‹ Extraits des historiens arabesChapitre 42 sur 45 · XCIX · texte numérisé non relu

XCIX

^vénemeat éé KéliMin. — Sa politique envers les oTin^tiens.

Suite de l'année 676 [ift77 de /. CJ et années suivantes. Les premières années qui suivirent fa mort de Bibars ne foalrnissent rien d^nportant à notre sujet. Malek-saïd , fils aîné de ce prince, qui lui suoce'da, n'avait ni l'expérience ni la fermeté nécessaires pour maintenir le bon ordre. Entouré de jeunes gens, il affecta le dernier mépris pour les anciens conseillers de sou père et les émirs compagnons de ses victoires. Il n'en fdlnt pas davantage pour soulever les esprits. Les émirs firent d'abord des remontrances ; comme le jeune prince n'en tenait aucun compte , ils se saisirent de lai , et, après deux ans de règne , ils le reléguèrent au château deKarak, dans les sables de l'Arabie : on éleva à sa place un de ses frères, auquel l'émir Kelaoun fut donné pour atabek on régent. Cet état dura quelques mois ; à la fin , Kélaoun se débarrassa de ce Aintôme de souverain*, et prit lui-même le titre de sultan, avec le surnom de Malek-mansour ou roi invincible.

A cette nouvelle, Sankor-alaschler, vice-roi de Sjrie, qui professait le plus grand dévouement pour la famille de Bibârs, se rendit indépendant. L'occasion ne pouvait être plus favorable pour les colonies chrétiennes, si elles avaient su en profiter; mâîs là même division régnait parmi elles.

An 680 li^SI], Sankor, se voyant menace par toutes les forces' de 'l'Egypte, avait (Tabord appelé à )sotï secours fes Tartares. Ces' barbares, de concert avec les Géorgiens, les Arméniens e{ quelques guerriers francs, se hâtèrent de passer l'Euphrate sous la conduite de Mankou-timour, frère d'Abaga. A cette nouvelle, Kelaoun accourut d'Egypte avec toutes ses troupes. Comme les Tartares paraissaient décidés 1 anmndr fîslamisme^ tous les musulmans prirent fes armes ;

540 BXTRÀIT8 d'aUTBUBB ARABBS

Sonkor lui-même, qui les avait appelés , cnûgnant poui* m rdîgîoB , se soumit au sultan d'Egjpte. Les deux aranées en vinrent aux mains dans les environs d'Émesse ; la victoire fut long*temps balancée : l'aile droite des Tartares, composée en grande partie de chrétiens Géorgiens , Arméniens et Francs 9 mit en fuite les musulmans^ qui leur étaient opposés, et les poursuivît jusqu'aux portes d'Emesse ; mais Faile gauche et le centre furent complètement défaits. La victoire se décida à la fin pour Pisiamisme. L'armée tartare était évaluée â quatre-vingt mille hommes, dont cinquante miHe M<^ok seulement; le reste était chrétiens ou composé de ge«^ de toutes les nations. Les musulmans célébrèrent cette victoire avec transport.

^Les Franc» de la Palestine | enhardis par les troubles de FEgjpte et l'invasion des Tartares, avaient cru l'oocasioa favorable pour secouer le joug qui pesait sur eux; ils se hâtèrent de prendre les armes et de taire quelques courses sur les terres musulmanes. Celui qui commandait pour le sultan dans le château des Curdes, étant venu dévaster le territoire du château de Marcab , les hospitaliers qui toccupaient attirèrent l'émir dans une embuscade, i'attaquècent par surprise et le mirent en ,déroute ; la plus, grande partie de ses troupes fut détruite ; le reste se sauva avec beaacoiqp de peine. Cependant, comme Kelaoun avait triomphé des Tartares , les chrétiens , réduits à leurs propres forces , furent contraints de s'humilier. Le grand-maître des hospitaliers , celui des templiers et le comte de Tripoli, envojèrem demander la paix : le sultan fit d*abord des difficultés. On lit dans la vie particulière de ce prince, que le comte, dès avant la mort de Bibars, s'étant dispensé de pajer lef tribut annuel de vingt mille pièces d'or auquel il s'était engagé, et de remettre tous les ans vingt captifs musulmans , Bibars , pour se venger, avait fait occuper le riche territoire d'Arka, principale ressource du comté de Tripoli. Un député du comte s'étant présenté à Kelaoun, le prince demanda en turc à Finterprète (car il avait de la peiiie à parler l'arabe) ce que voulait cet homme ; l'interprète ayant rendu la question en arabe, le députe répondit qu'il venait pour redemander k territoire d'Arka et le renouveQeÂent du traité sur le même

i>ied qu'auparavant. Là-dessus Kplaoun se plaignit des inîractions continuelles du comte, et dit que^.n'ajânt encore fait aucune conquête, il desirait vivement. s'emparer de Tri-

RBIATIP8 AUX CR0ISADB8. 541

poli. Ciependant , sur les instances du députe et les sollicitations des émirs, il accorda la paix; les hospitaliers et les templiers obtinrent aussi leur demande.

