‹ Extraits des grands philosophesChapitre 65 sur 331 · ARISTOTE · texte numérisé non relu

ARISTOTE

âmes avilies ne pensent jamais à conspirer; en second lieu, la défiance des citoyens les uns à Tégard des autres ; car la ty* rannie ne peut être renversée qu'autant que des citoyens ont assez d'union pour se concerter ; aussi le tyran poursuit-il les hommes de bien comme les ennemis directs de sa puissance, non pas seulement parce que ces hommes-là repoussent tout despotisme comme dégradant, mais encore parce qu'ils ont foi en euxmêmes et obtiennent la confiance des autres, et qu'ils sont incapables de se trahir entre eux et de trahir qni que ca soit ; enfin, le troisième objet que poursuit la tyrannie, c'est Tafiaiblissement et l'appauvrissement des sujets ; car on n'entreprend guère une chose impossible, ni par conséquent de détruire la tyrannie quand on n'a pas les moyens de la renverser.

Tbéolo9le.

I. — L'actuel est antérieur au possible, et Dieu aux autres êtres.

Si l'antériorité appartient à la puissance, rien de ce qui est ne saurait exister ; car ce qui a la puissance d'être peut n'être pas encore. Et alors, soit qu'on partage l'opinion des théologiens, lesquels font tout sortir de la nuit ; soit qu'on adopte ce principe des physiciens : « Toutes les choses existaient ensemble (1) » ; des deux côtés l'impossibilité est la même (2). Comment y aural-il mouvement, s'il n'y a pas de cause en acte ? Ce n'est pas la matière qui se mettra elle-même en mouvement ; ce qui l'y met, c'est l'art de l'ouvrier. Ce n'est pas la terre qui se fécondera ellemême ; ce sont les semences (3).

Aussi quelques philosophes admettent-ils une action éternelle : ainsi Leucippe et Platon ; car le mouvement, suivant eux, est éternel. Mais ils n'expliquent ni le pourquoi, ni la nature, Qi le comment, ni la cause. Et pourtant rien n'est mu par hasard ; il faut toujours que le mouvement ait un principe.

Anaxagore reconnaît l'antériorité de l'acte, car l'intelligence est un principe actif; et, avec Anaxagore, Empédocle, qui admet comme principes l'Amitié et la Discorde, et les philosophes qui

l. Doctrine d* Anaxagore.

^ il n'y aura aucune raison ni aucune cause qui fasse passer la puis- »ncc à racte.

^' Parce que les semences sont déjà en acte et actives.

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font le mouvement éternely Leucippe, par exemple. Il ne fsiut donc pas dire que, pendant nn temps indéfini, le chaos et la nuit existaient seuls. Le monde est de tout temps ce qu'il est... Si la succession périodique des choses est toujours la même, il doit y avoir un être dont l'action demeure éternellement la même...

Le premier principe est aussi le meilleur. C'est lui qui est la cause de l'éternelle uniformité, tandis que l'autre (1) est la cause de la diversité.

Aristote. Métaphysique^ livre XII (tr.jluctîon Pierron et Zévort).

II. — Lé premier moteur meut le monde par Tamour qu'il lui inspire.

Il y a quelque chose qui meut éternellement ;... c'est un être qui meut sans être mu^ être étemel, essence pure, et actualité pure.

Or, voici comment il meut. Le désirable et Tintelligible meuvent sans être mus ; et le premier désirable est identique au premier intelligible. Car l'objet du désir, c'est ce qui parait beau, et l'objet premier de la volonté, c'est ce qui est beau. Nous désirons une chose parce qu'elle nous semble bonae, plutôt qu'elle ne nous semble telle parce que nous la désirons. Le principe, ici, c'est donc la pensée ; or, la pensée est mise en mouvement par l'intelligible. . .

L'être immobile meut comme objet de l'amour, et ce qu'il meut imprime le mouvement à tout le reste. Or, pour tout être qui se meut il y a possibilité de changement. L'être qui imprime ce mouvement, c'est le moteur immobile. Le moteur immobile est donc un être nécessaire ; et, en tant que nécessaire, il est le bien. Aristote. Ibid.

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