II. — SCuart Mill nie runivenalité des principes
Il n'y a point de proposition dont on puisse dire que toute intelligence humaine doit éternellement et irrévocablement la croire. Nombre de propositions auxquelles ce privilège était accordé avec le plus de confiance ont rencontré déjà bien des incrédules. Les choses qu'on a supposé ne pouvoir jamais être niées sont innombrables ; mais deux générations successives ne s'accorderaient pas à en dresser la même liste. Une époque ou une nation ajoute une foi implicite à ce qui semble incroyable ou inconcevable à une autre, tel individu est entièrement libre d'une croyance qu'un autre juge absolument inhérente à l'humanité, n n'est pas une de ces croyances supposées instinctives de laquelle on ne puisse être dégagé. Tout homme peut prendre des habitudes d'esprit qui l'en délivrent. L'habitude de l'analyse philosophique (dont l'effet le plus sûr est de rendre l'esprit capable de commander au lieu ' d'obéir aux lois de sa partie purement passive), nous montrant que la connexion réelle des choses n'est pas une conséquence de la connexion de leurs idées dans notre esprit, peut dissoudre d'innombrables associations qui régnent despotiquement sur des intelligences mal réglées ou de bonne heure imbues de préjugés. Cette habitude n'est même pas sans pouvoir sur les associations que l'école, dont j'ai déjà parlé, regarde comme innées et instinctives. Toute personne habituée à l'abstraction et à l'analyse arriverait, j'en suis convaincu, si elle dirigeait à cette fin l'effort de ses facultés, dès que cette idée serait devenue familière à son imagination, à admettre sans diffi" culte comme possible dans l'un, par exemple, des nombreux firmaments dont l'astronomie sidérale compose TuniverSjUne succession d'événements tout fortuits et n'obéissant à aucune Iw déterminée ; et, de fait, il n'y a ni dans l'expérience, ni dans la nature de notre esprit, aucune raison suffisante, ni même une raison quelconque de croire qu'il n'en soit pas ainsi quelque part.
Stuart Mill. Système de Logique, trad. Peisse, tome III, p. 2113.