Kéiaoun , se voyant tranouilie de ce c6té, se tourna contre les Arméniens, alliés inséparables des Tartares. Par ses ordres , une partie des troupes musulmanes pénétra en Arménie et y mit tout à feu et a sang. Dans le même temps, le roi de Géorgie, aussi lié d'intérêt avec les Tartares, ayant voulu faire par dévotion le pèlerinage de Jérusalem , Kéiaoun', qui en fut instruit, le fit épier sur son chemin et se saisit de sa personne. Le monarque géorgien voyageait seul avec un serviteur pour n'être pas reconnu ; on les conduisit l'un et l'autre en Egypte, où ils furent enfermés. L'auteur de la vie de Kéiaoun , de qui nous empruntons ce fait , dit expressément que ce fut en punition de la haine du roi des Géorgiens contre l'islamisme (1).

Dans ses relations avec les princes chrétiens de l'Occident, Kéiaoun suivit la même politique que son prédécesseur. Au rapport de l'historien de sa vie, il envoya cette année une solennelle ambassade à Alphonse X, roi de Gastille et de I^'on : les députés arrivèrent au moment que D. Sanche, fils du roi, venait de se révolter contre son père; ils passèrent trois ans à Séville, parfaitement traités par le roi.

Kéiaoun accrédita aussi 'des ambassadeurs auprès de l'empereur de Constantinople et d'autres princes chrétiens. La vérité est qu'à la faveur de ces agens , il était au courant de tout ce qui se passait en Occident. Son historien tient chaque année un compte exact de ce qui se passait a la cour du pape et dans les auti*es cours chrétiennes ; on ne trouve rien de semblable dans les temps antérieurs. Par^là, Kéiaoun était instruit des dispositions de l'Europe envers lui , et déjouait les projets des Tartares, qui ne cessaient d'appeler les rois occidentaux au secours des colonies chrétiennes de la Palestine.

(i) L'auteur rapporte les noms de ce roi et de celui qui FaccompagAftit ; ofi i^ore si citaient des noms véritables ou des noms qu'ils avaient pris poar se de^niser. Le même auteur rapporte une espèce de signalement que Kt'laoun avait envoyd à tons les commandans de place* et' aux officiers de pofibê pour faire arrêter les deux pi^Ierins.

549 EXTBAtTS d'aUTBIIBB ABABBS

Bientôt les Praacs de ia Palestme, prÎTeii de toot «ppoif Tarent redoits a implorer l'amitië du sultan : chaque princt* paute , chaque seigneurie se soumit Tune après l'autre. L'année 681 et les années suivantes ne sont remplies que de ti:èves et de traites de paix ; ce qu'il y a de renarquaUe » c'est que ces traites sont fort longs; on j relate chaque village, chaque ferme, comme si un détail si minntieux devait rendre l'engagement plus sacre. .Jusqu'ici nous n'avons rien vu de semblable dans les auteurs arabes ; est-ce parce qu'avant cette époque on de'daignait toutes ces petites précautions, ou que les historiens n'ont pas jugé cMmvenable de les conserver! Il semble qu'à mesure que les colonies chrétiennes s'affaiblissaient , on mettait plus dlm-

Kortance aux misérables del>ris d'un rojaume jadis florissant, ien n'a moins l'apparence d'une paix faite de puiasance s puissance ; ce sont des espèces de baux entre un maître et ses fermiers.

Ces traités ne sont jamais stipulés que pour un tempt déterminé; c'est que les musulmans ne croient pas pouvoir vivre en état de paix avec les peuples, d'une autre reli^^on. Aussi le mot que nous traduisons quelquefois par le mot paix, ne signifie que trêve (l). Nulle part cet esprit de haine n'a été plus sensible qu'au temps des croisades : les deux religions étaient alors en présente ^ et la guerre était pour ainsi dire devenue l'état naturel.

