‹ Extraits des grands philosophesChapitre 48 sur 331 · Le supplice de la croix était réservé aux esclaves · texte numérisé non relu

Le supplice de la croix était réservé aux esclaves

que le juste : d'où Ton peut conclure, avec vraisemblancey qu'il est aussi plus chéri des dieux. C'est ainsi, Socrafce, que les partisans de l'injustice prétendent que la condition de l'homme injuste est plus heureuse que celle du juste, qu'on l'envisage da côté des dieux ou du côté des hommes (1).

Platon. République^ 1. II.

XVIII. — La justice consiste-t-elle à faire du bien à ses amis,

du mal à ses ennemis ?

Il me semble que la justice consiste à obliger ses amis et à nuire à ses ennemis. — Mais quoi ! est-ce le fait de l'homme juste de faire du mal à un homme quel qu'il soit? — Sans doute ; il en doit faire à ses ennemis, qui sont les méchants. — Les chevaux à qui on fait du mal en deviennent-ils meilleurs ou pires dans la vertu propre à leur espèce ? — Ils en deviennent pires. — Ne dirons-nous pas aussi que les hommes à qui on fait du mal deviennent pires dans la vertu qui est propre à l'homme ? — Sans doute. — La justice n'est-elle pas la vertu propre à l'homme? — Sans contredit. — Ainsi, mon cher ami, c'est une nécessité que les hommes à qui on fait du mal en deviennent plus injustes.... Mais rhomme juste peut-il par sa justice rendre un homme injuste ? Et, en général, les bons peuvent-ils par leur vertu rendre les autres méchants? — Cela ne se peut. — Car Teffet du bon n'est pas non plus de nuire ; c'est l'efiet de son contraire. — Oui. — Mais Thomme jqste est bon ? — Assurément. — Ce n'est donc pas le propre de l'homme juste de nuire, ni à son ami, ni à qui que ce soit, mais de son contraire, c'est-à-dire de l'homme injuste. — 11 me semble, Socrate, que tu as raison.

Si donc quelqu'un dit que la justice consiste à rendre à chacun ce qu'on lui doit, et s'il entend par là que l'homme juste ne doit à ses ennemis que du mal, comme il doit du bien à ses amis, ce langage n'est pas celui d'un sage ; car nous venons de voir que jamais il n'est juste de nuire à personne. — J'en tomte d'accord.

Platon. République^ 1. I.

t. Tout le livre de la Uépubliqu» a pour but de montrer qu'au contraire la justice a en elle-même le principe de la béatitude, indépeudamment de toutes les choses extérieures.

XIX. — La justice est-elle l'intérèl du plus fort? — Nécessité de la philosophie pour la politique. — Pourquoi les philosophes s'éloignent actuellement des charges publiques. ^ Gomment ils doivent y revenir un jour.

SoGRATB. — Tant que les philosophes ne seront pas rois, ou que ceux qu'on appelle aujourd'hui rois et souverains ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes ; tant que la puissance politique et la philosophie ne se trouveront pas ensemble, et qu'une loi supérieure n'écartera pas la foule de ceux qui s'attachent aujourd'hui exclusivement à l'une ou à l'autre, il n'est ^int, ô mon cher Glaucon, de remède aux maux qui désolent les Etats, ni même, selon moi, à ceux du genre humain, et jamais notre État idéal ne pourra naître et voir la lumière du Jour. Voilà ce que j'hésitais depuis longtemps à dire, prévoyant bien que je révolterais par ces paroles l'opinion commune.

••• Quelle différence mets-tu entre les aveugles et ceux qui, privés de la connaissance des principes des choses, n'ayant dans Tâme aucun exemplaire qu'ils puissent contempler, ne pouvant tourner leurs regards sur la vérité même, comme les peintres sur leur modèle, y rapporter toute chose et s'en pénétrer le plus profondément possible, sont par conséquent incapables d'en tirer, par une imitation heureuse, les lois qui doivent fixer ce qui est honnête, juste et bon, et après avoir promulgué ces lois, de veiller à leur ^arde et à leur conservation ?... Les établirons-nous gardiens de TEtat plutôt que ceux qui connaissent les principes des choses, et qui, de plus, ne leur sont point inférieurs en expérience î...

Adihantb. — Dans le raisonnement, on n'a rien à t'opposer, Socrate ; mais en fait, on voit ceux qui s'appliquent à la philosophie, et qui, après l'avoir étudiée dans leur jeunesse pour compléter leur éducation, ne l'abandonnent pas, mais s'y attachent trop longtemps, devenir pour la plupart des personnages bizarres, pour ne pas dire tout à fait insupportables ; tandis que ceux d'entre eux qui semblent avoir le plus de mérite ne laissent pas de devoir à cette étude, que tu nous vantes, l'incon- Téûient d'être inutiles à la société...

SoGRATB. — Tu dis vrai.

Aducante. — Alors, sur quel fondement peut-on prétendre qu'il n'est point de remède aux maux qui désolent les États, jusqu'à ce (Qu'ils soient gouvernés par ces mêmes philosophes que nous reconnaissons leur être inutiles ?

SoçRATE. — Voilà une question à laquelle je ne puis répondre I que par une comparaison... Figure-toi un patron d'un ou de plusieurs vaisseaux, tel que je vais te le décrire ; plus grand et plus robuste, il est vrai, que tout le reste de l'équipage, mais un peu sourd, y voyant assez mal et n'entendant pas mieux l'art de H la navigation (1). Les matelots se disputent entre eux le gouver» ^ nail ; chacun d'eux s'imagine qu'il doit être le pilote, sans avoir *^ aucune connaissance du pilotage et sans pouvoir dire sous quel ^ maître, ni dans quel temps il Ta appris. Bien plus, ils prétendent ^ que ce n'est pas une science qui puisse s'apprendre (2) ; et â ^ quelqu'un s'avise de dire le contraire, ils sont tout prêts à le mettre en pièces. Sans cesse autour du patron, ils l'obsèdent de leurs prières, et emploient tous les moyens pour le décider à leur confier le gouvernement. Ceux qui sont exclus tuent ou jettent hors du vaisseau ceux qu'on leur a préférés. Ensuite ils s'as» surent de l'excellent patron, ou en l'enivrant (3), ou en l'assoupissant avec de la mandragore (4), ou ils s'en débarrassent de toute autre manière; alors, maîtres du vaisseau, ils se jettent sur les provisions, boivent et mangent avec excès, et conduisent b vaisseau comme de pareilles gens peuvent le conduire. Ils iw comprennent pas qu'un vrai pilote doit étudier les temps, les saisons, le ciel, les astres, les vents et tout ce qui appartient à cel^ ordre de connaissances, s'il veut diriger bien un vaisseau; et' quant au talent de le gouverner, ils ne croient pas qu'il soit possible de le joindre à toute cette science et à tant d'étude. N0 penses-tu pas qu'en pareilles circonstances des matelots ainil^ disposés regarderont le vrai pilote comme un homme qui peid son temps à contempler les astres, et comme un bel esprit incapable de leur être utile ?

Platon. République^ V (trad. Cousin).

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