‹ Extraits des historiens arabesChapitre 28 sur 45 · J LXIX · texte numérisé non relu

J LXIX

GneiTM eatre le» enKa'a i» SaMin. — Mtlek-«dél s'empwe de U

t .' •■*•-< ' " pmisuice.

)r L'^^oqo^ .qpe nous «ifoos parcourir présente tm tout autra tpectacle ^u^: celle qui. pre'cède^ .« lieu de cet achar» Acipenides cbi^Uens.ettdîea musulmans à se détruire et a 4î|N(l^nÉiaeryPiàIea vevi'f^.pfesqtteindiffi'cens.sttr leur situa- Itau liacîproique. Ce. qu'ils Mibitionneroat ànr«lout, œ sera de toonâerrer .cha6fi«n«%<|u'ib pessédpîM^. Teile est d'ardi- ]ièîve1a.Iassitude ijftai^iaQmfMgne les %(0|hi<Hi0P efforts : d'un cAtévifis,ahrétiens ^653rrik^^j'eB|.feriaéaidflinAun\petft nombre dé)TiU04;, seront Ir^'iaibles pour ' non entreprendre; de l'autre,, les musulmaos ^'oc^pés d'auH^eMi int^tfâts, soogeroai à (eiits .propres q«MiteIlçsvv.Li'Occideqt;se^l: ^altretiendra le feu des croiaadjea^ maii^rim^ gverrie9a:4'Ëiirope;> soit 4|tt-ib manquassent d^e.cbtfis iMifts&*haMJies>^4^tqaeJes chrelieas ÛUL paji refusassent de leirs^^ûder^ ^^ho^ueroat presque tou- ^nk\ A ia fin I'0ccide4t ^d^iendra iadifféiretit au sort des ooisfuîes cbrétieânes; etiAff-tniisuImaQ^,- jae reocontrant plus d'ofbiftaeles, renvaff^nrQQtjJie, colosse qui meaa^t de les engloutir.

An 589 [H 93 de J. Cet années suivantes], Saladin laissa en mourant dix-sept fils et une $ile. LfCairo^ aines avaient été, long-temps avant ia mort de leur pèrç^ inis en possession de ses états; les autres, qui étaient trop Jeunes, fie reçurent rien, et vécurent c^, siiople^ parûculi^rs* MUIekfafdiJ , Pâmé de tous, eut Damas et la Sjrie méridionale avec la Palestine; son père lui conféra le titre de sultan, bcquî lui donna une espèce de suprématie sur ses frères et t(»«s te» princes de sa famille. Malek-aziz, second fils .de S^Udin^^eutrE^pte; et son autre fils Malek-dahcr, la prînoipaiitc jd'Alep. jLes' neveux et les autres pripees de là famille de Saladin qui avaient déjà été investis de quelques principautés , les conservèrent également. Malek-adel , qui , par ses talens et soh expérience,

BBUkTIPS AVX CROISADES. 3*77

exerçait le plus d'emprre sur les mosufmsns, eut ce qu'il avait suparaTant^ c'est-À-arre j Carac, Schaubec et quelques villes de Mésopotamie. Tout rappelait dors en Orient Tesprit féodal. A peine Saladîn tonba*t-iI dangereusement malade, que son fils aîné Malek-afdal crut devoir se faire prêter serment par les émirs et les seigneurs de fiefs. Boha*eddin nous a conservé le psemier article de ce serment; il était ainsi conçu : « Moi N je voue par la présente un attachement

• inviolable et je rends un faommftge sincère au sultan Sala- « din, pour tout le tem||p qu'il vivra : je jure de le défendre » de tous mes efforts, d^ma personne , de mes biens, de mon

• épée, de mes hommes; promettant de me conformer à ses n ordres et de me conduire -selon son bon plaisir. Après lui, » je jure fidélité à Malek-afdal, son fils et héritier présomptif :

