S LXXII
Noavelle croisade» -— Descente des chr(fttens en Egypte.
An -6 14, ou 1217 de J. C Aboulfarage, dans sa Chronique syriaque , a dit un mot du concile que le pape assembla à Rome pour de'cider une nouvelle croisade ge'nérale. On
(0 cdbJUI oàOI
REtATIFS AUX CROISADES. 387
sait qae presque toutes les nations d'Occident prirent part à cette expédition. L'historien des patriarches d'AIexandrîo nomme parmi ceux qui y figurèrent d'abord le roi de Hongrie; elle fut sur-tout dirigée par Jean de Brienne, roi de Jérusalem , et plus tard par le légat du pape. Le mouvement qui eut alors lieu en Occident , est ainsi décrit par Ibn-alatir^ auteur contemporain: « Cette année, un nombre infini de guerriers pai*tirent de Rome la Grande, et des autres pajs d'Occident, au couchant et au septentrion. L'instigateur de cette guerre était le pape de Rome , qui fournit lui-même un grand nombre de soldats, et ordonna a tous les princes chrétiens de marcher en personne , ou au moins d'envoyer leurs troupes. Tous se soumirent à cet ordre. Les chrétiens ^abordèrent à Acre. A cette nouvelle, Malek-adel accourut d'Egypte pour prendre la défense de la Syrie ; mais il n'eut pas le temps d'assembler toutes ses forces. Attaqué à Beyssan avec peu de monde, il se retira précipitamment à Damas. Cette fuite laissa sans défense les musulmans du pays , qui , se fiant a la présence du sultan , n'avaient pris aucune précaution ; ils se sauvèrent avec ce qu'ils purent emporter. J'ai ouï dire qu'en cette occasion , Malok-adel ayant dit a un des fugitifs qu'il rencontra dans son chemin , et qui, à cause de sa charge, s'arrêtait de temps en temps, « Mon ami, ne va pas B si vite , et je te tiendrai compagnie ; 9 cet homme lui répondit : *t O sultan des musulmans! ce serait plutôt à toi de » ne pas aller si vite; mais nous qui te voyons abandonner 0 tes provinces et nous laisser à la merci de l'ennemi, com- » ment ne pas nous hâter ! 9 Ainsi les chrétiens ne rencontrèrent aucun obstacle et mirent tout à feu et à sang. Quand ils eurent dévasté les environs de Beyssan et de Naplouse , ils retournèrent à Acre. Malek-adel crut alors que leur intention était de se porter contre Jérusalem , et il envoya son fils Malek-moadam à Naplouse, pour défendre les approches de la ville sainte; mais les chrétiens, après diverses excursions , se portèrent sur le mont Thabor, contre une forteresse que le sultan y avait fait élever quelques années auparavant y et d'où il pouvait inquiéter la ville d'Acre. Le siège dura dix-sept jours. Déjà le château était sur le point de se rendre, lorsque les Francs perdirent un de leurs chefs et se retirèrent précipitamment. Après leur départ, Malek-adel fit détruire le château, vu sa trop grande proximité d'Acre et la difficulté de le défendre^ »
388 EXTRAITS D*ACTCURS ARABES
An 615 [i2f8]. Les cliretiens, au rapport dlbo-fent, étant de retour à Acre , tinrent conseil et se dirent entre eux : «Nous nous consumons ici inutilement; que n'allons-noas 9 plutdt en Egypte ? C'est u l'aide des ressources de cette riche fi contrée que Saladin a conquis la Sjrie et subjugue la ville n sainte. En nous en rendant maîtres, nous reprendrons fa- 9 cilement JeVusafem avec toutes nosiinciennes provinces, n Là-dessus , il fut décide qu'on mettrait à la voile ^ pour rÉgypte, ce qui eut lieu au mois de safar (mois de mai) (l).
Les Francs, d'après le témoignage des auteurs arabes, abordèrent près de Damiette, dans l'île ou delta forme par les deux bouches principales du Nil. Ils s'établirent en face de Damiettc, n'étant sc'pares de cette ville que par la branche du fleuve qui passe sous ses murs et de la se jette dans la Mer mediterrance (2). Au milieu du Nil e'tnit une tour, grande, forte, remplie de guerriers (3); des chaînes de fer, partant de cette tour, se prolongeaient jusqu'au pied des remparts de Damiettc, et fex*niaient l'cntre'e du fleuve; de
S lus , la tour communiquait avec la ville par un pont de atcaux (4) construit sous Saladin.
