J LXVIII
Mort de Ssladin. — Son portrait.
An 589 [ H 93 de J. C.J. Apres le départ du roi d'Angleterre, Saladin, n'ajant plus rien à craindre des chrétiens, résolut d'aller passer quelque temps à Damas. II avait toujours aimé ie séjour de cette viDe , et il esi)éraît j rétablir sa santé; car déjà il se ressentait des suites aune auerre si pénible, et desirait prendre quelque repos. Son dessein était, après s'être arrêté quelque temps à Damas, d'aller en Egypte, qu'il n'avait plus revue depuis dix ans. II partit de Jàmsalem, et visita en route Naplouse, Tibériade et les autres places qu'il avait conquises. Arrivé à Bérjte , Boémond, prince d'An* tioche , vint lui faire sa cour. Ce qui toucha le plus le sahan , c'est que Boémond se présenta de lui-même, sans défiance, sans escorte, sans avoir demandé un sauf-conduit Pour loi témoigner sa satisfaction, le sultan lui fit un très-bel accueil, et loi céda quelques campagnes voisines de sa principauté; il fit aussi des présens à tous les seigneurs qui étaient venus avec lui. Enfin il arriva & Damas au bruit des acclamations
Sénérales. Les habitans firent éclater en le vojant beaucoup e joie , et les poètes composèrent à cette occasion plusieurs pièces de vers. Saladin s occupa aussitôt du bien-être des
(l) II est si vrai qae Saladia 8*opposa tant qu'il pat à fa paix , qn'aprèi Favoir conclae il crut devoir écrire nne lettre d*ezcQ8e an calife de Bagdad ; cette lettre nous a été conaerrëe par le compiiatear des Deux Jardins. Le saltan sj plaignait dn déconragement de les émin , et ajoutait qa*aa reste le point important était de faire partir le roi d'Angleterre ; que famais FOccident ne pourrait envoyer en Palestine d'armée aussi formidable que la première , et que , le terme du traité expiré , on prendrait sans peine aux chrétiens les rilles qui leur restaient encore.
RELATIFS AUX CaOI«ADB8. 361
hRbitens , et reforma dîners abus. C'est ce qu'exprime Bohaeddio en disant que « les ailes de sa justice se déployèrent , » et que les nuages de sa Kberalite répandirent une pluie 9 bienfaisante. * '
Sur ces entrefaites, Saladin sortit avec son frère Malekadel pour se livrer au plaisir dé la chasse. Son absence fut de quinze jours : sa santé paraissait rétablie , et déjà il commençait a se croire hors de danger, lorsque tout-à-coup il tomba malade et mourut Boha^ddin , témoin oculaire , est entre à cet égard dans des détails très -minutieux. Comme ces détails sont hors de notre sujet , nous nous contenterons de présenter l'analyse qu'en a donnée Aboulfe'da.
* Le vendredi , 1 5 de safar [il février] , jour ou les pâerins f musulmans arrivaient de la Mecque, Suadin étant allé, ainsi que tout le peuple , à leur rencontre , fut surpris par le froid. A son retour au château , il se sentit une lassitude extraordinaire ; il fut attaqué d'une fièvre bilieuse , et dès-lors la maladie prit un caractère grave; le quatrième jour on le saigna; le neuvième il fut saisi d'un tremblement général , accompagné du délire ; le douzième , comme il était à l'extrémité y on appela un imam de mosquée pour l'assister à ses derniers momens; on lui lut les prières d'usage et il fit sa confession de foi (i) ; enfin il expira le lendemain matin , mercredi %1 de safar [5 mars]. H fut lavé par un katib ou prédicateur de mosquée. Ce même jour, on procéda à la levée du corps , et il fut enterré, après les prières d'usage, dans le lieu. même où il était mort. Les étoffes qui servirent à sa sépulture provenaient d'un argent légitimement acquis (9). Son fils amé, Malek-afdal, donna audience^ et reçut les complimens de condoléance; ensuite il fit construire un torbé ou mausolée, près de la grande mosquée, sur l'emplacement d'une maison qui avait appartenu à un homme de bien ; et trois ans après ,
(1) Qnelqaes anteun chrétiens racontent que SaUdin , voulant , tvuit de mourir, donner nna idée du néant des grandeurs humaines, ordonna à un de ses ëmirs de porter son drap mortuaire dans les mes de Damas, en criant à haute voix : « Voilà ce que Saladin , vainqueur • de rOrient, emporte de ses conquêtes. » Les chroniques arabes n'ont rien dit de semblable ; le fait peut cependant être vrai. On rapporte quelque chose d*anaIogue du calife M oavia. Voyea les Annales d'Abooifëda, t. I,p. S77.
(î) Voyez ci-deyant| p. 154 , note.