II se présente ici une question assez importante. Nous avons le texte de ces traites en arabe ; mais nous n'en connaissons point la version latine. Comment étaient faites ces versions? Étaient-elles une traduction littérale ou une version rédigée et modifiée suivant les intérêts de la partie en faveur de laquelle on la mettait par écrit? II est certain que, dans les copies de traités qui ont été trouvées dans les archives de Gènes ^ la version latine est quelquefois très-différente de

(l) Cest le mot arabe iL>it« • I^ terme qui signifie paix est J'*'^ , et les musnlmans ne s'en servent guère que iorsqB^il

s*agit d*an accommodement entre à.e^ penpies mabométans. Et res Turcs, qui tremblent maintenaql devant les descendans des Francs, s'ils tieHiient un autre langage , c'est à cause de leur faiblesse; qui if reprennent leur ancienne pHiasance , et its seront en guerre ouveric avec toute (a ebre'tiente*.

l'arabe (l) ; d'où Fon pourrait inférer qu'ordinairement les parties ne relataient que les dispostions qui les interessaient (3). Cependant nous derons observer que^ dans les traites qui suivent , il est également question des intérêts des deux parties contractantes : il n'y a qu'une circonstance qui pour* rait faire soupçonner que la version latine devait pre'sentêr des diflfeVences ; c'est que , dans le texte arabe , c'est le négociateur musulman qui est censé parler ; toutes les fois qu^>n y prononce le nom du sultan , on ajoute le mot noire maure. Cette particularité se remarque même dans les traités faits avec les princes de l'Occident, qui étaient censés traiter d'égal à égal avec le sultan. On ne peut pas admettre que les puissances chrétiennes eussent avoué une formule aussi bumiliante.

Ces divers traités nous ont été conservés par Fauteur de la vie de KéLioun; ils sont d'autant plus importans, qu'on y trouve plusieurs dispositions relatives à des points de droit public du moyen âge encore peu éclaircis. Comme ils sont fort longs y et qu'on voit revenir sans cesse les mêmes formules y nous nous sommes contentés de relever les circonstances essentielles (3).

Traites de paix entre Këlaonn et les chrétiens.

An 681 [1282]. Traité avec les templiers. Ce traite est fait au nom du sultan Malek-mansour Kélaoun et son fils aîné Malek-saleh Ali , qu'il avait associé au

(t) Cest ce qa*a vërifië M. Sîlvestre de Sacy , et qa*il a consigné dans le tome XI àts Notices des manuscrits de la bibliothèque du . Roi, p. 1 et suiv.

(a) Dans un traité entre le prince de Tvnis et la république de Pise , rapporté par Lûnig, Codex Italiœ diplomaticus, 1. 1 , coi. 1067, on ne trouve que les dispositions qui sont à favantage des Pisaos.

(s) Pour les personnes qui désireraient se former une idée plus complète àc% formes de ia chancellerie de cette époque, elles trouveront ie texte et la traduction littérale d'une de ces transactions dans le tome XI du recueil des Notices des manuscrits de la BihUfithèque du Roi, p. 33 et SUIT. Cest à M. Silvestre de Sacy que Ton en est rodeTable.

544 BXTRMT6 D'a.VTBUR8 AHABE8

trâne, if ane part , et du frère Guiilaume de Beanjeu » grandmaître de Tordre des tempUers, Ae l'autre, pour dix années et dix mois révolus , à partir du mercredi 5 de mohanram de Fan 681 de Hégire^ ou 15 du mois de nisan de Fan 1593 de Fère d'Alexandre (1) , ce qui revient an 15 avril 1S8S de Père cbre'tienne (9).

Par le premier article , il est dit que la paix sem gardée entre tous les états du sultan sans exception , et iea terres appartenant aux templiers. Les terres des templiers se bornaient alors à Tortose et à ses villages, au nombre de trentetrois , désignés chacun par leur nom dans le traité.

Le second article porte que les chrétiens de Tortose et de ses dépendances ne feront aucune course ni dégât sur les terres du sultan , et que les sujets du sidtan respecteront les habitans de Tortose.

Il est dit dans le troisième, que, dans le cas où un navire

Spartenant soit aux sujets du sultan , soit à quelqu'un de ses iés, ferait naufrage ou serait submergé sur les oAtes de Tortose, les habitans lui prêteront secours et assistance; l'équipage sera respecté dans les personnes, les biens, les marchandises et les effets de tout genre. Si le propriétaire du bâtiment se présente, on lui rendra le navire avec tout ce qu'il contenait, sans qu'il y manque la moindre chose; que si le propriétaire a j^n dans le naufrage , ou qu'il néglige de se présenter , les effets seront gardés en dépdt par les autorites du pays et remis en nature au sultan. Le sultan agira de la même manière envers les chrétiens de Tortose qaî feraient naufrage sur ses câtes (3).

