‹ Extraits des historiens arabesChapitre 26 sur 45 · S LXVI · texte numérisé non relu

S LXVI

Prise et reprise de Jaffa. — Exploits de Richard.

Suite de Vannée 588 [J192 de J, Cl, En ce moment, le roi d'Angleterre était maître de toute la côte au midi de la Pidestine : comme il n'avait pas de forces suffisantes pour tenter quelque entreprise sur Jérusalem et les villes de Tintérieur, il crut devoir se porter vers le nord et attaquer Béryte et les autres villes de Phénicie prises par Saladin ; il se contenta donc de laisser de fortes garnisons à Daroum , Ascalon j Jaffa , et se mit tout de suite en marche. Son projet était de remettre les chrétiens en possession de toute la côte, depuis les frontières d'Egypte jusqu'à Antioche et aux

confins de h Cilicie. A cette nouvelle , Saiadin envoya une partie de ses troupes au secours de Beryte, et forma iuimême le dessein de surprendre JafFa. L'armée musulmane, suivant Boha-eddin , arriva devant Jafia un mardi 1 5 de regeb [fin de juillet]. Le centre de Parmëe était commande par le sultan en personne; l'aile droite l'était par son fils Daher, et la fauche par son frère Malek-adel. Comme la place avait été démantelée , et que ce n'était que récemment que les chrétiens en avaient relevé les fortifications , Saladin espérait l'emporter d'emblée; il négligea les règles ordinaires, et l'assaut commença dès le lendemain : mais la garnison se défendit avec vigueur, et il fallut recourir aux machines. Les premiers jours, le sultan ne fit presque aucun progrès; cependant l'attaque ne discontinuant pas , les chrétiens oflfi irant de se rendre le samedi suivant 19 du mois, si d'ici lu ifs ne recevaient du secours. Saladin voulait qu'ils se rendissent sur-le-champ, oe qu'ils refusèrent; l'attaque recommença donc. Déjà les mineurs avaient sapé les remparts,; et étançonné avec du bois la partie qui menaçait ruine; au signai donné, on y mit le feu et le mur s'écroula; u mais au même instant, poursuit l'auteur, nous découvrîmes derrière un feu terrible qui défendait la brèche ; les chrétiens s'en étaient Tait une espèce de rempart. En vain le sultan fit monter à l'assaut; les Francs opposèrent une résistance opiniâtre. O mon Dieu , qoeb hommes ! quel courage! qoeHe bravoure ! quelle force d'ame ! Nonobstant le danger, il» ne «on|feaient pas à leurs vies; ifs ne prenaient pas la peine de fermer les portes de. la place ; ils se tenaient hors des murs , nous dispu- ^t le terrain pied à pied : le combat ne cessa. qu'à la nuit. Le sultan se repentit alors de n'avoir pas accepté la capitula'^ tion ; mais il n'était plus temps. Le lendemain vendredi, Tas" saut recommença ; toute l'armée attaqua À-Ia«>foîs et en poussant de grands cris; les tambours et les trompettes faisaient. Qn bruit elirojable ; les machines jouaient , les mineurs sapaient le rempart; enfin les murs s'écroulèrent, et le fracas fut tel, qu'on eut cru que le monde allait s'afasmer. Aussitôt un grand eri s'éleva, et les musulmans se précipitèrent à f'assaut ; mais les chrétiens restèrent fermes a leur poste : la poussière et la fumée nous les avaient d'abord fait perdre de vue; I<Hrsque le nuage fut dbsipe^ nous les vîmes placés derrière la brèche, formant une forêt de piques et de lances im* penétrables: Les musulmans furent d'abord épouvantés parce

