‹ Extraits des grands philosophesChapitre 314 sur 331 · XIV. — La vertu et rassociation des idées · texte numérisé non relu

XIV. — La vertu et rassociation des idées

La vie serait une triste chose, biea mal pourvue de sources du bonheur, s'il n'existait pas cette loi de la nature grâce à laquelle des choses originairement indifférentes, mais qui tendent à la satisfaction de nos désirs primitifs, ou qui y sont autrement associées, deviennent en elles-mêmes des sources de^ plaisir, plus précieuses que les plaisirs primitifs par leur stabilité, par l'espace de temps pendant lequel l'homme peut en jouir, et môme par leur intensité.

D'après la doctrine utilitaire, la vertu est un bien de ce genre. Originairement, il n'y avait d'autre raison pour la désirer et la pratiquer que sa tendance à produire le plaisir, et surtout à mettre à l'abri de la douleur. Mais, grâce à cette association, la vertu peut être regardée comme un bien en elle-même, et peut

être aussi vivement souhaitée que tout autre bien 11 résulte

des considérations précédentes qu'en réalité on ne désire rien que le bonheur. Toute chose désirée autrement que comme un moyen pour arriver à une fin au delà d'elle-même, est souhaitée comme étant elle-même; une partie du bonheur, et n'est pas souhaitée en elle-même avant qu'elle le soit devenue. Ceux qui désirent la vertu pour elle-même, la désirent, soit parce que la conscience de la pratiquer est un plaisir, soit parce que la conscience d'en être dépourvu est une peine, ou pour ces deux iraisons réunies. Ibid.^ 84.

XY. — Le bonheur, principe de la morale et en général de la pratique

Sans entreprendre ici de justifier mon opinion, ni même de |[»réciser le genre de justification dont elle est susceptible Je déclare simplement ma conviction, que le principe général auquel toutes ies règles de la pratique devraient être conformes, que le critérium par lequel elles devraient être éprouvées, est ce qui tend à procurer le bonheur du genre humain, ou plutôt de tous les êtres sensibles ; en d'autres termes, que promouvoir le bonheur est le principe fondamental de la théologie.

Je n'entends pas affirmer que le bonheur doive être lùi-mê.ne ^ fin de toutes les actions, ni même de toutes les règles d'actions, m est la justification de toutes les fins et devrait en être le ^X)ntrôle, mais il n'est pas la fin unique. Il y a beaucoup d'actions

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et même de manières d'agir vertueuses (quoique les cas en soient, je crois, moins fréquents qu'on ne le suppose souvent), parlésquelles on sacrifie le bonheur, et dont il résulte plus de peine que de plaisir. Mais, dans ces cas^ la conduite ne se justifie que parce qu'on peut montrer qu'en somme il y aura plus de bonheur dans le monde, si l'on y cultive les sentiments qui, dans certaines occasions, font négliger aux hommes le bonheur. J'admets pleinement cette vérité, que la culture d'une noblesse idéale de volonté et de conduite est, pour les êtres humains individuels, une fin à laquelle doit céder, en cas de conflit, la recherche de leur propre bonheur ou de celui des autres (en tant qu'il est compris dans le leur). Mais je soutiens que la question même de savoir ce qui constitue cette élévation de caractère doit elle-même être décidée en se référant au bonheur, comme principe régulateur. Le caractère lui-même devrait être pour l'individu une fin suprême, simplement parce que cette noblesse de caractère parfaite, ou approchant de cet idéal chez un assez grand nombre de personnes, contribuerait plus que toute autre chose à rendre la vie humaine heureuse ; heureuse, à la fois, dans le sens relative- '■> ment humble du mot, par le plaisir et l'absence de douleur, et, dans le sens plus élevé, par une vie qui ne serait plus, ce qu'elle est maintenant presque universellement, puérile et insignifiante, mais telle que peuvent la désirer et la vouloir des êtres humains dont les facultés sont développées à un degré supérieur.

Logique, trad. Peisse, tome II (conclusion).

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