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. ÏBTUwu des Karismins. -^ Bataille de Gaxa.
An 64 É [1243]» Le sultan d'Egypte cherchait à se venger de son oncle Ismacl, qui s'était empare' de Damas et qui avait ete l'artisan de la dernière guerre ; il voulait d'ailleurs re'aliser le projet de ses prédécesseurs , c'est-à-dire, réunir sous ses lois PEgyptp et la Syrie, et rendre au titre qu'il portait son ancien éclat II n'en fallut pas davantage pour soulever tous les petits princes de Syrie. Les souverains de Damas /etd'Émesse, ainsi que le prince de Carac, qui avait contribué à l'élévation du sulttm., se liguèrent ensemble contre lui et implorèrent Tappui des Francs : pour les dé« cider , ils leur remirent de nouveau Jérusalem , Séfed , ainsi que Tibériade , Ascalon et quelques autres villes. Les chrétiens furent donc encore une fois maîtres de la ville sainte. L'historien Gémal-eddin , qui y passa alors , remarque avec étonnement qu'il vit les chrétiens en possession, non-seulement de l'église de la Résurrection , mais de la mosquée d'Omar, et des autres lieux consacrés par les souvenirs de l'islamisme ; il y vit des prêtres et des moines, une fiole de vin à la main , et se disposant à dire la messe : en entrant dans la mosquée^ £es oreilles furent frappées du son de la cloche ; tous les rites de l'islamisme avaient été abolis.
On aura une idée de l'union qui régnait alors entre les chrétiens et les nlusulmans par le fait suivant (l). Les Francs^
(i) Ibn-fifrat parie de ce faitàfantaée 664 de The^fire.
444 EXTRAITS D'aUTRURS ARAIIB8
en rentrunt clans la forteresso de Séfed, s'étaient ecciipél d'en relever les fortifications; ils employèrent à cet usage les captifs musulmans qui étaient entre leurs mains^Xies captifs, au nombre de mille, se sentant plus forts et plus nombreux que ceux qui les gardaient , formèrent le dessein de briser leurs chaînes et de livrer la place au prince de Carac. Ce prince avait e'te jusque-là le plus cruel ennemi des chrétiens : les captifs musulmans lui écrivirent à oe sujet; mais il envoya la lettre au prince de Damas, qui la fit remettre aux Francs; et ceux-ci, irrites, conduisirent leurs prisonniers a Acre, où. ils eurent tous la tête tranchée.
De leur côté, les chrétiens ayant entre leurs mains un ennemi du prince de Damas, Malek-giouhad Jonas, petit*fils du grand Malek-adel , et ancien vice-roi de Syrie, le livrèrent pour de l'argent à Ismaè'l , qui le fit pendre.
Cependant on se préparait à la guerre. Les deux arme'es se * dirigèrent vers les plaines de Gaza. Malefc-mansourj prince d'Ëmesse , commandait celle de Syrie : ce prince e'tait re* nommé pour sa bravoure, et s'était déjà signalé dans plusieurs occasions. Dans sa marche, il passa par la ville d'Acre, afin d'animer les chrétiens au combat; tousse hâtèrent de prendre les armes. Les deux armées se trouvèrent bientôt en préaence; mais le sultan avait appelé à son secours les Karismins, et ils n'étaient pas encore arrivés.
An 64.2^244], Les Karismins étaient originaires des pays situés vers rembouchure de l'Oxus , près des bords de la Mer Caspienne. Chassés de leur pays par Gengiskan , ils avaient long-temps erré dans les provinces de l'Asie. Le fameux GéhJeddin-mankberni était alors à leur tête. Ils envahirent successivement le nord delà Perse, la Géorgie, l'Arménie, la Mésopotamie, et par-toùtils se firent remarquer par leur férocité et lenrs brigandages. Après la mort de Gélal-eddin, les débris des Karîsmins so mirent au service des princes musulmans : ui^e partie s'était attachée à la personne du sultan , alors gouverneur d'Edesse et dé Haran dans la Mésopotamie. Quand oe prince fut devenii maître de l'Egypte, il abandonna à ces barbares Haran et Ëdesse, d'où ils répandirent la terreur dans les contrées voisines. Le sultan , se voyant menacé par toutes les forces de Syrie, n'hésita pas à les appeler auprès de lui.