369 EXTRAITS P^AUTBORS ARABES
il y fit transporter le corps de son père» marchant lai-méroe à pied , à la tête du convoi. Le convoi sortit par ia porte du château et s'achemina vers la grande mosquée. On plaça le corps devant la chaire; les prières finies, le corps fut mis en terre. Sitt-aischam , sœur de Saiadin, distribua dans cette occasion d'abondantes aumônes aux pauvres (l). »
Boha-eddin, qui, au moment de la mort de Saladin , était dans la ville, rapporte que l'affliction fut geneVide. a Ce four, dit-il, fut le plus terrible qui ait éclaire l'islamisme Le château de Damas, la ville, l'univers entier, furent frappés d'une tristesse dont Dieu seul eut pu se faire l'idée. Moi et beaucoup d'autres nous eussions volontiers donne notre vie pour sauver celle du sultan. Tous les cœurs étaient dans la douleur; tous les jeux se mouillaient de larmes; et ia désolation JFut si universelle, qu'il ne vint en pense'e à per* sonne de piller la ville, n II ajoute qu'à la première nouvelle de la maladie du sultan , les marches et les lieux publics avaient e'të évacues , et que chacun s'e'tait hâte de mettre ses richesses et ses biens à l'abri. C'est qu'en Orient rien n'est stable ; tout dépend du caractère du souverain ; et si le souverain manque, tout manque avec lui (9).
La vie et ta personne de Saladin ont exerce la plume d'an grand nombre d'écrivains. Boha-«ddin, parmi les auteurs arabes , est un de ceux qui en ont parle le plus au long (3).
(l) Ibn-khalecan, écrivain qni florismit soixante ans après, n* conte que , dans un de àt^ voyages à Damas, ii visita la chapelle où étaient déposés les restes de Saladin. En ce lieu étaient établis cfes hommes qui lisaient rAIcoran, et dHàutres personnes chargées dj faire le service ; il j Int TAfcoran à Tintention de Saladin , et implora pour lui la miséricorde divine. II ajoute qu'il se fit montrer les habits que le prince avait portés , entre autres une camisole jaune avec le bout des manches noir, et qu'il eut le bonheur de les toucher. Vojes la RtUtian d'Abd-ailatif, traduite par M. Stivestre de Sacj, p. 440.
(t) Sur les regrets que laissa la mort de Saladin , vojes la Reimtwu d*Abd-aIhtif , p. 46S.
(s) Boha-eddin est partial et ne laisse voir qu'un c^té des choses; à Fen croire, Saladin eAt été un homme entièrement voué ans pins minutieuses pratiques de dévotion, et ne soutenant la guerre qae pour l'honneur de sa religion on sa défense personnelle. Marin est celui d*entre les chrétiens qui a le mieux traité le même sajct ; cependant il n'a pas eu à sa disposition les matériaux nécessaires, et a trop flatté son héros. Il existe à !a Bibliothèque du Roi deux vies manos-
RBIATIFS AUX CROISADES. < 363
Oo aura, par ce qui précède , une idée du re'cît des ecrrvaîns musulmaiis. Maintenant nous citerons quelques nouveaux traite qui achèveront de faire connaître Saladin.
Saladin était ne' àTekrit, sur le Tigre, et mourut à i'age de cinquante-sept ans lunaires, après avoir régne vingtquatre ans sur l'Egypte et dix-neuf sur la Syrie. Les auteurs arabes le représentent comme un prince très-libéral , qui se dépouillait même du nécessaire. Boha-eddin assure qu'a la fin son intendant crut devoir, à son insu , mettre de l'argent en réserve pour les cas imprévus. Aussi , quand il mourut , on ne trouva dans son trésor qu'une pièce d'or et quarante-sept pièces d'argent (1). «Voilà, ajoute Boha*eddin , tout ce qui loi restait des revenus de l'Egypte, de l'Arabie, de la Syrie et d'une partie de la Mésopotamie. Dans un tel prince, c'était nécessairement le signe d'un excès de libéralité , puisqu'il ne laissait d'ailleurs aucun bien ni rien en propre, n
Cest sur-tout lorsque Saladin s'emparait d'une nouvelle province, que, pour gagner la multitude, il prodiguait les largesses. Quand il entra dans Damas après la mort de Noareddin, il ne prit rien pour lui des trésors de ce prince , et distribua le tout aux émirs. Aboulfarage rapporte, dans sa Chronique syriaque , un trait qui montre parfaitement la différence de caractère de Saladin et de Noureddin. Sala^ din, dit-il, chargea l'émir Ibn>mocaddam, l'un de ceux qui l'avaient aidé à prendre Damas , de partager aux émirs et anx principaux de la ville les trésors amoncelés par Noureddin : l'émir avança la main , et commença par se servir lui-même; mais il n'osa remplir la capacité de sa main. Saladin , étonné , lui en ayant demandé la raison , il répondit en riant, qu'anciennement, dans une distribution de raisins
entes de Sdadin, Tone par Fabbë Renaadot, Fautre par Galland, tradactenr dn Mille et une Nuits. L'ane et Tantre sont des ^ébauches. Jnsqu'ici oa ne pouyait se faire une juste idée du caractère et de la politique de Saladin, faute de connaître les pièces qoi font le mienz dépeint, et qoi paraissent ici pour la première fois. Nons avions déjà donné une analyse de ces pièces dans une Notice sur la Vie de Saladin, qui a été publiée en 1824. On trouvera dans cette Notice beaucoup de particularités que nous avons omises ici , parce qu'elles sortaient de notre sujet.
(i) Cette somme eAt à peine fait cinquante francs de notre monnaie actuelle.
364 BXTBAtTâ d'aOTBURB ARABES
secs y Noureddin l'ayant vu puiser par grandes poignées, lui ayaît fait observer que de cette manière ii n'en resterait pas pour tout le monde. Alors Saladln répliqua que l'avarice était faite pour les marchands et non pour les rois ; qu'il ne tenait qu'a l'émir de remplir sa main j et que, si une main ne suffisait pas, il pouvait les y mettre toutes deux.
