‹ Extraits des historiens arabesChapitre 36 sur 45 · S LXXXIII · texte numérisé non relu

S LXXXIII

Combat de Mansonra.

Suite de l'année 647 [f 2491 Suivant G^mal-eddin , « les chrétiens étaient restés jiisqu'aiors à Damiette, occupés a s'y fortifier. Apprenant ennn la mort du sultan , ils se hâtèrent d'avancer ) cavalerie et infanterie , et se mirent en marche vers Mansoura. On était alors à la fin de schaban [ fin de novembre]. Leur flotte remonta ie Nil et suivit tous leurs mouvemens. Ils arrivèrent d'abord à Farescour. A cette nouvelle, l'émir Fakr«eddin écrivit au Caire pour appeler tous ies musulmans aux armes ; la lettre contenait , entre autres choses, ces paroles de l'Alcoran : «r Accourez, grands et pen tits , et venez combattre pour le service de Dieu. Sacrifiez- 9 lai vos biens , vos personnes : c'est tout ce qui peut vous » arriver de plus heureux, v Cette lettre , ajoute Gémaheddin, était fort éloquente ; on 7 remarquait plusieurs passages propres à encourager les musulmans à la guerre sacrée. « Les Francs, que Dieu maudisse, y était-il dit, sont venus « envahir notre patrie ; ils désirent s'en rendre maîtres. II est tt du devoir des vrais croyans de marcher tous contre eux et » de les repousser, n Cette lettre fut lue en chaire le vendredi suivant, en présence de tout le peuple, et arracha des larmes à tous les assistans. Bientôt on vit arriver a Mansounr.'Une multitude innombrable de^ musulmans de la capitale et des provinces. La mort du sultan et l'invasion de l'ennemi avaient répandu une terreur universelle. On tenait pour certain que si l'armée égyptienne reculait seulement d'une journée, c'en était fait de toute TÉgypte.

n Au commencement de ramadan [3 décembre], il s'engagea un premier combat entre l'armée chrétienne et les avant-postes musulmans : un émir et plusieurs soldats y souffrirent le martyre. Les Francs arrivèrent ensuite au lieu appelé Scharmesah, quelques jours aprèsa Baramoun, et eniin sur le canal d'Aschmoun, en face de Mansoura. On était alors au 1 3 de ramadan , et la consternation était générale. Les chrétiens campèrent au même endroit où ils s'étaient placés trente ans auparavant ; de son câté, l'armée musulmane était rassemblée à Mansoura, occupant les deux rives du Nil; elle n*ctait séparée de l'ennemi que par le canal d'Aschmoun.

458 EXTRAITS d'auteurs ARAEBS

Les Francs s'entoarèrent cFabord de fosse's , de murs eC de palissades; ils dressèrent aussi leurs machines , et les firent

{'ouer contre ceux qui défendaient la rive opposée. Us avaient eur flotte à porte'e sur le Nil. Pour la flotte musulmane , elle était aussi sur le Nil , et avait jeté Tancre sous les murs de Mansoura. On commença par s'attaquer à coups de traits et de pierre, tant sur terre que sur le fleuve. Il ne se passait presque pas de jour sans quelque combat ; chaque fois un certain nombre de chrétiens étaient tues ou faits prisonniers: des braves de i'artnee musulmane alluent jusque dans leur camp et les enlevaient dans leurs tentes ; quand ils étaient aperçus , ils se jetaient à l'eau et se sauvaient à la nag^e. Il n'y avait pas de ruse qu'ils ne missent en œuvre pour surprendre les chrétiens. J'ai ouï dire qu'un d'eux imagina de creuser un melon vert et d'j cacher sa tète; de manière que, pendant qu'il nageait , un chrétien s'étant avance pour prendre le melon, il se jeta sur lui et l'emmena prisonnier. Vers le même temps, la flotte musulmane s'empara d'un navire chrétien monte par deux cents guerriers. Un autre jour, dans le mois de schoual [janvier 1950], les musulmans traverse* rent le canal et attaquèrent les chrétiens dans leur propre camp; plusieurs d'entre les Francs perdirent la vie, d'autres furent faits prisonniers; le lendemain il en arriva soixantesept au Caire , entre lesquels on remarquait trois templiers. Un autre jour, la flotte musulmane bru la un vaisseau cliretien. f» Cependant lé canal qui séparait les deux années n'était pas large , et encore il offrait plusieurs gués faciles. Un mardi 5 de doulcada [8 février], la cavalerie chrétienne, conduite par un perfide musulman , passa à gué à l'endroit nommé Salman , et se déploja sur l'autre rive. Ce mouvement fut si subit, qu'on ne s'en aperçut pas à temps : les musulmans furent surpris dans leurs propres tentes. L'émir Fakr-eddin était alors au bain. Aux cris qu'il entendit, il sortit précipitamment et monta à cheval; mais déjà le camp était forcé , et Fakr-eddin , s'étant avancé imprudemment , fut tué. Dieu art pitié de son ame (t)! sa fin ne pouvait être plus belle. II avait joui de l'autorité un peu plus de deux mois.