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spectacle; la vérité est que rennemi montrait une coiiatanoe étonnante. Moi-même j'ai ru deux chrétiens qui , du haut de ia brèche y repoussaient les assaillans; i'un ayant été tué, l'autre prit sa place et se battît avec le même sang-froid. Cependant, la ville se trouvant ouverte de toute part, les chrétiens députèrent un des leurs au sultan pour oflrir de se rendre. Comme le combat ne discontinuait pas, ils demandèrent qu'on le fit cesser. • Je ne le puis , répondit le sultan ; que n les assiégés se renferment dans la citadelle. Quant à la «f ville , dans l'état où sont les soldats ^ il est impossible de la » préserver du piHage. » Le député étant retourné avec cette réponse ^ les chrétiens abandonnèrent la ville et se retirèrent dans la citadelle ; mais nos troupes étaient si animées , que pendant la retraite des chrétiens elles en tuèrent plusieurs. La ville fut aussitôt occupée et mise au pillage.

6 Sur ces entrefaîtes , poursuit toujours Boha-eddin , le sultan reçut d'un de ses lieutenans une lettre, par laquelle on annonçait que le roi, à la nouvelle du danger qui menaçait JaSa, au lieu d'aller attaquer Bérjte, s'était sur-le-champ mis en mer à Acre , avec sa flotte , pour venir secourir les siens.' Saladin se montra impatient d'occuper la citadelle; mais l'armée était si fatiguée , qu'on crut devoir renvover

l'entreprise au lendemain. On était au vendredi; c'est moi ui , le lendemain de grand matin , fus chargé par le sultan e faire éVacuer la citadelle. Déjà on commençait a apercevoir dans le lointain la flotte du roi qui s'avançait à pleines toiles; mais la trop graocje* distance empêchait de connaître le nombre des v aisseaux j Quand je me présentai à ia porte de la 'Citadelle, les chrétiens, qui d'abord avaient sonne' de la trcunpette, ne firent aucune' résistance et promirent de sortir* Comme nos soldats* étaient toujours répandus dans la ville, se livrant a tous léS exoès du pillage ^ et qu'il était à craindre que les chrétiens ne fussent insultés en passant, l'émir qui m'accompagnait orut devoir avant ytout faire évacfuer la ville. Malheureusement les soldats étaient sans chefs et sans discipline, et il fut impossible de leur faire entendre raison. L'émir fut obligé d'empft)yër la force: et même les coups ; aussi il faisait grand jour lorsque les chrétiens commencèrent à évacuer la citadueUe; Les chràiens sortirent d'abord sans faire aucune résistance , emmenant lenrs chevaux, leurs femmes et leurs enfans ; il en sortit environ quaranteneuf/ Mais enfin ceux qui restaient, s'aperçurent, à mesure

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que la flotte approchait, que le nombre des vaisseaux était pius considérable qu'ils n'avaient pense d'abord. En eOet, la flotte se composait de plus de cinquante batimens, parmi lesquels était la galère du roi , peinte en rouge avec les voiles de la même couleur. A cette vue , ils ne doutèrent pas que le roi ne mît sur-le-champ pied à terre pour les délivrer , et ils reprirent les armes. Je descendis pour avertir les nôtres de se tenir sur leurs gardes. A peine une heure s'était écoulée, que les assièges se précipitèrent à cheval du haut de la citadelle ^ tous a la fois et comme un seul homme, et se répandirent dans la ville. Les nôtres prirent la fuite ; tel était leur trouble , que plusieurs furent sur le point d'être etoufles aux portes : une partie d'entre eux , qui s'étaient sauves dans une église y furent tailles en pièces. Cependant les drapeaux musulmans flottaient toujours sur les remparts. Quand le roi fut arrivé à l'entrée du port , il crut d'abord que tout étoit perdu et il hésita à débarquer. Le bruit des vagues et les cris des soldats empêchaient de s'entendre. Le sultan avait fait battre du tambour et était accouru avec son armée; la ville avait été reprise. Les chrétiens passèrent alors d'une extrême confiance au dernier désespoir; ils furent si effrayés de voir la flotte se tenir au large, qu'ils députèrent à Saladin le patriarche et le châtelain pour lui demander pardon et obtenir les mêmes conditions qu'auparavant. En attendant, le combat continuait ; encore un instant , et c'en était fait des assiégés. Tout- à- coup un chrétien , par dévouement pour la gloire jdu messie, se décide à sauter du haut de la citadelle sur un monceau de sable qui était aulMus; puis, entrant dans nn bateau , il va exposer au roi l'état des assiégés. Aussitôt la flotte s'approche du rivage ; le roi met le premier pied ii terre, et les nôtres prennent io' faite. Pour moi , je courus auprès du sultan pour lui annoncer ce qui se passait t il était alors avec les députés des chrétiens , près de signer une nouvelle capitulation , et il tenait la plume *à la main;:La déroute ne tarda pas à devenir généraFe ;• toute la ville fut évacuée : le sultan ne se crut pas même en snseté aii lieu ou il se trouvait ; il .fit éloigner ses bagages , et se retira lur-même à quelque -dis» tance. Son propoe camp fut bientôt occupé par les chrétiens , et le roi resta paisiblement maître de JaAa.

