‹ Extraits des historiens arabesChapitre 32 sur 45 · S LXXVI · texte numérisé non relu

S LXXVI

Désastres de Farinde chrédenne. — Les croisés évacuent DamiettCé

Suite de Vannée 618 [1^21]. Les chrétiens, en marchant sur Mansoura, n'avaient pris avec eux que de petites provisions. Ils ne s'attendaient pas à rencontrer d'obstacles sur la route; et d'ailleurs leur flotte les accompagnant sur le Nil, les fournissait de ce dont ils avaient besoin. Dieu le voulait ainsi, remarque Ibn-alatir, afin de les perdre. « Le sultan, ajoute cet auteur, leur ayant d'abord propose' la paix, ils refusèrent les conditions les plus avantageuses. Le sultan leur ofirait, s'ils voulaient rendre Damiette et se retirer, Jérusalem, Ascalon , TibeViade , Sidon, Gible', Laodicée, en un mot toutes les villes qu'ils avaient perdues sous Saladin , à la réservé de Carac et de Schaubek , qui dominent sur les sables de l'Arabie Pétrée. Les chrétiens insistèrent pour avoir ces deux dernières places, et, de plus, une somme de trois cent raille pièces d'or, qui devait servir à relever les murs de Jérusalem. Les négociations durèrent quelque temps sans qu'on put se mettre d'accord, n

Pendant ce temps , l'armée musulmane était sur les bords du canal d'Aschmoun, recevant sans cesse des secours du Caire et d'autres pays , et ayant sa flotte sur le Nil , a portée de la secourir. Les Francs étaient sur la rive opposée, recevant leurs provisions de Damiette, par eau et par terre. Le

Le i^ot ^vjj , que nous tradaisons par rustres , ne se trouve pas dans les dictionnaires; Makrizi l'explique lui-même par les mots

CÂ>jJI J^I , kahitans des campagnes.

414 EXTRAITS D*AUTBURB ARABES

sultan , ne rojant pas d'autre moyen de repousser Fennemi, forma le dessein de couper aux cbrc'tiens leara comniunicft' lions avec Damiette.

Il y avait alors, du cale de Toccident, nn canal qui traversait Vile de Méhalle, et qui venait se décharger dans le Nil , entre Damiette et Mansoura. Le sultan , au rapport de Makrizi, fit porter, à dos de chameau , sur les bords de ce canal, des barques et des navires de'taches par pièces! Comme le fleuve était alors dans sa crue et que tous les canaux étaient pleins, on milles bâtimens à flot; des guerriers musulmans y montèrent; ils vinrent se placer a l'embouchure même du canal , et de là ils donnèrent la chasse aux navires chre'tîens qui montaient et descendaient le fleuve (l). Dans le m£mc

(i) Voici les paroles de Makrizi :

Ce passage est d^antant plus important, qne le fait dont il est ici question décida de la mine deTarmee clirdtienne. Cependant, fsiDle des secours que nous offrons ici , personne n*cn avait compris le sens, li s*agissait d'abord de savoir de quel côté du Nil était ie canal de Méhaiié, s'il Tenait de forient ou de Foccidcnt. M. Hamakcr, trompé par le silence de nos géographes, qui ne font mention d*aucnn canal sur la rive occidentale du Nil, entre Mansoura et Damietie, a fait venir les vaisseaux musulmans du côte de Forient, par le canal d*Aschmoun , le lac de Menzalé , et nn des nombreux canaux qui coulent entre le lac et le fleuve. Le passage de Makriai lève toute difficulté : il est vrai que ce passage , tel que nous le rapportons , n'appar* tient pas a la place que nous lui donnons ici ; il fait partie du récit de ia croisade de S. Louis, sous la date de 64 7 de Thégire [t 850 de J. C] ; mais les deux expéditions ayant été soumises aux mêmes circonstances et suivies des mêmes résultats, on peut sans crainte appliquer à Tune ce qui est dit de Tautre. Ainsi le canal dont il est ici question venait du côté de Poccidcnt; il était appelé canal de Méhalté, du nom de ia contrée quil traversait (Tancien Delta), laquelle est ainsi désignée par tons les auteurs du moyen Age. Ce canal n*était pas celui qui passe dans la grande ville de Méhallé, mais une simple dérivation du canal principal ; et d*aprcs le témoignage de Thistorien des patriarches d'Alexandrie, il venait se décharger dans le Nil en face de Dnramonn. Voyez la nonvelle carte qui accompagne le xii^ livrt de V Histoire des Croisades Ce canal existe encore aujounThui. Voycx

RELATIFS AUX mOTSAOSS. 4l5

temps, quelques troupes musulmanes allèrent se placer sur les derrières de l'armée chrétienne, pour intercepter ses communications par terre. En ce moment le fleuve ecait dans sa crue; on se hâta d'ouvrir les écluses et de couper les digues et les ponts situés sur la rive qu'occupaient les chrétiens. En peu de temps, les Francs se trouvèrent sans aucune ressource. Le pays était inondé; la route entre leur camp et Damiette était interceptée; ils ne recevaient plus rien par le Nil; leurs provisions s'épuisèrent. Alors, au rapport d'Ibn-alatir, leur honte fut à son comble; leurs âmes s'avilirent, leurs cœurs Rabaissèrent et le diable les abandonna.

Privés de tout espoir de secours, ils se disposèrent à se retirer, et, mettant le Feu à leur camp, ils reprirent le chemin de Damiette; mais, arrivés à Baramoun, ils se trouvèrent comme aq milieu d'un déluge; déjà le pays était en* tièreroent submergé. Dans le même temps, ils curent à repousser les efforts du sultan, qui avait fait jeter un pont sur I Aschmoun, et les poursuivait avec vigueur. Vainement ils tâchaient de se serrer les uns contre les autres ; ils furent attaqués par devant, par derrière, sur les flancs, sans pouvoir trouver d'issue : pour surcroît de malheur, une de leurs galères, qui venait avec d*B,utres petits bâtimens (l) pour leur

la grande carte qai accompagne la Description de VÉgyptt et le Voyage de M.RifAod, qai s'imprime en ce moment. II parait qae ce canal ae formait d'une mnltitude de raisseaux , et quil nVtait navigable qae près de son embouchure; c'est ce qui fait que tous les aatears qui en ont parlé , ont eu soin d*ajouter que le Nil (ftait alors, dans sa crue. Maintenant on pourra suivre sans difficulté le récit de cette croisade et de celie de S. Louis , et lire avec plus de fruit Olivier Scholasticos , qui , bien qa*en général très-exact , avait besoin d*étre éciairci par les auteurs orientaux.

(t) 4jI^ en arabe. Ce mot, trè^-fréquent dans les chroniques arabes do moyen âge, y est toujours pris dans le sens de barques , de chaloupes» de bateaux, de canots. Nous nons contenterons de citer en preuve le passage d'AbouIféda, où il est dit que le calife Amin, fils d*Haronn-aIraschid , aimait à prendre sur le Tigre le plaisir de la promenade dans des bateaux de ce genre construits en forme d'aigle , de lion, &c. Voyez les Annales d'AbonIféda, t. II, p. 106; voyez aussi à la p. 104 , et au t. IV, p. 610. Cependant jusqu'ici on a traduit ce mot par brûlot, comme s'il dérivait de la racine arabe v^^ , qui aignifie brûler. Ce mot ne parait pas d'origine arabe. ^4

apporter des vivres, (omba au pouvoir des musulmans. Alors ils demandèrent la paix , et offrirent de rendre Damiette, mo^'ennant la vie sauve.