Suivant Gcmal-eddin , les Karismins passèrent FEuphrate au nombre de plus de di3& mille cavaliers ^ ayant à leur tâte
ItÊtATiPS AnX CltOI8A]>E0. 445
Ho6caiii-e<I<fiivbarte-khan , Khan-bardi , 9arou4hftn et Rcsch-* iou-kan. Par-tout lehv passage était signalé par ie pillage et Tîncendie; & leur approche, les peuples prirent la fuite. Telle était la terreur quils inspiraient, qu'au seul bruit de leur marche les troupes de Damas , campées à Gaza, se débandé* rent ; ie prince de Carac se retira précipitamment. Les France qui gardaient la ville sainte sortirent en toute hâte; les Karis^ minsj entrèrent sans résistance, et égorgèrent tous les chrétiens qui s'y trouvaient encore; pas un seul ne fut épargné. Les femmes et les enfans furent réduits en servitude; l'église de la Résurrection fut dépouillée, le sépulcre du Messie détruit; les tombeaux des rois francs et des capitaines chrétiens furent ouverts et les ossemens livrés aux flammes. Les Kharismins se rendirent ensuite devant Gaza, et firent leur jonction avec l'armée égyptienne. Le lieu occupé parles deux armées était voisin de Gaza, et se nommait Karita : de part et d'autre on se prépara au combat. Les chrétiens montraient une ardeur impatiente; mais les musulmans leurs alliés commençaient à avoir des scrupules. Ecoutons a ce sujet le récit d'Ibn*giouzi, témoin oculaire (l).
« Dans cette guerre, les musulmans de Syrie s'étaient mis pour ainsi dire sous les ordres des infidèles. On voyait les chrétiens marcher leurs croix levées; leurs prêtres se mêlaient dans les rangs ; ils donnaient des bénédictions et manifestaient hautement les signes du christianisme ; ils présentaient aux musulmans eux-mêmes leurs calices à boire. Une . telle alliance ne pouvait réussir. Les Francs composaient l'aile drçite; la gauche était formée des troupes de Carac; celles d'Émesse étaient au centre. Jamais jou|;née ne fut si glorieuse à l'islamisme, pas même sous Noureddin ni Saladin. L'aile gauche fut la première enfoncée; les Francs seuls tinrent bon , et ne lâchèrent pied que lorsque toute l'armée fut en déroute. Déjà ils avaient mis les Égyptiens en fuite et pillé leurs bagages. Abandonnés de leurs alliés et cernés par les Karismins, ils furent moissonnés par l'épée. Leur nombre se montait à quinze cents cavaliers et dix mille fantassins ; huit cents seulement échappèrent au carnage et furent faits prisonniers. Je passai le lendemain sur le lieu du combat; je
vis des hommes qui comptaient , un roseau a la main , le
(i) Le récit d'Ibn-giouzi noos t été conservé par Yaféi.
44S BXTfiAlTS D*AUTB1JRâ ARâBBS
nombre des morts ; Hs me dirent qu'ih en araietif Mmptê plo^ de trente mille. Le prince d'Ëmesse arriva presque seul s Damas, ayant perdu ses bagages , ses chevaux , ses armes et presque toute son armée. J'ai ouï dire qu'après la bataille, il ne U^ouva pas m^me un lambeau d'étendard pour reposer sa tâte, et qu'alors, se mettant a pleurer, il dit : « Je me doutais 9 bien qu'en marchant sous. les croix et les bannières des » Francs , notre expédition ne pouvait être heureuse. »
Gemal-eddin fait aussi mention du scrupule que le prince d'Emesse e'prouva en marchant a l'action. « Par Dieu! ra* 9 contait plus tard le prince, le Seigneur me disait interieu- » rement que nous ne pouvions vaincre. » L'auteur poursuit ainsi : u Quand la nouvelle de cette victoire arriva au Caire, la joie fut au comble; pendant plusieurs jours on illumina, et la ville retentit du bruit des instrumens de musique. Le jour de l'entrée des prisonniers fut comme un Ijour de fête. Les soldats étaient conduits sur des chsroeai|x, les chefs sur les chevaux qu'ils montaient le fonr 'de la bataille. Au nombre des prisonniers e'taient plusieurs émirs musulmans qui avaient ete pris dans le combat 9 Makrizi rapporte de plus que les têtes des chrétiens tues à Gaza furent apportées au Caire , et attachées aux portes de la ville.
