La matière
sation, la pensée, sont nos plus grandes jouissances ; l'espoir et le souvenir ne sont des jouissances que par leur rapport avec celles-là. Or, la pensée en soi est la pensée de ce qui est en soi le meilleur^ et la pensée par excellence est la pensée de ce qui est le bien par excellence. L'intelligence se pense elle-même en saisissant l'intelligible ; car elle devient elle-même intelligible à ce contact, à ce penser. Il 7 a donc identité entre l'intelligence et rintelligible ; car la faculté de percevoir rintelligible et l'essence, voilà Tintelligence ; et l'actualité de l'intelligence, c'est la possession de l'intelligible. Ce caractère divin, ce semble, de rintelligence, se trouve donc au plus haut degré dans l'intelligence divine ; et la contemplation est la jouissance suprême et le souverain bonheur.
Si Dieu jouit éternellement de cette félicité que nous ne connaissons que par instants, il est digne de notre admiration ; il eo est plus digne encore si son bonheur est plus grand. Or, son bonheur est plus grand en efiet. La vie est en lui, car l'action de l'intelligence est une vie, et Dieu est l'actualité même de l'intelligence ; cette actualité prise en soi, telle est sa vie parfaite et éternelle. Aussi appelons-nous Dieu un vivant éternel, parfait. La vie et la durée continue et éternelle appartiennent donc à Dieu ; car cela même, c'est Dieu. Aristote. Ibid.
lY. — Dieu est l'inteUigence éternelle qui se pense elle-même.
Nous avons à résoudre quelques questions relatives à rintelligence (1). L'intelligence est, ce semble, la plus divine des choses que nous connaissons. Mais pour être telle en effet, quel doit être son état habituel? Si elle ne pensait rien, si elle était comme un homme endormi, où serait sa dignité (2) ?
Et si elle pense, mais que sa pensée dépende d'un autre principe, son essence n'étant plus alors la pensée, mais un simple pouvoir de penser, elle ne saurait être l'essence la meilleure, car ce qui lui donne son prix, c'est le penser (3).
En&n, que pense-t-elle ? car, ou elle se pense elle-même, ou
1. Il s'agit toujours dans ce passage de Tintelligence de Dieu, du voOc proprement dit.
^- ((Il ne faut pas se figurer les dieux dormant comme ËDdymion. » ^^ic, Nkom,, X, 8. Platon dit de même dans le Sophiste que Dieu P<^rticipe à l'auguste et sainte intelligence, rov aycov xaî «rcpôv vovv.
3* L acte même de penser.
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bien elle pense quelque autre objet. Et si elle pense un autre objet, ou bien c'est toujours le môme, ou bien son-objet varie. Importe- t-il donc, oui on non, que l'objet de sa pensée soit le bien, ou la première chose Tenue ? ou plutôt ne serait-il pas absurde que telles et telles choses fussent Tobjet de la pensée (!)?.•• n est des choses (2) qu'il faut ne pas voir, plutôt que de les voir ; sinon l|t pensée ne serait pas ce qu'il y a de plus excellent. L'intelligence se pense donc elle-même, puisqu'elle est ce qu'il y a de plus excellent, et la pensée est la pensée de la p ^nsée (3).
La science, la sensation, l'opinion, le raisonnement, ont, au contraire, un objet différent d'eux-mêmes ; ils ne s'occupent d'eux-mêmes qu'en passant.
Pour les êtres immatériels^ ce qui est pensé n'a pas une existence différente de ce qui pense : il y a identité, et la pensée ne fait qu'un avec ce qui est pensé.