Dans ces circonstances, au rapport de Makrizi, ploiiean émirs égyptiens, ainsi que les frères du sultan , étaient d'avis de n'accorder aucun quartier aux chrétiens. Ifs représenté' rcnt que les Francs étant infidèles, on n'était tenu à rien; u'en les arrêtant tous prisonniers, on terminait la guerre un seul coup, et l'on s'emparait non-seulement de Damiette, mais de toutes les places qu'ils possédaient encore en Syrie; le sultan répondit : ù Nous ne tenons pas ici tous les 9 Francs; quand nous exterminerions tous ceux qui sont » dans leur armée , uous ne serions pas pour cela maîtres de p Damiette. Dans l'état où les Francs ont mis cette ville , nous tf no pourrions la prendre qu'à la longue, et après de doiih » breux combats (l)/Dans l'intervalle, il viendrait de nootf velles armées de l'Occident ; nous serions plus mcnaci» que J9 jamais. Considérez d'ailleurs que cette guerre dure depuis ff plus de trois av», et que les peuples sont épuisés. » A ces mots , tous se rangèrent de l'avis du sultan , et il fut convenu qucles chrétiens pourraient se retirer; seulement, on pro* mit de se donner mutuellement des otages, jusqu'à la reddi' tion de Damiette. On était alors au 7 de régeb [S8 août]. ' Les chrétiens remirent vingt otages, entre lesquels on remarquait le roi Jean de Brienne et le légat du pape. Au nombre de ceux que leur donna le sultan, était son £Is Malek' saieh, sultan lui-même dans la suite , et alors âgé de quinze ans. AussTtât les communications s'établirent entre le^ deux nations. L'historien des patriarches d'Alexandrie parle avec admiration de la manière noble et généreuse avec laquelle le sultan traita les chrétiens : il fit envoyer à leur camp du pain, des grenade^, des melons, et permit aux gens du pays de les fournir de tout abondamment ; en un mot, le camp ennemi devint tout-à-coup comme un marché où l'on trouvait les diverses commodités de la vie. La route de Mansoura à Da* miette était alors submergée sous les eaux. Comme l'armée

(l) L^historien des patriarches d* Alexandrie dit qu'en ce Bomcac les cbre'tiens e'taient encore au nombre de quatre-ringt-dix mille, •< que Damiette avait été entoore'e de sept fossés et d*aBtres Ibrtifica* lions dont la Tue seule faisait trembler.

BBLATIF8 AUX CROUADSa. . 417

cbrétieiioe était toujours menacée par Tinondalion , le sultan fit jeter un pont sur le NU, et efle se retira par la rive occidentale ; ceux qui aimèrent mieux aller par eau furent reçus sur des navires qui descendirent le fleuve. Un des frères du sultan était avec eux , chargé de les pourvoir de tout On eut aussi les plus grands égards pour les otages chrétiens ; lorsque le sultan leur donna audience , les princes ses frères et les officiers de sa maison se tinrent debout par respect Uauteur ajoute que cette cérémonie dut en imposer beaucoup aux chrétiens.

Le roi sur-tout fut comblé de marques de politesse. Aussi, dit Fauteur, il s'établit désormais entre lui et le sultan une Uaison sincère et durable; tant qu'ils vécurent, ils ne cessèrent de s'envoyer des présens et d'entretenir un commerce o amitié. • '

Dès que Damiette eut été rendue aux musulmans , les ota* ges de part et d'autre furent mis en liberté. On convint en* suite d'une trêve de huit ans, et il fut décidé qu'on se renverrait mutuellement les prisonniers. Au nombre des prisonniers chrétiens, il y en avait dont la captivité durait depuis le règne de Saladin , c'est-4Jire , depuis plus de trente ans ; tous furent mis en liberté. Le traité fut juré par le sultan , ainsi que par ses frères et tous ceux d'entre les émirs qui étaient seigneurs de fiefs. Les chefs de l'armée chrétienne jurèrent aussi.

Telle fut l'issue de cette croisade,, qui semblait menacer tontes les puissances musulmanes d'Egypte et de Syrie. Les anteors arabes contemporains n'ont pu dissimuler leur joie de cet événement « Ce qu'il y eut de plus admirable , dit a ce sujet Ibn-alatir, c'est qu'à peine les musulmans eurent pris possession de Damiette, il arriva aux chrétiens de nouveaux secours d'Occident (1). Si ces renforts, ajoute- t-il, étaient venus plus tAt, nul doute que les Francs n'eussent cherché à se défendre dans Damiette. Ainsi s'accomplit la volonté de Dieu. La ville était aussi bien située que possible; les Francs j avaient ajouté de nouvelles fortifications ; en un mot, elle

(i) L*iiifltorieii des pfttriarchet d* Alexandrie dit que ces «econn consistaient dans quarante-cinq galères envoyées par Fempereur Frëdëric II , lesquelles , apprenant ce qui éiAii arrivé, remirent aussitôt à la voile. Les auteurs latins ont parié de ces galîres.

418 EXTRATTO d'aUTBURB ARABB8

eut pu passer pour imprenable. Les musulmans s'étaient d'abord resignes , pour j rentrer, à céder toutes les villes chrétiennes de Palestine et de Phénicie conquises par Salar din , et cependant ils recouvrèrent Damiette sans qu'il leur en coûtât le moindre sacrifice. Ainsi Dieu leur accorda une victoire au-dessus de leurs espérances. Louanges à Dieu, qui vint au secours de l'islamisme dans ces temps d'infortune. Les Francs avaient occupé Damiette pendant Tingt-deax mois et quelques jours. 9

L'historien des patriarches d'Alexandrie cite une circonstance qui sert à jeter du jour sur la malheureuse shoation de l'armée chrétienne. Nous allons répéter ce qu'il dit; on verra que son récit est conforme à ce qu'ont raconté quel* qnes-uns des éc^rfains latins du temps.

L'historien des patriarches d'Alexandrie, après avoir vaguement accusé les chefs de trahison , finit par rejeter toute la faute sur le légat du pape (l), qui avait prétendu conduire cette guerre, et s^xprime ainsi : « Après la prise de Damiette par les Francs, le roi proposa de s'arrêter dans cette ville, en attendant les secours qui devaient venir d'Occident. 9 Attendons, dit-il au légat, les renforts que nous a promis n l'empereur d'Allemagne; jusque-là, dussions-nous rester ici 19 mille ans, nous ne devons pas nous presser, ttue risquonstf nous? Quand l'ennemi viendrait nous attaquer en aussi » grand nombre que les sables de la mer, nous n'avons rien » à craindre. D'ailleurs, nos ennemis n'ont^ils pas leurs que- « relies particulières, leurs intérétspersonnelsf Le plus long- « temps qu'ils pussent tenir devant nos remparts , ce serait » deux ou trois mois; ils ne pourraient mettre à fin aucune » de leurs résolutions, et ils se retireraient aussi peu avancés ff qu'auparavant. Pendant ce temps , nous aurons pris de » nouvelles forces; nos desseins seront mieux concertés, et n l'ennemi sera faible et sans courage. Croyez-moi , ne nous J9 pressons pas. Quand nous mettrions vingt ans à la conquête 9 de l'Egypte , ce ne serait pas trop. » A ces mots , le légat ne put retenir sa colère et accusa le roi de trahison. Le roi reprit : « Eh bien! je vous suivrai; et si telle est la vo- 9 lonté de Dieu , je m'y résigne. 9 On se mit donc en marche. Quand on fut arrive a Scharmésah , le roi dit au i^gat :

(1) Il le nomme Qj[SCii\t mi>t qui n'est autre qae le latin legmius.

