XÉNOPHON
Xénophon naquit, vers Tan 445, à Erchie, dans FAttiqùe. Dès Tâ^e de dix-huit ans, il s attache à Socrate et devient son disciple fidèle. Quelques années après, Socrate lui sauve la vie à la bataille de Délium, en l'emportant sur ses épaules au moment où il tombait blessé. Xénophou sert aussi dans la guerre du Péloponèse; et, lorsque cette guerre est terïninée, il s'engage, d'après les conseils de son hôte Proxène, au service de Gyrus. Il accompagne ce dernier dans son expédition contre Artalerxès. Après la défaite de Cunaxa et le massacre des che& grecs, il
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ranime le courage des Dix-Mille ; il est élu par eux en remplacement de l*un des chefs égorgés, et conduit à travers l'Asie la Caimeuse retraite des DiX'MiUe, où Varmée grecque parcourut^ pendant quinze mois, 460 myriamètres.
Après plus de dix ans d^absence, Xénophon reyint dans sa patrie ; Socrate venait d'y boire la ciguë. Xénophon voulut élever la voix pour flétrir cette infamie et dissiper les préventions qui subsistaient encore contre son maître ; il composa une Apologie et les Entretiens mémorables, ouvrages qui contribuèrent pour une large part à rétablir dans toute son intégrité la grande figure de Socrate. Mais Xénophon ne devait pas rester longtemps à Athènes. Son amitié avec le roi de Sparte Agésilas le rendit bientôt suspect ; on Taccusa de kusonisme, c'est-à-dire d'attachement à Lacédémone, et on le bannit en 394. Ce fut pendant cet exil que Xénophon, prenant de plus en plus en horreur la démagogie athénienne, alla jusqu'à combattre contre sa patrie, comme devaient le faire plus tard ses fils.
Après la bataille de Coronée, il se retira à Scillonte, non loin de la plaine d'Olympie, et c'est là qu'il composa la plupart de ses ouvrages, tour à tour écrivant, chassant et péchant. Lorsqu'il apprit la mort de l'un de ses fils, Gryllus, à la bataille de Mantinée, il était, dit-on, en train de faire un sacrifice. D demanda si Gryllus était mort en brave ; lorsqu'on lui eut répondu affirmativement, il prononça ces simples paroles : « Je savais que mon fils était mortel », et il continua le sacrifice.
Comme il avait atteint l'âge de quatre-vingts ans, les Athéniens, lui rendant une justice tardive, levèrent l'arrêt de bannissement porté contre lui, sur la proposition de l'orateur Ëubolus ; mais Xénophon ne voulut pas rentrer à AUiènes. Il mourut à Scillonte, dans un âge très-avancé.
Les principaux ouvrages de Xénophon sont : les Mémorables^ VApologie de Socraie (dont on conteste l'authenticité), l'Economique et le Banquet, dialogues socratiques, le premier sur l'administration domestique et l'agriculture, le second sur divers points de morale ; VHiéron^ parallèle du tyran et du simple citoyen ; des composiuoii^ historiques, telles que les Helléniques, ÏAnabase^ la Cyropédie, et dhers traites sur l'equitation, la chasse. On surnomma Xenuphon {'abeille de VAttiqut, pour peindre la douceur et l'harmonie de son langage.
Entretien de deux Jeune» marié««
RAPPORTS DE l'hOMME ET DE LA FEMME.
« Quand elle se fut familiarisée avec moi, et que Tintimité Teut enhardie à converser librement, je lui fis à peu près les questions suivantes : — Dis-moi, femme, commences-tu à comprendre pourquoi je t'ai choisie, et pourquoi tes parents t*ont donnée à moi ?... Si la Divinité nous donne des enfants, nous aviserons ensemble à les élever de notre mieux : car c'est un bonheur qui nous sera commun^ de trouver eu eux des défenseurs et des appuis pour notre vieillesse. Mais, dès aujourd'hui, cette maison nous est commune. Moi, tout ce que j'ai, je le mets eu commun, et loi, tu as déjà mis en commun tout ce que tu as
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apporté, n ne s'agit plus de compter lequel de nous deux a fourni plus que l'autre ; mais il faut bien se pénétrer de ceci, que celui de nous deux qui gérera le mieux le bien commun fera l'apport le plus précieux,
<c A ces mots, Socrate, ma femme me répondit : — En quoi
pourrai-je t'aider ? De quoi suis-je capable? Tout roule sur toi.
Ma mère m'a dit que ma tâche est de me bien conduire. — Oui,
par Jupiter ! lui dis-je, et mon père aussi me, disait la même
chose ; mais il est du devoir d*un homme et d'une femme qui se
conduisent bien de faire en sorte que ce qu'ils ont prospère le
mieux possible, et qu'il leur arrive en outre des biens nouveaux
par des moyens honnêtes et justes. Le bien de la famille et de la
maison exige des travaux au dehors et au dedaus. Or la Divinité
a d'avance approprié la nature de la femme pour les soins et les
travaux de l'intérieur^ et celle de l'homme pour les soins et les
travaux du dehors. Froids, chaleurs» voyages, guerres, le corps
de l'homme a été mis en état de tout supporter ; d'autre part, la
Divinité a donné à la femme le penchant, la mission de nourrir
les nouveau-nés ; c'est aussi elle qui est chargée de veiller sur
les provisions, tandis que Thomme est chargé de repousser ceux
qui voudraient nuire.
« Gomme la nature d'aucun d'eux n'est parfaite en tous points, cela fait qu'ils ont besoin Tun de l'autre; et leur union est d'autant plus utile que ce qui manque à l'un, l'autre peut y suppléer. Il faut donc, femme, qu'instruits des fonctions qui sont assignées à chacun de nous par la Divinité, nous nous efforcions de nous acquitter le mieux possible de celles qui incombent à Tua comme à l'autre.
« U est toutefois, dis-je, une de tes fonctions qui peut-être t'agréera le moins ; c'est que, si quelqu'un de tes esclaves tombe malade, tu dois, par des soins dus à tous, veiller à sa guérison.
— Par Jupiter ! dit ma femme, rien ne m'agréera davantage....
— Mais le charme le plus doux sera lorsque, devenue plus parfaite que moi, tu m'auras fait ton serviteur ; quand, loin de craindre que l'âge, en arrivant, ne te fasse perdre de ta considération dans ton ménage, tu auras l'assurance qu'en vieillissant tu deviens pour moi une compagne meilleure encore, pour tes enfants une meilleure ménagère, pour ta maison une maîtresse plus honorée. Car la beauté et la bonté ne dépendent point de la jeunesse : ce sont les vertus qui les fout croître dans la vie aux yeux des honimes. » (Économique.)
Dignité du travail.