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Mort do sultan. — Suite de la croisade de S. Loais.
Suite de tannée 647 [1249], Nous allons laisser parler Gemal-eddin « Cependant le sultan se fit transporter à Mansoura^au Ueu même qu'avait occupe' son père Malekkainei , trente ans auparavant. Mansoura est située sur la rive orientale du Nil , à l'endroit ou ce fleuve se partage en deux branches , dont l'une passe à Damiette , Tautre va se perdre dans le lac de Menzale'; c'est cette dernière branche qu'on appelle le canal d' Ascb m ou n. Mansoura devait son existence ii Malek'kamel, père du sultan ; ce prince y avait fait bâtir un palais, avec des maisons pour les émirs et les soldats. Bientôt il s'y éleva des bazars, des bains, des marches; en un mot, tout ce qui compose une grande ville. Cesi là que le sultan prit position avec son armée. La flotte égyptienne avait descendu le fleuve et s'était placée sous les murs de Mansoura. On vit aussi arriver de tout c&té des volontaires et des guerriers qui brûlaient de prendre part à la guerre sacrée.
tt Dans le même temps, le sultan dirigea contre les Francs des bandes d'Arabes nomades ; ces Arabes ne leur laissèrent pas de repos. A la (in de rébi premier [juillet], nous vîmes , j)oursuit Gémal-eddin, arriver au Caire trente-six prisonniers chrétiens, parmi lesquels étaient deux cavaliers : quelques jours après, il en vint trente-neuf, puis vingt-deux, puis trente-cinq, et successivement plusieurs autres. A la même époque, les troupes du sultan qui étaient en Syrie firent di« version et enlevèrent Sidon aux chrétiens.
n Cependant, la maladie du sultan devenait de plus en plus grave ; ses forces ne cessaient de s'affaiblir ; jour et nuit les médecins étaient autour de lui sans pouvoir le soulager; et pourtant il n'était pas abattu; toujours il montrait la même force de caractère. H était à-la-fois atteint de deux maladies terribles, la phthisie et l'ulcère au jarret; mais il espérait toujours. L'ulcère étant venu à se fermer, il se crut hors de danger, et écrivit à l'émir Hossam-cddin qu'il était en pleine
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convalescence; qu'il ne lui iranqnait plus que de montera cheval et d'aller jouer au mail : mais déjà il était près de sa fin. II mourut le dimanche 14 de schaban [ novembre], six mois après l'entrée des chrétiens dans Damiette et à Tage de quaranle-sept^ans. Ainsi finit fe sultan Malek-saleh Negmcddin (ou l'Etoile de la religion), au milieu d'une guerre qu'il soutenait pour la gloire de Dieu, passant de ce monde peVissable au sein de la bonté et de la mise'ricorde divines. •
Aboul-mahassen fait le portrait suivant du sultan : « Ce'tait un prince sobre, modeste dansées discours et d'une belle ame ; il ne pouvait souffrir la plaisanterie et les choses futiles ; il avait même l'humeur désagréable; il e'tait naturellement taciturne. Sa prédilection était pour les esclaves turcs qu'il achetait sur les bords de la Mer Noire et de la Mer Caspienne , et dont il fit ses mameloucks et sa garde particulière. Sous lui, cette milice devint beaucoup plus nombreuse qu'auparavant; il les pre'fe'rait aux Curdes, qui jusque-là avaient forme le nerf des armées égyptiennes. C'est pour eux qu'il fit bâtir une caserne dans l'île de Rauda, sur le Nil , en face dn Carre (1). Cependant il savait leur imposer; ces esclaves, tout braves et audacieux qu'ils e'taient, tremblaient devant lui. Rien ne pouvait l'emouvoir; quand il entrait en colère, la seule expression de reproche dont il se servait était celle-ci : Ahf paresseux! Chose singulière! il était insensible aux charmes delà musique; quand il assistait à un concert, il restait immobile, et ses officiers étaient obliges de faire comme lui. Il e'tait très-enclin à l'amour; mais il vojait de préférence des esclaves; car à la fin il n'eut plus que deux épouses. Ses ministres ne décidaient jamais rien que d'après ses volontés: le prince voulait tout voir par lui-même; il travaillait directement avec eux, mais seulement par écrit, marquant ses volontés de sa propre main au bas du papier. Il aimait les gens de mérite et les gens pieux ; mais il était sans goût pour la lecture ; son plaisir était de s'isoler et de vivre seul ; sa passion était le jeu de mail et la bâtisse. II reste de lui, au Caire et dans Pile de Rauda , plusieurs édifices superbes. «
Malek-saleh, suivant la remarque de l'historien Gémal-
(i) De lii rc9 mameloucks reçurent le nom de Baharites, da mot aralx* hahr, qui signifie mer, et piir lequel les Égyptiens désignent le Nii.