RBLATIFS AUX CROISADES. 419

« Croyez-moi ; arrélons-nous ici pendant une année, afin de 9 donner aux flottes d'Occident ie temps d'arriyer. Éa atten- 9dant, nous nous entourerons de bons retranchemens ; 9 nous ensemencerons les terres des environs , et nous nous 9 préparerons a une attaque vigoureuse. La multitude qu'on ff a rassemblée contre nous se CHspersera. En deux jours nous 9 serons maîtres du Caire. « Mais le legat cria encore à la trahison. « Quanta mol, atouta*t-iI, je veux être d'ici à quel- 9 ques jours maître du Caire, v On se remit donc en route. Arrive à Baramoun , en face de Fembouchure du canal de Méhalié y à Pendroit oii déjà quelques barques musiJImanes s'àaient postées pour inquiéter les navires chrétiens , le roi dit au légat : « Si vous m en croyiez , avant d'aller plus loin , 9 nous détacherions quelques-unes de nos galères pour don- 9 ner la chasse à ces brigands. La navigation du Nil devien- 9 dnnt tranquille et nous serions en sûreté. « Or , au nombre des galères dont parlait le roi, était celle du légat, vaisseau colossal avec lequel ce prélat était venu a cette expédition ( 1 ) ; le légat irrité repondit : * Par ma foi, ma galère ne s'arré* 9tera qu'en face du Caire (9). 9 «Hi bien! répartit ie roi, « menez-moi où vous voudrez ; vous verrez ce qui arrivera, v Et il arriva que Farmée chrétienne , pour avoir refusé des conditions treMtvantagenses, se mît dans une situation désespérée, et put à peine se retirer la vie s^uve.

S LXXVU.

Effet de cette croti^de en Orient.

Sicile de Fannée 618 [1^21]. Les auteurs arabes s'accordent à dire que Fwsue de cette guerre causa une joie générale chez les musulmans. Plus leur crainte avait été grande, plus leur joie dut l'élre aussi. Le jour de la rentrée du sultan dans Damiette fut comme un jour de fête ; soo entrée au Caire eut l'air d'un triomphe; depuis long-temps on

(1) Les auteurs latini ont parlé de cette galère, qu'ils comparent t nne citadelle.

(s) Ou pins littéralement, Je ne ealtrm Us croix qui dominent le mât de ma goitre qu'en face du Caire.

4S0 EXTRAITS D^ACTBURS ARABB6

n*avait pas vu une pompe pareille : le Caire et le vieux Caire furent illuminés; les rues se tapissèrent d'étoffes magnifiques. Le sultan s'avança au milieu d'une foule immense et au bruit des instrumens de musique; toute la population était accourue à ce spectacle (1).

Vers le même temps , le sultan fit avec ses frères et ses courtisans une partie de plaisir ; c'était en réjouissance des succès précédens. Nqus citerons à ce sujet le récit de Makrizi ; on j verra quel était alors l'esprit des musulmans, leurs amusemenS| leurs mœurs particulières. Mais d'abord , pour entendre ce qu'on va lire, il faut savoir que le sultan s'appelait Malek-kamel Mohammed ; ses deux frères , le prince de Damas et celui de Khelath dans la Grande-Arménie, Malekmoadam Issa et Malek-aschraf Moussa. Or, les noais de Mohammed , Issa et Moussa sont les mêmes que ceux de Mahomet, Jésus et Moïse ; la différence, du moins pour les deux derniers, n'est que dans la manière. de les écrire, laquelle est particulière aux mahométans. II faut encore observer quen Orient, la religion étant, sur certains points, beaucoup, moins rigide que chez nous, il est à-peu-près permis à chacun de posséder la femme qu'il veut ; on recherche sur^tout celles qui excellent dans ia danse, le chant, la musique ^et l'improvisation des vers. Cela connu, on ne sera plus étonne que chacun des trois princes eât sa maîtresse (s).

Makrizi rapporte que, dans cette partie déplaisir, Aschraf, autrement appelé Moussa, dit à sa maîtresse, appelée la dame Fakr, de chanter quelque chose de nouveau ; ce qu'eDe fit en s'accompagnant sur son luth. Voici le distique qu'elle

(i) II est ^regretter qne les auteurs orienlaiix niaient donne aiiciiii détail plus particulier sur ces sortes de fêtes ; on aurait pu les comparer à ce /jui se passe d'analogue chez nous. Le même silence se fait remarquer à toutes les époques des croisades : on n*en doit pas être surpris ; ies écrivains nationaux croient inutile d*insiiter sur des choses qui sont k la |>ortëe de tout le monde. Pour avoir «ne idée de ces fêtes, que ies Arabes appellent jbiW, c*est4irdire déooratian, ii ^t recourir aux étrangers. Voyez ci-devant, p. s s 3.

(s) On peut d'ailleurs consister notre ouvrage sur les Manumtns arabes, persans et turcs du cabinet de M, le due de Blacas, t II, p;. 435 et sniy. ; nous j avons donné tous les détails qu*oii peut désirer.

RBLATIPS AUX CROIflADBB. 491

improvisa et mit en rausiqae; il était analogue à la circonstance:

» Comme le Pharaon d'Aore (le^roi de Jérusalem), em- 9 porte par sa folie , s'avançait en Egypte et se préparait à 9 faire le mal sur la terre ,

n Moïse ( Monssa) est venu à lai , et, de la verge qu'il tenait 9 à la main , il l'a englouti dans les flot$ avec ses soldats , les 9 uns sur les autres, n

Par ces vers, la dame Fakr faisait allusion à Fetat où se trouva farmee de Pharaon lorsqu'elle fut submergée dans la Mer Rouge, et désignait aussi rétal de l'armée chrétienne,

3 ai courut un moment le même danger (l). L'allusion était 'autant plus délicate, que la dame Fakr semblait attribuer à Aschnf seul tout l'honneur de ce triomphe^ Aussi Aschraf, ne poayant contenir sa joie, frappa des mains et dit à sa maîtresse de recommencer. Mais le sultan fut piqué du sens de ces paroles ; il ordonna à la dame Fakr de se taire , et se tournant vers la sienne, il lui dit : « Allons, chante-nous 9 aussi quelque chose, n Aussitôt celle-ci prit son luth et chanta ces vers :

«Accourez, nations infidèles ; venez voir ce qui se passe 9 ici d'inouï.