Après cette victoire, suivant Aboulfeda, le sultan s'empara de Jérusalem et d'Ascalon (l) ; ensuite, il alla Assiéger son oncle
(1) A propos du ii<^ge d'Ascalon , rhistonen Gemaî^jecldin fait mention pour la première fois de Tarme appeft^e zenBourek , comme i^tant mise en usage par ies mnsalmans ( voy. ci-dessus, p. S55 ). Voici
les expressions de ranteur: ^jy^y^j C-^-^v • *^^' t^-r» J-^^J on fit jouer contre la place les catapultes et les zenboureks/'A Fegard du mot T'^J^ » S[Q<! uohm traduisons par catapultes , et qui s'écrit an singulier ^J^ t il psratt être le même que le mot grec T^ffMr, cité *par du Gange dans son dictionnaire de la basse grëciuf. II désigne , suivant Boha-eddin , une arbalète lançant de» traits armés d^une pointe de fer. Voyez Boha-eddin, Vie de Saladin, p. 135. Ce mot paraît répondre au trabucus des nations latines du moyen âge, mot dont nous avons fait tribucket. If existe encore une machine de guerre dont les auteurs arabes font souvent mention, et qui servait à lancer
des pierres; c'est le mot ^aX^&^, au pluriel ^j^^ ; ce mot répond au manganum des Latins , mot dont ies Français du moyen âge avaient fiait mangoneaux»
SBULTtFS AUX CROISADBS. 447
IsmaSI dend Dmmas. Vainement Ismaêi reconmt i la médiation du calife de Bagdad; le pontife refusa de s'inteVesser à un allie des chre'tieus, et Damas ouvrit ses portes. Ainsi, le sultan se trouva maître de la Palestine et de toute la Syrie meVi* dionale. Mais les Karismins , qui avaient eu une grande paii; a ses succès, prétendirent eh partager les fruits : la Syrie se trouva de nouveau en con[ibustlon. Les Kai^ismins formèrent le siège de Damas ; les princes depouille's reprirent les armes pour rentrer dans leurs principautés. Une bataille mit fin à cette querelle : les Karismins, vaincus, furent extermines $ la pfupartde ceux qui se sauvèrent furent assommes par les paysans et les habitans des campagnes; d'autres allèrent se fondre dans les armées tartares qui désolaient alors l'Asie , et ii ne fut plus question d'eux.
Pendant que ces eVenemens se passaient en Orient, l'Occident était déchire par les querelles de FredeVic et du Saint- Siège (l). L'auteur arabe Yafei cite un fait que nous ne garantissons pas, mais qu'il est bon de connaître, pour savoir quelle idée les musulmans se faisaient de ces divisions. Un vaisseau, dit-il, venu de Sicile à Alexandrie, annonça que le pape, irrite' contre l'empereur, avait engage trois des courtisans du prince à le tuer pendant la nuit, sous prétexte qu'intérieurement il était musulman; pour les de'cider, il leur avait pat*tage d'avance les états cfu prince. L'empereur ayant ete averti du complot, fit coucher un de ses gardes dans son lit, et se cacha lui-même dans un endroit voisin. avec cent soldats. Au moment fixe, les trois* assassins se jetèrent sur le garde et le poignardèrent. L'empereur ne douta plus de la vérité'; et sortant du lieu où il était, il tua les assassins de sa main ; ensuite il les fit e'corcher : on remplit leur peau de paille, et ils furent suspendus pour l'exemple à la porte du palais. L'auteur ajoute que le pape , informe' du mauvais succès de ses de'marches, envoya une arme'e contre Frede'ric , et que de nouvelles querelles s'e'Ievèrent entre les princes chre'tiens. A la même époque , Makrizi dit un mot d'une ambassade du pape au sultan d'Egypte (2).
(l) On peut consnlter YHûtotre ecclésiastique de Fabbe Flenry, liv. LXZXii, n« 37 et suiv.
(k) On peut consulter, pour les ddtaiU, {es Annales de Baronius, continuées parRajnaldi, aux années 1S46 et 1247 ie notre ère, Vojicx aussi Zanfl^ct , Bibliothèque des Croisadeê,
4 48 EXTRAITS d'auteurs ARABES
Cependant , le bruit des ravages des Rarîsmins aTth re* tenti jusqu'en Occident; dans plusieurs contrées , on ayait pris les armes pour en tirer vengeance. II est temps de parler de cette nouvelle expédition.
î LXXH.
Première croisade de S, Louis. — Sa descente en Egjpte.