(l) On lit dans Makrizi nn trait qni montre que! désordre effroyable rt'^nait alors dans Tarnif^e mnsafmane. Le bruit de la mort de Pakrcddin n'ayant pas tarde k se r<spaDdre , les mamcloucks et une partie

RBI^iTIFS AUX CROISADES. 459

J9 Cependant, le frère du roi de France jRvah pénétre' en personne dans Mansoura. II s'avança jusque sur les bords ilu Nil y au palais du sultan. Les chrétiens s'étaient répandus dans la vilie. Telle était la terreur générale, que les musulmans, soldats et bourgeois , couraient à droite et a gauche dans le plus grand tumulte ; peil s'en fallut que toute l'armée ne fut mise en déroute. Déjà les Francs se croyaient assuré» \ de la victoire , lorsque les mameloncks appelés giamdarites et baharites, lions des combats et cavaliers habiles à manier la lance et l'épée, fondant tous ensemble et comme un seul horiindc sur eux , rompirent leurs colonnes et renversèrent leurs croix (l). En un moment ils furent moissonnés par le glaive, ou écrasés par la massue des Turcs; quinze cents d*entre les plus braves et les plus distingués couvrirent la terre de leurs cadavres. Ce succès fut si prompt, que l'infanterie chrétienne^ qui déjà était parvenue au canal, ne p«t arriver à temps. Un pont avait été jeté sur le canal. Si la cavalerie avait tenu plus long-temps, ou si toute l'infante* rie chrétienne avait pu prendre part au combat, c'en était fait de Tislamisme : mais déjà cette cavalerie était presque anéan« tie ; une partie seulement parvint à sortir do Mansoura et se réfugia sur une colline nommée Gédilé, où elle se retrancha. Enfin, la nuit sépara les combattans. Cette journée devint la source des bénédictions de l'islamisme et la clef de son alégresse. Lorsque l'action commença, un pigeon en apporta la nouvelle au Caire. On était alors dans raprès-midi. Le billet était adressé à l'émir Hossam-eddin , qui me le donna à lire; il était ainsi conçu : tt Au moment ou ce billet est » e'crit, l'ennemi fond sur Mansoura ; on en est aux mains, v Il ne contenait rien de plus. Ces paroles nous frappèrent tous de terreur; on regardait généralement l'islamisme comme perdu. A la tin du jour , les fuyards commencèrent à arriver du camp ; la porte de la Victoire, tournée de ce câté, resta toute la nuit ouverte pour leur donner asile. Enfin, le lendemain j au lever du soleil, nous reçûmes Theureuse nouvelle de la victoire des musulmans. Aussitôt le Caire et

dus émirs se d^andèrent pour courir à sa maison et la piller. Ses coffres forent brisas, fargent fat enlève , les meubles et les chevaux emportes; après quoi fa maison fot livrée anx flammes.

(i) Makrizi remaix|nc qa*an milieu des Turcs briffait snr-tout Bi bars Dondocdar, le même qui devint sultan dans la suite.

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le vieux Caire se couvrirent de tapisseries; (es rues retentirent des marques de la joie publique; les cœurs se livrèrent à l'degresse, et Fôn coiniuença à se rassurer sur l'issue de cette guerre. «

Vers le même temps , on apprit que le nouveau sultan était sur le point d'arriver. Ce prince ^ au rapport de Makrizi, n'eut pas plutôt appris la mort de son père, qu'il fît ses dispositions pour venir occuper le trône. II e'tait instruit des se* crets desseins de Fakr-eddtn et craignait d'être prévenu ; il brava les menaces des princes de Mésopotamie ses ennemis. En vain des embûches lui furent tendues sur la route; il se mit en marche avec cinquante cavaliers seulement, et arriva sain et sauf à Damas, d*oà, après quelques jours de repos, il se rendit a Mansoura. On était alors au 94 de doulcada [97 février], dix-neuf jours après la bataille. A l'approche du sultan , les émirs et les mameloucks allèrent à sa rencontre , en lui prodiguante l'envi les marques de respect. Ce fut alors que l'on commença a parler publiquement de la mort de Malek-saleh : jusque-là, il n'avait été censé que malade. Touran-schah monta donc paisiblement sur le trône , et tous le reconnurent sans difficulté.

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