» Eh ! serviteurs de Jésus , je vous prends à témoin ! 9 Jésus et son peuple , et Moïse avec eux , combattent pour 9 Mahomet. »

Ce distique restituait au- sultan , désigné ici par son nom de Mahomet , Pbonneur des succès qu'on venait de remporter, et ses deux frères. Moussa et Issa , n'étaient plus présentés que comme ses auxiliaires et ses subordonnes. Le sultan fut si jojeuxde ces vers , qu'il fit présent de cinq cents pièces

(i) H est singulier qae Voltaire , qui «ssartfment n*àTUt pas la les antenrs arabes , et qui , dans ce qu*il dit de FOrient , a commis quelques erreurs graves, se soit prëcisëment rencontré ici avec Makrizi. Voici comment il ft'ex]n4me dans son Essai sur Us maours, cb. lvii : • Les chrétiens furent engagés dans deux bra^ du Nil, précisément au temps où ce fleuve , qui nourrit et défend TÉgypte , commençait k se déborder ; le sultan , par des écluses , inonda leur camp : d*nn côté ii bnUa leurs vaisseaux , de Tautre cAté le Nil croissait et menaçait ff engloutir leur armée ; elle se trouvait dans Félat où Ton peint les Egyptiens de Pharaon quand ils virent la mer prête à retomber sur eux. •

499 BXTBAfTS D^AUTBORS âRABEB

d'or à sa maîtresse; tl donna la même somme à ceUe de son frère. Ensuite le cadi de Gaza, qui était anssi de la fête, et que Makrizi appelle un homme spirituel, se leva et dit (l) :

ft Le Dieu des créatures vient de nous accorder une tîcn toire insigne , éclatante , des grâces et une gloire nouvelle.

n La face du temps s'est déridée pour prendre un air de « jubilation; le. visage de Fimpiété s^est obscurci et a pris une f> couleur sombre.

0 Tandis que fa vaste mer (la Méditerranée) s^avançait n vers nous avec ses enfans coupables (les chrétiens fOcd* n dent), et qu'elle vomissait leurs vaisseaux sur nos cAtes ;

n Les enfans de ftsiamisme ont aiguisé et fait luire leur 9 courage de l'éclat d'une épée nue.

9 En un moment, vous n-auriez plus vu que membres et 9 cadavres étendus par terre, on captifs dans les fers.

9 A ce spectacle, la nature a jete un cri de douleur, et la 9 terre a retenti de ce vers^ qui sera entendu d'un bout da 9 monde à Fautre :

9 Eh ! serviteurs dé Jis%ts , je vous f restés à térnow ;

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BBLATIP8 AUX CROISABBB. 493

» Jésus et son peuple, et Moïse avec eux , combattent pour ^ Mahomet (i), n

Les poètes n'oublièrent pas une si belle ocoasion de se distinguer; Makrizi en cite plusieurs dont la verve s'anima à de si grands évenemens. Nous rapporterons d'après lui ie fragment suivant^ qui q>partenait à un Sjrien appelé Scherfed<Iin (S) y et qui donnera une idée du goût de cette époque :

«Demandez de nos nouvelles au dos de nos chevaux, 9 suppose que nos grandes actions soient ignorées de vous; 9 demandez à nos piques et à nos lances , z

9 Au jour où nous nous mesurâmes avec une multitude 9 immense de Francs sous les murs de Damiette (3).

9 Us s'étaient réunis sous le même drapeau , la même re- 9 ligiouy le même dessein , ia même volonté, quoique étant 9 d*un âçe différent.

9 Ils S étaient donné rendez-vous ici pour le triomphe de la V croix, s'avançant par bandes, comme si les flots de la mer 9 leur avaient servi de monture.

9 Tel était leur aveuglement ,i qu'ils s'étaient flattés de nous «' subjuguer. Ils s'avancèrent en toute hâte pour nous com- 9 battare, et nous nous avançâmes.

(i) M. Htmaker, confondant ia partie de plaisir où ces ver» Tarent composes , avec f aadienee solennelle qoe le snltan donna an roi de Jérosalem et aux otages chrétiens, a cm que ces vers furent récites en présence même da roi; d'où il conclut que \es chrétiens durent être bien mortifiés. Mais d'abord Makrizi ne dit rien de semblable. D'ailleurs, ie caractère de douceur bien connu du sultan prouve qu*il était incapable d'insulter ainsi au malheur. Enfin , ce qui lève toute incertitude , c'est que les chrétiens louèrent au contraire ie prince d'avoir, par un édit terrible, défendn à ses sujets de se moquer d'eux, de leur faire des reproches et de lever depans eux la tête en signe de dérision^ Voyes ce fait cnrieox et beanconp d'antres analognes dans Olivier Scholasticns.

(t) Ce âcherf-eddin s'était fait connaître jusque-là par son esprit mordant et satirique ^ il avait composé un petit poème intitulé Manière défaire tomber les réputations , et où il n y avait pas de personne considérable de son temps qui ne fàt maltraitée. Aussi , Saladin y tant qu'il vécut , ie tint loin de ses états. On fera bien de lire la notice qu'AbouIféda a consacrée à ce poète, Annales moslemici, U. IV, p. 4i6.

(3) On lit dans f original , tine multitude de Grecs, Voyei , sur celte expression , ci*devant, p. 14.

4i4 BXtftAITS D'AUTBOBâ AJUBBtf

• Aa«^6i les pointes de nos lances çommenoèrent k les » poursuivre , et bientôt ils furent obliges de recourir à' nous m contre notre pi*opre furie.

m Ce n'est pas qu'ils n'eussent fait preure d'une beDe consn tance , et qu'ils n'eussent long-temps résisté ; nuiis larésis- V tance ne les gai*antit pas contre le bout de nos lances, [et 39 ne leur servit de rien.

, n La mort se montra à eux toute rouge (i). Ils nous tendi- « Tcnt aussitôt les bras , et nous leur fîmes grâce.

m Chez nous, la bienfaisance est une vertu de famille; • Dous nous la transmettons des pères aux enfana.

9 Ils étaient des liops au combat ; et sans les efforts de nos n armes , on ne serait jamais- parvenu à les charger de chaî- » nés ; ils n'auraient jamais connu la prison.

» Aussi combien de fois ils nous obligèrent à supporter m l'ardeur brûlante des fours d'été ! combien de fois ils nous 9 exposèrent aux glaces des jours d'hiver!

» Mais telle est la nature des succès de ce monde, que si n au milieu de leurs douceurs on rencontre la misère , an n milieu de leurs amertumes on trouve quelquefois le plaisir.

» Nous avions à notre tête un descendant aAjoub , dont le 9 courage ne peut rester oisif à l'ombre des cités ;

9 Un prince d'une rare noblesse d'extraction , d'an hon- 9 neur sans tache , d'une éclatante bravoure, d'un visage 9 gracieux, d'une beauté et d'une bonté au-dessus de tout 9 âoge.

9 II se rendit vers Damiette avec la multitude de ses bra- 9 ves, mettant son plus précieux butin dans une beUe re- 9 nommée.

9 A l'aide de son épée, il fonda de glorieux monumens, 9 qui auront une durée éternelle, qui tueront le temps et n'en 9 seront pas tués.

9 Voua qu'à présent nos épées et les têtes de nos ennemis 9 ont appris à se rencontrer. S'ils reviennent, nous revien- 9 drons.

9 Nous leur avons pour ainsi dire donné une nouvelle vre; 9 c'est comme si nous les avions soumis au joug.

(t) Consalces, sor cette exprestioD, rédition de Horiri par M. Silvestre de Sacy, p. ItS, et les Annaks d* Aboolféda, 1 V, p. sss et iniv.