(i) Si Ton en croit Makrizi, dans sa Description de V Egypte, à rarticle Damiettc, Tarnicfe chrétienne se montait k soixante-dix mille cavaliers et à quatre cent mille fantassins. Ce nombre est exagéré.
(2) Cette Tille était alors pins près de la mer qu'aujourd'hui ; elle était située presque à fembonchure du Nîi. Voyez ci-après à Tan 6S9 de rhégire [ 1360 de J. C. ]. Nous renvoyons du reste, ponr tout ce qni tient aux locidités , à la carte de Damiette et de% environs , qui accompagne le douzième livre de X Histoire des Croisaàes, quatrième édition. 1^ carte qui accompagnait l'ancienne jédition présentait des inexactitudes.
(3) Au lieu d'une tour, Makrizi en cite deux. En effet , il devait en exister une seconde sur la rive orientale, au point où la chaîne tenait an continent : c'était entre ces deux tours que s'étendait la cbaioe. Makrizi ajoute qu'encore de son temps , c'est-à-dire au xv* siècle de notre ère , cet espace était nommé Y Entre-deux des tours. II existe encore deux tours à-peu-prcs à la même place.
M. Hamakcr, dans son mémoire intitulé Commentatio de expédia tionibus à Grœcis Francisque advcrsus Dimyatkam susceptis / suppose qu'il cxisîait une troisième tour sur ia rive occidentale ( vojex à la pa<;c GO de sa Dissertation)', mais , de son aveu, aucun auienr ne parle de cette tour, et, ainsi qu'on le verja, les événement s*expfiqnent su (Tisani ment sans recourir à cette conjecture.
(4) Le mot que nous traduisons parfont de bateaux {yoja ci-
RELàTIFS AUX CROISADES. 389
Les chrétiens devaient , avant tout , s'emparer de la tQiir et rompre les chaînes , afin d'ouvrir à leurs navires l'entrée dans le cœur du pays. Si Pon en croit l'auteur de l'Histoire des patriarches d'Alexandrie, lequel c'tait contemporain et se trouvait alors au Caire, les Francs parvinrent d'aboi d à introduire leurs petits batimens. Apparemment ce fut par l'espace situe entre la tour et la rive occidentale, où l'eau avait moins de profondeur et ou aucun obstacle n'empêchait le passage. Le même auteur ajoute qu'à Taidc de ces petits batimens, les Francs se rendirent maîtres d'une partie du cours du fleuve, et génèrent par eau les communications de Daroiette; ensuite il poursuit ainsi :
u Les Francs se hâtèrent d'asseoir leur oamp , et s'environnèrent de fosses et de retrancheroens ; après quoi ils dirigèrent leurs attaques contre la tour de la chaîne. Ils étaient fort impatiens de s'en emparer; car c'était la seule voie pour ouvrir à leurs gros navires l'en tree dans l'inte'rieur de l'Egypte. Huit de leurs pierriers ne cessaient de jouer ni de jour ni de nuit; les pierres qu'ils lançaient parvenaient jusqu'à Damiette: on voyait continuellement voler les traits et les (lècbcs, et un grand nombre de musulmans perdirent Id vie ; la terreur était devenue ge'neVale. En un moment, les villages qui entourent Damiette furent abandonne'S| et la de'solation se repandit jusqu'au Caire.
