‹ Extraits des grands philosophesChapitre 241 sur 331 · XXIII. — Preuve de Timmortalité par la loi morale · texte numérisé non relu

XXIII. — Preuve de Timmortalité par la loi morale

La réalisation du souverain bien dans le monde est Tobjet nécessaire d'une volonté qui peut être déterminée par la loi morale. Mais la parfaite conformité des intentions de la volonté àlaW morale est la condition suprême du souverain bien. Elle doitdom être possible aussi bien que son objet, puisqu'elle est contenni dans l'ordre même qui prescrit de le réaliser.

Or la parfaite conformité de la volon té à la loi morale, ou la sai^ tetéj est une perfection dont aucun être raisonnable n'est capaiii dans le monde sensible, à aucun moment de son existence. B puisqu'elle n'en est pas moins exigée comme pratiquement nécessaire, il faut donc la chercher uniquement dans un progrès inik finiment continu vers cette parfaite conformité ; et, suivant h principes de la raison pure pratique, il est nécessaire d admettn ce progrès pratique comme l'objet réel de notre volonté.

Or ce progrès indéfini n'est possible que dans la suppositi0> d'une existence et d'une personnalité indéfiniment persistant» de l'être raisonnable (ou de ce qu'on nomme l'immortalité i^\

l'âme). Donc Je souverain bien n'est pratiquement possible?* dans la supposition de l'immortalité de l'âme; par conséquei* celle-ci, étant inséparablement liée à la loi morale, est un /w'' tulat de la raison pure pratique.

Critique de la raison pratique, trad. Barni, p. '3iS.

XXIY. — L'ignorance des conditions de la vie future est nécessaire

au désintéressement.

La critique de la raison pure spéculative prouve rextrême suffisance de cette faculté pour résoudre, d'une manière conrme au but auquel nous devons tendre, les importants problèmes li lui sont proposés. Il semble donc que la nature nous ait aités en marâtre, en rendant en nous insuffisante une faculté §cessaire à notre but.

Mais supposez qu'elle nous eût servis à notre souhait, et qu'elle )useût donné en partage cette puissance d'esprit et ces lumières lie nous voudrions bien posséder, ou dont quelques-uns se 'oient réellement en possession, qu'en résulterait-il, suivant ute apparence ? A moins que toute notre nature ne fût changée 1 même temps, les penchants, qui ont toujours le premier mot, clameraient d'abord leur satisfaction, et^ éclairés par la réîxion, leur plus grande et leur plus durable satisfaction posble, ou ce qu'on appelle le bonheur ; la loi morale parlerait isuite, afin de retenir ces penchants dans les bornes conveïbles, et même afin de les soumettre tous à une fin plus élevée, dépendante elle-même de tout penchant. Mais, à la place de tte lutte que Tintention morale a maintenant à soutenir avec s penchants, et dans laquelle, après quelques défaites, l'âme iquier^ peu à peu de la force morale, Dieu et l'éternité, avec ur majesté redoutable, seraient sans cesse devant nos yeux (car, t que nous pouvons parfaitement prouver a pour nous une certiide égale à celle des choses dont nous pouvons nous assurer par 38 yeux). Nous éviterions sans doute de transgresser la loi, nous rions ce qui est ordonné ; mais, comme l'intention d'après quelle nous devons agir ne peut nous être inspirée par aucun rdre, tandis qu'ici l'aiguillon de notre activité serait devant 3US, qu'il serait extérieur^ et que, par conséquent, la raison ne Percherait plus seulement dans une vivante représentation de la iguité de la loi une force de résistance contre les penchants, la Liipart des actions, extérieurement conformes à la loi, seraient ictées par la crainte, et presque aucune par le devoir, et elles Qrdraient cette valeur morale qui seule fait le prix de la personne t celui même du monde aux yeux de la suprême sagesse. La induite de l'homme, tant que sa nature resterait comme elle est ^jourd'hui, dégénérerait donc en un pur mécanisme, où, comme

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dans un jeu de marionnettes, tout gesticulerait bien, mais où ron cherebi&x^t eip^ yai^ ^ xie^ sw tes ûgures» Qr, commua iX w est tout autrement, comme^ malgré t&us les efforts de notre raison, nous n'avons de l'avenir qu'une idée fort obscure et incertaine, eomme le maître du monde nous laissa plut&t conjeetuirer qu'apercevoir et prouver clairement son existence et sa majôsté ; comme au contraire la loi inorale, qui est en ](ioaa, sans nous faira aucune promesse ni aucune menace positijve, exige de nous un respect désintâreesé, sauf d'ailleurs à nous ouvrir, alors seulement que ce respect est devenu actif et dominant et par œ sesl moyen, upe perspective, bien obscure à la vérité, sur le moade supra-sensible, il peut 7 avoir une intention véritablement morale, ayant immédiatenoent la loi pour objet ; eb la créatute raisonnable peut se rendre digne de participer au souverain bien, qui convient à la valeuF morale de sa personne, et non pas seulement k ses actions.

Critique de la raison pratique^ trad. Barni, p. 328.