RBLATIF8 AUX CROISADES. . 495

9 S'ils eofsent triomphe de dous^ Hs auraientverse notre » saiiff; noQs avons triomphé d'eux, et nous les atons e'par-

Tel est le morceau que cite Makrizi. Il y eut encore des pièces de vers adressées aux frères du sultan et à tous ceux qui avaient pris part aux succès de cette guerre, Makrizi rapporte les trois vers suivans, composés en l'honneur de Mal^-aschrar(l):

tt J'en jure par les vallées de la Mecque et par la multitude t> des pèlerins qui y font la prière;

9 Si Moussa n'était venu au secours de Mahomet , l'évéque 9 serait monté en chaire à la place du katib ( prédicateur mu- 9 salman ).

9 Sans lui, la croix et ses duciples n'auraient pas essuyé 9 un échec si honteux*à Damiette, et l'Alcoran n'y aurait pas 9 repris son édat »

Ainsi se termina cette croisade, qui semblait devoir changer la face de l'Orient. Les colonies chrétiennes retombèrent dans leur première faiblesse, et l'on vit renaître les mêmes troubles qu'auparavant Les auteurs musulmans et chrétiens ne nous apprennent presque rien sur ce qui se passa les années suivantes dans la Palestine. II paraît aue ce pays ne vit ancuif événement important, et que tout se borna a de petites querelles.

Ce n'est qu'à l'année 6M de Phégire [1995 de J. C] qu'il est question d'une guerre entre le prince d'Antioche et les chrétiens de la Petite-Arménie. Le dernier roi de la Petite- Arménie n'ayant laissé qu'une fille , les grands du pays l'avaient mariée au fils du prince d'Antioche : ce jeune prince était venu s'établir en Arménie, et avait pris les rênes du

Souvemement. Cette contrée, suivant la chronique syriaque 'Aboulfarage, était alors régie d'après le gouvernement féddal d'Europe : un connétable y avait le commandement des troupes; des barons y possédaient d'immenses propriétés et avaient part à l'autorité souveraine. Le fils du prince d'An-

496 BZTBAITS d'aUTBUBB ARABKb

tîocbe ayant essayé d'abaisser les grands de l'état, et d^élever sur leurs raines des chrétiens qu'il avait amenés d'Antiocbe, il y eut un soulèvement général ; les barons prirent les armes, et, enlevant de nuit le jeune prince d'entre les bras de sa femme , ils le mirent en prison.

A cette nouvelle, suivant Ibn-alatîr, le père da jeune pnnce envoya un député aux barons pour demander la' liberté de son fils. Sur leur refus , il s'adressa au pape , et sollicita la permission d'envahir la Petite-Arménie. Le pape s'y refusa, disant qu'il était honteux pour des chrétiens de se faire la guerre; mais le prince d'Ântioohe, n'obtenant pas satisfaction , leva une armée; et s'alliant avec le prince musulman dicone et de Malatia, il ^entra dans la Petite-Arménie, et mit tout à feu et à sang. Les templiers et les hospita- Uers avaient refusé de prendre part à cette querelle. Le pape fut si mécontent du prince , qu'il l'excommunia. Les temptiers et les hospitaliers ne voulurent pas communiquer avec lui; à Antioche et à Tripoli, dans ses propres états, quand le prince était présent, on ne célel>rait plus l'office divin , ce qui l'obligeait, les jours de fête, de sortir de la ville pour ne pas troubla* les prières des églises ; la fête passée, il rentrait et les élises se refermaient Cependant , comme le prince réclamait toujours la liberté de son fib, le pape écrivît aux Arméniens pour les ramener à la raison : sur leur refus, il permit au prince d'Antioche de se faire justice par les armes. Les Arméniens, vivement pressés, implorèrent Tappui des musulmans de la principauté d'Alep.

A la fin, suivant AboulfÎBurage , les Arméniens consentirent à renvoyer leur prisonnier ; mais il était si aocnblé des mauvais traitemens qu'il avait reçus , qu'il mourut peu de temps après, empoisonné, à ce qu'on dit. •

î LXXVIII.

Croisade de remperenr Frédéric II.

La croisade de Tempereur Frédéric II étonna tellement ses contemporains et présente un caractère si particulier, qu'on sera curieux de savoir ce qu'en disent les auteurs arabes. Rien de plus intéressant que la comparaison de leur récit avec celui des écrivains occidentaux. Parmi ceux que

tre

RBtATlPft AUX CROISADB8. 497

nous citerons, H en est qnr auront va Pre'derîc lai-méme, ou qui auront pa consalter des témoins oculaires.

La première origine de l'expédition de Frédéric est ainsi racontée par Ibn-tdatir et les auteurs qui l'ont copié. Une violente querelle s'était élevée entre Midek4arael) sultan d'Egypte, et son frère Malek-moadam , prince de Damas. Celui-ci j se voyant menacé, sollicita l'appui de Gelai-eddin Mankberni, sultan du Kharism, qui, aepnis quelques années, avait envahi la Géorgie ,' la Grande-Arménie et le nord de la Syrie. A cette nouvelle, le sultan épouvanté s'adressa à f empareur Frédéric II.

Makrizi rapporte qu'il existait déjà de secrètes liaisons en* i le sultan et l'empereur. Frédéric, alonte^t-il, résidait alors en Sicile. Le sultan , pour obtenir son appui ^ promit de s'unir d'intérêt avec lui, et ils convinrent aattaquer de conceit le prince de Damas. Jérusalem et la Palestine, qui àppaiténaient alors au souverain de Damas, devaient, après

Îion/en aurait fait la conquête, être remises a l'empereur, n 'député de Frédéric étant venu se présenter an sultan, le prince le défraya sur toute la route, depuis Alexandrie ju»>

u'aa Caire, et le combla d'honneors. Le député étah chargé

e riches présens , et le sultan lui en remit d'autres en retour (l). Le député avait ordre d'annoncer la prochtanie arrivée de Pempereur. Le sultan , pour presser s6n «dépaift, lui envoya l'émir Pakr-eddin , fils du schéik Sadp«ddin , homme habile dans ia paix et ^âns la guerre, ia plunie:à la^main comme au milieO' de Faction Ï9).

Suivant AboulJFéda, cet émir mit tout^à-fait' l'empereur dans les intéi^éts de son maître, et H fîit convenu >qne l'on tournerait ses effbrts contrele prince de Damas. .

An 6ft5 de Pkigire[1M8 de J. C.]. Cette année, selon Ibn-aladr, on commença à voir-arriver en Palestine les troupes de l'empereur; mais au moment où la guerre allait commencer, le prince de Damas, contre qui ces préparatifs étaient dirigés, mourut, ne laissant qu'un fils jeune et sans expérience. Ge prince s'appelait Malek«-nasser Daoud ou David.

(i) Saiyant Thistorien arabe des patriarches d*Atcxaudrie , les pre'sens de Fcmpereur consistaient en chevaux, étoffes, objets de fonte y oiseaux de proie ; ceux du sultan consistaient on productions curieuses de flnde , de l'Arabie et d'autres pays.

(«) Voyez les Annales d'Aboalf^dn, t. IV, p. 490.

428 EXTRAITS D'aCTBURS ARABBS

Le sultan crut l'occasion fayorable pour s'emparer, sans coup ferir , de la principauté' de Damas et la réunir à P^;ypte. Le ieune prince , hors d'e'tat de résister, eut recours à son oncle Malek-aschraf y prince de Khelath dans la Grande-Arménie. Ascbraf était frère du sultan d'Egjpte; mais la crainte de voir les chrétiens devenir maîtres du pays lui fit embrasser les intérêts de son neveu, et il accourut à son secours avec toutes ses forces.

