‹ Extraits des grands philosophesChapitre 28 sur 331 · PARMÉNIDE · texte numérisé non relu

PARMÉNIDE

Parménide (500) naquit à Eiée. Il donna à ses concitoyens, selon Plutarque, des lois si utiles, qu'au commencement de chaque année ils juraient d'y rester toujours soumis. Il composa un poème épique sur la Ifature, où la profondeur de la pensée s'unit à la sévère beauté du st^le. La déesse de la Justice, qui personnifie en même temps la Nécessité, Af»j^ révèle au mortel privilégié les choses de la vérité absolue et les choses de l'opinion ; de là les deux parties du poème, Tune sur la réalité, et l'autre sur l'apparence : c'est une métaphysique suivie d'une physique.

filnr la nature*

Les coursiers qui me portent m'ont amené aussi loin que me poussait mon ardeur, puisqu'ils m'ont conduit sur la route glorieuse de la divinité qui intioduit le mortel savant au sein de tous les secrets. C'était là que j'allais, c'était là que mes habiles coursiers entraînaient mon char. Notre course était dirigée par des vierges, par des filles du soleil, qui avaient abandonné les demeures de la nuit pour celles de la lumière, et qui, de leurs mains, avaient rejeté les voiles de dessus leurs têtes. L'essieu brûlant dans les moyeux faisait entendre un siflQement ; car il était pressé des deux côtés par le mouvement circulaire des roues, quand les coursiers redoublaient de vitesse. C'était aux lieux où sont les portes des chemins de la nuit et du jour...; situées au milieu de l'Éther, elles se ferment par d'immenses battants: c'est l'austère Justice qui en garde les clés. Les vierges, s'adressant à elle avec des paroles douces, lui persuadèrent habilement d'enlever sans retard pour elles les verroux des portes ; et aussitôt les battants s'ouvrirent au large en faisant rouler dans leurs écrous les gonds d'airain fixés au bois de la porte par des

1. Dans Jamblique. In Nicom. Arithm,, p. 109. De Mundi opif., xxxni,

p. 24. Manfç.

2. Voir la vie de Xénophane et les principaux passages de son poème

dans notre Histoire de la philosophie, p. 50.

Ext. 6R. philos. ^

34 PHILOSOPHIE GRECQtTE.

barres et des cherilles : à rinstant, par cette ouverture, les vierges lancèrent à Taise le char et les coursiers.

La déesse m'accueillit favorablement, et me prenant la main droite, elle me parla ainsi :

Jeune homme, accompagné de conductrices immortelles, toi que les coursiers amènent dans ma demeure, réjouis-toi ; car ce n'est pas un destin funeste qui t*a poussé sur ce chemin si éloigné de la route ordinaire des hommes, mais bien la loi suprême et la justice. Il faut que tu connaisses tout, et les entrailles incorruptibles de la vérité persuasive, et les opinions des mortels qui ne renferment pas la vraie conviction, mais l'erreur ; et tu apprendras comment, en pénétrant toutes choses, tu devras juger de* tout d'une manière sensée.

De lai -vérités

Eh bien ! je vais te parler, et toi, écoute mes paroles.

On ne peut connaître le non-être, puisqu'il est impossible; ni l'exprimer en paroles.

Car la pensée est la même chose que Tétre.

11 faut que la parole et la pensée soient l'être ; car l'être existe, et le non-être n'est rien.

... Que la coutume ne te précipite pas dans ce chemin vague où Von consulte des yeux aveugles, des oreilles et une langue retentissante ; mais examine avec ta raison la démonstration savante que je te propose. Il ne reste qu'un procédé ; c'est celui qui consiste à poser l'être. Dans cette voie, bien des signes se présentent pour montrer que l'être est sans naissance et sans destruction, qu*il est un tout d'une seule espèce, immobile et inûni ; qu'il n'a ni passé, ni futur, puisqu'il est maintenant tout entier à la fois, et sans discontinuité. Quelle origine, en effet, lui chercheras-tu ? D'où et comment le feras-tu croître? Je ne te laisserai ni dire ni penser qu'il vient du non-être ; car le non-être ne peut se dire ni se comprendre, et quelle nécessité, agissant après plutôt qu'avant, aurait poussé l'être à sortir du néant ? Donc il faut admettre, d'une manière absolue, ou l'être, ou le non-être. Et jamais de l'être la raison ne pourra faire sortir autre chose que lui-même. C'est pourquoi le destin ne lâche point ses liens de manière à permettre à l'être de naître ou de périr, mais le maintient immobile. La décision à ce sujet est tout entière dans Tfiots : l'être ou le non-étre.... Comment l'être viendrait-il â

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exister ? Et comment naltrait-ii ? S'il vient à naître, c'est qu'il n'est pas, et de même s*il doit exister un jour. Ainsi se détruisent et deviennent inadmissibles sa naissance et sa mort.

... La pensée est identique à son objet. En effet, sans l'être, sur lequel elle repose, vous ne trouverez pas la pensée ; car rien n'est ni ne sera, excepté l'être, puisque la nécessité a voulu que l'être fût le nom unique et immobile du tout, quelles que fussent à ce sujet les opinions des mortels, qui regardent la naissance et la mort comme des choses vraies, ainsi que l'être et le non-être, le mouvement, et le changement brillant des couleurs.

Or, l'être possède la perfectiou suprême, étant semblable à une

sphère entièrement ronde, qui du centre à la circonférence

serait partout égale et pareille ; car il ne peut y avoir dans

l'être une partie plus forte, ni une partie plus faible que l'autre.

Parménide. De la nature, traduction Riaux (1).

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