a Pendant ce temps, il arrivait de tous côtés des secours dans la place. Malek-adel, qui était reste' en Syrie à la garde du pays, se hâta d'envoyer toutes les troupes disponibles. L'Egypte était alors sous l'autorité de son fils aine , Malekkamel. Ce prince vint so placer dans les environs de Da-
devant p. 183 ) «'exprime en arabe par^/.»»^, an pluriel jy»»^ . Ce mot revient très-souvent dans les auteurs arabes du temps, et se d^t aussi d*nn pont de pierre. (Voyez les Annales d'AbouIféda, t. III, p. 594. ) Par une idée analogue , on Fa môme applique aux chaussées que Ton construit en Egypte pour les temps de i'inondatioo du Nil. Makrizi , dans sa Description géographique et historique de l'Egypte, a consacré un chapitre particulier à ces chaussées. II en cite qui devaient avoir plus de trente lieues de long. Ce mot a souvent embarrassé les auteurs de traductions arabes. Quelques-uns ont pris des ponts pour des chaussées, et d'autres des chaussées pour des ponts. Voye£-en un exemple dans les extraits arabes qui accompagneqt rUistoire de S. Louis par Joinviile , édition du Louvre, p. 544»
390 EXTRAITS d'aUTEUBS ARABES
miette, cur la rive orientale du Nil. Dans ces conf onctares , un grand nombre de musulmans du Caire et du vieux Caire prirent les armes, les uns par esprit de religion, les autres parce qu'on les y forçait. Les principaux citoyens se cotisèrent ensemble, et l'on e'quipa quelques troupes. Telle était la frayeur qui régnait dans ces deux villes, que déjà on j faisait provision de froment, de farine, de biscuit, de riz et d'autres denre'es ; on eut dit que l'ennemi était aux portes.
•r Le vendredi 98 de bonne' [i3 juin] (l), les chrétiens livrèrent assaut à la tour de la chaîne. Soixante-dix de leurs barques , revêtues de cuir et a Fepreuve du naphte et du feu grégeois, s'avancèrent dans le plus terrible appareiL L'attaque fut vive; mais elle n'eut pas de succès. Un nouvel assaut eut lieu le dimanche 7 d'abib [3 juillet]. Ce jour liles Francs firent usa^^è de quatre navires surmontes chacun d'une tour : trois étaient diriges contre la tour de la chaîne^ le quatrième devait se porter contre la ville. L'ennemi fit les plus grands efforts et fut sur le point de triompher : déjà il avait dresse ses échelles, lorsque le mât qui soutenait une des tours ayant casse' , tous les guerriers qui s'y trouvaient tombèrent dans l'eau ; la plupart se noyèrent, accable's par le poids de leurs armes. Ce succès inspira une joie demesure'e aux musulmans : au Caire et au vieux Caire, on illumina, et les habitant se livrèrent aux transports d'une vive ale^gresse.
tf Sur ces entrefaites ,. les chrétiens, de'sespe'rant d'une prompte réussite de leurs attaques, se répandirent dans les campagnes voisines et s'emparèrent des provisions. Comme des bandes d'Arabes nomades avaient e'te' appele'es des provinces voisines pour les harceler, les Francs les attaquèrent par surprise et les taillèrent en pièces ; le petit nombre de ceux qui échappèrent, se voyant hors d'e'tat de résister, commencèrent a se disperser dans le pays , et à piller amis et ennemis ; c'e'tait afin d'épuiser la contrée et de mettre les Francs dans l'impossibilité d'y subsister. Non-seulement Malek-kamel ne vit pas ces ravages avec peine, mais il ordonna lui même de tout livrer aux flammes. Dans le même temps , le sultan
(l) Le mois de bonne appartient an calendrier des chrétiens cofiea d*£gypte. II en est de même de tous les mois qui sont cites dans V Histoire des patriarches d'Alexandrie Ceat qae Taotear ^taic lotmême cbrc'ticn et da rite coftc.
RBL4TIFS AUX CROISADfiS. 391
MiJek-adel, tonjonrs retenu en Syrie, étendait ses courses sur le territoire des rilles chrétiennes de Palestine et de Phénicîe, pour faire diversion. Mais rien ne pouvait tirer les Francs des provinces de l'Egypte.