Saladin, dit Abouiféda, avait les mœurs douces; il supportait facilement la contradiction , et montrait de Pindnlgence pour ceux qui le servaient. Si quelque propos ie blessait, il n'en laissait rien paraître. Un jour qu'étant assis, un de ses mameloucks avait jeté violemment sa bottine à la tête de son camarade et que la bottine vint tomber à coté do sultan, le prince détourna la tête comme pour ne pas s'en apercevoir. Sa conversation était réservée; son exemple inspirait la même retenue aux antres, et personne en sa présence n'aurait osé déchirer l'honneur du prochain (1).
Boha-eddin cite ce nouveau trait de la patience de Saiadin. A Lie sultan , dans sa dernière maladie, ayant demande de Peau tiède, on lui présenta de Peau bouillante; il en demanda d'autre, et l'on en apporta de glacée. Alors Saiadin, sans sortir de son état accoutumé, ne dit que ces mots : a Dieu soit 9 loué! ne pourrai-je doue pas avoir de l'eau telle que je la • demande? » Boha-^ddin, qui avec le cadi Fadel fut témoin de ce fait , ajoute qu'ils ne purent s'empêcher de remarquer, les larmes aux yeux, qu'un homme ordinaire, dans un cas semblable , aurait jeté l'eau à la tête du maladroit serviteur.
Boha-eddin, panant ensuite de la civilité du sultan, dit qu'il était fort poli, d'un visage prévenant et qu'il recevait très-bien ses hâtes. Il ne les aurait pas laissés partir sans les avoir reçus à sa table; il accueillait également les ambassadeurs chrétiens et musulmans. Boharcddin ajoute que le sultan se plaisait beaucoup à l'entretien des supérieurs de couvent, des docteurs de la loi, des gens de mérite. « Sa volonté, |>oursuit-iI, était que nous traitassions bien ces sortes de personnes. Quand il s'en présentait une, le sultan la recevait avec bonté, la comblait de politesses, ne youlant pas qu'elle partit avant d'avoir reçu des marques de sa munificence. Il était d'une bonne société, d'un caractère agréable et même jovial. Il connaissait Phistoire des Arabes,
(i) Voyez sur ce m^me sujet IttReiaiion d'Abd-alIatif, p. 467.
RBLàTIFS AUX CROI8ÂDB8. 065
iears aventiireS) leurs généalogies et celles de leurs cheyaux. Il était instruit de tout ce^que la terre olFre de rare et de curieux ; aussi trouvait-on beaucoup à gagner à sa conversation. Quand un de nous était malade, il s'informait de son état, de la manière dont on le traitait, de ce qu'il mangeait et buvait, et de ses affaires particulières. Il ne pouvait voir un orphelin sans s'attendrir; si l'orphelin avait encore quelqu'un de ses parens, il lui confiait cet enfant, pourvoyant luimême a son entretien et faisant veiller à son éducation. Quand il vojait une personne avancée en âge, il pleurait d'attendrissement et lui faisait quelque libéralité. Telle fut sa manière d'agir jusqu'à ce que Dieu l'appelât dans le «ein de sa miséricotde* «
Saiadin n'était pas insensible aux affections domestiques : > il aimait à vivre au sein de sa famille avec ses enfans , et prenait part à leurs jeux. Bohaeddin cite le trait suivant, tir Après la coneluaien de la paix, peu de temps avant sa^ mort , Saiadin fit venir auprès de lui à Damas sa famille et les plus jeunes de ses fils. H j en avait un qui se nommait Émir, et qu'il chérissait plus que les autres; son plaisir était de jouer avec lui. Des ambassadeurs chrétiens , s'étant présentés pour avoir audience, le trouvèrent dans cette occupation. A leur aspect, cet enfant, étonné de voir des hommes avec la barbe rasée , les. cheveux courts et vêtus d'une manière étrange, eut peuir «t se mit à pleurer. Le sultan fit aussitâtdes excuses aux députM, etremit l'audience à on antre jour (l). n
Abodlena. reprend ainsi : « Jamais Saiadin ne difiera un moment de s'acquitter de la prière; jamais il ne s'en acquitta qu'en compagnie (8). Quand il formait une entreprise, il s'en remettait à H providence, sans voir dans un jour plus de vertu que dans un autre (3). «
(i) On ivconte un trut presque semblable de notre grand Henri IV, quand il fat sorpris par un ambassadenr espagnol , jouant avec le jeune Louis XIII.
(s) Les musulmans croient que la prière faite en commun a plus de prix auprès de Dieu/ Voyez le Tableau de l'empire ottoman, par Monr. d'Ohsson , t. II , p. 117.
(s) Les musulmans, comme certains chrétiens, ont leurs jours heureux et malheureux. Le jour nudhenreox est le mercredi. Voyez les Voyages de Chardin, t. IX, p. S9.
366 EXTRAirB d'aITTSURS ARABBS
On a cependant remarqué ci-dessus plus d'an esempie ou lui et ses émirs réservaient les grands desseins pour les jours de yendredi, à Pheuré de la prière publique, dans ie moment où toutes les bouches musulmanes étaient oecupées à louer le Seigneur; le prince croyait par-là attirer les bénédîctîons du ciel sur ses armes.
