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Terrenr générale parmi les masaimans. — Marche des croisés
vers le Caire.
An 617 [i220]. D'après le témoignage des historiens contemporains , les chrétiens, en entrant dans Damiette , se crurent comme les maîtres de toute l'Egypte. Leur dessein était d'envahir le pays tout entier; mais d'abord ils s'occupèrent de réparer les fortifications de la ville , et en firent leur place de guerre; ils se rendirent pareillement maîtres de tous les lieux du voisinage. D'ailleurs, ils attendaient de nouveaux secours d'Occident. Quant au sultan, il écrivait lettres sur lettres à ses frères , aux princes de sa famille et à toutes les
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puissances musulmanes, pour les appeler à son secourt. Malheureusemeot, suivant la remarque des auteurs arabes , les circonstances ne pouvaient éire pins fâcheuses. Cétak alors le temps des invasions de G en gis-khan et de ses bordes sauvages. Les Tartares, après avoir subjugué presque tout le nord de rAsie, sVtaient approchés de la Perse, et mena* çaient les provincos voisines de ia Sjrie. Tons les princes musulmans craignaient pour leurs propres états , et n'osaient s'engager dans une nouvelle guerre. Malek-aschraf , frère du sultan, et souverain de Khelath, dans la Grande-Arménie, était un des plus menacés. Le calife lui-même tremblait dans sa capitale.
L'historien des patriarches d'Alexandrie rapporte que, dans cette circonstance, on usa en Egypte de tous les moyens pour prévenir le danger. Comme le trésor du sultan était épuise, le vizir fit mettre à la question tons les percepteurs des impÂts et les gens de finance, pour leur arracher de l'argent. Musulmans, juifs ou chrétiens, personne n'était épargné. ViMnemeut quelques chrétiens renièrent leur religion; ils payèrent comme les autres. Les cachots étaient pleins de malheureux, et plusieurs y laissèrent une partie de leurs membres. « Quel temps de désolation ! s'écrie l'auteur. Tout le monde était obligé de payer selon ses moyens, et personne ne pouvait se soustraire aux poursuites; en sortant d'un danger, on tombait dans «n pire« Jusque4à il avait été permis aux particuliers de tenir des magasins, AeB bazars, des iialles qu'on louait comme on voulait; c'est là que se vendaient le lin et les autres denrées : il fut alors défendu de rien vendre ni de rien acheter autre part qu'au bazar du sultan ; et pour y vendre et acheter, il fallut payer un droit extraordinaire. Il n'y avait pas de vexations qu'on n'tniagtniit peur extorquer de l'argent. ISn un mot, le peuple était si malheureux, qu'il aurait tout quitté, s'il avait pu, pour aller s'établir ailleui's. Pendant ce temps , il n'était bruit que de l'humanité des Francs, et de la douceur dont ils usaient envqis les vaincus (1 ). C'était surtout aux chrétiens du pays et aux Juifs qu'on en voulait. Le vizir essaya d'abord de détourner à son
(i) If ne faut pas oublier que Tanteur que nous citons (ftait clirë t:en et domicilie au Caire , et qu*il dut avoir à aoatfrir comme les autres des mesui'es rigoureuses du sultan.
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profit Targent que les chrétiens consacrent à Tentretien cfe leur patriarche ; vint ensuite un emîr qui fit mettre en prison les chrétiens et les Juifs du Caire connus par leur richesse , afin de les forcer à signer des billets pour une somme de onze mille pièoes d'or : les billets furent envoyés signés au sultan. Heureusement le prince eut honte de cette conduite , et renvoya aux chrétiens et aux Juifs leurs obligations; mais ce qu'on avait fait au Caire , on le faisait dans toute l'Egypte. Plusieurs se pendirent de désespoir; d'autres renièrent leur religion, v
An 6i8 [122^], Enfin , les Francs, désormais tranquilles sur ia possession de Damiette, et ayant reçu de nouveaux secours d'Occident, se mirent en marche pour s'avancer dans le cœur du pays. Ils prirent la route du Caire, en suivant la rive orientale de la branche du Nil qui passe à Damiette. Le sultan était alors campé avec son armée sur cette même rive, à l'endroit ou le Nil se partage en deux branches : la principale vient passer devant Damiette , l'autre va se perdre dan» le lac de Menzaié ; c'est celleci qu'on appelle le canal d'Aschmoun. Le sultan avait pris position* dans cet endroit, au midi du canal, pour arrêter l'armée chrétienne aa passage* On commença à y bâtir une ville. Le prince y fit élever un château pour lui et des maisons pour ses troupes; on y construisit des bains, des marchés. La nouvelle ville fut appelée Mansoura, c'est^-dire, la Victorieuse , et elle devint en peu de temps une cité considérable. Les chrétiens passèrent successivement à Farescour, Scharmesah, Bara* moun. Quand ils furent arrivés au canal, ils trouvèrent l'armée musulmane déployée sur l'autre rive, et la flotte du sultan postée au milieu du fleuve. Aussitôt la guerre recom* mença.