9 Sur ces entrefaites, le roi , qui desirait plus que jamais de s'en retourner dans son royaume, ayant eu occasion de voir quelques mameioucks du sultan avec qui il était familier,

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ieur dît : « Le sultan est un grand prince ; c'est sans contredît n le plus grand et le plus puissant qui soit au|oard'huî dans n Fislamisme. Pourquoi à mon approche s'est- if retire? Par n Dieu ! je ne venais pas en équipage de guerre , mais seule- 9 ment avec le rebut de mes gens de mer : je ne suis pas en ti état de rien entreprendre. Pourquoi s'éloignait-il? n Ensaite il ajouta : a Par le grand Dieu, le Dieu généreux , je n'aurais 7t jamais cru que le sultan prit Jaffa en deux mois , encore n moins en quelques jours, n Puis, s'adressant a un des mameloucks en particulier, il le chargea d'aller saluer le sultan de sa part et de lui dire : « Au nom de Dieu , accorde-moi la n paix ; il est temps que cette guerre finisse. Mes états sont en n proie aux discordes oiviJes. Cette guerre ne peut être utile 9 ni à vous ni à mor^ n Tout cela se passa le samedi au sohri 19 de régeb, le jour même du débarquement du roi. Le soitan , de i*avis de son conseil , iit répondre qu'il ne refusait point d'entrer en pourparlers; que pu isqueJaflTa était maintenant en ruine, on la laisserait dans^ cet état, et que, de plus, on raserait Ascalon. Là«des6ns le roi écrivit sur-le*champ ces mots à Saladin : « L'usage chez les Francs est qu'un prince n qui donne un pays à«un autre, en fasse son homme et son ly* vassal ; je vous deman<feià ce titre Ascalon et Jaffa; je conn sens ti être avec mes* traiipé»à v«tre.seiK^ice ; je serai à vos f> ordres quand vous m'appellerez , et je vous servirai comme 0 vous savez que je sais le faire. Ne nie refusez pas ma den mande, a Le sultan répondit : « Puisque vovs le prenez sur n ce ton , je vous cède JafTa^ et voas me ^rendrez Ascalon. » Et comm| le roi insistait toujours, et représentait ta nécessité où il serait, si on lui refusait sa demande, de rester encore cet été et l'hiver suivant en Palestine, ie-snlton fit répondre qu'il ne céderait jamais^ a^Pour ce. qui est-dn départ du roi, » ajouta-t-îl , il ne pourra guère s'en aller de sitèt; car il doit n savoir que les villes qu'il occupe, il ne les tient que de fa n force, et que, dès qt/ilisera parti, je m'en emparerai, ou 9 peut-être même avant-, s'il 'plaît à Dieu; An reste , puisqu'il n peut se résoudre à passer ici l'hiver, loin de sa famille et de n ses fojers , et cela à la fleui* de son âge, à l'âge des plaisirs, , n pourquoi hésiteraifr-je à passer aussi l'hiver et Fêté sous les ar> f> mes , moi, qui suis ici ddns mes états, avec nesenfans et ma 9 famille, pouvant, si je veux, me procurer toutes les dou- 9 ceurs de la vie; de plus , étant au dcNslin deFâge, à l'âge où n l'on est insensible aux plaisirs : il j a pins, étant blasé sur