An 646 [1248]. On sait que S. Louis ne put retenir se» farmes iorsqu'ii apprit les malheurs de Fa Terre-sainte; son premier mouvement fut de se revêtir de fa croix et de marcher pour aller délivrer les saints lieux. Makrizi et Yafei nous apprennent que la première nouvelle de cette expédition vint au sultan par Frédéric ; ce fut par l'interme'diaire d'un députe déguise en marchand. Le sultan e'tojt alors en Sjrie, occupe à y établir son autorite. Déjà il était attaque de la maladie qui l'emporta bientôt au tombeau; c'e'tait une tumenr au jarret, laquelle , -ayant de'ge'neVe en ulcère, lui Âtait toute facilite d*agir. A la nouvelle du danger qui meDacait ses états, il se fit transporter en litière en Egypte.
An 647 [i249l. C'est cette année que le roi de France fit sa descente en Egypte. Son nom j ainsi que l'observe Makrizi , e'tait Louis , fils de Louis , et on le surnommait le FranrMs, Tous les Francs établis en Palestine étaient venus se joindre à lui.
Ce roi , au rapport de Gémal-eddin , était un des plus puissans princes de l'Occident; il était roi de France [reydefrcns). «Le peuple de France, ajoute-t-il, s'est rendu célèbre entre toutes les nations des Francs. Ce roi était très-religieux observateur de la foi chrétienne. Il voulait conquérir la Pa^ iestine, et soumettre d'abord TEgypte. II était accompagné de cinquante mille guerriers, et venait de passer l'hiver dans rlle de Chypre. Il se présenta sur la côte, près de l'enibouchure de la branche du Nil qui passe à Damlette, un vendredi SI de safar [4 juin 1349). Le sultan était alors campé â Aschmoun-thenah , sur le canal d'Aschmoun, non loin de Mansoura ; c'est de là qu'il avait ordonné les préparatifs nécessaires. Il avait fourni Damiette de tout ce qui pouvait mettre la pince en état de faire une longue résistance : des vivres et des provisions y avaient été amassés pour plus d*une
aânee; une forte garnison en avait la défense; on distinguait entre autres les Arabes kenaniteis, guerriers fameux par le^ir bravoure. De plus, lô lit du fleuve e'tait garde par des vaisseaux envoyés du Caire. Enfin, une armée formidable, sous ia conduite de Ternir Fakr-eddin , qui s*etait distingue par ses négociations avec Tempe reur Freueric, occupait la cote où les chrétiens devaient aborder.
Makrizi rapporte que le roi de France, avant de mettre' pied à terre, crut devoir écrire au sultan, comme pour lui iaîre sa de'claration ; si on l'en croit > la lettre était ainsi conçue : « Tu n'ignores pas (l) que je suis le chef de la chre- 9 tiente', comme tu l'es de Tislamisme. Tu n'ignores pa« de I» quelle manière |'ai traite les musulmans d'Espagne, lesquels « aujourd'hui nous paient tribut et marchent devant nous n comme de vils troupeaux : nous avons massacre les hommes 9 et rendu les femmes veuves; nous avons re'duit les garçons « et les filles a l'esclavage; dous les avons emmenés loin de r> leur patrie. Voilà ce que j'avais à te dire. Je t'ai donné lesn avertissemens que tu avais droit d'attendre de mot; à pre* 9 sent, quand tu aurais recours aux sermens les plus saints, n quand tu viendrais devant moi accompagné de prêtres. et » de moines, quand tu te présenterais un cierge à la main en » signe de respect pour la religion chrétienne, rien ne poor- 9 rait me détourner d'aller à toi et de te combattre en tout 9 lieu. Si tes états tombent entre mes mains, ce -sera pour « moi une nouvelle source de richesses; si fa victoire se dé- 9 clare eu ta faveur et que l'Egypte te f este en partage , ta n pourras alonger la main et l'étendre jusqu'à moi; tu pour- 9 ras disposer à ton gré de ma vie. J'ai cru de mon devoir de 9 l'avertir d'avance. Voilà que les troupes qui sont sous mes 9 ordres couvrent les plaines et les montagnes : leur nombre 9 est égal à celui des sables de la mer; elles vont contre vous 9 avec le glaive du destin. »
Cette lettre n'a rien qui convienne au caractère bien connu et à la situation de S. Louis. II est évident qu'il s'agit ici de quelque roi chrétien d'Espagne en guerre avec les Maures ses voisins. Sans doute une lettre semblable aura jadis
(i) Makrizi remarque que la lettre ëtaîtpre'ccdçe d*an petit pre'am* bule analogue aux impiétés dé la religion thrétienne, qu'il s'est fait scrupule fdii-ii t de rapporter,
450 EXTRAITS d'aUTBURS ARABES