• je promets devant Dieu de lui être fidèle, de défendre son « autorité et ses états de ma personne, de mes biens, de mon 9 épée et de «nés hommes ; je jure d^itvoir de la déférence pour 9 ses volontés, tant intérieurement qu'extérieurement, et je n prends Dieu à témoin de mon engagement; n AMal présenta cette formule de serment aux émirs , aux gens en place et à tous ceux qui occupaient quelque poste dans le gouvernement. Les uns firent le serment sans aueune réserve, c'est4-dire^ purement et simplement; d'autres j mirent pour clause qu'on les laisserait jouir de leurs biens, et qu'ils con*serveraient un traitement oenvenabie. Plusieurs , en jurant fidélité à Maietafdal persooneUement, se réservèrent de ne jamais porter les armes contre ses frères; il y en eut nn qui se prétendit dispensé de tout, attendu qu'il ne recevait pas de traitemeAt Enfin un autre, en jurant, ne voulut pas s'oter le droit de retour, c'est-a-dire, probablement, qu'il se réserva de no pouvoir en aticnn cas être diéchn de son fief, inême en cas de félonie. v

Oo.^.flera pes étonné, d'après cela, que tel prince qui était .vassal: dn .fils aîné de Saiadi», eut A son tour ses vassaux partibuIieKS.X7.e4t ainsi que Daher^ qui, en ausiité de prince d'Alep, dépendait d'Afdal, avait de son cAte Émesse dans sa mouvance. ,11 y. avait donc dés fiefs et des arrière^fiefs. L'esprit féodal commença en Orient un peu avant les croisades , sous les sultans de la Perse ; de là il s'étendit en Mésopotamie, en Sjrie, jusqu a ce qu'enfin Saladin le ^rendit général; car avant lui on ne le connaissait pas en Egypte. L'usage des apanages fut une conséquence naturelle du nouveau système.

378 BXTRAITft d'auteurs ARABES

Aussi Saludin prit la precantioQ de donner de son Tirant ie gouvernement de ses principales provinces , telles* que TEgjpte, la Syrie y à ses fils aines ; et comme ils étaient encore ti'op (eunes pour conduire eux-mêmes les affiùres, il leur adjoignit quelqu'un qui gouvernait en leur nom. Le rival qu'il craignait le plus était son frère Malek-add ; voHà peur-

3uoi il l'eloigna tant qu'il put du centre de son empire, et lai onna en apanage Carac et quelques villes de Màopotamie; mais toutes ses précautions furent vaines.

A peine Saladin eut fermé les je^ff qa« I» princes ses fils se divisèrent; ils n'avaient aucune 4^s qualité de leur père, et manquaient d'aiUéurs de l'expérience nécessaire pour souteuîr le poids du gouvernement. Les anciens serviteurs de Saiadin furent éloignés des affaires , et le de'iMyrdre fat bientôt au^comble» C'est à cette indigne conduite que Boha-eddio fait allusion y quand , après avoir raconté les grandes actions de Saiadin et de ses principaux. émirs, il terminé son histoire par ce vers s •

« Ainâiè'écottlèrentces années ; ainsi passèrent ces hommes; • eC bientôt ces hommes et ces années ne furent plus que 9 comme un vain songe. 9

Maleknidcl seul avait conservé de l'ascendant : le prince de Moussoui, ^oint à d'autres petits princes de la Mésopotamie qui n'obéissaient à Sdadin q«e par force, ajant essayé de secouer le joug, ce fut lui qui les fit rentrer dans ie devoir. Les fib de Stîadin, particiuièrement Midek-aMal, s'étaient adonnés au vice et à la «déhanche. Maiek-adel encourageait Afdal; et comme Afdai montrait encore queioue retenue, dans la crainte de soulèverais sujets, Matek-adel, am -rspport d'AbouIfédà, lui rappela ce vers :

0 QWest'Cc que le plaisir, s*rl «n faut faire vm mystère? «

Bientôt Afdal s'aliéna le cœur des émirs; et 'son frère Aziz, poussé par une aveugle ambition^ accourut d^Bgypte pour ini enlever ses états; 6ette fois les priiices d« la famille de Saiadin interposèrent leur médiation, et' la concorde fut pour le moment rétablie.

