S CL
Pri«e de Marcab par Këlaonn.
An 684 [1285]. Mmrcab appartenait aux hospitaliers, qai en avaient fait lé chef-lien de leur ordre. Cette place était si forte et si heureusement située, que Saladin n'avait pas même osé en (aire le siège; elle était b&tie au sommet d'une haute montagne , non loin des bords de la mer , entre Laodicée et Tripoli. Kélaoun se décida cette anncfe à l'attaquer : il existait pourtant une trêve faîte deux ans auparavant ; mais elle n'avait pas été exécutée. L'auteur de la vie de K^aoun en rejette toute la faute sur les hospitaliers, qui , selon lui, se portaient à tous les excès , et s'étaient fait une habitude du brigandage. Cette expédition est ainsi racontée par le même auteur.
u Depuis long-temps Kélaoun avait le désir de s'emparer de Marcab; il était d'autant plus endhi à cette entreprise, que tous ses prédécesseurs avaient eu la même idée sans pouvoir la réaliser. Bien des fois Bibars avait essajé d'imtrer dans Marcab par surprise ; maïs Dieu n'en avait pas encore marqué le moment : une fois il fut arrêté par le froid , la pluîe et les neiges ; une autre fois il rencontra d'autres obstacles. Dieu réservait une si belle conquête à notre sultan, pour qu'elle devint Fhonneuir éternel de son règne. Les hospitaliers mon^fûent une extrême insolence; telle était leur hardiesse , que les musulmans des environs se tenaient enfermés dans leurs murailles comme dans une prison , ou plufit comme dans un tombeau. Ils en étaient venus à ce degré d'orgueil, qu'ils se croyaient à l'épreuve de la force et de la ruse , et ne daignaient pas observer les sermens les plus solennels; ils ne craignaient pas d'enlever les musulmans, de les maltraiter et de les dépouiller. «
Cependant le sultan , pareil à un lion plein d'ardeur, attendait le moment de saisir sa proie : tout en cachant ses véritables intentions , il faisait ses préparatifs ; déjà il avait fait transporter devant Marcab des armes l' du nafâiteetdes machines de guerre ; déjà toutes les trouas d'Egypte et de Syrie étaient en marche , sans que personne sut ou se dirigeait cette expédition. EnBn le sultan se mit lui-même en routé, et. arriva devant Marcab un mercredi 10 de safàr
EBLAT1F8 AUX CROlSADBfl. 549
[17 avril ]. Les machines furent aussîtât dressées , et l'attaque commença. Les mineurs e'branlèrent les murs dans toute leur circonférence ; mais les machines des assic^és faisaient de grands ravages et brisaient celles du sultan. Cependant la brèche se trouvant assez consideVable , on j entassa du bois. Le feu fut mis un mercredi 17 de rébi premier [85 de mai] ^ en un moment les flammes s'élevèrent avec violence y et Ton monta à l'assaut : mais tous les efforts furent inutiles ; une tour qui s'écroula ferma la brèche, et le fruit des travaux
frécédens fut perdu. Les musulmans tombèrent alors dans affliction; ib passèrent la nuit dans la plus grande agitation; enfin, le vendredi suivant, Dieu, par un effet de sa bonté, envoja ses anges moearrabins (1) et les milices célestes au secours de Fislamlsme. La mine était très-avancée et avait été poussée jusque dans nntérienr de la place ; les assiégés virent l'état de la mine; ils reconnurent qu'il n'y avait plus de salut pour eux , et offrirent de se rendre : leur proposition fut acceptée avec empressement ; le sultan préferait entrer dans Miurcab par capitulation et conserver une si belle for^ teresse. On déploya aussitôt sur les murs f étendard aaeré (3), et il s'éleva des cris de toute part pour ^attirer les bénédictions de Dieu sur le sultan, auteur d'une si brillante conquête ; toutes les voix formaient un concert de louanges et d'actions de grâces au Seigneur, qui venait d'exterminer les adorateurs du Messie, et de délivrer le pays de leur présence. Les chrétiens évacuèrent sur-le-champ la place : on permit à vingtcinq d'entre eux de sortir à cheval, couverts de leurs arbes;
(l) Ce sont lee quatre archanges Gabriel, Michaêl, AzraSi ou Fange de la mort, et Israfil, qui gonnera de la trompette k la fin du monde. On les appelle moearrabins, d*an mot arabe qui signifie jt^proches, parce qu'ils sont habitueilement autour du trône de TEternel , toujours prêts à exiScnter ses ordres. Les musulmans croient que , dans leurs guerres, Dieu leur envoie kes anges pour les secourir, conformément à ces paroles de YAlcoran, sour. ix, vers. 96 : « Dieu « envoie aux croyans des armëes qu*ib ne voient pas. • Voyez au reste, sur les apparitions célestes chez les musulmans , ci-dessus , p. 4 1 , et Mouradgea d'Ohsson , t. IV, p. 163.
