‹ Extraits des grands philosophesChapitre 242 sur 331 · XXVII. — Preuve morale de Texistence de Dieu · texte numérisé non relu

XXVII. — Preuve morale de Texistence de Dieu

La loi morale nous a conduits dans la précédente analyse à un problème pratique, qui nous est prescrit uniquement par la raison pure, indépendamment de tout concours des mobiles sensibles, à savoir au problème de la perfection nécessaire de la première et principale partie du souverain bien, de la moralitéy et, ce problème ne pouvant être entièrement résolu que dans une éternité, au postulat de Vimmortalité, Cette même loi doit nous conduire aussi, d'une manière tout aussi désintéressée que tout à l'heure, d'après le jugement d'une raison impartiale, à la possibiUté du second élément du souverain bien, ou d'un bonheur proportionné à la moralité, à savoir à la supposition de l'existence d'une cause adéquate à cet effet, c'est-à»dire qu'elle doit postuler l'existence de Dieu, comme condition nécessaire à la possibilité du souverain bien, objet de notre volonté nécessairement lié à la législation morale de la raison pure. Nous allons rendre ce rapport évident.

Le bonheur est l'état oii se trouve dans le monde un être rai- ^nable pour qui, dans toute son existence, tout va selofi son et sa volonté^ et il suppose, par cojdséquent, l'accord de la

nature avec tout Tensemble des fins de cet être, et en même temps avec le principe essentiel de sa volonté. Or la loi morale,, comme la loi de liberté, commande par des principes de déterminatioiiqui doivent être entièrement indépendants de la nature et de l'accord de la nature avec notre faculté de désirer (comme mobiles). D'un autre côté, Tâtre raisonnable agissant dans le monde n'est pas non plus cause du monde et de la nature même. La loi morale né saurait donc fonder par elle-même un accord nécessaire et juste entre la moralité et le bonheur dans un être qui, faisant partie du monde, en dépend, e^ ne peut, par conséquent, être la cause de cette nature et la rendre, par ses propres forces, parfaitement conforme, en ce qui concerne son bonheur, à ses principes pratiques. Et pourtant, dans le problème pratique que nous prescrit la raison pure, c'est-à-dire dans la poursuite du souverain bien (1), cet accord est postulé comme nécessaire : , nous devons chercher à réaliser le souverain bien (qui, par conséquent, doit être possible). Donc Texistence d'une cause de toute la nature, distincte de la nature même et servant de principe à cet accord, c'est-à-dire à la juste harmonie du bonheur et de la moralité, est aussi postulée. Mais cette cause suprême doit contenir le principe de Taccord de la nature, non pas simplement avec une loi de la volonté des êtres raisonnables, mais avec la représentation de cette loi, en tant qu'ils en font le motif suprême de lev/r volonté^ et, par conséquent, non pas simplement avec la forme des mœurs, mais avec la moralité même comine principe déterminant, c'est-à-dire avec l'intention morale. Donc le souverain bien n'est possible dans le monde qu'autant qu'on admet une nature suprême douée d'une causalité conforme à l'intention morale. Or, un être qui est capable d'agir d'après la représentation de certaines lois est une intelligence^ un être raisonnable, et la causalité de cet être, en tant qu'elle est déterminée par cette représentation, est une volonté. Doue la cause suprême de la nature, comme condition du souverain bien, est un être qui est cause de la nature, en tant qu'intelligence et volonté (par conséquent auteur de la nature), c'est-à-dire qu'elle est Dieu... C'est de cette manière que la loi conduit par le concept du souverain bien, comme objet et but final de la raison pure pratique, à la

1. « Dans le souverain bien, qui est pratique pour nous, c'est-à-dire qui doit être réalisé par notre volonté, la vertu et le bonheur sont conçus comme nécessairement liés, de telle sorte que Tune de ces choses ne peut être adjuise par la raison sans que Tautre ne s'ensuive. » (Kant.)

religion, c'esl-à-dir6 nons conduit à regarder tous les detoirs comme ded comtfiandéments de Dieu.

CriUqUë de la Maison ptatique, trad» Bârni, p. 232.

XXVIÏI. -^ La morale ne dépend t>â8 de raffii^atiétl de Diett ; eTaii rtflmi-

tion de Dieu qui dépend de la morale^

Quand la raison pratique est parvenue à ce point sublime, je veux dire au conôept d'un Être premier et unique, elle n*a pas le droit de faire comme si elle s'était élevée au-dessus de toutes les conditions empiriques de son application, et qu'elle fût arrivée à la connaissance de nouveaux objets, c'est-à-dire de partir de ce concept et d*én dériver les lois morales elles-mêmes. En effet, c'est précisément la nécessité pratique interne de ces lois qui nous conduit à supposer une cause subsistante par elle-même, ou un sage régulateur du Monde, afin de donner à ces lois leur effet ; et par conséquent, nous ne pouvons pas après cela les regarder comme contingentes, et comme dérivées d'une simple volonté, surtout d'une volonté dont nous n'aurions aucun concepti si nous ne nous Tétions figurée d'après ces lois. Si loin que la raison pratique ait le droit de nous conduire^ nous ne tiendrons pas dos actions comme obligatoires parce qu'elles sont des commanderaénts de Dieu^ mais nous les regardons comme des commandements, divins, parce que nous y sommes intérieurement obligés. Critique de la raison pure^ Méthodologie transcendantaUt U II, p. 604, B05.

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