« En attendant , les attaques se poursuivaient contre la ville et la tour de la chaîne. Il ne se passait pas de jour sans quelque nouvel assaut. Les pierres lancées par les machines des chrétiens étaient d'une grosseur prodigieuse; une seule
f>esait plus de trois cents livres d'Egypte. Les Francs travailaient, en ce moment, à une espèce de ponton appelé chez eax maretnme : c'étaient deux ou plusieurs navires joints ensemble, et attachés avec des poutres et des planches, de manière à présenter l'apparenee d'un seul navire. Celui dont il est ici question, se composait de deux navires; au-dessus s'élevaient quatre mats supportant une tour de bois à créneaux et revêtue de parapets, à Fexemple d'une citadelle; sur la tour on avait pratiqué un grana pont-levis, qui se levait et se baissait à volonté , au moyen de courroies et de poulies (l). Tous ces préparatifs étaient destinés contre la
(i) Voici le texte arabe :
J î^ (jlujyi o^ (^t Jt ^UJf, oUi^Vli U^yLijIj
b — '^J ciJj[>ûv o^' jy^ J^ Ur* ^y^ y<j s>^
tf-Hj c>iH J^J ô^. MJm^ *i^
II résulte de ce pnssage que le mot que nona avona tradoit par maremme n'est pas d'origine arabe, mais plutôt d'origine franqae; du moins ce mot est-il employé dans le sens ^édifice, vaisseau, dans les moniimens chre'tiens du moyen âge. Voyez le Glossaire de la basse latiniié de dn Cange, supplément, au mot 3/aremma. Voyez aussi le Codice diplomatico delV ordine di Malta, par Sebastiano Paoii , t. II , p. 619. An reste , comme le passage arabe que nous citons ici pourrait donner lieu à d'antres di6Scultés du mén\e genre, nous rapporterons le passage correspondant d'Olivier Scholastique , écrivain latin , lequel se trouvait au siège de Damiette, qui même dirigea la construction de la machine en question ; on verra que ce qu'il dit lève toute incertitude : « Duos oogones conjunximns trahibua et fuuibus fortissimo
d99 EXTRAITS d'auteurs ARABES
tour de la chaîne. Au jour fixe . les Francs s^avancèrent avec ]ear mareuiuie, et abattirent le pont-levi$. En un moment i'eta^e supeVicur tomba en leur pouvoir, et aussitôt le pont
Sjui joignait la tour ù la ville fut coupe'. Les musulnians , eniermes dans la tour, au nombre d'environ trois cents, se voyant sans ressources, mirent bas les armes et furent faits
Kisonnîcrs; quelques-uns seulement essayèrent de se ^er à au y et se sauvèrent à la nage.. Cette journe'e fnl horrible. Les chrétiens plantèrent leurs <h*apeaux et leurs croix an haut de la tour; ensuite ils fermèrent la porte qui faisait face à DamicttOi et, du côte oppose', ils construisirent an pont de bateaux qui joignait la tour à leur camp. Dès ce moment, le lit du Nil leur fut ourert. Quatre mois s'e'taient écoules entra l'arrivée des chrétiens et la prise de la tour de la chaîne, m
5 Lxxm.
Mort de Malek-adel. — Les croiae's pussent le Nîf.
Suite de Vannée 615 [ 4218 de J, CJ, Les auteurs arabes s'accordent à dire que la perte de la tour de la chaîne était ce qui pouvait arriver de plus fâcheux à l'islamisme. Pcndant ce temps , Maick-adel était toujours en Sjrie, espérant que les chrétiens , repoussés de l'Egypte , viendraient y renouveler leurs attaques. Au rapport de Makrizi, quand il apprit ce qui était arrivé, il désespéra du salut de Damîctte, et, se frappant la poitrine, il témoigna la plus vive douleur. Il mourut de tristesse un jeudi , 7 de gioumadi second [coni* mencement de septembre], dans les environs de la colline d'Afik, non loin du lac de Tibériade. Comme il était à craindre que cette mort n'occasionnât quelques troubles, ses gens
» cohœrentea , sociâ compaginatione T«ciHandi pertcalom prohi- 9 bentc^ Quatuor maios et totidem antenuas et in eis erexnnos» in
* summitate casteiium firmnm asseribus et opère retieulato contectnm s collocantes. Cootra machinaram importunitatem coriis TestÎTiiniis » iiiud et per circuitom et super tectam, contra ignem gneoum. Sub » castelluio fabricata fuitscala funibus fortiasimia suspensa et triginu
* cabitia nltra proram proteosa. « Voyez la relation d'Olivier Schoiaatiqac, Bibliothèque des Croisades, tome II, i'^i»ar4àe.
BSIATIFS.AUX CROISADES. ^9Z
firent répandre le bruit qu'il n'e'tait que malade, et se mirent en devoir de le transporter à Damas. L^ corps avait e(e placé dans une litière couverte et le cortège se mit en marche : le médecin et l'échanson s'avançaient à côté de la litière; tout se faisait comme à l'ordinaire. Ce ne fut qu'à l'arrivée du corps à Damas que l'on annonça la mort du sultan; un héraut reçut ordre d'aller par la ville criant : * Priez pour l'ame du 9 sultan Malek-adcl, et faites des vœux * ir votre souverain » Malek-moadam , de qui Dieu proiovge le règne. « A ces roots,, le peuple se mit à fondre en larmes, et la consternation devint générale (t).