(s) Littéralement, sangiak-schérif; c*est, dic-on, Pétendard que Mahomet faisait porter devant lui. Il passa successivement des premiers cidifcs anx sultans d'Egypte , d'où il est tombé au pouvoir des soitaos ottomans. On le conserve actuellement avec d*autre8 reliques au sérail de Constantinople.
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iei autres ne purent rien emporter. Ensuite le sultan plaça dans la vîlie une garnison ^1).
L'historien Abonlfe'da, devenu plus tard prince.de Hamah^ et alors &ge seulement de douze ans, assista au siège de Marcab; il était avec son père et avec son cousin le prince de Hamah. Il a parié de ce siège dans sa Chronique ; fhîstorien Ibn-Abd-alrahim s'y trouva également, au service du prince de Hamah. I! rapporte qu'après la capitulation de Marcab y le pnnce écrivit à son vîsir à Hamah une lettre pour fui annoncer cette nouvelle ; c'est Ibn-Abd-airahim qui rédigea la lettre, et il la rapporte toute entière dans son histoire: le style, comme tout ce qui tient à la chancellerie orientide , en est singulièrement emphatique ; elle commence ainsi : « Au nom 9 du dieu clément et miséricordieux ! daigne le Seigneur
• prolonger la félicité de son excellence le vîsir, et lui rafnû- 9 cbir les yeux et le cœur par cette bonne nouvelle! daigne-
• t-il rendre le destin propice k ses amis et terrible à ses » ennemis , et changer les paroles que nous allons lui dire « en perles qui enchantent ses oreilles ! n Dans le cours de la lettre , le prince, faisant idiusion au lieu élevé où était bâti Marcab et aux maux inouis que souffraient les musulmans du voisinage , dit que le diable lui-même avait pris plaisir k consolider sa bâtisse. « Combien de fois, ajoute-t-il, on avait
• essayé de parvenir à ses tours, et l'on était tombé dans ses » précipices ! Marcab est comme une viOe placée en observa- » tion au haut d'un rocher ; eHe est accessible aux secours et m inibcessible aux attaques : elle surpasse Palmyre pour la » hauteur de ses colonnes et ses grands blocs de pierre ; on m ne peut pas l'atteindre par la pensée , encore moins avec la
• main. En voyant cette ville, on croit, pour me servir d'une
(i) Marcab est la même place que les antenra chrétiens appe&eat Midrgat Vahhé de Vertot, qni, dans son Hùioire de Mmiie, a parié d'une manière exacte de ce siëge , s'est trompé snr le nem de KâaôaD : il rappelle MaUkstixd, nom qui ne convenait qu'an fila de BiVan, mort quelques années auparavant An reste , les noms de Kélaonn ont été rapportés diversement par les auteurs chrétiens du temps. Les uns Font appelé Alpi, par corruption du sobriquet arabe àiji, qui signifie millième, et qu'on avait donné à Kélaoun, parce que, dans sa yennesie, lorsqu'il fut amené esclave des c6tes de ia Mer Noire , on le vendit mifle pièces d*or : d'autres l'ont désigné par son surnom ^de Makkelmessor, c'estrà-dire , MaUk-abiuutsour ou roi n
