II. — Méthode de la psychologie
Voici nos premiers principes psychologiques :
1° Le fait primitif de conscience, qui sert de base à la scie de l'homme, est tout entier dans le sentiment simple et i<i tique d'un rapport de cause à effet (1).
2® Les deux termes distincts de ce rapport sont indivisibleî ne peuvent même être conçus séparés sans que le rapport détruit. En ce cas la personne humaine disparaît...
3o Si l'homme peut s'étudier et se connaître tel qu'il est, exister à sa propre vue inférieure^ ce n'est donc ni comme i séparée ni comme corps...
4° Demander que la conscience ou le sentiment intérieu] cet effort prenne un caractère d'objectivité ou de représentai
1. Le rapport de la vo/on^é, qui cause le mouvement, au mour^ qui en est reffet.
MÂINB DE BIRAN. 463
irieure, c'est déti'uire le moiy qui ne peut rien connaître dehors sans se connaître ou se sentir lui-même intéurement ; c'est chercher à se voir du dehors en dedans, prendre r se voir d'autres yeux que les siens et se chercher là où il a plus de soi.
Anthropologie. Œuvres inédites, ibid.
m. — Sur Teffort pour mouToir les membres.
tossuet dit du verbe de Dieu qu'il est créateur de tout, non at par efiort, mais par un simple commandement et par sa oie : « n a dit, tout a été fait ; il a commandé, tout a été créé. » it bien vainement qu'on prétendrait assimiler la production mouvement corporel par le vouloir à ce simple commanlent créateur ; car il y a certainement dans Texercice de notre e motrice, un effort, quelque inertie, quelque résistance érielle vaincue. La parole ne suffit pas. J'aurai beau dire ou >nner à ma jambe de se mouvoir, désirer même qu'elle se Lve spontanément : côt ordre, ce vœu ne seront point accom- . n faut un vouloir actif, un effort indivisible, instantané ; il que je fasse moi-môme, ou que ma force propre agisse ellene, et non pas seulement qu'elle ordonne^ commande, désire, si, la formule de la volonté ou de Vintelligence servie par organes [Vju^Q^i pas heureuse quoi qu'on en ait dit. Elle dénat plutôt qu'elle n'exprime le fait de la conscience. L^âme n'est ais servie à propos par ses organes. Le plus grand nombre ^éit pas même à son action ; mais elle se sert efficacement de ains organes qui obéissent en effet, non pas à son comman< lent, mais à son effort.
^intelligence a été mal à propos séparée de la volonté agissante ; , sans cette volonté première, ou sans la libre activité, il n'y ait pas d'êtres intelligents ; mais la même âme, la même force usante, exécute en vertu d'idées acquises ou conçues intéirement les mouvements ou moyens nécessaires pour attdre le but qu'elle s'est proposé.
Anthropologie. Œuvres inédites de Maithe de Birany t. III, pages 446 à 449.
. C'est la définition de M. de Bonald.
IV. — Le sentiment de l'effort, fait primitif de la conscience.
NousHrouvoDs bien profondément empreinte ^n nous la ootioD de caiLse ou de force ; mais avant la notion est le sentLoieBt immédiat de la force, et ce sentiment n*est autre que celni de notre existence même dont celui de Tactivité est inséparable. Car nous ne pouvons nous connaître comme personnes individuelles, sans nous sentir causes relatives à certains effets ou mouvements produits dans le corps organique. La cause^ ou fcree actuellement appliquée à mouvoir le corps, est une force agissante que nous appelons volonté. Le moi s'identifie complètement avec cette force agissante. Mais l'existence de la force n*est un fût pour le moi qu'autant qu'elle s'exerce, et elle ne s'exerce qu'au tant qu'elle peut s'appliquer à un terme résistant ou- inerte. La force n'est donc déterminée ou actualisée que dans le rapporli son terme d'application, de même que celui-ci n'est détermini comme résistant ou inerte que dans le rapport à la force actuelle qui le meut, ou tend à lui imprimer le mouvement. Le fait de cette tendance est ce que nous appelons effort ou action voulu» ou volitioriy et je dis que cet effort est le véritable fait primitif du sens intime. Seul, il réunit tous les caractères et remplit tontes les conditions analysées précédemment.