Saladin était sincèrement attaché à sa reKgîon , et H éleva ses enfans dans les mêmes principes. Boharcddtn nous a conservé 4e discours que le sultan tint-, peu de temps avant sa mort, à son fils Daher, en le renvoyant dans son gouvernement d'AIep : « O mon fils! lui dit*H, je te recom- 9 mande la crainte de Dieu , source de tout biim; fais ce que » Dieu commande, et tu j trouveras ton saiut Aie toujours » le sang en horreur; prends garde de le répandre et de t'en 9 souiller; car le sang ne dort jamais. Veille au bien-être j» des sujets et informe-toi de leur situation ; tu es pour eux n mon ministre comme tu l'es de Dieu. Aie soin de oon- 9 tenter les émirs, les grands de l'état et les gens en dignité. » C'est par mes bonnes manières que je suis parvenu à ce « degré de puissance. Ne garde de rancune contré qui que « ce soit; car nous sommas tous mortels. Sois attentif à tes » devoirs envers les autres;, c'est en leur donnant satisfaction « que tu obtiendras ton pardon de Dieu, au lien qne, dans tes 9 rapports avec Dieu, on repentir peut guérir tout; car le 9 Seigneur est bon et nvisérioordteuic. 9
Suivant le même Bohaieddi n ,« Sdadin s'acquittait do jeune toutes les fois que sa santé le lui permettaiti Comme, pendbmt la dernière guerre , les fatigues et les veilles continiieHes ne lui avaient pas permis de le faire exactement, il profita de l'instant de repos qu'il eut après la conolustoyi de k paix, pour se remettre au courant ; son médecin- lui faisant des représentations à ce sujet, il répondit; '«On ne sait pas ce 9 qui peut arriver; le plus sur est de se mettre en règle. » D aimait Ibeaucoup la lecture de l'Alcoran , et il faisait lire ce livre à ses serviteurs et à tous ceux qui l'approchaient Ajant vu un jour un petit enfant qui lisait l'Alcoran à son père, ii en fut touché jusqu'aux larmes, et donna au père et au fils de l'argent et des terres. II était plein de respect pour les dogmes de l'islamisme, croyant fermement que les hommes ressusciteront en corps et en ame, et seront jugés selon leurs oeuvres, c'està-dire que les bons iront en paradis et les méchans en enfer. II admettait indistinctement tout ce que la re-
lOLATIFS AUX CR018ADB8. 367
Ugion enseigne, abhorrant les philosophes (1) et les hérétiques. Comme, à Alep, il j avait un jeune homme appelé Sahraverdi , qui se moquait de la religion , il le fit enfermer, puis mettre à mort (9). Boha-eddin dit tenir de l'imam Abou- Giafar, qui assista Saladin à ses derniers momens, et qui lui lut TAIcoran , que lorsque l'imam en fut à ces mots : a Oui , » c'est le Dieu qui n'a pas de pareil , qui connaît ce qui ast 9 caché, comme ce qui est au grand jour; 9 le sultan, qui depuis trois jours était sans connaissance, revint aussitât à lui et s'écria. C'est vrai, c'est vrai; après quoi il expira. 9 On voit avec combien peu de raison quelques auteurs chrétiens du temps ont dit que Saladin , en mourant, parut douter des croyances de toute sa vie, et regarder toutes les religions comme également bonnes.
Suivant Boha-eddin, a Saladin aimmt beaucoup la justice; non-seulement il était exact à la faire rendre, mais il la rendait iui<méme, quand ses affaires le lui permettaient. II siégeait deux fois la semaine, le lundi et le jeudi, assisté de cadis et de gens de loi. Grands et petits, tout le monde trouvait la porte ouverte. II faisait de même en vojage comme dans sa capitale, recevant toutes les requêtes qu'on lui présentait, et ne repoussant aucune demande. Quand une affaire exigeait une plus longue attention, il l'examinait à loisir, soit dans le jour, soit dans la nuit, et prononçait selon que Dieu l'inspirait. Jamais on n'inyaqua en vain sa justice : il était le même pour les princes de 'sa faihille et pour tous ses sujets; il ne faisah acception de personne. Un marchand arméiBien l'ajiant cité injustement, non-seulement il consentit à venir plaider sa cause; ipais, après le jugement, il donna an marchand une somme d'argent pour le récompense* de la bonne opinion qu'il avait eue de lui et de ses
(i) Sur le seiM du mot philosophe, vo^ex ci-dessus , ps^ 164.
(a} Voici ce qa'Mi lit dans ie code de Tempire ottoman': « !<> Qai- 9 conqae profère des blasphèmes contre Dieu » contre ses attribnu , » contre son prophète, contre le iiyre cëleste (TAlcoran); quiconque
• nie la mission divine de Moïse on celle de Jesus^Christ , sera mis à
• mort sans rémission ni délai; S<* quiconque attaque la sainteté de la
• religion , les principes de la vraie doctrine , Fobligagon attachée 9 aax pratiques du cidte public , et les traite avec mépris ou dérision ,
• est également digne de m«rt » Voyex le Tableau de l'empire ottoman, par Mouradgea d'Ohsson , tome VI, pag. S44 et suiv.