Afdal, effrayé du danger qu'il venait de courir, commença à réformer sa conduite ; an dit méhie que , par esprit de pénitenoe, ii se mit à copier PAlcoran de sa main (l). Mais Atit

(1) Voyez sar cet usage Texplicatton des Monumens musulwuau du cabtneide M. le due de Blàcéâ, t. Il , p. fis et snhr. •

BBLATIP8 AUX CR0I8ADB8. 379

reyint peu de temps après pour l'assiéger dans Damas : alors Malek-iidel se déclara contre Asîz , et, de concert avec Afdai , il le poursuivit jusqu'en Egypte; mais tandis qu'il était sur le point de l'aoeablery il changea tout-à-coup de parti, et ils se tournèrent l'un et l'autre contre le sultan de S jrie. L'oncle et le neveu vinrent de nouveau assiéger Afdal dans Damas y et le chassèrent de la ville. D'après leur convention, Aziz conserva l'Egypte, et Adel gouverna en son nom la Syrie (l).

Ces divisions faisaient la sécurité des chrétiens de la Palestine; la paix jurée sous Saladin durait encore, et de part et d'autre on la respectait. Le comte Henri de Champagne, neveu du roi d'Angleterre, régnait sur les colonies chrétiennes. Les auteurs chrétiens lui donnent le titre de roi de Jérusalem; mais comme Jérusalem n'était plus au pouvoir des Francs, les écrivains arabes ne l'appellent, lui et ses successeurs, que roi tAcre, vu que la ville de Saint^ean d'Acre ou Ptolémaïs était devenue la capitale des colonies chrétiennes.

î LXX.

Noavelles gaerres des chrétiens et des rausulmaDS.

An 599 {H97 de J, C. et années suivantes], A l'expiration du traité fait entre Saladin et le roi d'Angleterre , les deux nations le renouvelèrent. Tout-à-coup, suivant Ibn-aiatir, l'émir musulman qui commandait à Beryte fit des courses sur les navires chrétiens : en vain les Francs se plaignirent à Mdek-aziz et à.Malek-adel de cette violation de la paix; ils n'obtinrent aucune satisfaction. Alprs-ils s'adressèrent à leurs frères d'0cci4ent et leur dirent : « Si vous ne vous bat^a de 9 nous prêter secours, nous sommes, perdus, et nous serons 9 chassés des villes qui nous restent encore, n

Le compilateur des Deux Jardins rapporte que les Francs s'adressèrent de préférence à l'empereur d'A4iemagne

(i) Malek-adel n*est qa*an titre honorifique qai signifie roi juste; son yëriuble nom était Abou-bekr, et son snrnom Saïf-eddin on ^ée de la religion , dont les auteurs cbre'tient du temps ont fait pa^ corruption Sàjfadm; de la même manière qne de Salah-èddin ou bonheur de lu religion, ils ont fait Saiadih. Cette multitude de noms et de surnoms jette une grande confiisitm dans l'histoire orientale.

380 EXTRAITS D'AUTBtJRS ÂRABBS

( Henri VI) , alors maître de la Sicile , qui était le plus a portée de les secourir. Ce prince était fils de celui qui s'était noyé dans l'Asie mineure ; comme le corps de son père n*avaît pu être déposé à Jérusalem , ainsi que le portaient ses dernières volontés , ses os étaient demeurés àTjr : dans cette occasion , l'es chrétiens , pour toucher l'empereur, lui écrivirent ces mots : a Nous conservons encore a Tjr les restes de n votre père ; ces précieux restes attendent qu'on vienne les « tirer die leur prison pour les porter à Jérusalem ; ce ne sera » qu'alors qu'ils jouiront du repos. Profitez du moment, penn aant que les musulmans sont en querelle les uns avec les n autres. »

a En conséquence, reprend Ibn^atir, les chrétiens d'Occident s'armèrent , particulièrement les sujets de l'empereur d'Allemagne, et abordèrenten Syrie. Ils étaient conduits par un prêtre (1). A la nouvelle de cette invasion, Malek-aidel craignit de ne pouvoir défendre la Syrie, et réclama l'appui du sultan d'Egypte et des princes de la Mésopotamie. En attendant, il rassembla toutes ses forces et se porta contre JafTa, qu'il prit et livra au pillage. Les chrétiens qui étaient en .marche pour secourir la ville , ayant appris à Cesarée qu'elle avait été prise et saccagée, retournèrent sur leurs pas et allèrent attaquer Béryte. Ce qui avait ralenti leur marche et les avait empêchés d'arriver à temps au secours de JaSm, ce fat la mort tragique du comte Henri, leur roi , lequel étant à Acre tomba d'un lieu élevé et se tua. Cette mort occasionna d'abord quelque trouble.