Malek-moadam était le second fils de Maletadel ; depuis quelque temps il avait été investi du gouvernement de Damas. Quand son père fut mort, il se hâta de s'emparer des trésors de l'état, et de se faire prêter serment par les habitans (â).
« Malek-adel, selon Ibn-férat, était un prince de mœurs louables et de bonne croyance; il passait pour très*entenda dans le gouvernement et se faisait rendre compte des plus petites chc«es. Il fut heureux en tout et n'essuva jamais de défaites. Il était prévoyant, doué de sens , porté ù la douceur et àja patience ; il était généreux, et savait dépenser quand il fallait. So^fi autorité s'étendait sur l'Egypte, la Syrie et une partie de la Mésopotamie. II partagea de son vivant ses états à ses enfans; et lorsqu'il les vit bien affermis , il ne cessa de les visiter et de se transporter d'une province à l'autre. Il passait ordinairement l'été en Syrie, à cause de la bonté des fruits f de la fraîcheur de l'air et de la salubrité des eaux; l'hiver, il séjournait en Egypte, ti cause de la douceur du climat. Malek-adel mangeait prodigieusement, et plus qu'on
(i) Si Ton en croit Novaîri , les fonërailles de Malek-iide! eurent lien dans le châteaa de Damas, dans ie plus grand secret. On y mit une telle précipitation, que, comme on manquait de drap pour ensevelir le saltan , on fit usage du bonnet et de la robe d*un homme de loi ; et comme on n'avait pas sous la main une pioche pour creuser la fosse, f officier préposé aux funcVaillcs alla voler celle d'un paysan. La partie de la Chronique de Novaîri où se trouve' ce fait singulier, manque à la Bibliothèque du Roi ; nous le tirons de la Dissertation de M. liamaker, p. 81, note 38.
(î) Cest le même prince qne les auteurs latins du temps ont appelé Corruffin, par corruption de son titra de Sclierf^tddin ou Aii/meur </e tu rcii^on^
394 EXTBAFFft p'aUTBURS ARABES
n'a coutume de faire ; on dit qu^il mangeait uu jenne «gneia en un seul repas. 9
Ibn-aiatir remarque qu'après sa mort sesenfans se muntinrent chacun dans ics apanages ,qu'il leur avait donnés. Malek*kamei, l'aîné de tous, eut VÉgypie^ avec le titre de sultan; Malek-moadam eut Damas et la Palestine; KJic'Iatb, dans la grande Arménie, fut le partage de Malek-aschraf; d'autres reçurent quelques villes de Mésopotamie.
Cependant la guerre continuait toujours sur les bords da Nil. Le sultan allait sans cesse de son camp à Damiette , et de Damîette à son camp, pour i*epousser les attaques de l'ennemi. Comme les chrétiens, en s'em parant de la tour du fleuve, avaient rompu les chaînes qui fermaient le passage, les efforts du prince eurent pour but de susciter de nouveaux obstacles. Au rapport d'Ibn-alatir , il fit construire un nouveau pont de bateaux , défendu par des guerriei*s. Les chrétiens tournèrent leurs attaques contre ce pont et le rompirent. Alors le sultan se décida à faire couler à fond plur sieurs grands bateaux chargés de pierres, et le passage devint presque aussi difficile qu'auparavant».
L nistorien des patriarches d'Alexandrie a soin de remarquer qu'en ce moment les eaux du Nil étaient basses, ce qui en rendait la navigation périlleuse. Il ajoute que les musulmans , pleins d'ardeur , résolurent même d'aller attaquer les chrétiens sur la rive occidentale, dans leur propre camp. « Quatre mille cavaliers, dit-il, et autant de fantassins traversèrent le fleuve, accompagnés de cinquante ou soixante navires, qui devaient attaquer par eau. Mais Fèntreprise échoua : les cavaliers s'étant approchés des fossés des chrétiens, les trouvèrent si bien défendus, qu'ils n'osèrent passer outre; les fantassins, qui sVtaient avancés d'un autre céte' et qui voulurent aller plus avant, s'étant engagés an milieu des tentes , furent repousses avec vigueur et taillés en pièces; il n'y eut de sauvés que ceux qui purent se jeter à Peau ; encore la plupart étant originaires de Syrie , pays où il y a peu de rivières et où l'on ne sait pas nager, furent entraînes au fond et se noyèrent. A ce spectacle, les navires musulmans rebroussèrent chemin , et l'attaque n'eut pas de suite.