368 EXTRAITS d'aDTEURB ARABES
jnges (l). Sa réputation était si bien établie à cet ^[^rd,qull était , À toutes les heures du jour, importuné de requéfes et de sollicitations. Un jour qu'après avoir été long-temps occupé d'affaires publiques , il s'était écarté de la foule pour prendre du repos, un de ses niameloucks vint lui demander qpdienoe; Salaoin le pria de revenir le lendemain, «r Mon affiiire, reprit »4e mamelottck, ne soufire point de délai; j» et il lui jeta son mémoire presque sur la figure. Le sultan , sans s'émouvoir, * ramassa le papier, et, trouvant la demande juste, doona satisfaction au mameiouck. Une autre fois, tandis qu'il délibérait avec ses généraux, une femme lui présenta un placet; il lui fit dire d'attendre. « Et pourquoi, s'écria cette femme, étesn VOUS notre roi, si vous ne voulez pas étfe notre juge? — n Elle a raison, répondit le sultan, n 11 quitta aussitôt l'assemblée, s'approcha de cette femme, et lui accorda ce qu'elle demandait
On ne finîi'ait pas sî l'on voulait rapporter tout ce que les auteurs arabes, particulièrement Boha-eddin, racontent de la justice de Sidadin et de sa piété. Boha-eddîn s'est snr-tout attaché à faire ressortir ces vertus de son haros; il a même évité à dessein de parler des vices qui les ternirent. Autant il est minutieux à relever tout ce qu il croit favorable à la ré> putation de Sdladin, autant il est attentif à supprimer tout ce qui y est contraire. On se ferait une. idée bien incomplète du caractère et de la politique de Sidadin, si Ton n'avait que le témoignage de cel auteur. Quand Fambition conduisait le anltan , il n'était plus retenu par aucun fien de justice et de modération : on en a vu placeurs traits; en voici un aolre qui est d'autant plus frappant, qu'il précéda de très-pea sa mort, et qu'il n'était justifié par aucun prétexte plansible; nous l'empruntons dlbn-alatir. « Après la conclusion de la paix, lorsque le roi d'Angleterre se fut embarqué pour ses états, et
Sue les musulmans pouvaient enfin se livrer au {epos, Salain ap^a auprès de lut à Damas son frère Maleknîdei et son fils Malek-afdfd, et leur dit : «r Nous voilà dàormats délivrés n des Francs; plus de crainte à concevoir de ce cAlé. Oè 9 tourner maintenant nos efforts? n Malek-adel proposa d'aller subjuguer Khelath dans la grande Arménie, dont la
(i) On a In un trait semblable an sujet de Nenreddin. Voyes cidevant , p. 167.
possesiion loi était depuis long-temps promise, si Ton en f«î« sait la conquête. Malek-afdal , au contraire, fut d'avis d'envabîr les provinces de l'Asie mineure, alors au pouvoir des enfians de Kiiig-«rslan , ancien sultan dlcone. u Ce pays, dit^^l, est «plus considérable que Kheiath, plus peuplé, plus riche, n d'une conquête plus facile : c'est d'aÛIenrs la route que n prennent les chrétiens d'Occident, quand ils viennent par 9 terre; une fois maîtres de ce pays, nons leur iermerons le » passage. — Petits esprits, vues étroite»! interrompit Sala- » din. Je me charge à moi seul de conquérir toute l'Asie min oeure. Toi, mon frère, tu prendras un de mes enfans avee 9 toi, ainsi qu'une partie de l'armée, et vous irez subjuger 9 Rhelath. Quand j'aurai fini, j'irai vous trouver; de là nous «entrerons dans l'Aderbaigian, au-delà du Tigre, et nous 9 démembrerons Tancien empire des sultans de Perse. • On ne peut prévoir ce qu'aurait tenté S^ladin. Déjà les prépan^ tifs étaient faits, le rendez -vous était donné, lorsque ce prince mourut (1 ). L'ambition effirénée et la confiance extrême de Saladin ne peuvent s'expliquer que par l'idée qu'il s'était faite de son ascendant sur l'esprit des musulmans. Ses expl<Ats contre les chrétiens Pavaient fait regarder comme le défenseur de l'islamisme. Dans les dernières guerres , il 'avait vu accourir sovs ses drapeaux une foule de volontaires des con* trées les plus éloignées ; il en était venu de l'Asie mineure (9) et du fond de la Perse. Saladin crut n'avoir besoin que de se montrer^ pour que tous les peuples se soumissent à lui. \m fait est que l'Asie mineure était alors divine entre une foub de petits princes en guerre les uns avec les antres^ et l'empire des anciens sultans de Perse presque anéanti par les §;uerres civiles.
Dans tout le cours de son règne, Saladin ne rencontra de
(i) Une chose singolière, c'est qae Boha^ddîn, après avoir dît que Saladin avait renoncé à tont esprit d*ambition ^t qn*il ne wsu^ft^xX quau repos, ajoute I à la page t70 da texte imprimé, qaa son scrivée à Damas le prince changea d*idée et médita quelque nouveau d^spin. Il De s*expiiqae pas davantage.
(s) Vojex entre autres à » page si l da texte de Boha-eddin. Cest par erreur que le traducteur a cm qu'il s'agissait, en cet endroit, des Grecs; jamais les Grecs ne servirent dans les armées de Saladin; faltiance de rempereor laaac f An^ avecJe snltsh ne s'étendait pas jusque ià.