n expression poedqae, on croit voir le soleil à travers un n nuage ; c'est an point que les chiens seuls peuvent aboyer 9 à ses murailles; Faigle et le vautour peuvent seuls voler à n ses remparts (1). ^ Le prince parle ensuite du concours des fakirs et des dévots musulmans qui avaient voulu prendre part aux mérites de ce beau triomphe, et qui, par leurs prières, avaient attiré les faveurs célestes sur rarmee musulmane; pots 11 ajoute : « Lorsque la mine fut asse£ avancée, et n que le moment critique nit arrivé , noiis nous écriâmes n tous à-la-fois : O anges du ciel, tenez à nous! â brai/es, n rassètnblezrvous ! t vous qui êtes prêts à tout, faites un f effort! 6 vous quLavez le bien en vue, allez jusqu'au bout! n A ces mots , les i(|^almans revêtirent leur ccËur d'une cuif rasse impénétrable ; le soleil de l'accomplissement du désir 9 se leva ; l'islamisme Pemporta ; ceux qui croient à la Trinité 9 cédèrent a ceux qui croient au Dieu unique , &c. 9 Le reste de la lettre est dans le même stjle; le séné en est difficile à efntendre et encore plus diffide à faire entendre aux autres.
Api'ès la conquête de Marcab, Kélaoun descendit dans h plaine, et se porta contre le château de Marakia, situé sur la eête , entre Marcab et Tortose. Rien né donne mieux Fidée de l'état déplorable des colonies chrétiennes, que ce qui se passa alors. Le seigneur de Marakia se nommait Barthélémy ; c'est lui que Bibars, en 670, avait essayé de faire périr par les mains des affidés du Vieux de la Montagne. Au rapport de l'auteur de l'histoire de Kélaôun,tant que Bibars vécut, Barthélémy resta chez les Tartares : après sa mort , il i^vint dans le pays ; et à l'aide del Comte de Tripoli et dés hospitaliers , il bâtit un château en face de Marakia, au milieu de la mer, a deux portées de trait seulement du rivage. Ce château devint bientât imprenable : il consistait dans une tour carrée , presque aussi large que longue , ayant sur chaque face vingt-cinq coudées et demie dans œuvre ; les murs avaient sept coudées d'épaisseur et la tour sept étages ; on favait bâtie sur des barques chargées de pierres et coulées à fond; les pierres des remparts étatent liées les unes aux autres par des barres de fer; chilque assise avait été couverte
mmammmtÊaié^tmmmmimmtm^mm^mmmtmmmmmmmmmmmmimm
(l) II 8*agitici des constellations da grand et du petit cliieu, ainsi que de Faigie et da vautour. Cette dernière est appeîce par nos astrologues la lyre.
d53 BXTEAITB o'aDTBURB ABABB8
d'ane couche de plomb; en dedans on avait pratiqué use citerne qui suffisait aux besoins de la garnison; cent goei^ riers composaient cette garnison , et avaient par derrière une seconde tour qui pouvait, au besoin , leur servir de retraite. Le sultan , désespérant de prendre cette tour à force oaTertet faute d'une flotte en état de tenir la mer» recourut a un autre moyen; il écrivit en ces termes au oomte de Tripoli : « J'ai j| maintenant obtenu ce que je voulab; il ne me reste plus « que toi à réduire i vois ce que tu veux faire : cette tour, n <?est toi qui l'a bâtie; sans toi, on n'en serait famais venu n à bout; «Test toi qui en porteras la peine; je veux qu'eDe n soit rasée, sinon pentrerai sur tes terres. • A ces mots, le comte, effi:'ayé, enjoignit i Barthélémy de détruire la tour; il employa les promesses, les menaces : mais Barthélémy resta sourd à toutes les sollicitations; et comme il apprit que son propre fils l'abandonnait, il courut après lui, l'atteiffnît dans la ville d'Acre, et le poignarda de sa main. CSepeniuuit Barthélémy fut obligé de céder; il livra son château, et on le rasa sur-le-champ. L'auteur arabe remarque que le comte de XfîpoK fournit les outils nécessaires; ses propres gens aidèrent les musulmi^ps à Ja démolition du château, et Fou put (Ure d'eux ce que Dieu a dit dans l'AIcoran : « Ils dé- 9 truiront leurs maisons de leurs propres mains. »
S en.