Le sultan enleva d'abord sur le prince de Damas Jérusalem et les places voisines; ensuite , feî^ant d'être effrajé de l'audace toujours croissante des Francs de la Palestine, qui, enhardis par les secours qu'ils recevaient successîveoient d'Occident, commençaient à prendre un aspect menaçant et à relever leurs forteresses abattues, il écrivit à son frère ces paroles : » Cest pour combattre les chrétiens que j'étais venu » ici : le pa^s était sans défense ; les Francs venaient de rebâtir « Sidon , dont nous avions rasé les murailles. Vous savez que 9 notre oncle Saladin, en prenant Jérusalem, nous a laissé 9 un nom à jamais illustre. Si les Francs avaient repris la vHIe • sainte, c'eut été un éternel déshonneur pour nous; notre 9 mémoire eut été pour toujours flétrie chez nos descendans. I» Devenus indignes de la renominée acquise par notre oncle, » de queUe estime aurions^nous joui devant Dieu et devant n les hommes? Les Francs ne se seraient pas contentés de ce 9 an'ils ont pris; ils auraient voulu avoir autre chose. Cepen- 9 dant, puisque vous êtes venu ici,* ma présence est devenue 9 inutile. Je vais m'en retourner en Egypte; ce sera à vous de 9 défendre la Syrie. -Ce n'est pas de moi qu'on dira que je suis 9 venu «ombattire mon frère : loin de moi une telle pensée ! •

Le sultan, suivant la remarque d'Ibn-alatir , cherchait par cette lettre à êffirayer son frère et & le forcer d'abandonner les intérêts du prince de Damas , sous peine de le laisser seul aux prises avec l'empereur. Cette ruse lui réussit. Ascbraf, désespérant de résister avec ses seules forces aux guerriers dé l'Occident, consentît à satisfaire tous les désirs du sultan : non-seulement il lui abandonna Jérusidem et toutes les villes qui venaient de tomber en son pouvoir ; mais les deux princes se réunirent pour dépouiller entièrement le prince de Damas. II fut convenu que , pendant que le sultan resterait en Palestine pour tenir tête aux Francs , Ascbraf irait faire le siège de Damas.

Sur ces entrefaites, l'empereur Frédéric arriva dans la

RELATIFS KVX CROISADBB. 499

▼ille d'Acre. Aboûlféda remarque que le solum eut bien youlu ne Tavoir pas appelé; mais l'empereur était là» et ii fallait le satisfaire. Cet auteur ajoute que la présence de l'empereur jeta l'e'pouvante dans tous les esprits*

An 626 [1229]. Suivant l'historien des patriarches d'Alexandrie, l'empereur, en arrivant, envoya au sultan le seigneur de Sidon et le comte Thomas, son lieutenant, avec des presens. Le sultan vint au-devant de; députes avec une grande pompe; toute l'armée musulmane prit les armes. II s'établit dès-lors des relations très-etroites entre les deux monarques ; des présens furent envoyés de part et d'autre. Le sultan fit offrir à l'empereur un éléphant qu'il avait reçu d'Arabie. Frédéric insistait toujours sur la cession de Jérusalem et des villes qu'on lui avait promises. Le sultan faisait beaucoup de difficultés; mais la plus grande union semblait régner entre eux.

C'étaient les émirs Fakr-eddin et Schems-eddin qui traitaient au nom du sultan. Si l'on en croit Yaféi, Fakr-eddin e'tait entré fort avant dans la confiance de l'empereur; ils avaient de fréquens entretiens sur la philosophie, et leurs opinions paraissaient se rapprocher sur beaucoup de points.

Ces étroites relations scandalisèrent beaucoup les chrétiens. Quelques seigneurs francs , indignés, allèrent jusqu'à machiner la perte de l'empereur, et écrivirent à ce sujet au sultan (1). Le sultan s'étant fait lire la lettre, l'envoja a Frédéric; mais l'empereur dissimula son ressentiment, et ne se montra que plus impatient d'obtenir l'effet des promesses qu'on lui avait faites, afin de pouvoir retourner dans ses états. Sa réponse au sultan nous a été conservée par Déhébi ; la voici : «r Je suis ton ami. Tu n'ignores pas combien je suis aun dessus de tous les princes de l'Occioent C'est toi qui m'as n engagé à venir ici ; les rois et le pape sont instruits de mon n voyage : si je m'en retournais sans avoir rien obtenu , je 9 perdrais toute considération à leurs yeux. Après tout, cette » Jérusalem , n'est-ce pas elle qui a donné naissance à la « religion chrétienne? n'est-ce pas vous qui l'avez détruite!

(i) Parmi les chrétiens les pins ardèns , on remarquait les hospitaliers et les templiers. Ce fait extraordinaire nous avait dëfà 4ié appris par l'ëcrivain anglais Mathieu Paris; le témoignage des auteurs arabes doit lever tout doute à cet égard.

430 B3ttiUITS D^AUTEtlRg ABABBS

n Efle est maintenant réduite à la dernière misère. De graoe , 9 rends-la moi dans i'etat où elle est, afin qU'à mon retxNnr ^ je puisse lever la tête parmi les rois. Je renonce «FaTance à 9 tous les avantages que je pourrab en retirer, v

Makrizi rapporte que Frédéric s'était d'abord montre plus exigeant : il voulait qu'on lui remît, outre Jérusalem , toutes les villes anciennement possédées par les Francs ; il demandait aussi qu'on ei^emptat de tout tribut les marchancb de ses états qui veniûent commercer à Alexandrie et a Rosette. A la fin, il se borna aux premières propositions. « Je n'aurab 9 pas tant insisté, dit-il à l'émir Fakr-eddin, si je n'avab V craint de perdre tout crédit en Occident. Au reste , ajoutar 9 t-il^ mon but, en venant ici, n'a pas été de dâivrer h 9 viDe sainte ni rien de semblable; j'ai voulu conserver Fes- 9 time des Francs. 9 De son cdté , le sultan eut beancoop de peine à sacrifier Jérusalem ; mais il avait à craindre les attaques d'un ennemi redoutable. D'aifleurs, disaît-îl, nous ne cédons aux Francs que des églises et des maisons en ruine.

Le sultan déclara, selon Yaféi, que c'était le seul motif qui le décidait; et qu'une fois l'empereur parti, ou même avant son départ, s'il manquait à un seul de ses engagemens, il s'emparerait de nouveau de la vifle sainte.

La vérité est qu'en ce moment Jérusalem se troavait sans remparts et sans fortifications, et que le sultan ne s^étant obligé à remettre que les villages qui mènent de la viBe sainte à la ville d'Acre, les musulmans demeuraient maîtres du pays, n était convenu que Jérusalem serait laissée dans Fétat de faiblesse où elle était, et que les cbrétiens ne pourraient élever aucune nouvelle fortification. Les musulmans devaient rester en possession de la mosquée d'Omar et de la cbflq>elle de la Sacra; ils devaient conserver le libre exercice de leur religion* On laissait entre leurs mains les environs de la ville sainte. Les chrétiens ne devaient occuper que la route d'Acre. Tout étant donc réglé, la paix fut jurée entre les deux nations pour dix ans cinq mois et quelques jours , à partir du S 8 de rébi premier [S4 février 1SS9].