Enfin il est dit par le dernier, article que les templiers ne

(i) L*ère d* Alexandre, autrement dite des S^Ieacidet, a de tout temps été en usage chez les chre'tiens d^Orient dans leurs contr«is.

(s) II n*e8t p&s dit expressément si Ton parle d'annëes salaires on lunaires; ce qui eût pourtant me'ritë d*étre détermine, vu que, dans Fespace de- dix ans, il y a entre ies deux manières de compter une différence de quatre mois. Dans le traité conclu entre Philippe le Hardi, fils de S. Louis, et le roi de Tunis, on a vu qu*il est fait mention d'années solaires ; il parait que, dans le traité dont il est ici question , il s*agit d'années lunaires : du moins on en yerra ci-dessous des exemples.

(3) fl a déjà été question d'une disposition de ce genre dans le (raité entre Philippe le Hardi , roi de France , et le roi de Tunis.

RBLàTlFS AUX CR0ISÂDB8. 545

poinroBt fiûre aucime réparation aux fortifications de Tortose ni en bâtir de nouyelles ; ils ne pourront point creuser de nouveaux fosses ni prendre aucune mesure de défense.

An €82 [1283]. Traite' avec la ville d'Acre.

Cette ville était alors à-peu-près tout ce qui restait de Fancien royaume de Jérusalem : plusieurs princes prétendaient à sa possession ; mais telle était l'anarchie qui dominait alors, qu'on ignore au juste qui en était réellement maître. Le roi de Chypre avait été obligé de Pévacuer; et Charles d'Anjou , roi de Naples et de Sicile , Pavait fait occuper par ses troupes; la ville était gouvernée au nom de Charles par le comte Roçer de Saint-Severin. Cependant, dans le traité que nous auons bientôt rapporter , ii n'est pas question de ce prince.

Depuis que la ville d'Acre obéissait à Charies , les habîtans avaient religieusement observé la trêve. Makrizi rapporte qu'une conspiration ayant été formée par quelques anciens mameloucks de Bibars contre la vie du sultan , les chrétiens , instruits du complot , en donnèrent avis au prince , qui mit sa vie en sûreté.

Le traité est fait entre Kélaoun et son fils , d'une part, et, de l'autre , les régens de la principauté d'Acre , à savoir , le sénéchal Eudes (l), messire frère Guillaume deBeaujeu, grand-maître de l'ordre des templiers ; messire frère Nicolas Lorgue , grand-maître Ae» hospitaliers ; le' majordome du grand-maître des hospitaliers lulemands (chevaliers teutoniques). II devait durer dix ans dix mois dix fours et dix heures.

Il est dit par le premier article que les chrétiens ne pourront faire aucune réparation aux forte^resses de la principauté, si ce n'est dans Acre, Sidon et Atelié; ençoi'e ne pourront-ils le fure que dans l'intérieur de la place et non au-dehors.

L'article suivant porte que les galères du sultan, lorsqu'elles seront armées contre un pays en paix avec la prin-

^i^i^^Mfc— .» I i»ili I I Hi|i >■ I ' > ■ ■■■ Il ail. I II 1 ■ I— — 1^^^

(l) Pent-étre ce séaéchal ^ndes^estr;il,iç m^mf^qua-Hog^f^f ,PiJ|chin , qài , après le rappel da comte Uogcr, gouverna la ville d'Acre an Dom da roi Ghtries. -Voyez ^Ait devérifier ies'duUsytdit, in-4*, t. II, p. 47. La différence entre les mots Hngues etEndes, écrits en caractères arabes, est très-légère; les voici : 3 f et (J f .

546 BXTBAlTS d'aUTBOBS AHABES

cîpante d'Acre , ne pourront rcjâcher dfuis les ports de ladite principauté, ni y faire des virres ; ellef le pourront, au contraire I lorsque le paj$ contre lequel se dirigent les galères, sera en guerre avec la principauté' d'Acre.