Noaveaitf traités de Kélaoan avec les chrétiens.
. Suito de l'année 684 [1^85], Traité avec le roi de k petite Arménie...
. Depuis long-temps il pistait une haine implacable entre les musulmans et les Arménieps , alliés fidèles des Tartares. On a vu, deux ans auparavant, que Kelaoun avait fait envahir la petite Arménie et ravager toutes ses provinces. En vais Lifoun , roi des Arméniens , s'était humilié ; en vain avait-îl , à diverses fois, envoyé des députés pour demander la paix; le suïtan était resté sourd à ses prières et avait retenu les ambassadeurs! Cette année-, le prince arménien , ne sachant plus à qui s'adresser , eut recours à la médiation des templiers ; ces religieux étaient alors eo p^ix avec le sultan et lui avaient rendu des services importans. Le commandeur des
^EBLATIPS AUX CBOISADB8. 553
tem|riiers de la petite Arménie, ou ces chevaliers étaient trèspnissans, se présenta au sultan avec une lettre du roi et une du grand-maître. Le sultan était alors occupé du siège de Marcab et se disposait à enlever aux hospitaliers la dernière de leurs places fortes. Au rapport de l'historien de sa vie, il accueillit fort bien le commandeur et lui accorda aussitôt sa demande. La paix se fit pour dix ans dix mois dix jours; mais, par le traité, les Arméniens furent soumis à un tribut annuel d'un million de pièces d'argent, soit en espèces, soit en effets de toute nature, chevaux, mulets , et cela pendant dix années consécutives, c'est-à-dire, tout le temps que devait durer le traité. L'auteur arabe a soin de faire observer que ce traité était fort avantageux aux musulmans, et que l'Arménie, mime dans les meilleures années , ne leur aurait pas rapporté davantage, s'ils en avaient été maîtres.
Le premier article est consacré au tribut que devait payer tous les ans le prince arménien , s'engageant pour lui personnellement, pour ses sujets et pour tous ses états. Il est dit «pie la première année sera payée d'avance.
Par le second article , le roi d'Arménie s'oblige à mettre en liberté tous les marchands musulmans qui se trouveront détenus dans ses états , sans distinction de classe ni de race , avec leurs biens , leurs marchandises, leurs >escïaves de l'un et de Fautre sexe, leurs chevaux, leurs mulets, &c.; que si quelque musulman détenu est mort dans l'intervalle, le roi remettra au sultan tous les biens du mort en nature, et de plus un autre, captif d'un rang analogue. A l'égard des marchandises et des biens du mort qui se seraient détériorés ou dont on aurait déjà disposé, le roi en remettra la valeur (1).