370 EXTRAITS d'aUTBIIRS ARABES
véritable opposition que delà part des chrétiens | et sur-tout des chre'tiens d'Occident. Aussi avait-il fini par ne phs voir d'autres ennemis que les Francs ; il les traitait d!e»nemis de Dieu, et il appelait la guerre qu'il leur faisait la guerre sacrie. Suivant Boha-eddin , son plaisir était de parler de cette guerre. II aurait volontiers quitté famille, enfans, maison , pour s'j livrer tout entier, u Le moyen le plus sur de lai plaire, poursuit Boha-eddin , était de parler comme lui. Cest cette considération qui m'engagea à lui faire hommage d'on petit livre où je traitais des devoirs de la guerre sacrée; j'j avais recueilli tous les versets de l'AIcoran qui se rapportent au même obfet, et toutes les traditions en paroles sorties de la bouche de Mahomet qui y font allusion. Le sultan lisait souvent ce traita et le laissa en mourant à son fils aine, n a Voici un trait , continue Boha-eddin , ou je fus moi-même A intéressé, et qui donne une hante idée du* zèle religieux de Saladin. Vers la fin de l'année 584, après la prise de Cancab, lorsque Saladin eut licencié son armée, il voulut visiter Ascaloa et les places maritimes , pour les mettre en état de dépense. Je l'accompagnai dans ce voyage : nous étions alors en hiver; la mer était courroucée, et, ainsi qu'il est dit dans FAlcoran , les vagues s'élevaient comme des montagnes. C'était la première fois que je voyais la mer ; cette vue me fit ta plus grande impression : je me disais en moi-même que, m'otfrîton le monde entier, je ne pourrais jamais consentir à faire seulement un mille sur cet élément; et j'étais tenté de traiter 4p fous ceux qui , pour une misérable pièee d'or ou d'argent, s'embarquent sans crainte; en un mot, je me rangeais de l'avis de ceux qui pensent que, par cela même qu'un homme se confie à la mer, il doit être réputé insensé, et que son témoignage n'est pIusrecevaMe en justice (l). Tout-JHCoup, pendant que j'étais plongé dans ces pensées, le sultan se tournant vers moi, me dit : « Je vais te faire part de ce que j'ai dans mon 9 ame. Lorsque Dieu m'aura remis entre les mains le reste n des villes chrétiennes, je partagerai mes états à mes enfans; 9 je leur laisserai m^ dernières instructions; et leur disant 9 adieu, je m'embarquerû sur cette mer pour idier subjuguer 9 les îles et les pays d'Occident : je ne veux mettre bas les
(i) II sera question de cette opinion ci'-desso«a dans une coaversation d*an émir égyptien avec S. Louis.
ABLATIFS AUX CROISADES. 37 1
«armes qae iorfiqa'U ne restera plus un seul infidèle sur la 9 terre; à moins que d'ici là je ne sois arrête par la mort. « Ces parole» ra'etonnèrent tellement , qu'oubliant aussitôt lés idées qui m'occupaient, je dis au sultan : * En vérité, il n'y a 9 pas sur la terre de courage, de force d'ame et de zèle pour 9 la religion dirîne, semblables à ceux du sultan. Pour le 9 courage, la preuve en est qu'il n'est nullement arrêté par 9 l'aspect de cette mer furieuse; à l'égard du zèle de la reli- 9 gion , le suhan , non content de chasser les ennemis de Dieu 9 d'une certaine partie de la terre , telle que la Palestine , 9 Tondrait en purger la terre entière. • Ensuite, «retraçant l'effroi que m'aviût d'abord cause la vue de la mer, j'aroutai : «Le projet du sultan est on ne peut plus beau; il ferait 9 mieux cependant de se contenter d'envoyer ses armées , 9 et de rester ici, de peur de mettre sa vie en danger; car 9 il est le rempart de l'islamisme et son unique ressource. 9 Là-desBos le sultan reprit : « Mais je t'en fais juge; quelle est 9 la mort la plus glorieuse? 9 Je répondis que c'était sans contredit celle on l'on succombe pour la cause de Dieu. Alors il répliqua : u J'ai donc raison de désirer ce genre de mort. *> Or remarquez, ajoute Boha-eddin, combien cette volonté était ferme, combien cette ame était pure. O mon Dieu, tu sais quel était son ïèle pour la défense de ta religion ; tu sais avec quelle ardeur il se serait sacrifié pour ta cause \ C'était dans respoir de jouir de ta miséricorde; fais-lui donc miséricorde, n
Ainsi Saiadîn n'aurait aspiré à rien moins qu^à subjuguer la France, lltafie et tous les pays soumis à la religion chre'tienne. Et qu'on ne croie pas que les paroles rapportées par Boha-eddin fussent une vaine meqace; on retrouve le même esprit dans la réponse de Saladin à une lettre de l'empereur Frédéric Barber4>usse (1). Telle était d'ailleurs la manière de Toir de tous ceux qui approchaient Saladin et qui avaient sa confiance. Toutes les fois que'Boha-eddin vient a parler de quelque vHIe ou province chrétienne , il ajcfute immédiatement ces paroles : Dieufas&e que nous en soyons bientôt les maitres {St)] II ne fait pas même d'exception pour Constanti-
(1) Vojes ao tome I*' ée la ÉibUûîhèqu» des Croisades, rpftif^k ,
pag. «66. ' '
(2) l4isL9 m] jjmj). Voyez entre antres à fa pu;e 199 (Te Boha-
eddin.
379 EXTRAITS d'àUTBDRS ARABB8
nople f dont le soureraîn Isaac l'Aoge eteh alors allié aree Saladîn.