Frédéric, avant de retourner dans ses états, voulut visiter Jérusalem. Il nous reste , sur ce voyage , le récit d'un témoin oculaire; c'est celui du desservant de la mosquée d'Omar, qui accompagna Frédéric. Nous le tirons de la chronique d'Yaféi, lequel a son tour cite le témoignage

RKtATIFa AUX CR0I8ADB& 431

dlbn-^ouzi, écrivain cootemporaia. C'est le desservant qui parle :

a L*eikiperear était roux et chauve; il avait la vue faible : V s'il avait ëte esclave , on n'en aurait pas donné deux cents 0 drachmes. Ses discours montraient assez qu'il ne croyait « pas à la religion chrétienne; quand il en parlait, c'était • pour s'en railler. Ayant jeté les yeux sur l'inscription en n lettres d'or c^ue Saladin avait fait placer au haut de la cha- 9 pelle de la Sacra, et où on lisait ces paroles : Saladin purn gea en telle année la viUe sainte de laprésence de ceux qui n adorent plusieurs dieux (i) , il se la fit expliquer. Ensuite m il dema|Ma4>#iirquoi on avait mis des grillages aux fenêtres « de la chapeau ; et comme on lui dit que c'était pour écarter « les souillures des passereaux et des bétes du ciel, il répli- » qaa: Vous vous êtes délivrés des passereaux; mais en place, 9 Dieu vous envoie les cochons (9). Quand l'heure de midi fut 39 venue , nous nous mimes en devoir de faire la prière , et les 9 musulmans de la suite du prince firent de même, sans qu'il 9 cherchât à les en empêcher ; au nombre de ces derniers 9 était Fancien précepteur de Frédéric, homme originaire 9 de Sicile , lequel lui avait enseigné la dialectique.

9 Cest l'émir Schems-eddin, cadi de Naplouse, qui fc^ 9 chargé par le sultan d'accompagner l'empereur à Jérnsa- 9 lem. Il avait ordre de veiller à ce qu'on ne fit rien de ce qui 9 pouvait déplaire au prince; entre autres choses, qu'on ne 9 prêchât pas dans la mosquée cTOmar, et qu'on ne proclamât 9 pas la prière du haut des minarets. Le premier jour, le cadi 9 oublia de donner les ordres nécessaires; aussi les moezzins 9 ou crieurs des mosquées s'acquittèrent de leurs fonction» 9 comme à l'ordinaire ; un d'entre eux même affecta de réciter 9 à haute voix les passages de l'Alcoran dirigés contre les chr^ 9 tiens , entre autres celui-ci : « Comment serait-il possible 9 que Dieu eût eu pour fils Jésus ,fils de Marie? Or, Pem- 9 pereur était logé chez le cadi, à cêté.même du minaret, et

(i) Noos avons déjà dit qne les miuiibiiaDS , sons prétexte dn culte que nous rendons à la Sftiate-Trinité, prétendent qne nons adoroDB trois dienz.

(i) Par cochons ilfant entendre ici les chrétiens; c'était sans doute une répétition de Tépithète de cochons qne nons donnent les fanatiques nrasnimans.

43S BXTBAITg d'auteurs ARABES

« îl dut entendre ces paroles. Le cadi, très-aflUgé , se haila n d^appeler le moezzin pour lui faire des reproches , et il dé m fendit, la nuit suivante, qu'aucun cri ne se fit entendre ; mais n le lendemain l'empereur fit venir le cadi et lui dit: Quesî n donc devenu celui qui, il y a deus jours, a fait entendre » du haut du minaret telle et telle chose? Le cadi s'excusa, m disant qu'on avait craint de déplaire à i'emperear. Le 0 prince répliqua : Vous avez eu tort; pourquoi manquer n ainsi, à cause de moi, à votre deçoir, à votre loi, à votre » religion ? Eh ! par Dieu, si vous veniez avec moi dane mes n états*,,», 9 •■ "

Le texte arabe est ici mutilé; on aperçoit ' aiwismenC en marffe quelques mots isolés oui semblent dire qu'au fond Frédéric méprisait ia religion dans laquelle il était né, etqu.e, s'il n'avait pas craint de soulever ses sujets, il aurait manifesté ses véritables sentimens.

Quant à Malurizi, il se contente de faire dire à Frédéric, qu'une des choses qui l'avûent engagé à venir à Jérusalem, € était le désir d'entendre appeler les musulmans a ia prière. Ce même auteur ajoute que la vue de la mosquée d'Omar frappa Fempereur d'admiration ; puis il continue ainsi : « L'empereur voulut voir par ses jeux la chaire où les imams prononcent leurs sermons. Pendant qu'il y était j il vit entrer dans la mosquée un prêtre chrétien , 1 évangile à la main. Or, il avait été convenu que les musulmans seraient à Fabrî de toute insulte dans leurs mosquées , et qu'on ne pourrait en aucun cas les troubler dans leurs cérémonies religieuses. Cette hardiesse irrita l'empereur, et il défendit au prêtre d'avancer , jurant de punir sévèrement tout chrétien qui entrerait dans la mosquée sans une permission spéciale. « Car, » a|outa^t-il , nous sommes tous les serviteurs et les esclaves n du sultan : c'est par grâce qu'il nous a rendu nos églises; • nous ne devons pas en abuser. •

Enfin, l'empereur quitta Jérusalem et retourna dans Acre, où il mit à la voile pour l'Occident Suivant l'historien des patriarches d'Alexandrie, son séjour à Jérusalem n'avait été que de deux jours.

Makrizi représente Fempereur comme un prince fort instruit, connaissant à fond la géométrie, la philosophie et les matliématîques. Suivant le goût de ce temps-la, if avait envoyé au sultan , sur ces diverses sciences , des problèmes fort difficiles à résoudre ; le sultan se les fit expliquer par an

BBLAtlFfl AVX CROI8ADK8» 43S

sctiéfkb de fes ittjetS| leqael lai en oompofta d'autres pour

Fre'deric (1).

Aboulfeda fait observer que le titre d'empereur équivaut^ chez les Francs, à ce que les musulmans appelaient le chef des émirs. Les états de FrédeVic comprenaient la Sicile, la Lonibardje et la Pouiile. Aboalfe'da cite un passage du cadî Gemal-eddin , qui , plus tard , fut envoyé par le suUan Btbars auprès de Mainfroi , fifs naturel de Frédéric ^ et qui racolitait que Frédéric s'était fait remarquer entre tous les princes de son temps par ses belles qualités et son goût pour la philosophie, la dialectique et la médecine. « Son inclination, ajoutait-il,.le portait vers Tiï'lamisme, vu qu'il avait été élevé en Sicile, où il y avait beaucoup de musulmans.. itf

Telle est Timpression que Frédéric laissa en Orient. Cette liaison entre deux princes de religion différente ne scandalisa pas moins les musulmans que les chrétiens : après le départ de Frédéric, le sultan fut obligé d'envoyer des ambassadeurs aux princes de Mésopotamie et au calife de Bag*dad , pour justifier sa conduite. La cession de Jérusalem aux chrétiens avait sur- tout révolté les esprits.

Makrizi rapporte que, quand il fut question d'évacuer la ville sainte, les musulmans éclatèrent en géraissemens et en plaintes. Les imams et les gens de la mosquée d'Omar se ren* dirent auprès du sultan pour lui faire des remontrances; dans leur indignation , ils affectèrent d'annoncer la prière à ta porte de sa tente , à une heure extraordinaire : le sultan , irrité, les fit chasser et les dépouilla des lampes d'argent, des voiles et de tous les objets qu'ils avaieùt emportés de la mosquée. Cette conduite affligea beaucoup les musulmans, et il s Vie va des plaintes de toute part

Plusieurs pièces de vers furent composées à cette occasion ) on y déplorait avec amertume la perte de la ville sainte. Yafei fait mention des deux vers suivans :

« Il nous coûte de voir Jérusalem tomber en ruine , et le 9 soleil de ses édifices disparaître et se coucher.