(i) Cet artide était une dérogation expresse ta droit d^aabaine, droit par leqael on souverain hérite des biens de tont étranger qui rient à mourir dans ses états. Ce droit d*aiibaine était alors admis en Asie aussi bien que dans tonte TEurope; cependant on voit en* France» à la même époque , une exception semblable envers certains marchands étrangers, qui venaient y faire le commerce; c'étaient les nég;ocians italiens, autrement dits lombards. Toyez à ce sujet le Recueil des ordonnances des rois de France, tom. IV, p. 070. Voye^ aussi ibid. t. ÏVIII, et V Introduction au ligne de Charles- Quint, par RobertsoD, p. 418 et ât S» On lit dans la Bibliothèque orientale de ifHerbelot, que le premier souverain qui ches les mnsnimans établit le droit d*aubainc , est le calife de Bagdad, Nasser-lidin-allidi ,
554 EXTRAITS D'aUTBORS ARABES
Il est dit ensuite qae de son cÂté le saltan mettra en liberté les députes du roi qu'il avait successirenient fait arrêter, ainsi que tous les sujets du roi qui seraient captifs dans ses e'tats; mais il ne rendra que ceux de leurs biens qu'on pourra trouver.
Le troisième article porte que desoi^maîs les deux pajs pourront communiquer ensemble, sans qu'il soit permis à qui que ce soit d'y mettre obstacle ; on usera de bons traîtemens envers les marchands , et l'on n'exigera d'eux que les droits convenus de part et d'autre. Dore'navant le roi Lifoun permettra le passage de ses e'tats à tous les marchands, paysans, voyageurs de l'Asie mineure, de la Perse , de la Mésopotamie ou de tout autre p«js, qui auraient à se rendre dans les états du sultan. Le roi Lifoùn ne pourra les tnquiétef en aucune manière ; il n'y aura d'exception pour cet article qu'à Tégard des Tartares et de tous ceux qui nourriraient de mauvais desseins contre l'islamisme.
Le quatrième article est ainsi conçu : Si un sujet du sultan vient à mourir dans les états du roi Lifoun , sa personne et •es biens seront respectés, et le tout sera remis aux gens du sultan. Le sultan en agira de même envers les chrétiens de la petite Arménie. Que si un vaisseau d'un sujet de Fune des parties contractantes fait naufrage sur les câtes de Pautre, on lui prêtera secours et assistance , et il sera mis en soreté avee tout ce qu'il contient, pour être remis attx propriétaires, s'ils se présentent, ou , à leur défaut, aux gens du souverain dont Hs dépendent. Telle tnt , y est-il dît , fa justice et Téquité.
Voici le cinquième article. Tout sujet du sultan , quelle que soit sa condition, maître ou serviteur, esclave ou libre, en un mot sans distinction de classe , de religion et de race , qui s'enfuira dans les états de 1% petite Arménie , sera aussitôt arrêté par les gens du roi, et renvoyé sous escorte à la porte du sultan , avec sa suite et ce qu'il aura emporté , domestiques, chevaux, mulets, effets, argent. Cette disposition ne souf* frhra pas d'exception , quand même le fugitif aurait changé de religion et se serait fait chrétien. II eti sera de même de tout sujet de la petite Arménie qui passera furtivement dans les
pmoe qai rtfgaaii «a itOO de notre ère^ Voyes d'Herbdot, an mot Noêser. Ce d&oit est encore adaûs à U Mecque. Voyei le Voyage d'AI»-Bey, tom. 11^ p. 4S9.
RBLATIF8 ACX CROISADES. 555
états du sultan ; on ie rendra sur-ie-champ , à moins qu'il ne se soit fait musulman , dans lequel cas on ne remettra que les biens (1).
Le sixième article est relatif au commerce qui doit subsister de'sormais entre les deux e'tats respectifs. Les Arméniens pourront acheter en Egjpte les objets qui leur conviendront, excepté les armes, les munitions et les autres choses do même genre : pour les Egyptiens , il leur sera libre de tirer de l'Arménie clés chevaux, des. mulets, des esclaves de Fun et de Tautre sexe (9) , en un mot tout ce qu'ils voudront.