û Cependant les chrétiens s'étant portés contre Bayte, Malek-adel s'avança du même cêté. Comme il craignit de ne pouvoir sauver cette ville, il ordonna de là démanteler. On nVpargna que la citadelle, parce que l'émir qui la commandait s'engagea à la défendre. Les chrétiens battirent , près de Sidon , l'armée musulmane qui leur disputait le passage , et le lendemain entrèrent sans coup férir dans Béryte : ensuite ib s'Avancèrent vers Tyr, ou Malek-adel faisait faire des di%«fs, puis allèrent former le siège de Tebnin. Tebnin est le nom d'une place très-forte , située dans le voisinage , sur les bords

( i) Les croisés avaient pour chef un- évéque nomme Conrad , chencelier de Femperenr. Cest de là qu'Abonlfarage, dans sa Chroniqne syriaque , le désigne par son titre de chancelier.

RELATIFS AUX CBOI8ADB8. 381

de la mer. L'armée chrétienne était toujours commandée par le même prêtre. Le siège fut poussé avec beaucoup de vigueur; bientôt même la garnison demanda à se rendre ; mais tandis que les députés musulmans étaient au camp des Francs pour régler les conditions de la capitulation , un chrétien de Sjrie leur dit : « Gardez-vous Je céder; ce prêtre n vous traiterait en prisonniers et vous ferait mourir; prenez- 9 donc garde à vous! « Dès ce moment, les assiégés résolurent de se défendre jusqu'à la mort En vain les attaques recommencèrent; comme on apprit, sur ces entrefaites, queMalekaziz allait arriver d'Egjpte avec de grandes forces , les Francs se retirèrent. Quelque temps après, on entra en pourparier et la paix fut renouvelée pour trois ans. Par ce traité, les chrétiens conservèrent Béryte. 9

Voila tout ce que Ies«auteur8 arabes nous apprennent sur cette croisade, longuement racontée par les auteurs chré-' tiens. Le compilateur des Detix Jardins dit que les chrétiens se retirèrent de devant Tebnin , à cause de la nouvelle qu'ils reçurent alors de la mort de l'empereur d'Allemagne. De son câté, l'historien des patriarches d'Alexandrie attribue cette retraite aux pluies et aux torrens qui , suivant lui , incommodèrent beaucoup l'armée chrétienne.

On a vu que Malek-aziz n'eut qu'une faible part à l'issue de cette guerre ; cependant ses courtisans et ses sujets ne laissèrent pas de le recevoir, à son retour, comme un triomphateur. Abouiféda rapporte ces deux vers qu'on fit en l'honneur du prince :

«r La victoire et le butin sont attachés à tes pas; c'est là 9 l'escorte d'un général plein de gloire.

« Nui doute que Joseph ne t'ait légué sa chemise; le sang 9 qui en découle en atteste sn6isamment Forigine. 9

Ces vers font à4a-fois allusion au patriarche Joseph et à Saladin , appelé Joseph ou Youssouf , et montrent l'opinion où étaient les musulmans que le fils de Saladin , par son éclatant triomphe contre les chrétiens, s'était montré digne de marcher sur les traces de son père.

Sur ces entrefaites, les chrétiens de la Palestine, au rapport d'Ibn*alatir, ayant besoin d'un chef, nommèrent, à la place du comte Henri, Amaury, roi de Cypre et frère de Guy de Lusignan. Amaury épousa la veuve du comte Henri , et régna à-la-fois sur la Palestine et l'île de Cypre. C'était, dit Ibn-alatir, un prince sage et ami du repos.

