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CHAPITRE NEUVIÈME

La Philosopliie firatnçaise.

mm de Biran (Marie-François), fils d'un médecin, naquit à Bergerac ks 1766, fut quelque temps garde du corps de Louis XVI, échappa uns sa maison de campagne aux dangers de la Révolution, et se livra ^ réttide, à la méditation intérieure, a l'observation constante de soi- 3n6me. Porté en 1797 au Conseil des cinq-cents par le département le la Dordogne, il fut sous-préfet de Bergerac sous le premier empire, gBiembre du Corps législatir en 1811, en 1813, questeur de la Chambre ■es députés en lol4. A l'écart pendant les cent jours, il redevint déiMité en 1818. Sur la fin de sa vie, il se montra de plus en plus enclin iji scepticisme. Il mourut en 1824. Ses principaux ouvrages ont été ï^ueillis et publiés par V. Cousin en 18tl. D'autres œuvres inédites D&t été publiées par M. NaYille en 1859.

X ^ Maine de Biran racontie son histoire intellectuelle. — L'habitude. —

L'activité et la passivité.

By a bien longtemps que je m'occupe d'études sur l'homme, - plutôt de ma propre étude ; et à la fin d'une vie déjà avancée» ipuifl dire avec vérité qu'aucun autre homme ne s*esL vu ou ne ■fc regardé passer comme moi, alors même que j'ai eu le plus de ^ affaires qui entraînent ordinairement les hommes hors d'eux- IsneSi Dès l'enfance, je me souviens que je m'étonnais de me Ittir exister ; j'étais déjà porté, comme par instinct, à me regar- !» en dedans pour savoir comment je pouvais vivre et être

Due attention soutenue et persévérante fixée pendant un assez Pg temps sur les phénomènes intérieurs a dû produire un en- ^oiHe d'idées psychologiques, d'observations et de mémoires, ^* les notes auraient formé de gros volumes, si j'avais pensé ^ leur publication pût offrir aux autres le même intérêt ou ' ^XH)rtance que j'y attachais pour moi-même.

En 1802, la classe des sciences morales et politiques piO(i| pour sujet de prix de déterminer l'influence de VhabUude sur l| idées, ou opérations de Tesprit humain. Je sentis alors, poDr| première fois, le besoin de me produire au dehors. Je réami|| matériaux que j'avais par devers moi sur cette question, et ji| portai au concours un mémoire, plutôt comme essai que 0(N4| pièce académique. Le prix lui fut adjugé contre mon attente. <

Il y avait dans ce travail une idée dominante, un fait d'olM| vatîon principal autour duquel venaient se grouper tous les aiA)

C'est que l'habitude, ou la répétition des mêmes impresii^ reçues du dehors, émousse, altère, flétrit peu à peu, et finit | effacer entièrement tout ce qu'il y a de sensible, à propiemi parler, dans ces impressions, c'est-à-dire tout ce qui a d*abi| affecté l'âme de plaisir ou de douleur ; pendant que, d'ua ari|| côté, tout ce qui tient à la connaissance ou à l'emploi des mGj$^ de représentation claire ou distincte des idées, en nous ou b|| de nous, acquiert plus de netteté, de promptitude et d'assanfl par la répétition des mêmes impressions ou des mêmes actet.] y a donc, disais-je, dans la représentation ou dans la perceptil objective une chose, une condition qui ne se trouve point damj sensation, bornée à affecter Tàme de plaisir ou de douleur. Or, chose, cette condition, d'où vient-elle ? La comparaison des de notre nature et une nouvelle analyse des sens montrent qa'l ne vient ni du dehors, ni de l'âme bornée à une simple passive, dépendante des stimulants externes ou organiques, fondue par suite, et comme identifiée sous ce rapport avec l'or nisation vivante, ou le principe de la vie animale. Elle vient l'âme douée par sa nature d'une libre activité, qui affranchit ji qu'à un certain point les modes ou actes dont elle dispose i liens de la sensation, de la nécessité des choses, de la naturel térieure ; qui la fait vivre d'une vie nouvelle, imprime à ses; duits un caractère de force, de constance, de perfectibilité,^ manque entièrement à la sensibilité passive. Celle-ci, suj< l'influence délétère de tous les objets qui l'excitent, se d( elle-même par la répétition de son propre exercice.