RELATIFS AUX CROISABB8. 353

9 tout et ajant ie monde en ayenion? Remarquez d'aîlleiirs 9 que je sois en position de renouveler mes troupes, et de 9 les partager de manière aue celles qui servent l'hiver ne » servent pas Vétéj ce que le roi n'est pas en état de faire; « et qu'en poursuivant cette guerre ^ je crois faire une action 9 agréable à Dieu. Aussi suis-je dispose à tenir bon jusqu'à 9 ce que Dieu ait décide entre lui et moi. «

Dès-lors, il fallut se resigner à la guerre. Le sultan , ayant appris que les troupes chrétiennes laisse'es par le roi dans Acre s'étaient mises en marche pour venir le joindre, résolut d'aller leur couper le chemin ; mais à peine arrivé à Césaree , il apprit que les troupes chrétiennes avaient reçu des secours par mer , et que le roi, à la nouvelle du danger qui menaçait les siens y s'était affaibli lui-même pour les soutenir. Aussitôt, changeant de dessein , il résolut de se tourner contre le roi , et de profiter de l'occasion pour l'accabler. Le roi était resté presque seul ; et Jaffa , dans l'état de ruine ou elle se trou* rait , ne pouvait lui être d'aucune défense. Saladin parut donc tout4-coup à la vue de Jaffa, un jeudi 94 de regeb, cinq jours après le sac de la ville. Le roi n'avait gardé auprès de lui qu'environ dix cavaliers et quelques centaines de fantassins, formant en tout dix tentes; cependant il ne se déconcerta pas, et rangea sa petite troupe sur les bords de la mer. Les musulmans , ayant entouré les chrétiens par trois câtés différens, fondirent sur eux tous à-la-fois et comme un seul homme; mais les chrétiens tinrent bon, grinçant les dents de la guerre^ Ce courage étonna les nétres au point qu'ils n'osèrent les attaquer, et se contentèrent de caracoler à Fentour. La vérité est que nos soldats conservaient un vif ressentiment de ce qui s'était passé à Jaffa. Non-sealement , sous le prétexte de la capitulation , on les avait d'abord empêchés de piller ; mais ceux qui parvinrent à faire quelc^e butin s'en virent dépouillés aux portes de la viHe; on employa même la force pour les faire sortir. Ils se vengèrent en cetUf occasion. En vain le sultan indigné parcourut les rangs pour exciter les guerriers ; en vain son fils D%her donnait lui-même Texemple , en se précipitant sur l'ennemi ; aucun ne voulut obéir. Il y eut même un émir nommé Genah, frère de Maschtoub , qui dit au sultan : « Que ne vous adressa^-voUs main- « tenant à vos mameloucks, qui frappaient les soldats au sac «de Jaffa, et qui leur enlevaient le butin? » A ces mots, Saladin sentit qu'il se compromettrait inutilement : il fit donc

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sonner la retraite , et se retira transporte de colère. J'ai oaî dire , ajoute Boha-eddin, que, dans cette même journée, le roi parcoarnt tout le front de Farmee musulmane la lance en arrêt, et qu'aucun des nôtres n'osa se mesurer avec lui. n

Ibn-alatir dit de plus que le roi , dans cette même joamée, demanda à manger, et que , descendant de cheval, il mangea en présence des deux armées (l).

Pour Saladin, il fut, an rapport de Boha-eddin, profondément affecté de ce qui renaît de se passer. Après s'être éloigné de Jaffa, il s'enferma dans sa tente et passa trois

I'ocrs sans voir personne. Déjà l'alarme était grande dans 'armée; tous s'attendaient à quelque exemple éclatant. A la fin le sultan prit le parti de dissimuler, et fit semblant d'avoir tout oublié; mais il lui resta de cet événement une vive impression , et il se montra désormais moins opposé à la paix.