382 EXTRAITS d'ai/TBDRS ARABB8

Vers le même temps, Malekniziz, sultan dT^pte, étant mort, Malek-adel, qui était déjà maître de Damas, prît le gouvernement de TEgypte au nom du fls^ d'Aziz en bas âge; puis, jetant le masque , il déposa cet enfant et prit luimême le titre de sultan. Par-ià if réunit dans ses mains presque toutes les provinces possédées par Saladin. Des fils de Saladin , il n'y eut que Daher qui se maintint à Alep. C7est ce qui a fait dire à Ibn-alatir que ^[arement les chefs de dynastie , et ceux qui se fraient les premiers le chemin du tr6ne , transmettent le pouvoir à leurs enfans; qu'il vient ordinairement un frère ou un autre qui s'empare de tout ; et qu'ainsi justice est faite , même dès cette vie, des crimes de l'ambition.

5 LXXI. • Etat des colonies chrétiennes d'Orient.

An 599 [1203 deJ, C. et années suivantes J. Les auteurs arabes , lorsqu'ils parlent des chrétiens de cette époque , ne font mention que de petites expéditions et de courses sans résultats. Le plus souvent, des troupes isolées de croisés venaient passer quelques mois en Palestine, insultaient quelque château , pillaient quelques villages et s'en retournaient ; JI en arrivait de la France, de Iltalie, de l'Allemagne, de l'Angleterre. Les auteurs arabes , n'ayaift aucune notion sur les pays d'où venaient ces guerriers et n'étant instruits de leur arrivée que par les irruptions qu'ils faisaient sur les terres musulmanes , ne disent rien de précis à leur sujet ; ce n'est guère que par les auteurs chredens qu'on peut apprendre ce qui les concerne. Ces petites guerres n'avaient que de très-petits résultats. EHes avaient, pom* ainsi dire, plus d'importance en Occident, ou l'on s'occupait des préparatifs de départ des croisés , qu'en Orient, «oii ces croises ne faisaient tjue passer. Qu'importe de savoir que telle année un tel village de Phénicie ou de Palestine fut brûlé ou pillé? que telle troupe de croisés tua cinquante hommes aux musulmans j ou que les musulmans tuèrent cinquante hommes aux croisés? Ce qui mérite plus d'attention , c'est le changennent qui s'était opéré dans l'esprit des Francs étaUîs en Palestine, et 'des musulmans des contrées voisines : les uns et les antres avaient fini par oublier leurs anciennes querelles et par s'al-

RBIATIFS ADX CROISADES. 383

lier iDdifferemment ensemble : on n'avait aucun égard à la différence de religion ; Pinterèt seal décidait de tout.

On lit dans la Chronique syriaque d'AbouIfarage , « que le, prince d'Ântioche, voulant à tout prix s'emparer de la petite Arménie , pays limitrophe de ses états, attira artificîeusement dans Antioche , Rupin , prince chrétien de cette contrée , et le retint prisonnier. AussitÂt Livon , frère de Rupin, prit les rênes du gouvernement, et, attirant à son tour le prince d'Antioche dans une embuscade, l'emmena captif en Ar* ménie. Les auteurs chrétiens sont entrés à cet égard dans de longs détails. Cette horrible politique occasionna une sanglante guerre. Le prince d'AIep, qui craignait beaucoup les Arméniens et très-peu le prince d'Antioche, prit parti pour celui-ci; et comme les Arméniens étaient entrés par surprise dans Antioche , il accourut avec ses troupes et les obligea à la retraite. Peu de temps après , Antioche souffrant d'ane cruelle disette, le prince d'Alep envoya généreusement aiu habitans des vivres et de l'argent. C'est probablement cette générosité du prince d'Alep qui fit courir le bruit en Occident , qu'au fond il était chrétien ; aussi le pape Innocent in lui écrivit une lettre flatteuse pour le féliciter sur ses bons sentimens (l).

, La disette dont il est question ici se fit sentir sur-tout en &ypte, ou ie Nil n'apporta pas son tribut accdùtu^né. II périt en cette occasion un nombre infini d'habitans; Abd-allatif, qui était dors en Egypte, rapporte des faits qui font firé-* mir. Il parie aussi d'un horrible tremblement de terre qui fit de grands ravages en Syrite, en Mésopotamie et en Asie mineure (51)» Tant de malheurs firent croire, en Occident, que la main de Dieu se déclarait contre les musulmans. En conséquence , les chrétiens entreprirent une nouvelle croisade (3).