Makrizi rapporte que les chrétiens étaient au nombre de deux cent mille fantassins et de vingt mille cavaliers. Ils se montraient, dit*il, pleins d'espoir, et ne doutaient pas du succès. Ils dressèrent leur camp sur les bords du canal, et s'entourèrent de bons retrancheinens. Leur flotte côtoyait le Nil , chargée de vivres et de provisions. L'armée musulmane n'était pas moins redoutable : des courriers envoyés dans toutes les provinces avaient appelé les guerriers musulmans à la guerre sacrée ; du Caire aux confins de la Nubie, le pays retentissait du bruit des atomes ; au Caire et au vieux Caire , on fit une levée en masse.
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Dans les provinces , la consternation eiah extrême. Voici le tableau ediajant que fait Thistorien des patriarches «TAlexandrie : a La désolation était au comble. Le peuple entier avait pris les armes; ii ne restait plus dans les villes queits femmes, les epfans au-dessous ae Tage de puberle' et les vieillards décrépits. Pendant deux jours on négligea au Caire et au vieux Caire d'ouvrir les portes : on ne trouvait plus rien à acheter; toutes les affaires e'taient suspendues; an morne silence régnait dans les rues ; on n'entendait de temps en temps que le bruit de ceux qui allaient, une sonnette a la main , criant : 4k Ordre à tous les musulmans de partir sans « délai ; quiconque sera trouve ici ce soir sera pendu. • Ces pai'oles n*e'f aient point une simple menace; les gens da
Euet e'taient à cheval, visitant toutes les maisons; et maleur à celui qui eut ete trouve en contravention! Cetah un temps de douleur et de larmes , un temps qui n'avait pas eu d'exemple. Le Nil était alors dans sa crue; mais personne n'y faisait attention. On ne s'inquiétait plus si la recoke serait bonne ou mauvaise ; on ne songeait qu'aux midheurs presens. 9
Dans ces circonstances, le sultan fit un dernier effort auprès de ses frères et de ses alliés. Son frère Malek-rooadam , i>rince de Damas, lequel était retourné en Syrie un peu avant a prise de Damiette, fut invité à revenir promptement au secours de l'Egypte, et à amener toutes les forces qu'il pourrait. Déjà Moadani avait cherdié à faire diversion en Syrie, afin d'attirer l'armée chrétienne de ce cÂté. Il avait fait raser les fortifications de Jérusalem et d'autres places ; il avait attaqué quelques villes chrétiennes de Phénicie. Voyant enfin qu'aucun de ces moyens ne réussissait, il fit prendre les armes à tous les musulmans de Syrie , et se disposa à marcher sur les bords du Nil. Les lettres qu'il avait écrites dans les provinces pour faire lever les musulmans, furent lues en chaire le vendredi, et l'on prêcha par-tout la guerre sacrée. Les musulmans de Syrie montraient peu d'enthousiasme; mais le prince suppléait à tout par son zèle : il appela sous ses étendards les princes voisins , entre autres son frère Malek'^aschraf , prince de Khélath dans la Grande- Arménie. Le médiateur dont il se servit pour intéresser son frère à la cause de Tislamisme, était Thistorien Ibn-'giouzi, alors imam de la grande mosquée de Damas , et qui jouissait de toute la confiance de Moadam. Il^n-giouzi eut beaucoup de peine à dé-
cider Malek-aschraf ; yoici comment il raconte lui-même cette aventure (1).