S Lxvn.

Saladin et Richard font ia paix.

Suite de l'année 588 [H 92 de J. CJ. Depuis plusieurs années la guerre durait sans interruption, et la lassitude était égale de part et d'autre : le roi d'Angleterre sur-tout était impatient de retourner dansses états. Suivant Boha-eddin, un député de Saladin étant-venu le voir à Jafia^ il lui dit : a Jus- » ques À quand m'abaisserai- je devant le sultan? jusques à » quand sera*t-il sourd à mes prières? Des affaires pressantes • m'appellent dans mon royaume ; et cependant l'hiver cornn mence^ la saison des tempêtes approche. Si je suis forcé 9 de rester encore cet hiver, il n'y a plus de motif de faire la o paix. «» Peu de temps après , le roi tomba grièvement malade , et son armée s'affisiiblit de plus qn plus. Le ^ultan , au contraire, reçut 4 1a même époque les troupes d*Egypte et jf'autres secours. Le roi, étant malade, envoyait de temps en temps demander des fruits et de la neige ; il aimait sur-tout les

(i) Vqi^ez Boha-eddin , p^g^s SS et 153 da texte imprimé. Le récit de cet auteur mërite d'être comparé avec cdui de fa Chronique anglaise, tome 1*^ de la Bibiwthèque des Croisades, pages 360 et suivantes ; voyez anui le rëétt de Gantier Yiniai^tif , «« tome \^ de la Bibliothèque des Croisades, pages 7 li et aaîvantea;

poires et les pêches : le sultan lui en donnait avec plaisir , et profitait Je ce moyen pour se tenir au courant Je Fe'tat de i'ennemi. Ce fut ainsi qu'il apprit que le roi n'avait pliis avec lui que deux ou trois cents cavaliers; que la ville de JafFa était comme abandonnée , et que les cfare'tiens s'étaient retirés dans la citadelle. Aussitôt il forma le dessein de retourner de^ vant JafFa et de surprendre le roi; mais en route il rencontra un député qui venait le remercier, de la part du roi , des fruits et de la neige qu'il lui avait envoyés. De plus , ce député était chargé de parler à Maleknidel et de l'intéresser en faveur de la paix. La difficulté ne roulait plus qiie sur Asc^ton ; car, pour Daroura , dont le sultan exigeait la destruction , le roi avait lui-même pris les devans et l'avait fait raser^ Le député dit de la part du roi à Malek-adel : u Si l'on me cède* Ascaion , « je m'en irai content. Tout ce que je désire ^ c'est do sauver «mon honneur chez les Francs. Une fois parti, le snitan 9 pourra, s'il veut, prendre Ascalon et tout ce qui reste aux 9 chrétiens. Si le sultan ne veut pas m'abandonner Ascalon*, 9 qu'an moins il m'indemnise des dépenses que j'ai faîtes pottr 9 en relever les murailles. » A ces mots , le sultan voyant que

alors au vendredi I7<ie schaban [fia cfaout]. Le 'roî aTSfnt envoyé le soir même déclarer qu'il se désistait -deses^pp^efitions sur Ascalon, Baladin fit sorJe^hamp parti^ un:de ses émirs pear recevoir sa parole; ensuite il assembla son di^ftd, et fit mettre par écrit l'état des domaines de chaque partie contractante. Les chrétiens eurent en partage Jaffa j Césârée, Arsouf , Caïfa, Acre et Tyr; le reste demeura aux musulmans. Quand le traité fut rédfgé, le sultan en envoya une copie au roi , priant ce prince de se Sécider sur-le^!hamp , vu que, dans le cas où ces conditions ne lui conviendraient pas, ii était résolu de recommencer dès le lendemain la guerre. Le roi fit répondre qu'il se soumettait à %>nt ; seule-