XXY. -^ La loi historique du progrès déduite de Fhypothëse du déterminisme

unirersel.

De quelque façon que Toa veuille, en métaphysique, représenter le libre arbitre, les manifestations en sont, dans les actions humaines, déterminées, comme tout autre phénomène naturel, par les lois générales d-e la nature. L'histoire, qui s'occupe du récit de ces manifestations, quelque profondément qu'en soient cachées les causes, ne renonce pas cependant à un espoir ; c'est que, considérant en grand le jeu du libre arbitre, elle y découvre une marche régulière... Ainsi les mariages, les naissances, lesm(»rts paraissent n'être soumis à aucune règle qui permette d'ea calculer d'avance le nombre ; et cependant les tables annuelles témoignent que cela aussi obéit autant à des lois constantes que les variations de l'atmosphère... Les individus, et même les peuples entiers, ne s'imaginent guère que, tout en s'abandonnint chacun à leur propre sens, et souvent à des luttes Tua oootie l'autre, ils suivent à leur insu, comme un ûl conducteur, le dessein de la nature... Toutes les dispositions naturelles d'une créature sont déterminées pour arriver finalement à un développement complet et approprié...

On peut, en somme, considérer Thistoire de la race humaine '^Amme l'accomplissement d'un plan caché de la nature, à l'effet

de pracluire uae constitutiou politique parfaite, aiis^i loieu dans le^ rapports intérieurs que dans les rapports extérieurs... Une t^t^^ive philosophique pour trdiiter Tbistoire universelle, selon un pl^Q de la nature ayant pour but la, pleine association dans l-eftpèçe humaine, doit être considérée comme pqssilpile.

..^ La. nature, a voulu que l'homme Ur|U. s^hsolumeat de luimême tout ce qui dépasse la constitutioa mécaoique 4^ sen être animale La n^iture ne f^it rien d'inutile., • Elle parait s*étre s^quciée, AQp pas qm Vhomme eût une vie aisée» mais qu'il s'ejBqrç&t de ^x^uie ^^ Q;i.^iè.re à deyemr digne, par sa conduite^, de la vie et dii bien- être.,

... Gomoi^ l'espèce humai^ie est continuellement ejx progrès quant à ï^i oiiUuire*^ qui est la an naturelle de l'humt^inité, elle dmt être aussi en progrès vers le hiea qu;aut à la fin morale de soA existence^ et si ce progrèe peut être pia^iffois later^ompu, ii ne peut Jamais être eatièrement prêtés

Opuscule .sur les rapports de la ifiéo^ie A la praPiqsUe^

XXVI. — Du progrès social et politique. — Fondement du droit.

La République de Muton 'est deveirae proverfei'ale comme exemple frappant d'une perfection imaginaire, qui ne peut avoir son siège que dans le cerveau d'un penseur oisif» et Brucker trouve ridicule cett^ assertion du philosophe, que jamais im priace> ne gouvernera bien s'il ne participe aux idées. Mais il va'tidBaÂt mieuix s'attacher davantage à cette pensée, et (là où cet excellent homme nous laissa sans secours) faire de nouveaux e&rts poux la mettre en lumière, q^ne de la r^^^ter comme inutile sous ce très-^misérable et très-fâcheux prétexte qu'elle e€^t impraticable. Une constitution ayant pour but la liberté humaine la plM» grande possible, en la Ibndant sur d^s lois qui permettent à la ëberté de chacwn de s* accorder avec celle de ipus les autres (je ^e parle pas du plus grand bauheur possible, car il en découlera naturellement], c'est là au moins ui^js idée néoessaire qui doit servir de principe, non-seulement au premier plan d'une constitution politique, mais encore à toutes les lois^ et où il faut d'alK>rd faire abstraction de tous les obstacles actuels, lesquels résultent bien moins inévitablement de la nature humaiiîe que du mépris des vraies idées en matière de légijslation. En ellet, il ne peut lâen y avoir de plus préjudiciable et de. plus indigne d'un philosophe que d'en appelei:, comme on lofait vulgairement, à

une expérience soi-disant contraire ; car cette expérience n'aurait jamais existé si Ton avait su consulter les idées en temps opportun et si, k leur place, des préjugés grossiers, justement parce qu'ils venaient de l'expérience, n'avaient pas rendu tout bon dessein inutile. Plus la législation et le gouvernement seraient conformes à ces idées, plus les peines deviendraient rares, et il est tout à fait raisonnable de penser (avec Platon) que, dans une constitution parfaite, elles ne seraient plus du tout nécessaires. Quoique cette dernière ne puisse jamais se réaliser, ce n'en est pas moins une idée juste que celle qui po3e ce maximum comme type qu'on doit avoir en vue pour rapprocher toujours davantage la.constitution légale des hommes de la plus grande perfection possible. En effet, personne ne peut et ne doit déterminer quel est le plus haut degré où doive s^arrêter l'humanité, et par conséquent combien grande est la distance qui doit nécessairement subsister entre l'idée et sa réalisation ; car la liberté peut toujours dépasser les bornes assignées.

Critique de la raison pure, trad. Barni, t. I, p. 54.

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