C'est, selon moi, dans les perfections intellectuelles et moraki et dans les facultés actives de l'esprit que réside primitivement toute beauté* Celle qui est répandue sur la face du monde visilib n^en est qu'une émanation.
Il n'est pas jusqu'aux êtres inanimés qui ne présentent quel* ques symboles des qualités de l'esprit. Les qualités de la matière inanimée dans lesquelles nous rencontrons la beauté sont la couleur, la forme, le mouvement et le son... Quant à la mélodie,! me semble que tout motif qui plaît est une imitation des tons (b la voix humaine dans l'expression d'un sentiment ou de quelqtf autre bruit naturel ; et que la musique, comme la poésie, est si art d'imitation.
L'artiste suprême a organisé la matière et l'a douée d'une sorte de vie dans le règne végétal... Toutes les beautés du règne fi* gétal viennent, en définitive, se résoudre dans la double expression d'une perfection réelle dans l'objet, ou d'une sagesse admirable dans son auteur.
Dans l'animal, nous rencontrons la vie, le sentiment, l'actiTilik une foule d'instincts et d'affections diverses, et souvent un coo* mencement d'intelligence. Toutes ces qualités sont des attriW
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le Tesprit ; leur beauté n'est point dérivée, elle est primitive.
Gomme nous reconnaissons dans les animaux un principe pensant, semblable à celui qui nous anime, quoique d'une nature inférieure, et qu'en effet leurs facultés intellectuelles et actives les rapprochent beaucoup de notre espèce, leurs actions, leurs mouvements, leurs physionomies même ont une beauté qui relève immédiatement des attributs de l'esprit dont ils offrent TcKpression.
lie monde sensible n'offre point de beauté si séduisante on si Hiblime qui ne le cède à celle de l'espèce humaine, et spécialeqient h celle de la femme.
Lorsque Satan, dans le Paradis perdu^ vient contempler les fterv.eiUes de ce monde nouvellement sorti des mains de Dieu, e poète le représente frappé d'admiration par la beauté du couple ^ureuz de nos premiers pères.
fians ce passage si connu de Milton, nous voyons l'illustre oète assigner toute la beauté de nos premiers pères à l'exprèsion des qualités morales et intellectuelles qui brillent dans leurs Ckrmes et dans leurs attitudes...
La beauté humaine réside tout entière dans l'expression des ^rfections morales ou physiques qui appartiennent à notre spece...
La beauté de la couleur propre à notre espèce... dérive en iDielque degré de l'idée de santé qu'elle exprime, ciroonstanoe «ms laquelle toute beauté se fane et cesse de séduire, et qui lui cunmunique un nouveau degré de puissance et d*éclat.
La beauté de la forme est expressive aussi... Une belle âme est d plus beau trait d'une belle figure... Les plus beaux yeux du Inonde, animés par la malice ou la colère, épouvantent. L'âme iwit produire la beauté là où manquent la couleur et la forme ; ^Ue peut produire la laideur là où elles briUent du plus ravissant
La grâce n'existe point sans les deux conditions suivantes. En immier lieu, il n'y a point de grâce sans quelque mouvement du iorps, ou seulement d'une partie du corps, ou tout au moins de D&elque trait du visage... Une autre condition de la grâce, c'est %Qaturel ; sans naturel, point de grâce... Il suit de ces observa- »i<ms que ce qui constitue la grâce en tant qu'elle est visible, ce ^^at tes mouvements du corps qui expriment, avec le* naturel le Ptoi parlait, les émotions et les sentiments vrais d'un caractère Aimable. Hbio, OBuvres, V, p. 270.
DUGALD-STBWART.
Influence de Tassociation des idées sur l'esprit. » Les hommes d'esprit
et les hommes de génie.
Parmi les relations sur lesquelles se fondent les associatimu d'idées, les unes s'oSrent d'elles-mêmes à Tesprit, tandis goe d'autres exigent au contraire, pour être aperçues, un effort d'attention* Du premier genre sont les relations de ressemblance et d'analogie, de contrariété, de voisinage, soit de temps, soit de lieu, et celles qui naissent de la coïncidence accidentelle des soos de différents mots. Ces relations lient entre elles nos pensées, lorsque nous les laissons suivre leur mouvement naturel, sans effort ou presque sans aucun effort de notre part. Du second genre sont les relations de cause et d'effet, de moyens et de fin, de prémisses et de conclusions, et quelques autres qui règlent la suite des pensées d*un philosophe, livré à une recherche qoi l'occupe fortement.
Un esprit sur lequel les associations fortuites de temps et de lieu font une impression durable n'a pas les mêmes motifs pour conduire philosophiquement sa pensée que ceux chez lesquels les faits se lient principalement par les relations de cause et d'effet, ou de prémisses et de conséquence. J'ai entendu dire que les hommes de loi les plus éminents avaient marqué d'abord une sorte d'aversion pour l'étude. La raison en est probablement qu^un esprit avide de principes généraux se dégoûte d'une étude qui ne lui offre au premier aspect qu'un chaos de faits en apparence isolés et sans liaison. Mais ce goût pour Tordre philosophique surmonte bientôt, quand il est joint à la persévérance dans le travail, les difficultés qui semblaient les plus invincibles; il introduit la règle dans ce qui n'offrait au premier coup d'œil qu'une masse indigeste et confuse, et transforme les détails arides des lois en un système intéressant et lumineux.
...En général, je pense qu'on peutétablir comme une règiesûre, que les hommes qui ont une très-grande masse de connaissances toujours à leur disposition, ou qui se sont rendu leurs propres découvertes assez familières pour être toujours prêts à les exposer sans être obligés de se recueillir et de travailler avec quelque peine sur leur mémoire, sout rarement doués de beaucoup d'es-
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prit d'invention, rarement même d*une grande vivacité de conception. Un homme d'un génie original, avide d'exercer sur toutes choses la faculté de raisonner dont il est doué, gui ne peut se résoudre à répéter les idées d' autrui, ou même à reproduire machinalement des pensées qu'il n*a acquises qu'à Taide de beaucoup de réflexion, parait souvent aux observateurs çuperfldels s'abaisser au-dessous du niveau des esprits médiocres ; et souvent, au contraire, un esprit qui n'a ni vivacité, ni capacité d'invention, fait admirer la promptitude de ses décisions, quoiqu'elle soit Teffet de sa médiocrité môme.
Eléments de la philosophie de l'esprit humain^ 1. 1, p. 253.
Ext. an. philos. -^