Si une galère musulmane, tandis qu'elle se dirige contre un pays en paix avec la principauté d'Acre, vient à faire naufrage sur les cotes de ladite principauté, les re'gejps et les grands-maîtres du Temple et de l'Hôpital prêteront assistance au navire , et fourniront à l'équipage les Fiyres et les secours qui lui seront nécessaires pour retourner dans les états da sultan ; ils ne pourront rien soustraire des efiets appartenant au navire , ni rien de ce que la mer lyura rejeté sur le rivage. Si , au contraire , le pajs contre lequel se dirige (a galère est en guerre avec la principauté d'Acre , non-seulement l'équipage pourra se fournir de vivres dans ladite prineipaote', mais il pourra reclamer les &çconrs ne'cessaires pour radouber le vaisseau et pouvoir continuer sa route. Cet article est commun aux deux parties contractantes (l).

Le quatrième article est ainsi conçu : Dans le cas oii il se préparerait une nouvelle croisade en Occident, les regens de la principauté d'Acre s'obligent à en prévenir le sultan au moins deux mois à l'avance, afin que le prince ait le temps de faire ses dispositions. Il en sera de même dans le cas d'une invasion de la part des Tartares ou de toute autre nation; celle des deux parties qui en sera instruite la première, en donnera avis à Tautre. Qi^bé si les Tartares ou toute autre nation venue du fond de l'Asie t^ataient d'envabir la Sjrie, et que ke sultan fut bors d'e'tat de les repousser , ce serait i chacune des parties oontractantes de se défendre elle-même. II en sera de même si le péril venait d'une nation musulmane.

Par l'article cinquième, les régens de la principauté d'Acre et les magistrats des villes comprises dans le présent traite, s'engagent à ne pas protéger les pirates, a ne pas leur laisser faire des vivres sur leur territoire. Que si un pirate tombe entre leurs mains, ils se saisiront de sa personne; si un pirate vient vendre chez eux quelque marôfaandise , ik ia saisiront et la garderont en dépêt, pour la remettre au pro« priétaire, s'il se présente, ou, à son défaut, aux gens du

(i) Cet article est obacor dans le texte arabe.

BBJLATIF8 AUX CROISAmS. 547

sultan. Le inltan en agira de même envers les sujets de la principauté d'Acre. ^

Le dernier article est consacre aux prérogatives des pe«lerins chrétiens qui vont visiter les ûeux saints. II y est dit qu'on laissera aux pèlerins qui se rendent à Nazareth, Fusage de l'église du village et des quatre maisons qui en dépendent 9 et que tous les pèlerins, grands et petits, sans distinction de naissance ou de nation , auront le droit d'y être admis; bien entendu que i'exeroiee du culte ne dépassera pas Fenceinte de l'église. Si quelque pierre de l'église se détache, on ta jettera dehors, sans qu'elle puisse servir à la même bâtisse (l). A l'égard de l'exercice du cuite, îl est dit expressément que c'est un eflfet des bonnes grâces du sultan , et que les chrétiens n'y avaient aucun droit

Quand le traité eut été ainsi rédigé, le sultan le jura, et chargea deux émirs d'aller recevoir le serment des regens de la principauté d'Acre. On mit donc bas les armes : mais Tannée suivante, le coi de Chypre, qui n'avait pas renoncé à ses prétentions , voyant Fembarras ou se trouvait le roi Charles à cause de quelques troubles qui étaient survenus en Sicile, leva des troupes et essaya de rentrer dans la ville d'Acre. Le sultan penchait au fond pour les intérêts du roi de Chypre; mais craignant pour ses propres états, il ordonna à ses iientenans de s'opposer à cette entreprise. Le roi avait été jeté par le vent du cAté de Béryte; il tenta en vain de s'ouvrir un passage; les musulmans le repoussèrent sur tous les points , et le roi se rendit à Tyr, où il mourut, <Kt-on , de douleur. Ce ne fut au'en 6i5 de l'hégire , c'est-à-dire deux ans après , que son fils Henri H, roi de Chypre, prît possession de la ville d'Acre, après avoir obtenu l'agrément du saltan et lui avoir envoyé de riches présens. Ces faits nous ont été conservM par l'auteur de l'histoire de Kelaoun.

(l) Cette dëPense a été msinteniie jnsqa'ici; c*est tin qae les églises se dëtmisent ^ené»-mémet , à moini qa à chaqoe réparation les cbrëtiens ne consentent à payer de fortes sommes d*argent. Une pareille politique n'existe qne ches les Turcs. Voyez , au reste , les pièces JBStificatives du tom* V de VHisUtire des Croisades, p. 675

et «74,

548 BXTBAm d'aOTBDIS AIIABBS

Page 1