f Un nouveau combat s'engagea le vendredi d9 de babeh [ fin d'octobre ] : environ trois mille cavaliers musulmans , avec la garde particulière du sultan et quelques Arabes, passèrent le fleuve et fondirent 5ur les chrétiens mais ils furent
REIATIFd AUX CROISADBSp 395
mis en deroate , et il ne s'en sauva qu'un petit nombre à la nage. Ce second ecbec abattit le courage des musulmans , qui n'osèrent plus rien entreprendre. Sur ces entrefaites, Thiver commença^ et les Fi-ancs s'enfermèrent dans leur camp. Au commencement de kaihat[ décembre], un ouragan temble causa d'étranges ravages : l'eau de la mer entra dans le lac qui avoisine Damiette; le lac del>orda; l'eau du (leuve s'éleva plus que de coutume; le camp du sultan fut inonde : il périt, au milieu du désordre, un grand nombre de bétes de somme et beaucoup de provisions : on eut ensuite à essuyer des pluies continuelles; le froid devint rigoureux; le vent soufBa avec une violence qui aurait soulevé des montagnes. Ce fut une désolation sans exemple. Dans une de ces tempêtes, le vent enleva une maremme chre'tienne formée de six vaisseaux joints ensemble, et la transporta sur la rive orientale. On avait pratique dans cette maremme, des échelles^ des tours, de petites rues; en un mot, c'était un édifice sans pareil et qui passe l'imagination. Des seize hommes qui la montaient, quatorze opposèrent une résistance opiniâtre et se firent tuer ; les deux autres , s'etant sauves à la nage sur la rive occidentale , furent traites de lâches par leurs frères et attaches au gibet. Quant a la maremme , les musulmans eurent d'abord l'idée de la conserver et de l'employer à leur usage; mais craignant de ne pouvoir la deTendre contre les attaques redoutables des Francs, ils y mirent le feu , et elle devint la proie des flammes (l).
n L'ouragan avait sur-tout e'te terrible contre les Francs. Comme , en ce moment, il existait des communications continuelles entre le camp des chrétiens et la ville d'Acre, d'où ils tiraient leurs provisions, toute la cote était couverte de leurs navires, et plusieurs firent naufrage ou vinrent échouer sur le rivage.
9 Cependant, rien ne pouvait ralentir le zèle des Francs; ils cherchaient toujours un moyen d'entrer avec leurs gros vaisseaux dans le lit du Nil, et de se rendre maîtres du fleuve. Comme le sultan leur opposait des obstacles sans cesse renais^
(l) Makrrzî, dans sa Description de l'Ef^pte , appelle cette Ma-. remme une des merveilles du monde. II ajoute qu'elle avait cinq cents coudées de dimension , qu'elle était doubie'e en fer et à Te'pre^ve 4v feu gnSgeois.