(l) Mogir-eddin rapporte que, dans an conseil qni fat tena à ce sujet» les ëmirs représentèrent avec force au sultan la longueur de cette guerre et la lassitude universelle : « En faisant ube trêve /bjontèrent-

• ils , nous aurons le temps de nous remettre ; et quand le temps sera

• venu , nous combattrons avec plus d*arde«r qu'auparavant. I^ailleurs

• Dieu n*a-t-i1 pas dit : Si tan te demandé la faix, accorde-la? »

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ment il se plaignit des dépenses qu'il Rvait faites a Ascalon , et demanda comme une faveur qu'on l'en dédommageai Le sultan lui accorda la. moitié de Lidda et de Ramia. A l'égard d'Ascalon , il fut conv pnu que cette ville serait rasée, et que les deux parties procéderaient de concert à sa ruine : c'éttit afin ,que ni l'une ni l'autre ne tentât de s'y établir. De plus, .Saladin lit comprendre dans le traité tous les pajs nausnlmaoS) et le roi stipula pour Antioche et Tripoli. C'est moi , ajoutei Boha-eddin , qui rédigeai le traité (1). La paix fut faite par mer et par terre pour trois ans (S) , à partir du mercredi sa de schaban 588 [commencement de septembre 1 19S de

Cependant le roi était toujours malade ; un député loi ajant .apporte la copie du traité, îl lui dit : a Vous voyex l'état où je 9 suis. Pour ce qui est de moi , je consens à tout , et je donne 9 iust nmin en signe d'engagement : adressez-vous à mon f» neveu le comte Henri et aux autres seigneurs, et qu'ils « prennent eux-mÀnes lecture du traité. » Le dépoté aOa doQc trouver les seigneurs , qui ne firent aucune objection. iJL$.nei3ongèrent pas même à demander l'intégrité du territoire >^e'Lidda et dé Ramla^ que le sultan avait cbarge de vive. voix. le député d'accorder , supposé que les cbrétiens en fissent "la demande'. Toutes les difficultés étant donc aplauies-, le député proposa aux seigneurs de jurer sur-Ie-cbamp. Ils •demandèrent à remettre la chose au lendemain , disant qu'il n'était pas chez eux d'usage de jurer après avoir mangé. Le lendemain matin tous jurèrent; le roi seul s'en dbpensa, disant que les rois ne fout pas de serment On se contenta de lui prendre la main , et le sultan se fia à sa parole. Ceux qui jurèrent étaient le comte Henri, qui allait être souverain de toutes les colonies chrétiennes , les hospitaliers , les templiers et les principaux seigneurs. Le même jour, le fils de Basran et le fils de Honfroy se rendirent auprès du sultan pour recevoir sa parole. On leur fit un fort bel accueil, et ils furent (pgés dtns une tente magnifique. Le lendemain ils prirent la main du sultan , et reçurent le serment de Malek-

(i) II eàt été cafieoz de connaître le texte même dm U«ité; aocua «les autean qui nona sont parvenus ne nous Ta conserve.

(s) Onelquea autenra diaei^t pour trois ans et troia mois y d*aiitres pour trois ans et huit mois.

REIATIFS AUX CR018ADBS. 357

adel son frère , de Malek-daher et Malek-afdal ées tiis , de i e'mir Maschtoub , prince de Naplouse , des princes de Hamab, Schaizar^ en un mot de tous ceux qui possédaient quelque fief (l).

La ceVe'monie ternoine'e , Saladin fit faire cette proclamation, dans son camp: « Or sus, savoir faisons que ia paix est « faite avec les Francs de tous les pays : quiconque d'ei>tre » eux voudra venir ici pourra le faire librement ; et celui 9 d'entre vous qiii voudra aller ebez eux aura ia même li- V bcrte. 9 Eb même temps , il fit deelarer que le cbemin était ouvert à tous les cbre'tiens qui voudraient visiter Jérusalem.