Les crobés, à leur arrivée en Palestine, annoncèrent l'intention de marcher sur Jérusalem ; mais Malek-adel , se pla-

(l) Cette lettre a été insërée dans les pièces jnstificativefl du troisième volume de ^Histoire des Croisades^

(t) Voyez la Relation d*Abd-«IIatif , traduite par M. Silveatre de Sacy y pages 367 et suiv. , et pages 4 1 4 et suiv.

(3) Il existe à ce snfet une lettre du pape Innocent III , qui a ëtp insérée parmi les pièces justificatives du troisième volume de \ Histoire des Croisades»

384 EXTRAITS d'auteurs ARABBS

fant près du mont Thabor, leur ferma le passage. Le seul résultat de cette expe'ditioD fut le pillage des campagnes da voisinage.

Ce qui avait réduit cette armée de croisés presque à rien , c'est que ia plupart des chrétiens firent voile vers Coostantinople. Les auteurs arabes n'ont presque rien dit de cet événement, qui eut cependant de si graves 'conséquences. Aboolfarage est le seul qui en ait parlé \ voici ce qu'il dit dans sa Chronique arabe : « L'empereur de Constantinople ajant été déposé par son frère , privé de la vue et mis à mort, son fils se réfugia auprès du roi de France, dont il était nevea par sa mère. Le roi leva aussitôt une grande armée , et l'envoja contre Constantinople. A son approche, les habitans se soulevèrent contre l'usurpateur; mais au milieu du désordre, le feu prit à un quartier de la ville ; et pendant que les sol* dats étaient occupés a l'éteindre, les Francs montèrent à l'escalade et entrèrent de force. Le tyran s'enfuit, et les Francs élevèrent sur le trône le fils du dernier empereur, qo% avaient amené avec eux : mais ce prince était encore fort jeune ; il ne gouverna qu'en apparence , et les Francs eurent toute l'autorité. Bientôt les vainqueurs accablèrent les habi* tans d'exactions , et ne respectèrent pas même les trésors des églises; ils enlevaient les croix, les évangiles, l'or et l'aigeot des images sacrées. Les habitans , irrités , tuèrent leur prince et chassèrent les Francs de la ville. Alors ceux-ci formèreDt le ^eVe de Constantinople ; en vain les habitans , trop faibles pour leur résister , implorèrent l'appui de Rokn-eddin , sultan dlcone ; des marchands francs ,* établis à Constantinople aa nombre d'environ trente mille , et au'on apercevait à peine dans une si grande cité, mirent le feu à quelques maisons; en un moment la flamme se communiqua au loin , et un

Juart environ de la ville fut consumé. Alors les Francs do ehors entrèrent l'épée à la main ; le carnage fut horrible. Vainement plusieurs habitans se réfugièrent dans Ta grande église de Sainte- Sophie; vainement le patriarche, accompagné des chefs du clergé , vint au - devant des vainqueurs, portant la croix et l'évangile ; vainement il se jeta à leurs j^ieds en pleurant et en criant merci pour un lieu si saint : tes Francs , méprisant ses supplications , pillèrent Féglise et massacrèrent indistinctement les prêtres et le peuple. Ils étaient commandés par trois chefs, le doge de Venise, vieillard aveugle , dont les vaisseaux avaient servi à amener cetti

MLATIPS ACX CROISAPEd. 385

formidable armée, le marquis de Monlferrat, chef de Fesipédition, et le comte de Flandre. Après l'occupation de la TÎlie y les trois chefs tirèrent au sort pour savoir qui d'entre eux régnerait sur Constant! no pie; le sort tomba sur le comte de Plahdre. Les Vénitiens reçurent en partage les ries de Crète, de Rhode et les lieux maritimes ; on donna au mar-.

