‹ Extraits des grands philosophesChapitre 308 sur 331 · III. — Explication de Torigine du principe de causalité · texte numérisé non relu

III. — Explication de Torigine du principe de causalité

Certains faits succèdent et, croyons-nous, succéderont toujours à certains autres faits. L'antécédent invariable est appelé la oati^^

l'invariable conséquent, Y effet, et l'universalité de la loi de causa- i

I consiste en ce que chaque conséquent est lié de cette diëre avec quelque antécédent ou quelques groupes d'antécéts particuliers. Rarement, si même jamais, cette invariable cession a lieu entre un conséquent et un seul antécédent, est communément entre un conséquent et la totalité de pluirs antécédents, dont le concours est nécessaire pour produire onséquent, c'est-à-dire pour que le conséquent le suive cerlement. Dans ces cas, il est très-ordinaire de mettre à part un ces antécédents sous le nom de cause, les autres étant appelés iplement des conditions. Le fait décoré du nom de cause est vent la condition venue la dernière à l'existence. Mais il ne t pas croire que cette règle ou une autre soit toujours suivie is l'emploi de ce terme. Rien ne montre mieux l'absence d'une e scientifique, pour la distinction a faire entre la cause d'un ^nomène et ses conditions, que la façon capricieuse dont nous ûsissons celle qui nous convient de nommer la cause. Par impie, une pierre jetée dans l'eau tombe au fond. Quelles sont conditions de l'événement ? il faut d'abord qu'il y ait une rre et de l'eau, et que la pierre soit jetée dans l'eau... Une tre condition est l'existence de la terre, ce qui fait dire quelefois que la chute de la pierre est causée par la terre ou par ttraction de la terre... On peut dire aussi que ce qui est cause e la pierre tombe c'est qu'elle se trouve dans la sphère d'atiction de la terre. Enfin, on parlerait encore correctement en iant que la cause qui fait aller la pierre au fond est que sa sauteur spécifique surpasse celle du fiuide dans lequel elle est mgée...

tfais quand nous définissons la cause d'une chose, « Tantécéit à la suite duquel cette chose arrive invariablement, » nous prenons pas ces expressions comme exactement synonymes « l'antécédent à la suite duquel la chose est arrivée invariablent dans l'expérience passée. » Cette manière de concevoir la isation serait exposée à cette objection très-plausible de Reid, à ce compte la nuit serait la cause du jour et le jour la cause la nuit. Mais pour que le mot cause soit applicable, il est nésaire de croire, non-seulement que l'antécédent a toujours été vi du conséquent, mais encore qu'aussi longtemps durera la Lstitution actuelle des choses, il en sera toujours ainsi... C'est ce que veulent exprimer les auteurs quand ils disent que la •îon de cause implique l'idée de nécessité. S'il y a une signi- Uion qui convienne incontestablement au mot nécessité, c'est

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Vinoonditionnalité. Ce gui est nécessaire, ce qni doit âtre, signifie ce qui sera, quelque supposition qu'on puisse faire relativement à toutes les autres choses. Séquence invariable n'est donc pas synonyme de causation, à moins que la séquence ne soit, en même temps qu'invariable, inconditionnelle. La cause d'un phénomène peut donc être définie : l'antécédent ou la réunion d'antécédents dont le phénomène est invariablement et conditionnellement le conséquent.

Cette croyance à l'universalité de la loi qui rattache tout eSeti une cause est elle-même un exemple d'induction ; et ce d' C/Ortainement pas l'une des premières qu'aucun de nous, ou le genre humain pris en masse, ait pu faire. Nous arrivons à cette loi universelle par la généralisation d'un grand nombre de lois moins générales. Nous n'aurions jamais eu l'idée que la causalité fût la condition de tout phénomène, si nous n'avions d'avanee observé un grand nombre de cas de causalité, ou, en d'autres termes, d'uniformités partielles de succession.

Stuart Mill. Ibid, tome I, p. 365-381 ; tome III, p. 93-9&

IV. — Les vérités nécessaires réduites à une association inséparable.

S'il y a dans notre nature un sentiment que les lois d'assoda* tion seraient évidemment capables de produire, c'est celui de la nécessité. D'après la définition de Kant, et il n'y en a pas meilleure, le nécessaire est ce dont la négation est impossible. Si nous trouvons qu'il est de toute manière impossible de sépaiet deux idées, nous avons tout le sentiment de nécessité que l'espril humain peut avoir. Ceux donc, qui nient que l'association puisse produire une nécessité de la pensée, devraient soutenu que deux idées ne sont jamais tellement nouées ensemble qu'elles soient réellement inséparables. Mais cette afBrmation contredit l'expérience la plus vulgaire. Que de personnes, qui pour avoir été épouvantées dans leur enfance, ne peuvent jamai se trouver seules dans l'obscurité sans éprouver d'invincibli terreurs ! Que de personnes qui ne peuvent revoir un cerli endroit, ou penser à un certain événement sans qu'il se révei en elles de vifs sentiments de douleur ou de souvenirs de souf france ! Si les faits qui ont créé ces fortes associations dai les esprits de quelques individus avaient été communs à tous les hommes dès la première enfance, et s'ils avaient été complètement oubliés après la formation des associationS| nous

«lirions une nécessité de la pensée, une de ces nécessités qu'on mgarde comme des preuves d'une loi objective, et d'une connexion mentale a priori entre des idées. Or, dans toutes les préfcandues croyances naturelles et les prétendues conceptions nécessaires que nous voulons expliquer par le principe de Tassociation Inséparable, les causes productives des associations ont dfii aommencer presque au commencement de la vie, et elles sont communes à tous les hommes ou à une grande partie de L'humanité.

Je reconnais pleinement que nous sommes incapables de con- Devoir une limite à l'espace. Pour expliquer cette incapacité, il Bt'est pas nécessaire de la supposer innée. C'est en vertu des lois peychologiques connues, que nous devenons incapables de couqevoir cette limite. Nous n'avons jamais perçu un objet ou une partie de l'espace sans qu'il n'y eût encore de l'espace au delà. Bt depuis le moment de la naissance, nous avons toujours perçu âes objets et des parties de l'espace. Gomment donc Tidée d'un Qljet ou d'une partie de l'espace pourrait-elle ne pas s'associer Inséparablement à l'idée d'un nouvel espace au delà ? chaque instant de notre vie ne peut que river cette association, et nous n'avons jamais trouvé une seule expérience tendant à la rompre^ Cbos les conditions actuelles de notre existence, cette association «it indissoluble. Mais nous n'avons pas de raison de croire que ^ela tienne à la structure originelle de nos esprits. Nous pouvons ■«apposer que sous d'autres conditions d'existence^ il nous serait -yssible de nous transporter au bout de l'espace, et qu'après =y avoir pris connaissance de ce qui s'y trouve par des impres- 4tong d'une espèce tout à fait inconnue dans notre état présent^ Bons deviendrions à l'instant capables de concevoir le fait et de =WD8tater sa vérité. Après quelque expérience de l'impression iHOuvelle, le fait nous semblerait aussi naturel que les révélations "46 la vue à un aveugle-né, guéri depuis assez longtemps, pour 4pB Tefiet d'une longue pratique les lui ait rendues familières. ^3bis comme ceci ne peut arriver dans notre état présent d'exis** ^lence, l'expérience qui pourrait dissoudre l'association ne se fait JunaiSy et la fin de l'espace demeure toujours inconcevable.

Stuart Mill. Philosaphie de Hamilton, p. 208 et suiv.

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