sans, Us rmagiiièrent de creuser le lit d'un ancien canal appelé Safran (i), par lequel jadis le'Nii de'chargeait ses eaux dans ia mer. lis proHlèrent du moment où les eaux étaient fort hautes, et, y introduisant leurs gros vaisseaux, ils voguèrent à pleines voiles. £n vain le sultan se hâta de faire couler à fond un triple rang de ses navires à l'endroit du fleuve où venait aboutir le canal; en vain il y plaça des pontres, des troncs d'arbre, et tout ce qui pouvait otlrir de la résistance : le samedi qui suivit la Purification (3), 8 d'à m eschir [commencement de feVrîer 1 9i 9 ] , les vaisseaux chrétiens , ayant le vçnt en poupe, forcèrent le passage, et les pouti-es, les troncs d'arbre et les navires ne résistèrent pas plus gtte de Vherbe. Dès-lors le Nil fut ouvert aux curctiens, qui furent maîtres du lit du fleuve , et la situation de Damiette devint très-critique* »
Il y avait alors dans l'armée musulmane un émir dWigîne curde, appelé Emad-eddin Ahmed, et surnommé le flis de Masçbtoub. Cet émir était fils de ce fameux Maschtoub qui, sous Saladin, avait défendu la ville d'Acre contre toutes les forces de l'Occident; il avait succédé à son père dans le fîef de Naplouse , et avait conservé un grand ascendant sur les troupes y particulièrement sur les soldats curdes , ses compatriotes, qui, depuis Saladin , formaient le nerf des armées musulmanes. Makrizi dit de lui qu'il était le premier des émirs, et qu'il se faisait traiter à l'égal des rois. 0 On le citait, ajoutc-t-il , pour l'élévation de son génie et sa grande libéralité. II était fort affable , et sa valeur le faisait redouter des princes. 9 Comme, depuis la mort de Malek-adel, il n'existait plus de frein pour retenir les esprits, le fils de Masçbtoub résolut de profiter de l'abattement des musulmans pour faire une révolution ; de concert avec quelques émirs , il
(1) D*aatre8 le tiommtxki Azrak on Bleu, Ce canal prenait naissance un peu au midi du lieu où e'tait campe'e farmee chre'tienne » sur fa rive occidentale du Nil , à Tcadroit appelé' Donre', et se jeuit dans la Mer méditerrane'e.
(*) eJ^'^^'^* ^^ "*** °® *® trouve pas dans les dictionnaires; mais fe sens en parait de'terminë par les passages correspondans des auteurs latins , qui tons placent rëvënement en question à la même époque. Le mot ^^^^ (j . semble un équivalent du mot relepailles;
et en eflet, c'est le jour de la Purification qu eurent lieu les rele vailles de la Sainte-Vicrge.
forraa le projet de déposer le sultan , et d'éleVer & sa place un de ses frères, appelé Malck-faïz, sous lequel il espérait gouverner. Une partie de l'armée trempa dans cette conspiration. Déjà tout était prêt pour l'exécution; mais au moment que les conjurés étaient assemblés, et tenaient à la main l'Âlcoran pour jurer fidélité au nouveau prince, le sultan, qui en fut instruit, entra tout-ù-coup, la fureur peinte dans les jeux. A cet aspect, les conjurés s'enfuirent chacun de leur coté. Pour le sultan , il était si troublé qu'il crut tout perdu : à l'entrée de la nuit, il monta à cheval et s'enfuit dans la direction du Caire, sur les bords du canal d'Aschmoun (1). Son départ fut si subit que personne n'en sut rien ; mais, au point du jour, quand la nouvelle s'en répandit, la frayeur devînt générale; chefs et soldats, tous prirent le chemin du canal d'Aschmoun : le tumulte fut tel, que, suivant les expressions de Makrizi , le frère ne s'occupa point de son frère, le père de son (ils ; les armes , les provisions , tout fut abandonné. Jamais on ne vit une terrenr pareille.
Les chrétiens étaient toujours sur la rive occidentale, ne se doutant point de ce qui se passait : quand ils en furent instruits, ils se hâtèrent de traverser le fleuve et s'emparèrent du camp musulman (9). Dès-lors ils purent se déployer autour de Damiette, et cette ville, qui jusoue-là avait été.àrabrt des coups de l'ennemi , commença à être pressée avec une grande vigueur. On était alors au 30 de dou'Icaada [ mois de février].
Cependant les musulmans s'étaient peu à peu ralliés sur les bords du canal d'Aschmoun; tous les soldats, sans excepter les conjurés, s'étoient réunis au sultan : mais telle était la frayeur du prince, qu'il ne savait 21 qui se fier et songeait à abandonner ses états pour se sauver en Arabie. Heureusement, dit Makrizi, le Seigneur jeta un regai*d de
(1) Cest le canal que les auteurs cbn^tiens du temps ont appclë Taiiis , sans donlc du nom de la grande viiie de Tennis, siluéu dans le iac de Menzalë, où ce canal a son embouchure » et quiis ont coufondue avec fantiquc ville de Tanis, bâtie à quelque distance.
(3) Comme ils ignoraient la cause de cette fuite pre'cipitec, ils Tattribucrent à un miracle de Dieu et à une légion d'anges vêtus de blanc, (pii ctaicnt venus du ciel pour faire peur aux musulmans. Voyez la Relation îles Podestats de Reggio , Bibliothèque des Croisades, t. I, ii« partie, p. 591 et suiv.