u Le prince de^Damas était plein d'attachement pour son frère le sultan d'Egypte, et do zèle pour la guerre sacrée; Aschraf , au contraire, était indiftërent et montrait même de i'arersion pour le sultan. J'avais à cette époque quitte Damas pour suivre le prince à la guerre,. Comme Aschraf s'était enfin décide à venir avec nous en Egypte , et que déjà il avait passe l'Euphrate , nous primes les devans et nous nous avan-^ cames jusqu'à Emese. Là , Moadam , effraye' des progrès continuels des Francs et des hésitations de son frère, me dit : tt J'ai traîne' Aschraf comme j'ai pu; mais voilà que la peur n le saisit : je crains bien que les Francs ne triomphent. II est 9 ton ami; va le trouver et engage-le à presser le pas. 9 Je partis donc sur-le>champ ; et arriva' auprès d'Asehraf , je lui dis : a Les musulmans sont dans l'angoisse ; si les chrétiens » prennent l'Egypte, ils pénétreront jusqu'au fond de l'Ara- 9 bie ; ils ne laisseront pas pierre sur pierre à la Mecque et ft 9 Medine. Dès-lors c'en est fait de toute la Syrie. Allons, lève- 9 toi et partons à l'instant, n Aschraf promit de le faire , et je retournai à Émesse auprès de Mondam. Je le trouvai le visage abattu, et n'ayant ni mangé ni dormi depuis la veille, Aschraf arriva ie lendemain avec ses troupes. Les deux princes passèrent une partie de la nuit à se concerter ensemble sur ce qu'ils avaient à faire. Ils avaient eu d'abord ridée d'attaquer les villes chrétiennes de Phénicie, entre jstttres Tripoli. Comme l'Egypte était dans le plus grand dan-^ ger , on crut plus convenable de marcher sur-le-champ à sa défense. On se sépara dans cette intention. Tout-à-coup, pendant qu' Aschraf dormait, son (rhre passa sa chaussure; et sortant de sa tente comme un lion altéré de sang , il se mit à crier aux soldats : En avant, en avant vers Damiette. Aussitôt les soldats prirent leurs vétemens et Ton se mit en marche. Cependant , Aschraf dormait tranquillement dans sa tente : le lendemain matin, à son réveil, il prit un bain ,
(i) Le passage que nous citons ici n'est pas tiré de la Chronique dribn-gionzi , laquelle est, comme on sait, intitulée Miroir dit temps.; car l'exemplaire de la Bibliothèque du Roi n'est pas complet, et celto partie y manque entièrement; nous avons emprunta ce passage de la Chronique d^AbouI-mabasticn » intitulée lu Etoiles resplendissantes.
41 i EXTRAITS d'auteurs ARABES
puis sortit pour donner ses ordres. Ne rojant plus personne autour de fui , il se douta de ce qui était arrive et s'acbemina en silence vers l'Egypte, *
Nous avons cite ces paroles d*Ibn-giouzi , parce qu'elles sont d'un témoin oculaire, et qu'elles nous montrent parfaitement l'esprit qui régnait alors chez les musulmans. Cet auteur ne mslnque pas d'ajouter que la ruse employée par le prince de Damas était le'gitime , puisque c'était le seul morpo de sauver l'Egypte. Les états musulmans étaient alors menaces à-Ia-fois du cote de TOccident et de l'Orient f ik étaient attaques par les Francs et les Tai^tares : mais les invasions des chrétiens étaient bien plus terribles ; c'est ce qui fit qu a lu fîn tous les princes musulmans, de concert avec le calife de Bagdad , se tournèrent contre eux. Ibn-^ferat fait a ce sujet les réflexions suivantes :
a Les musulmans craignaient bien plus les Francs que les Tartares. Ceux-ci , lorsqu'ils trouvaient des terres à leur convenance f se mêlaient volontiers avec les peuples vaincus; ils se soumettaient à la religion et aux lois du pays. Les Francs, au contraire , cherchaient par-dessus tout à asservir les consciences; la religion , motif de leurs guerres lointaines , mettait une barrière insurmontable entre les vaincus et les vainqueurs : ils voulaient, en s'em parant d'un pays, anéantir les habitans et faire triompher leur culte. Ils n'avaient point oublié les victoires de Saiadin ; au contraire , le souvenir de leurs deTaites passées les poursuivait continuellement, et ils bri!H|iient de venger l'honneur de leurs armes, n
Ce^ fut ainsi que le sultan d'Egypte rassembla des forces suffisÂutes pour lutter avec ses ennemis. Outre les princes ses frères, on remarquait dans son camp les princek de Hamah , d'Emesse , de Baaibec. Makrizi fait monter la cavalerie musulmane à quarante mille hommes. Quant à l'infanterie, elle était, dit-il, en nombre inHni : c'était en générai un ramas de peuple appelé de tous les cotés , et qui pourtant rivalisait de zèle avec les troupes réglées; ceux qui n'avaient jamais manié les armes étaient dressés par des émirs vieillis dans les combats. De part et d'autre l'ardeur était égale et l'on brûlait d'en venir aqx mains,
Makrizi nous apprend que les guerriers musulmans avaient conservé la gaieté presque inséparable des camps. Le bruit avant couru que le rui de Jéruitalem, ou plutôt, comme I appelle Makrizi , le roi d * Acre, lequel commandait Farmée
RfiLATlPS AUX CltOT9ADE5t. 413
chrcdennc, avatl dçjù partage à ses lieiitenans et & ses «olclats les terres de VÉgjpie^ un plaisant fit ce distique (f) :
tt On nous menace de nous aonner pour maîtres les chrén tiens d*Acre, voire ceux de Jaffa;
« D'ëlever au-dessus de nous ceux qui jusqu'ici étaient n au* dessous! autant vaudrait obéir à des Grecs, qu'à ces » rustres, n