ete écrite (l), et Mukrizi l'aura mise, par erreur, sur !o compte du roi de France. Quoi qu'il en soit, Makrizî ajonte 4|ue cette lettre fit ta plus vive impression sur l'esprit du sultan. Ce prince commençait alors à être accable parla maladie dont il était attaque; il ne put retenir ses larmes. Son premier mouvement Fut de se recommander a Dieu et de se resigner Il ses volonte's. Ensuite, il Ht faire par son secrétaire Ih réponse suivante : « Au nom du Dieu clément et miseVi- 9 cordieux; le salut soit sur notre prophète Mahomet et sur n sa famdie. Ta lettre nous est parvenue ; ta cherches à nous 9 faire peur du nombre de tes armées et de la multitude de «tes soldats. Apprends que nous savons aussi manier le tt glaive , et qu'aucun de nous ne périra qu'il ne soit snr-le- » champ remplace, tout comme aucun de vous ne pourra 3f nous entamer sans être aussitôt extermine'. Ah! si tesyeitx, » à homme présomptueux, si tes yeux pouvaient voir la pointe ii de nos epees et la force de nos lances; si vous aviez vu tf avec quelle vigueur nous avons subjugue les provinces et » les châteaux de la Palestine , si vous aviez vu les ravages V que nous y avons faits, comme tu te mordrais les doigts! » Va, tu ne peux manquer de tomber, he commencement de » ce jour est pour nous, et la fin est contre vous. Oh ! qu'alors 0 tu seras fâche contre toi-même ! Il faut bien que lesméchans n connaissent le sort qui leur est réservé (9). En lisant ma n lettre, rappeiie-toi le premier verset de la sourate des » Abeilles (3) ; Le décret de Dieu va toujours son cours ; n gardez-vous d'en hâter le terme, Rappelle-toi ce dernier 9> verset de la sourate Sad (4) : Dans peu vous connaîtrez ce » quHl voulait vous dire. Moi , je m'en rapporte à ces paroles
(i) En effet, les auteurs arabes font ëcrire ceot cinquante ans auparayant ia même lettre par Alphonse VI, roi de Castiile, t na empereur de Maroc; or Alphonse avait vaincu les Maures d^Espagne et d'Afrique. Voyez Caairi , Bibliothèque arabe de t'Escurial, (cri. il» page 116. Aboulfarage en rapporte une antre du même style, ëcriie un siècle après par un roi d'Espagne k un empereur de Maroc. Apparemment cVtait une formule consacrée; il n'y avait de di0<^' rence que dans les mots. Voyez la Chronique arabe d'Aboalianfe, p. 453.
(i) Alcoran, sour. xxvi, vers. 2 28.
(3) Jbid. sour. xvi.
{^) Jbid, sour. xxxviii.
RELATIFS AUX r^lOÎSADtS. 451
• (la Très-Haat. Assurément , je n'en puis citer Je plus veri- » dîques. Combien de fois une poignée d'hommes na-Uetle n pas mis en fuite des armées innomhrables , par la permission » divine? car Dieu est avec ceux qui lui sont fidèles (0. Et f d'ailleurs, ies sages n'ont-ils pas dit que le méchant s'attirera » sa propre ruine. Va! ta méchanceté te renversera; elle 9f causera ta perte. Adieu (9). 9
Ensuite, reprend Gemal-eddin, « le roi de France se mit en devoir d'aborder sur la cdte. On était alors au samedi 99 de safar [5, juin]. II débarqua avec toutes ses troupes et dressa son camp sur le rivage. La tente du roî était rouge, il V eut ce jour-là un engagement entre les Francs et les Égyptiens, où plusieurs émirs musulmans furent tues. Le soir , Fakr-eddjn repassa le Nil avec son armée , sur le pont qui était en face de Damiette ; et, sans s'arrêter, il se rendit sur le canal d'Aschmoun , auprès du sultan. Il régnait alors une extrême insubordination dans l'armée, à cause de la maladie du prince : personne ne pouvait plus contenir les soldats. Les kenanites charges de de'fendre Damictte, se voyant abandonnes, quittèrent pre'cipitamment la ville et se dirigèrent aussi vers le canal d'Aschmoun ; les habitans suivirent cet exemple. Hommes, femmes, enfans, tous s'enfuirent (tans le plus grand desordre, abandonnant les vivres et les provisions ; car ils se trouvaient sans défense, et ils craignaient d'éprouver le hnéme sort que trente ans auparavant , SOU5 le sultan MiJek^kamel. En un moment, Damiette se trouva déserte. Le lendemain dimanche, les chrétiens, ne v-ojant plus d'ennemis , passèrent aussi le Nil et entrèrent sans résistance. II n'y avait pas d'exemple d'un cVe'nement aussi désastreux. A cette epoqno , ajoute Ge'mal-edd in, j'étais au Caire , chez l'emir Hossam-cddin , gouverneur de la ville. Nous appnmes le jour même , par un pigeon , la prise de
(fl) Alcoron, sour. ii, vers, s 50.