39S EXTRAITS d'acteurs ARABES
pitié sur rislarofsmey et les musulmans furent préiserres d'un si gra;nd malheur. Quelque temps auparavant, le sultan, se sentant vivement presse, avait envoyé demander du secours à ses frères, aux princes d'Alep, de Hamah et au calife de Bagdad. Malek-moadam , prince de Damas, s'etah aussitôt mis en marche (l) ; le prince arriva deux jours après que la sédition eut éclate, et sa présence remit le calme dans les .esprits. Le fils de Masclitoub fut attire par une nise hors de sa tente, et on l'envoya, sous bonne escorte, en Syrie et en Me'sopotamie , où il périt quelque temps après d'une mort funeste (9); sans doute, dit Ibn-alatir, en punition de son horrible attentat contre la religion. Quant à Malek-faïz , première occasion du de'sordre, on le fit aussi partir pour la Syrie, où il mourut bientôt empoisonne, à ce qu'on dit (3). Dès ce moment , le sultan put s'occuper de re'parer ses forces et d'aller au secours de Daroiette; mais, d'abord, il écrivit de nouveau à ses frères pour les exciter à venir le seconder. Ce fut Malek-faïz qu'il chargea de ses lettres. Celle qui était
(1) Makrizi rapporte qii*en partant , le prince de Damas, de peur que ies Francs , après avoir pris Damiette, ne vinssent de nouveau en Syrie et ne subjuguassent le pays , et qu'une fois maîtres de Jérusalem , ils ne fissent de cette ville, très-bien fortifice par Saladin , un rempart inexpugnable , se résolut à en détruire les murailles. Par ses ordres on abattit les fortifications de Je'rusalem ; les vivres et les munitions furent transporte'es ailleurs; on ne laissa debout que la tour de David, située à Toccident, et Ton mit la ville sainte hors d'e'tat de servir de défense aux chrétiens, dans le cas où elle tomberait en leur pouvoir. Novaïri remarque que ies musulmans furent très-sensibles à la ruine de Jérusalem ; un cri de douleur s^éleva par toute la ville. Les habitans, hommes et femmes, jeunes et vieux, ies jeunes femmes cou- Tertes de leur voile, les vieilles animées par leur désespoir, coururent à la chapelle de la Sacra et k ia mosquée Alacsa , pour invoquer la miséricorde du ciel , en arrachant leurs cheveux et déchirant leurs vétemens. Un grand nombre de musulmans se décidèrent à abandonner leurs foyers et iears biens, pour aller chercher un refuge ailleurs; les routes furent couvertes de ces fugitifs ; les uns se retiraient en Egypte , ies autres en Syrie, quelques-uns à Carac. On vit des femmes élevées dans la délicatesse , marcher à pied, et n'avoir, pour garantir leurs membres meurtris , que les iambei^ux de leurs vétemens ; plusieurs périrent sur ies chemins de faim et de misère. Voyez la Dissertatîon de M. Hamaker, page 117, note 70.
(2) Voyez à ce sujet la Dissertation de M. Hamaker, p. 100 et sqjv.
(3) Voyez encore la Dissertation de M. Hamaker, p. 109 et tS9.
RELATIFS ACX CROISADES. 399
destinée pour Malek-aschraf , souverain de KJielalh , dans la grande Arme'nie, était en vers; le commencement, qui s'adressait à Maiek-faï'z, nous a été conservé par Makrizi; le voici (1):
u O mil bonne étoile! si tu veux véritablement me se- » couder, lève-toi sans retard et sans hésitation.
n Excite tes chameaux , les poussant et les animant sans n leur donner de relâche.
n Multiplie les marches tant que tu pourras, et ne t'arrête 9 qu'à la porte de Malek-aschraf.
n Tu lui donneras le salut de la part d'un de ses serviteurs 9 qui attend sa vende, les yeux tournés vers lui.
« ï^ès que tu seras arrivé, tu lui diras de ma part, après 9 une aimable salutation et beaucoup de complimens :
n Si tu te rends dans peu auprès de ton serviteur, tu le 9 trouveras au milieu de ses guerriers , armés de tépee et de 9 la lance,
n Si tu tardes de le secourir, tu le trouveras Mais
9 non, tu ne le verras plus qu'au jour de la résurrection, 9 dans la plaine du dernier jugement, n
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