3uis la partie orientale de l'empire, c'est-à-dire les provinces e l'Asie-Mineure; mais comme les Grecs de ces contrées s'étaient nommé un empereur, appelé Lascaris, et refusaient de reconnaître ce partage , le marquis fut obligé d'aller s'établir ailleurs. «

Voilà à quoi se réduit le récit d'Aboulfarage , qui n'est pas exempt d'erreurs. Les auteurs arabes font mention, à la méirie époque, d'une descente faîte par une flotte chrétienne devant Foua, ville située sur le Nil, non loin de Rosette, et des grands dégâts qu'elle y commit; la ville fut mise à feu et à sang, et la flotte se sauva avec son butin.

Vers ce temps-là, le flis aîné du prince d'Antiochefutpoî* gnardé par un ismaélien ou affidé du Vieux de la Montagne^ Le souverain d'Antioche ayant pris les armes pour venger la mort de son fils, le prince d'AIep , son ancien allié, se déclara pour le Vieux de la Montagne; Malek-adel embrassa la même cause ; et le prince d'Antioche fut obligé de renoncer à son dessein : mais la mort du fils de ce dernier ne laissa pas d'avoir des suites fâcheuses. Le jeune prince était marié à une princesse arménienne, dont il avait des enfans. Il s'agissait de savoir si la principauté d'Antioche appartiendrait à un de ces enfans, ou si l'on reconnaîtrait le frère cadet du mort, lequel avait déjà été investi du comté de Tripoli. Ces querelles ne mériteraient pas d'être remarquées, si elles ne nous montraient la politique du temps. Les chrétiens et les musulmans prirent parti, chacun selon leurs intérêts. Comme il était à craindre que les fils du mort, s'ils étaient maîtres d'Antioche , ne fussent unis d'intérêts avec les Arméniens, le prince d'AIep et le sultan d'Icône, qui auraient été accablés par une réunion de forces si imposantes , se déclarèrent pour le comte de Tripoli; les templiers en firent autant. Malek-adel, au contraire , qui n'avait aucun point de contact avec les Arméniens, et qui était quelquefois en guerre avec le comte de Tripoli, prit parti pour les Arméniens; les hospitaliers embrassèrent aussi leur cause. On reprit donc les nrmes et l'on s'attaqua avec fureur. Le roi d'Arménie, pour se venger des templiers,

386 BXTfiAIT9 D^UTBCRS ABABBS

qui possédaient de grands biens dans ses états j les cbassa et confisqua leurs domaines; ensuite il marcha sur Antiocbe; de leur côte, le prince d'AIep et le sultan dlcone se déclarèrent pour les templiers , et , envahissant la petite Arménie, ils forcèrent le roi à donner satisfaction à ces religieux et à se désister de ses prétentions. Pendant ce même temps , Malekadel s'était jeté' sur le comte' de Tripoli , et y avait commis d'horribles ravages. A la fin on fit la paix et chacun s'occupa de reparer les maux de la guerre.

On est e'tonne de l'esprit de brigandage et de barbarie

3UÎ régnait à cette époque. L'historien des patriarches 'Alexandrie, sous la date de l'an 607 de l'he'gire, ou ISU de J. C, parle d'une nouvelle descente faite par une flotte chrétienne de cent dix voiles, du cote' de Damiette, sur la rive occidentale du Nil; comme Malek-adel e'tait alors en Syrie, les chre'tiens abordorent sans obstacle et se répandirent dans le voisinage du monastère appelé' le Couvent de Jérémie. Ils e'taieut au nombre d'environ mille fantassins et de cent cavaliers : ils se partagèrent en deux bandes, et saccagèrent Boure, ainsi que les campagnes situe'es sur la rive occidentale du fleuve; ils ne se rembarquèrent qu'après avoir de'vaste toute la contre'e. L'auteur arabe, qui était Egyptien et contemporain de cet événement, nomme les citoyens qui eurent le plus à souffrir de ces brigandages ; A cite plusieurs femmes auxquelles on prit des bourses d'or et d'argent qu'elles portaient sur elles. On ignore d'où venait cette flotte et qui la commandait y l'auteur appelle le chef le comte AJlenk (l) , nom qui nous est inconnu.

Telle est la suite des evénemens qui suivirent la mort de Saladin. Ce n'était que le prélude d'une expe'dition plus re* doutable, qui pensa avoir les suites les plus importantes.

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