A l'instant les deux armées se mêlèrent ensemble ; on eut dh^ suivant l'expression de l'historien des patriarches d'Alexandrie y que les deux peuples avaient toujours ete comme frères. Les chefs se firent des presens mutuels; Saladin. donna des chevaux , et les chrétiens des cuirasses , des épétê ^AUemame (9) , des piques et autres objets du même genre

Cependant les chrétiens s'empressèrent de faire le pëleri* nage de Jérusalem. Bohareddin rapporte que le sultan fil ouvrir les portes à tout le monde et protégea les pèlerins sur toute la route. Il se trouvait idors lui-même à JeVusalem^ et il était fort aise que les chrétiens satisfissent une fois pour toutes leur dévotion y afin qu'ils ne fussent [^us tentés de revenir. A ussi se présentèren^ils par bandes ; on en vojait de toutes conditions. Le sultan les comblait de politesses , leur

(i) Il €8t remarquable qae , daiM ie traite , if ne fat rien dit des prisonniers ; chacun garda les siens , et on laissa les prisonniers se racheter eux-mêmes. Boha-eddin parie de fëmir Caracousch , ancien gonyemear d'Acre, lequel , après la conclusion de la paix , se racheta moyennant quatre-vingt mille pièces d*or. Plus tard, Abou-jair, cité par le compilateur des Deux Jardins, rapporte quimmëdiatement après la mort de Saladin , son fils Afdal envoya plusieurs chrëtiens en présent au calife de Bagdad , entre autres des femmes if un rang illustre, telles que la fille de Basran, seigneur de Ramia, la fille du wigneur de Giblë , &c. Ces diverses personnes n*avai«nt donc pas été' rachetées. On T'erra ci-dessous, à Tan 618 de Thiégire , qu'encore à cette époque il restait au pouvoir des musulmaas plusieurs chrétiens pris souj Saladin.

(^) v^l^Vt |.>fMM • I<«cs épées d'Allemagne étaient grêles, menues et longues , par "opposition k celles de France , qui étaient courtes. Voyei^Ies notes de du Gange sur la Vie de 5. Lotus, par Join ville ,

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faisait servir à manger, et conversait familièrement avec eox. A la fin , le roi eut des inquiétudes , et il fit prier le sultan de mettre des bornes à ces pèlerinages. II demandait qu'on ne laissât entrer dans la ville sainte que ceux qui se présenteraient avec une autorisation de sa main. Saladin , si l'on en croit l'historien des patriarches d'Alexandrie , interpréta fort mal cette demande ; il consalta les émirs , et tous pensèrent que le roi avait envie de revenir, et qu'il ne cherchait à réprimer les pèlerinages, qu'afin de décider plus facilement ses soldats à l'accompagner dans une nouvelle croisade (1).

Saladin se contenta donc de répondre qu'il ne tenait qu'aa roi, s'il le jugeait a propos, de retenir le zèle des chrétiens; que, pour lui , il lui paraissait peu séant de fermer la porte à des gens qui venaient de si loin. Dès ce moment, le roi ne fit plus de difficulté. Au reste ^ les pèlerins entraient sans armes. La seule faveur qu'ils obtinrent, ce fut de pouvoir visiter les lieux saints sans être soumis à aucune redevance.

Vers le même temps, Saladin fit partir quelques centaines d'ouvriers et de maçons pour démolir Ascalon. Le roi en envoya d'autres de son côté. La garnison chrétienne avait d'abord refusé d'évacuer la ville ; mais le roi la força d'obéir.

Le roi était toujours malade; et Saladin, le roi étant dans le voisinage, ne voulait pas quitter Jérusalem. II ne fut toUt-à-fait tranquille que lorsqu'il sut le roi embarqué. II avait eu , sur ces entrefaites 9 l'idée de faire le pèlerinage de la Mecque; mais ses émirs lui firent voir le danger auquel il s'exposait en s'éloignant, et il renonça à son dessein.