En distinguant les deux modes opposés d'influence que tude exerce sur l'homme tout entier, c'est-à-dire en cons successivement tous ses sens externes, toutes ses facultés tives et actives dans le rapport aux effets inverses que prodrfl leurs opérations la répétition des mêmes actes, je me trouvai duit par les phénomènes mêmes à tracer une ligne de àé0

feu assez exacte entre ce qu'il y a de passif et ce qu'il y a de «bnent actif ou de libre dans notre nature, entre ce qu'il igpend de nous de faire pour notre éducation intellectuelle et iDrale dans cette vie qui en prépare une autre, et ce que nous iSbsons malgré nous, ce qu'il n'est nullement en notre pouvoir B^hanger, ce qui passe, change incessamment et doit seul mouws tout entier comme il meurt à chaque instant. Considérant Itfi que la conscience ou le sentiment identique que nous avons INriablement de notre existence particulière, ou de notre moi, Bnrait s'altérer plus que toutes les autres modifications sensibles, P n'avait pas un caractère essentiellement différent de celui des Itoations transformées, j'en concluais déjà assez naturellement ils le moi^ la personne, avait son fondement, ou sa condition ^tanière, dans l'activité essentielle à Tâme humaine ; j'établissais lie le moi n'était autre que le sentiment de la force agissante, Ituellement en exercice pour imprimer au corps des mouvements |Wconques de translation tendant à le déplacer, à le transporter ins l'espace, à mettre ses diverses parties à portée des objets ou ptases de sensations, et de servir enfin, dans plusieurs cas, d'inspiments nécessaires à ces sensations mêmes. C'est ainsi que je llQvai dans cette première ébauche assez informe la base et le pme d'idées qui avaient besoin d'être élaborées et mieux éclaires dans mon esprit pour mériter l'attention plus sérieuse des Bdlosophes.

'fÏA môme académie me fournit bientôt après l'occasion de dé- '^pper le principe fondamental de mon ouvrage sur VhabUude^ ibme donnant un plus vaste champ à son application... • £n^n l'Académie royale des sciences de Copenhague proposa, ■>18il, un sujet de prix qui rentrait encore si complètement KOs le sens de mes compositions précédentes, que, malgré des ^upations graves qui m'entraînaient au dehors bien loin de lite spéculation psychologique, je ne pus résister au désir de ïk)ndre aux questions proposées par cette société savante. Xlie Mémoire que je composai à cette occasion n'était qu'un ré- Uné de toutes mes méditations et recherches antérieures sur les C^tés de l'esprit humain, sur les deux sortes de principes qui ^>:àcourent à leur exercice et, par suite, à leur division en facultés ^^sives, organiques ou animales, et facultés actives, intellec- '-Qlles ou humaines...

Xie moral, selon nous, réside tout entier dans la partie active et

libre de Tbomme. Tout ce qui est passif en lai, tout ce qui immédiatement à l'organisme, tout ce qui s'y rapporte ODm son siège local, ou vient de ssl foirce aveugle, fatale, néeesi appartient au physique de l'homme. Des affections imméc de plaisir ou de douleur ; des attraits sympathiques ou des : gnances inhérents au tempérament primitif, ou confondas lui et devenus irrésistibles par l'habitude, des images gi produisent spontanément dans l'organisme cérébral, et tantôt persistent opiniâtrement, tantôt se réveillent ave paroxysmes de telles maladies ou désordres nerveux, les m ments violents et brusques précipités que ces passions entrai soit que le moi de l'homme, étant absorbé, n*y prenne au part, soit qu'il y assiste comme témoin, les appétits, les pench ces déterminations, ces idées qui suivent nécessairement la é tion du physique : tout cela est hors du domaine moral. Il ne pas même dire que ce prétendu moral n'est que le physique tourné ; c'est tout simplement du pur physique ou physiologi le moral est ailleurs.

Suivant ces principes, j'arrivai à résoudre les deux quesl proposées par l'Académie royale de Copenhague.

Anthropologie y introd., chap. ii. Œuvres inédites de M

de Biran^ publiées par Ernest Naville, tome III, p.

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