Il a le caractère d'un fait, puisque la puissance ou la force qui effectue ou tend à effectuer les mouvements du corps se distingue nécessairement du terme inerte qui résiste, même en obéissant, et ne peut pas plus se confondre avec lui, en tant qu'elle agit, que s'en séparer absolument, pour se concevoir ou se saisir elle-mêD» hors de tout exercice. Ce fait est bien primitif, puisque nous ne pouvons en admettre aucun autre avant lui dans Tordre de h connaissance, et que nos sens externes eux-mêmes, pour devenir les instruments de nos premières connaissances, des première» idées de sensation, doivent être mis en jeu par la même W individuelle qui crée l'effort. Cet effort primitif est de plus nû^ ji, de sens intime ; car il se constate lui-même intérieurement saml ' sortir du terme de son application immédiate et sans admette r. aucun élément étranger à l'inertie même de nos organes. ^^Ë^^ le plus simple de tous les rapports, puisque toutes nosperceptioi'l^ ou représentations extérieures s'y réfèrent comme à leur coflfr lotion primitive essentielle, pendant qu'il n'en suppose aucun ^^ ^ lui et qu'il entre dans toutes comme élément formel ; puisqu'cD^ ^e jugement d'extériorité, quejplusieurs philosophes ont consid^
omme le véritable rapport simple et fondamental, repose sur lui omme sur sa base propre et n'en est lui-même qu'une extension. !nfin il est le seul rapport fixe, invariable, toujours identique à oii-même, puisque, n'admettant aucun élément variable étranger, . est le résultat constant de Faction d'une seule et même force éployée sur un seul et même terme.
Fondements de la psychologie. Œuvres inédites^ p. 49.
V. — Les lois de l'habitude. Ëfifet opposé de la répétition sar les sensations et
sur les perceptions.
Toutes nos impressions, de quelque nature qu'elles soient,
'afPaiblissent graduellement lorsqu'elles sont continuées pendant
:n certain temps ou fréquemment répétées ; il n'y a d'exception
faire que pour les cas où la cause d'impression va jusqu'à léser
u détruire l'organe.
Cette observation est bien générale, bien commune ; elle se onfîrme par notre expérience de tous les jours et de tous les Dstants ; cependant elle renferme une circonstance particulière ui ne paraît pas avoir été assez remarquée, quoiqu'elle soit gaiement facile à apercevoir : c est que, parmi ces impressions épétées qui vont en s'afiaiblissant, les unes s'obscurcissent tou- Durs davantage et tendent à s'évanouir tout à fait, tandis que les utres, en devenant plus indifférentes ^ non-seulement conservent Dute leur clarté, mais encore acquièrent souvent plus de dismction. Ce fait seul, qui est hors de toute contestation, suffirait ans doute pour déceler une différence essentielle dans le caracère des sensations qui s'altèrent et s'efEacent, et des perceptions ni s'éclaircissent, quand nous ne connaîtrions pas d'ailleurs cette .ifférence.
Si je suis longtemps exposé au même degré de température, si je cns fréquemment la même odeur, la même saveur, je finirai par le plus rien sentir du tout, et quoique la cause subsiste toujours également au dehors, elle sera pour moi comme n'existant pas.
La résistance, les degrés de lumière, les couleurs, les sons, ►'affaiblissent bien aussi par leur répétition ou leur continuité ; tiais il arrive souvent que moins nous les sentons^ mieux nous ®8 percevons. On ne saurait donc rapporter ces deux classes l*iinpressions à une seule et même faculté ; car il faudrait sup- ÎH)ser que cette faculté unique peut devenir tout à^la fois plus alerte et plus active par la même habitude...
£xT. 6R. Philos. 30
486 LA PHILOSOPHifi F&ANGÂISE.
Si toutes lee facultés étaient rédaiti^s à Ift iBëilëâlib& et à dëë di^ vers modes, l'habitude exercerait dôtid sur elles lit plti6 ftiHëàlè idfluence; Hors des besDibs naturels^ et danë toud léë intehrâlle^ qui sépareraient leurs paroxysmes ^ l'être seiisitif, ùe î'etetani plus des impressions abcoututnéës cette action stiinûlànté qui fait la vie, demeurerait affaissé dans M état de isommell bii d'eugoufdiàsement ) tout literèiôe dëVi^Mrâit pbiir M prïhôlpe d'altération et, pour ainsi dire, de mort ; au sein de modifications toujours variables, qui finiraient loin de lui et disparaîtraieni sans retour, où seraient, je ne dis pas les occasions et les moyens de perfectibilité, mais même la chaîne commune qui unirait les diverses périodes, les divers instants de sa passive etistence f G*ëst à rhabitude que nous devons la facihté^ la précision et la rapidité extrêmes de tous nos mouvements et opérations volontaires; mais b'est elle aussi qui nous en cache là nature, le nombre : eile nous cache la part qu'elle y prend, précisément parce qu'elle y domine au plus haut degré;
FondemerUê de la Psychologie. Œuvres inédites, p. 55 et suif.