eddin , ne laissait qu'un (ils appelé Alalek-moadam Tourar ^ sctioli, alors gouverneur de Haran, d'Ëdesse et des autres villes que le sultan possédait en Mésopotamie. Dans IVlat où l'on se trouvait, menace c^mme on Te'tait par Tarmee chrétienne, on résolut de cacher la mort du sultan jusqu'à l'arrivée de son Hls. Le corps du prince fut secrètement lave' et enseveli avec les prières d'usage, et place dans une caisse pour être transporte en bateau dans l'île de Rauda. Sa veuve^ Scheger-eddor, celle de ses femmes qu'il avait le plus aimée, dirigeait tout : elle se concerta avec le chef des eunuques, et ils convinrent de ne .confier le secret de la mort du sultan qu'à l'émir Fakr-eddin, qui fut nomme atabck ou regeni, comme l'homme le plus capable de gouverner, et celui qui avait le pins d'influence sur l'armée. Tous les trois se promirent de tenir la mort du sultan secrète jusqu'à l'arrivée de Touran-schah. En attendant, ils firent prêter serment de fidélité aux émirs et aux troupes, d'abord au nom du sultan IVlalek-saIeh , comme s'il eut été encore en vie, ensuite en celui de son fils ; on jura aussi obéissance à l'émir Fakr-eddin, en qualité d'atabek ou régent. Les émirs et les soldats furent appelés pour cet objet au pavillon du sultan, et jurèrent sans difficulté : personne né se douta de la venté. L'émir Hossameddin , gouverneur du Caire, ayant reçu un ordre semblable, jura et fit jurer tous ceux qui étaient sous ses ordres. La mort du sultan était tenue si secrète, que, grands et petits , personne n'en eut le moindre soupçon. Chaque jour l'émir Hossam-eddin recevait des dépêches du camp comme par le passé. Les lettres étaient expédiées au nom du sultan ; on j voyait, entre les lignes, son élamé ou signature accoutumée, consistant dans ces mots : Ayouh , fils de Mohammed, fils itAhoubekr (i). Celui qui écrivait l'élamé était un eunuque habile à contrefaire toute sorte dVcritures. A la fin cependant on commença à soupçonner la vérité. On voyait l'e'^mir Fakr-eddin , libre de tout frein , disposer en maître de l'Egypte ; il rendait*la liberté aux émirs qui étaient en prison ; il rétablissait ceux qui avaient perdu leurs places ; il distribuait à ses amis les trésors amassés par le sultan; en un mot, il
(f) Aijoub dtaît le nom propre da sultan, Mohammed ccini de son père ic 8ullaa Maiek-kaineî , et Aboubckr celui de son grandpcrc le celtbrc Malek-adcl.
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exerçait pleinement raiitorite' souveraine : mais oo n'osait éclater, à cause de la présence de lennemi et du danger qÙ Ton était. Une chose qui fit une grande sensation, c'est qoe lorsqu'il fut question d'envoyer des courriers à Touranscliah pour hâter son arrivée, Scheger-eddor et le chef des eunuques furent les seuls qui montrèrent de l'empressement. F<ikr-eddin refusa d'écrire de son côté; et s'il se décida eoBn fi expédier un courrier en son propre nom , ce fut dans la crainte de se compromettre.
Makrizi donne ouvertement à entendre que Fakr-eddin, dans cette occasion, ne travaillait nullement pour les intérêts de Touran-schah. Après avoir observé nue /suivant quelques auteurs, Mafek-saieh, connaissant la légèreté de son fris , n'avait pas désigné de successeur , mais qu'il avait dit à rémir Hossam-eddin : « Quand je serai mort, vous mettrex » mes états a la disposition du calife de Bagdad,^ et ce sera n i\ lui de nommer celui qui doit régner sur l'Egypte; 9 il poursuit ainsi : a Les uns soupçonnaient Fakr-eddin de vouloir s'emparer du trône ; les autres, de servir les intérêts d'un jeune prince nommé Malek-moguit Omar, de la race de Malek-adel , lequel était alors élevé au Caire, et sons qui il espérait de devenir le maître des affaires. Ces soupçons acquirent une telle force, que Témir Hossam-eddin, qui commandait dans la capitale , et qui n'aimait pas Fakr-eddin, crut devoir, par mesure de précaution , se faire remettre le jeune prince, et le fit enfermer. En attendant, Fakr-eddin jouissait de tous les dehors de la souveraine puissance : il sortait à cheval, escorté d'une suite nombreuse; les émirs lui faisaient la cour comme à leur maître, le recevant à pied quand il descendait de cheval, et lui tenant compagnie à table. Cependant Scheger-eddor continuait à diriger les affaires; tout se passait comme de coutume : chaque four on dressait le pavillon du sultan ; les tables étaient servies comme à l'ordinaire; les émirs faisaient le même service qu'auparavant Le sultan était censé malade, et hors d'état pour le moment de recevoir. » Telle était la situation des choses, lorsque larmée des chrétiens s'avança dans l'intérieur de l'Egjpte.
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