(s) Ces deux lettres sont rapportées avec quelques Ingères diflTërences dans les manascrits; nous avons adopte' la leçon qui nous a para la plus Traiscmblable. Cardonne arait déjà fait connahre ces îettrcs et quelques autres pièces du même genre dans ses Extraits arabes relatifs à la croisade de S. Louis, insères à la suite de fe'di- Itoii de JoinviHe; Pnris, I70f, p. 525 et suiv. En reproduisant ici ers pièces , nous avans été quelquefois obHgi^s, de nous éloigner de la traduction de Cardonne.
459 EXTRAITS d'auteurs ARABES
Damielte. Ce malheur nous pene(ra toas de crainte et d'horreur; il nous sembla que c'en e'taitfait de l'Egjpte , sur-tout a cause de la maladie du sultan. La conduite de Fakr^«ddîn et de la garnison fut en cette occasion inexcusable; car la ville eut pu tenir très-long-temps. Dans l'invasion précédente, sous Ma'^k-kamcl, Damiette était sons garnison, sans approvisionnemens;.et pourtant elle avait résisté pendant un an: encore fallut-il , pour la réduire, le concours de la famine et de la peste. Sa situation dans la guerre présente était bien plus favorable ; même après la retraite de Fakr-eddin , si les kénanites et les habitans étaient restés , s'ils avaient seulement tenu leurs portes fermées, ils auraient arrêté tous les elTorts des Francs. Pendant ce temps, l'armée serait revenue et les Francs auraient été repoussés. Mais quand Dieu veut une chose, on ne peut l'empêcher. «
Le sultan fut si indigné contre les kénanites , qu'il fît pendre tous les chefs. Vainement, suivant Makrîzi , ils firent des représentations; vainement dirent-ils: «En quoi sommes-nous n coupables? Que pouvions-nous faire, étant abandonnés des » émirs et de toute l'armée? « On n'écouta pas leurs excuses; les chefs furent pendus, au nombre de cinquante. Dans le nombre étaient un père et son fils, jeune homme de la plus
(rrande espérance : le père demanda de mourir le premier; e sultan le lui refusa. Le prince s'était muni d'avance de l'approbation des docteurs de la loi , qui tous avaient décidé qu'un homme qui abandonne son poste est digne de mort Makrizi ajoute que le sultan témoigna aussi son mécontentement à l'émir Fakr-eddin. u Ne pouviez-vous pas, lui dit-il, n tenir au moins un instant? Pas un seul d'entre vous ne s'est » fait tuer, n Sans l'état pitoyable où il était, poursuit Makrizi, il se serait probablement porté à quelque violence. Presque tous les émirs blâmaient Fakr-eddin : déjà on craignait pour sa vie ; déjà ses amis se disposaient à se défaire du sultan; mais Fakr-eddin les retint et les décida à attendre. Si le Sultan mourait, on en était délivré; sinon , l'on était toujours à temps de le faire périr.
Génial-eddin remarque aussi que le sultan fut tenté de punir Fakr eddin; mais, ajoute-il, son état était devenu critique, et les circonstances conseillaient la patience.
Dans ces conjonctures, suivant Makrizi, le sultan , se sentant près de sa fin , fit publier que tous ceux qui avaient quelque grief contre lui eussent à se présenter , et qu'il leur don-
Berait satisfaction. Il était impatient de mettre sa conscience en repos. Tous ceux qui se présentèrent furent renvoyés satisfaits.