J9 Les larmes nous manquent pour pleurer; car, à un tel m spectacle , les larmes coulent et se répandent. «

L'historien Ibn-idatir interrompt aussi son récit pour gémir - - -■ ■ ■ '- ■ ^__^^.^^,^^^.^.^__^.^.^___^^^ —

(i) Voyez un ^anlre exemple de ces sortes de àéÛa littéraires dans ta Relation de l'Égtjpte, par Abd-allatif , traduite par M. Silvestre de £Ucjt p. 404 et suiv.

434 BmUlTS i/aUTBCM AHABB8

sur cet éve'nemeiit. Il dit que ce fut de la part in sultan «n acte de faiblesse inexcusable; et comme cet écrivain , alors fort vieux , mourut peu de temps après et avant que Jérusalem fut retombée au pouvoir des musulmans, il fait ces pieuses réflexions : « Nos forces et nos mojens viennent de j» Dieu seul ; conjurons ce Dieu généreux de nous rt>uvrir les

• portes de la cité sainte et de la rendre à Fislamisme. «

Cest suMout À Damas que le scandale fut au comble. Nous avons dit que le prince de cette ville /victime des Uaisons du sultan et de l'empereur, était sur le point de perdre ses e'tats. Malek-aschraf l'assiégeait en ce moment dans sa capitale et le pressait vivement : le prince, jugeant l'occasion favorable pour soulever l'indignation du peuple contre la politique de ses ennemis , peignit la cession de Jérusalem aux chrétiens eommele plus sanglant outrage qui put être fait à l'islaroisme.

Abouiféda rapporte qu'il fit venir l'imam de la grande mosquée de Damas , lequel était l'idole de la multitude , et qu'il lui ordonna de faire à ce sujet un discours éloquent L'imam , flatté de ce choix honorable, récita, un jour de vendredi , stm discours en présence de tout le peuple : ce discours était entremêlé de vefs et de prose; on y remarquait ces vers , relatifs aux précieux avantages de fa ville sainte et à la perte qui venait de frapper les musulmans :

tt Ces salles qui naguère retentissaient des paroles du pro- « phète, sout maintenant désertes;

n Ce lieu , séjour chéri des vérités révélées, git maintenant j» sous ses ruines. «

L'imam dont il est ici question n'est antre que Phistonen Ibn-gîouzi. Il n'a pas manque de parler dans sa chronique de cette glorieuse journée, cr Le prince, dit-il, m'avait envové chercher, et m'avait ordonné d'insister sur ce qui me paraîtrait le plus propre à toucher le peuple. Je ne pouvais m'en excuser; il y allait de l'honneur de l'islamisme; je montai donc en chaire , et , en présence du prince et du peuple , je dis : « Ainsi » le chemin de la ville sainte va être fermé aux pèlerins! helas! « vous qui aimiez à vous entretenir en ce saint lieu avec le j» Seigneur, vous ne pourrez plus j faire vos prosternations; j» vous ne pourrez plus j arroser le sol de vos larmes. Grand J» Dieu ! quand vos yeux se convertiraient en fontaines , vous » ne ^auriez assez pleurer; quand vos cœurs se fendraient J» de tristesse, vous ne sauriez assez vous aflliger. Oui, à uo

• tel malheur 9 les larmes coulent en abondance] à un tel

MtATira Atjx (mtnsADBd. êH

•«lalbem, le» oceoM «e déchirent de «oniMrft; à tin td niai^ • heur, l'ame ressent dWrrible» angoisses. •

Le dîsooars d'Ibn-giouzi produisît un effet prodigieux. Les assîstans ne purent retenir lenrs larmes ; et les esprits étaient si indignes, qu'ils auraient tout souffert pour Tenger Tafifront fait à leur religion. Mais déjà la ville de Damas était vivement pressée par les troupes de Maick-aschraf : bientôt le sultan, se trouvant enfin délivre de la présence de Pempe* reur, accourut avec ses propres troupes ^ et les habitana furent obligés de se soumettre ; le prince fut relégua en Mé* Aopotamie » et les esprits se calmèrent ' Quant à Frédéric » il n'est plus question de lui dans les auteurs arabes, si ce n'est an sujet des relations qu'il continua d'entretenir avec le sultan d'Egjpte et les princes musulmans de Syrie. Plusî^rs fois il envoja des ambassadeurs en Orient , et les Souverains musulmans lui en «nvojèrent aussi. Yaféi cite une de ces ambassades , dans laquelle Frédéric fit présent à Malek-aschraf, devenu prince de Damas , d'un ours blanc , dont le poil ressemblait à celui du lion ; cet ours se nourrissait de poissons, et il pouvait vivre dans l'eau comme sur la terre (l); Aboul-mahassen fait pareillement mention d'un paon blanc. A leur tour ^ les princes musuU mans envoyèrent des présens à l'empereur : un auteur chré* tien parle d'une tente qui fut offerte par le sultan , et où l'on avait représenté le ciel et les mouvemens des astres exécutés par des ressorts caches (9). D'un autra cAtCi Albert le Grand

(i) Voici le texte aceompagaé iTane tra^action fittérale : il îj>^3j iV^Vt^cô JJU •jjUfc ^^\ Cg>^ lit'j^)

JAjj ciaJr rjJ^ jj^] ' Jf Jj;si

« Entre antres présens ^lait an onrs bhnc dont le poîl ressemblait « k celui dtt iîon ; on dit qa*il descendait dans la nier et qu'il en faiaait ■ sortir le poisson pour le manger, t Bnffon a parlé, dans ses soppiémens, de cette espèce d*oars.

(s) Cet onvriige snppoiait nne assez grande connaittance de fastronomie et de la mëcanique. I! nous reste encore nn monument du Blême genre qui porte le nom da auluin lialek-kamel : c*eit un globe céleste qui fait partie du musée Borgia k Rome, et qui a été publié par Assémani , sous le titre de Gloèus eœiestù etfieo-mUneus ; Padoae , 1790; un vol. in-S^. Ce globe est précicna en ce qn*ii montre da

43(1 EXTRAITS D^AUTECRfl ABAJIM

fait iniindoii d'une gîraflei animal extrêmement rare^ qui n'avait pas ete vu en Europe depuis les Romains (l). On ne peut pas douter qu'à cette oecasîon , Frédéric et les princes musulmans ne se fissent mutuellement part de ce qui lt9 intéressait. Lorsque S. Louis se prépara à faire une descente en Egypte y c'est Fre'deric qui, au rapport de Makrizi, eo instruisit le premier le sultan.

Il parait , au reste , que ces liaisons ne se bornaient pas k de simples relations d'amitié ; Frf^'deric obtint du scdum de grands privilèges pour ceu^ de ses sujets qui allaient commercer en Egjpte. No9s ignorons , il est vrai , en quoi con* sistaient au fuste ces privilèges ; mais on voit plus tard tous les princes qui occupèrent successivement le trdne de Sicde et de Naples solliciter ardemment la même faveur, ce qui suppose que les avantages n'étaient pas médiocres*

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