On ne sera pas étonné, d'après cela, que le zèle dei chrétiens et des musulmans étant égal de part et d'autre, iei musulmans eussent adopté plusieurs des usages auxquels les croisades donnèrent lieu en Occident On sait que les chrétiens se soumettaient aux dîmes et à des taxes sans nombre; quelque chose d'analogue a été attribué aux musulmans par un auteur chi*étien trèfkdigne de foi. II dit que, sons Saladio, les musulmans , pleins d'enthousiasme pour leur religion, léguaient en mourant le tiers de leurs biens pour subTcnir aoi frais de la guerre sainte (1). Cest sans doute a cette coutume que Saladin fait allusion dans une de ses lettres au calîfe de Bagdad, lorsqu'il dit que les musulmans se faisaient un plaisir de contribuer aux frais de la guerre sacrée (9).
Ce qu'il j a de plus singulier, c^st que la haine de Saladin ne se rapportait aux chrétiens que comme formant un corps de nation. Une fois les chrétiens abattus, il les voyait d'an autre œil. Il traita avec bonté les chrétiens cophtes d'J^[ypte(3). Avant Saladin , les chrétiens égyptiens étaient en possession de toutes les places de finances, d'arpentage, &c.; les couvens chrétiens étaient nombreux et richement dotes; nonseulement ils avaient été tolérés par la plupart dès califes Fatimides, mab même protégés. On s'en défiait «Fautant
(i) Voyez Tliménure du roi Richard, par Gaathier Tininiif, dans le tome II de la collection de Th. Gale. Voici lea ezpresdont de Tantear : « Pierosqne Salahadinna atipeodiia excitât , et in sompuif « tan (08 pecnnia dudam antè collecta suppetit; nam commani pfacito » gentries stataerant nt morientes quicnmque reram «namm partem » tertiam legis defcnsortboB erogarent •
(t) Voyes ci-deasuB, page s S 5. Le code militaire mnialman s'exprime ainti : « L*obIi ji^ation religieuse où est tont miunioian de faire
• la guerre aux ennemis de sa foi ne lui permet pas de prétendre à » aucune solde , lorsque ie trésor public n'est pas en état de supports
• cette dépense ; dans ce cas , les musulmans qui jouissent d*ane cer- « taine aisance , sont obligés de sacrifier tout ce qu'ils peuvent de leur « fortune pour fournir aux besoins de leurs frères ; et s'ils ne s'y 9 prêtent point de plein gré, le souverain a le droit de les y con-
• traindre. • Voyes le Tabiêou gMrtU de tewipire ctiammm, psr Mouradgea d'Ohsson, t. V, p. 51.
(s) Voyez V Histoire ihs patriarches d'Alexandrie , par Renamdot^pag. 540. ^
BBiATirs AUX CR0IBADB8. 373
moins ) qu'ils étaient presque tous jscobhes, c'est-à-dire ^ de la secte d'Êntjchès , et ennemis irreconciliabies des Grecs de Constantinople et des chrétiens d'Occident Aussi dans l'origine ils araient faTorisé l'entrée des musulmans en Egypte. Les chrétiens mdkbiteSy partisans de ia doctrine des empereurs de Constantinople , étaient senis exceptes de la règle génémie. Sdadin, en parvenant au pQUvoir, fut d'abord obligé» pour complaire à Nonreddîn , de renouveler les anciennes ordoanances contre les chrétiens. Il leur fit porter une cein* tare et un habillement particuliers; il leur défendit de monter à cheval ou sur des mulets ; les ânes seuls leur furent permis : on les déclara incapables d'exercer aucune fonction pu« blique; ils ne purent pins prier Dieu a haute voix dans les églises, ni faire usage des cloches, ni s'acquitter, hors des églises , de la grande procession du dimanche des rameaux ; les murs des églises furent couverts de boue; on abattit les croix élevées sur le faite des temples; on accabla les chrétiens de vexations , ce qui en porta plusieurs a renier leur religion. Mais afuris la mort de Noureddin , Saladin , devenu maître de sa politique, fit cesser les persécutions, et voulut que cbncnn vécût en liberté. Non-seulement il rendît aux chrétiens la faculté de remplir des (rfaces; mais ses oflioiers, ses frères, ses neveux, ses enfans , prirent des chrétiens à leur service et en firent leur intendant, leur secrétaire ou leur homme d'affaires (t). Une telle conduite lui attacha beaucoup les chrétiens d'Egypte; ce qui, joint aux nombreux traits dliumanité et de générosité dont il fit preuve envers les chrétiens ses ennemis, répandit sa gloire en Orient et en Occident. C'est là ce qui explique les éloges magnifiques et même exagérés que certains auteurs chrétiens du temps, sur* tout les Italiens, ont faits de loi ; ces éloges sont tels, qu'il n'existe peut-être rien dans les auteurs musulmans qui soit au-dessus. Nous nous contenterons de citer le passage suivant de l'histoire arabe des patriarches d'Alexandrie; Fauteur était un des chrétiens cophtes dont nous avons parlé.
« Saladin , dans toutes les capitulations qu'il accorda aux Francs, fut fidèle à sa parole. LorsquVine ville se rendait, û
(i) Cela ii*empéchait pas cependant Saladin de faire contribuer iej chrétiens ans frais de la gnerre et à f équipement des navires. Voyez Renaudot, Hùioire dei painarekts d^Altxmndne, p. ssi{.