Enfin le roi partit, et les colonies chrétiennes n'eurent plus pour défense que son neveu , le comte Henri. Ibn-alatir représente le comte comme un homme peu miekani, d'un esprit doux et bienveillant pour les musulmans. Un jour le comte écrivit au sultan pour lui demander son amitié avec une pelisse, disant: a Vous savez que la robe et le turban f> ne sont pas en déshonneur parmi nous; fe ferai usage de n Fun et de l'autre , par égard pour vous. « Le sultan lui envoya ce qu'il demandait.

(1) Le fait tnt que , dans Topinion des mosnlmans , Richard ne faisait la paix que pour se donner le temps de rassembler de novvelles forces et de revenir en Pidestine. Voyez le récit de Gantier Vinisanf, an tome I^ de la Bibliothèque des Croisades, p. 7tt et Ity

RBIATIFS JiUX CRO10AOS8. 359

II était évident que rislamisme n*avait plus rien à craindre. Aussi Saladin s'empressa de licencier son armée. I^jCS troupes de la Mésopotamie, de l'Egypte , &c. , reprirent le chemin de leur pays, et de part et d'autre on mit bas les armes.

Ainsi se termina cette guerre mémorable, où l'on vitaux prises l'Europe, l'Asie et l'Afrique. L'avantage resta aux musulmans, puisque, à quelques villes^rès, ils gardèrent toutes leurs conquêtes, particulièrement Jérusalem, objet de cette grande croisade. On ne peut songer sans frémir au nombre d'hommes qui périrent dans cette querelle. Boha^-eddin rapporte que, dans le cours des négociations qui eurent lieu pour la paix , il demanda a Balian , fils de Basran , à quel nombre il estimait les chrétiens qui avaient été victimes de cette lutte? Balian répondit : u A partir du commencement du » siège d'Acre , iî est venu d'Occident cinq ou six cent mille 9 hommes, et une très -petite partie seulement a revu ses n foyers ; cent mille environ ont été tués ; le reste est mort 9 de maladie ou a été englouti dans la mer. n Voilà ce que dit Boha-eddin des chrétiens. On pense bien que les musulmans durent aussi essuyer de grandes pertes; mais cç fut dans une moindre proportion , vu qu'ils n'avaient pas de mer a passer, et qu'ils combattaient sur leur propre territoire Aboulfarage, dans sa Chronioue syriaque, fait monter le nombre des musulmans qui périrent au seul siège d'Acre , soit dans la ville , soit dans les environs , à cent quatre-vingt mille. Quand même ce nombre serait exagéré, ce qui est assez probable, cette exagération donnera iidée de tous les soldats qui avaient du mourir pendant le cours de la guerre , dans les marches et sur les champs de bataille.

Le fait est que les deux nations Âirent également satisfaites de la paix, a Le jour où elle fut conclue , dit Boharcddin , fut comme un jour de fête. De part et d'autre on se livra aux transports de la plus vive alégresse ; la joie fut si grande que Dieu seul put en mesurer l'étendue. Cependant, ajoutetril, le sultan ne se décida à on accommodement qu'avec une extrême répugnance. Un jour il me dit : u En vérité, j'ai 9 peiné à me résoudre à un accommodement quelconque. Je 9 ne sais ce que Dieu veut faire de moi. Il serait possible que 9 par la suite l'ennemi reprit de nouvelles forces , et qu'avec 9 les places qu'il a entre les mains , il recouvrât toutes celles " qu'il a perdues. » Telle était sa manière de voir, poursuit Boha-eddin , et il avait raison. S'il agit autrement , ce fut à

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cause de la maaTaise yolonté de ses troupes; mais Dieu savait mieux que lui ce qui arriyeratt Comme il mourot peu de temps après , cette paix fut une circonstance fort faenreuse; autrement Hslamisme courait un extrême danger. Ainsi, par ie fait, cette paix fut pour nous un grand bonheur et un bienfait signalé de Dieu (1). »

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