‹ Extraits des grands philosophesChapitre 98 sur 331 · SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS

Jt Thomas, naquit en 1225 à Aquino près de Naples, d'une famille noble. Il préféra à la vie seigneuriale les études religieuses et entra, malgré Topposition de son père, dans l'ordre de saint Dominique. Ses Irères l'enleYèrent au moment où il voulait quitter ritaUe pour se rendre à Paris et on le retint captif dans son château. Au bout de deux aos il s'en échappa et se rendit à Cologne^ où il devint disciple d'Albert le Grand. Il mourut en 1274. Ses principaux ouvrages sont la Somme de la foi contre les Gentils , les Qtœstions controversées, le Ccymnentaire sur le livre des Sentences, la Somme théologique^ les ComttaUaires sur les ouvrages d'Aristote,

Preuve pérlpatétloieone de i'euLlsteuce de Dieu

par Icà cause efficiente*

Dans les choses sensibles nous découvrons un certain enchaînement de causes efdcientes. On ne trouve cependant pas, et il n'est pas possible de trouver rien qui soit sa cause efficiente, (aice qu'alors cette cause serait antérieure à elle-même, ce qui lépugne. Il n'est pas possible, d'autre part, que, dans la série 4es causes efficientes, on remonte de cause en cause indéflniment. Car, d'après le mode de coordination de ces causes, la pemière est cause de celle qui tient le milieu, et celle qui tient le miUeu est cause de la dernière, soit que les causes mtermédiairessoient nombreuses ou qu'il n'y en ait qu'une seule. Gomme, enôtant la cause, on ôte aussi Teâet, il suit de laque si dans les caoses efficientes on n'admet pas une cause première, il n'y aura m cause dernière, ni cause moyenne. Mais si, pour les causes efficientes, on remontait de cause en cause indéûniment, il n'y aurait pas de cause efficiente première, et par conséquent il n'y fturait ui dernier eliet, m causes efficientes intermédiaires ; ce {ui est évidemment faux. Donc il est nécessaii'e d'admettre

158 PHILOSOPHIE DU MOTBN A&B.

une cause efficiente première, et c'est cette cause que tout la monde appelle Dieu.

Saint Thomas. Somme de tfiéologie^ part. H, qu, u.

Preuve platonicien oe de l'exlaience die Dieu

pRi* le» Id^^e**

La quatrième preuve de l'existence de Dieu est celle des do^* grés de perfection. On trouve du plus et du moins et des degréi dans la bonté, la vérité, la noblesse et toutes les autres qualités des choses. Mais le plus et le moins ne s'appliquent qu'à des êtres divers qui se rapprochent diversement d'un type souverain : comme, par exemple, le chaud est ce qui participe plus ou moins de la chaleur absolue. Il y a donc aussi un être qui ad souverainement vrai, souverainement noble, et qui dès lors est l'être souverain...

Ce qui est souverainement doué de perfection, en quelque; genre que ce soit, est cause de tous les degrés de perfection du même genre, comme le feu est cause de toute chaleur. Il y a { donc un être cause de l'être, de la bonté, de la perfection de tout être, et cet être est appelé Dieu (1)...

I^e mot idée^ en grec tôia, en latin forma^ signifie les formes des choses qui existent en dehors des choses elles-mêmes. Or II ^ forme, ainsi conçue, peut être considérée sous un double rapport i On peut l'envisager, ou comme l'exemplaire de la chose méoa dont elle est la forme, ou comme le principe de la connaissance' qu'on a de cette chose, puisque les formes des objets que Toor connaît existent dans l'esprit qui les connaît. Suivant cette doublP acception du mot, il est nécessaire d'admettre l'existence dsf Idées ; ce qui peut se démontrer ainsi. Dans tout ce qui n'est pas l'œuvre du hasard, la forme est nécessairement la fin de la gêné* ration de l'être. Or, nul agent ne peut agir en vue d'une fDnns qu'autant qu'il a cette forme ou son image en lui-môme. Btil peut l'avoir de deux manières. Certains agents trouvent dans leur constitution propre la forme de leurs actes, tous les êtres, par exemple, qui agissent d'après les lois de la nature physique: c'est ainsi que Thomme engendre l'homme, que le feu produit le feu. Pour d'autres agents qui agissent avec connaissance, h forme existe dans leur entendement : c'est ainsi que l'image

1. Saint Thomas s'efforce de concilier ici Âristote et Platon.

DUHS 8G0T. — OULAM. 159

une maison préexiste dans l'esprit de Tarchitecte. Et on dit veo raison que cette image est Tidée de la maison, parce que sux^hitecte a l'intention défaire une maison semblable à la forme u'il a conçue. Or, le monde n'étant pas Tefiet du hasard, mais ûBuvre d'une cause intelligente qui est Dieu, il s'ensuit nécesûrement que la forme qui a servi de modèle au monde se ^trouve dans l'entendement divin, c'est-à-dire que les Idées xistent, puisque c'est dans cette forme que consiste la nature B ridée. Sadit Thokas.' Ibid.^ I, qu. ii, art. 3 ; qu. xv, art. 1.

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