374 BXTftAlTS d'àCTSUBS ABABBS
lausaît les babitans sortir eo liberté avec ieiira femmes ^ lews enfans et tout ce qui leur appartenait A Teffard des captif musulmans dont ils s'étaient emparés, Saladin offiraît de les racheter, et proposait une somme au-dessus de leur videur; si les Francs s'y refusaient, il les leur laissait, disant : « Je ae » Yeux pas TOUS frustrer de vos prisonniers; seulement trti- « tez-les bien, comme moi-même je traite les vôtres (i). « H resuite de là que plusieurs chrétiens lui remirent volontairement les prisonniers musulmans qu'ils avaient entre les mains, et le sultan les dédommagea amplement de ce sacrifice. Or> dinairement les guerriers sortaient des places conquises avec leur équipage de guerre, c'est-à-dire, armés de la cuirasse, de la. cotte de mailles et du casque, en un root comme lorsqu'ils marchaient au combat. En les voyant, le sultan souriait et ensuite pleurait; mab 3 ne leur faisait aucun mal ; bien au contraire, il les faisait escorter sur toute la route. Cest ainsi que Saladin en usa envers les ennemis de sa religion et de son autorité, agissant conformément an précepte du Pcntateuque, qui dit : « Si, pendant que tu es assis, Fane de ton » ennemi vient a passer ayant sa charge penchée du mène • côté, tu te lèveras et tu remettras la charge dans son juste 9 milieu (8) ; « ou bien à œs paroles de FEvangile : « Aimez 9 VOS ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, pries « pour ceux qui vous outragent, faites du bien à ceux qai n VOUS font du mal (3) ; « en un mot, conformément à cette foule de passages du, même genre que nous passons soos silence pour abréger. Ainsi Smadin , dans la pratique, suivit oe^deux lois différentes sans les connaître, et cela par une espèce d'inspiration divine. C'est pour cela qu'il mourut paisiblement dans son lit, et qu'il fit une fin louable, tant en sa personne que dans celle de sa postérite\ »
Telle est la manière dont cet auteur pge Saladin. Nous pourrions citer un grand nombre de passages de sa chronique^ on il exagère les vertus de Saladin, et on il est en
^ (l) Ceci paraît mid fonde : les auteurs nmsnlmaas , entre antrei Émad-^ddin et Mogir-eddin, s'accordent à dire qne Saladin , en rëdoi* sant une vilie chrétienne , se résenrait les captifs mnsnimans et le« mettait en liberté. Ils ajoutent que, dans la seule année SSS/ Saladin brisa les fers de plus de vingt mille musulmans.
(s) Exode, ch. xxiii, vers. 6; Deutéroname, ch. xxii, vers. 4.
(s) Eçaàgile de S. Lue, ch. vt, vers. S7 et ts.
BmiJLTm AUX . OROUAmiSL 375
oppotîtwn manifeste avee Jes màengs anasaimmoB, 0 youlait un» doute reconnaître iea serriees 4]«e Saladin avait rendus tnx etn-étien» de sa veote; et, ponr Ib. dàre en passant, c'était âne manière de frinmer loombien un: prince gagne à bien traiter ses sujets Sali|dhi le senilkit' bien; aussi, toutes les ùûb que sa politique le lui permettait, il cberchaît à satisfaire tout fe monde. «J'aime mieux , disait-il en parlant des chrétiens, 9 qn'îk s'en «îHent contens. n
Aux yeux de la plupart des historiens musulmaa^,. les deux actions les plus glorieuses de Saiadin furent la conquête de Jérusalem et de la Palestine sur les chrétiens^ et la destrdetion des' califes Patimides d'I^rpte. CF^eSt à quof se rapportent plttsiëurs' des titres et ' des ^^itfaites qu'ils lin-imt domirfs et qui se retroorent sur drr«rs mdtmmens de PifêtfOML Bu toioi queique»4]«s : l<> foGSisiur-dêê infiMuêi^9tp44t^ théiêtes^ c'est-Mire, des ^hrélÂens qui adorent les tms peiv somies de la Trinité (1) 1 9* l'assimmêur dé la sêûfe du oMcet» fié' [9) ; S"" le UMr&ÊéOr de la ¥ill0'9mi$è$ed!entrê htmaimdtê partisan* de fetreur et dé la ty^atmié (3)^ 4^ levainqw^ur^dn rebellée et dêe fifrë^aireà (4) , e^esrà-<tfre , des partisans dés ctiifes PatîmideB qui ne suÎTaient pas la même doctrine -que ceux de Bagdad ; «^ lé restaurateur de fwaité dans la fsi (d), ott auteur de iaréuikion des musiiltaian#'s0tts un méma<pon<tife; 6« le resHfu^tMr M tauPerké du cemmtndeur- des ereyans (6), ou restanratetir de fautorité p<rtitîfica3eid«|ioaIifc de Bagdad ; ^ le lée^ê-étendardMe 'la justice et delà bimfaiiûnee (7); 8* le res^asiêèu/r de lajusèièe eur la terre (8) ; 9^ le serviteur des deus bittes nobles, k Mecque et Médine {9)j .
^ ■■ ■!■■ tIMl 1»^ ■ "^
(») cUUtau* ^u
376 BZTKAITO D?AUT8liaS ABABBS
tf Atcc SaiadÎD , dU EnsdUeddie aon secrétaire , meomreQt les grands hommes; avec Ini disparurent les gens de mérite; le8"boniies aetîons .dàninacrent, les nmayaises s'accrurent; lavie derônt difficile^ la tecre se couvrit de ténèbres , le siède eu€ à ]deittrer son phénix ^ et Ksiamîsmè perdît son soatien. v