Il est dit par le septième article, que, s'il se fait une prise par les sujets de l'une des deux parties contractantes sur ceux de l'autre, ou qu'il se commette quelque meurtre, le meurtrier sera livré à la partie offensée , pour qu'on lui appliqué la peine du talion , ou bien la prise sera rendue en nature, si elle existe encore, et en argent, s'il en a été disposé. A Pégard du mort , on rendra les effets , et de phis on remettra à sa place un antre captif du même rang , un cavalier pour un cavalier , un fantassin pour un fantassin , un turcopole pour un turcopole, un marchand pour un marchand, un paysan pour on paysan (3) ; que si l'auteur du
(l) Cette diSéreuee entre les deax parties contractantes ne peut a^ezpiiqner que par Textréme iapëriorité oà était parvenue FÉgypte sons Bibars et Kélaoan. On verra ci-^essons , dans on traite fait enu^ Kélaonn et ie roi d* Arragon , les denz princes agir d*ane antre ma- ■ière , t^est-à-dire , d'égal à égal et daas Tesprit d*Wie parfaite rëcfproeité. Antres bonmes, aatre politiqiie.
(t) La liberté accordée aux moaafaaaiis d'acheter des esclaves arméniens dut étn une concession bien pénible pour le roi d'Arménie s car on voit trois ans après le même prince , dans deë privilèges qn*il accorde anx Génois , stipuler expressément qne si les Génois achètent des esclaves dans ses états, ils iTengagent par serment k ne famais les vendre a«x mnsnlmans ni à des gens en relation avec les musulmans. Ces privilèges ont été publiés en arménien , avec une traduction française et des édaircissemens, par M. Saint-Martin , dans le tome XI des Notioeê des MmnnuetUê de la Bibliothèque du Rot\ p. 114 et soiv. Ils montrent comment, à cette époque, les peuples chrétiens d'Orient traitaient entre enx, à la différenee des transactions entre chrétiens et miusuimans.
(s) Il semble qu'il y a ici contradiction avec Tarticle où il est dit qu'à dater des présentes, on se renverra de part et dTautre les captifii, de quelque rang qu'Us soient. Si les captiili étaient défà rendus , comment en trouver qu'on p&t donner à la place da mort ? Sans doute il
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meurtre ou de ia prise n'est pas connu, on accordera un délai de quarante Jours pour instruire l'affaire ; si , ce terme écouW, on n*a rien découvert , on fera jurer au commandant da iieu ou s'est commis le dâit, et à trois personnes d'entre les notables y aû choix du demandeur, qu ils ne savent rien de Faffaire (i).
Le huitième article porte que le roi Lifonn ne pourra de nouveOes forteresses dans ses états; et le neuvième, que dans le cas où une rupture viendrait à éclater, il serait accordé un délai de quarante jours aux marchands et Tojageurs, pour qu'ik eussent le temps de se mettre en sûreté, eux et leurs biens.
Tout étant ainsi oonvenn, Kélaoan jura en pràenc^ des députés arméniens ; ensuite il enyoja un de ses émirs recevoir le serment du roi d'Arménie. La formule qui fnt présentée au roi avait été réglée par ie sultan lui-même ; Kélaoun avait voulu donner au serment toute la sainteté et la forée possibles. En voici le commencement : • Moi soussigné, Lifonn , 9 fils de Haitom, fils de Constantin, je proteste devant Dieu, « devant Dieu, devant Dieu, par Dieu, par Dieu, par Dieu, 9 au nom de Dieu, au nom de Dieu, au nom de Dieu, par ia « vérité du Messie, par la vérité du Messie, par la vérité du » Messie , &c. 9 Cette singulière répétition rappelle ce que dit Olivier Scholastique (i), que, chez lés musulmans, on était dans l'usage en jurant de répéter trois fois le nom de Dieu , comme si un serment ainsi répété devait avoir plus de force. Cela vient probablement de l'opinion où sont les musulmans, qu'autant de fois on répète le nom de Dieu, autant il j a de sermens ; d'où ils eoncinent que si un serment ainsi répété est violé, il exige autant de réparations (3) : ou peut-être est-
en est de ce point comme de ce qui a été' dit, à fan S74 de Thégire , do comte de Tripoli , qui s'iengageait envers Bibar» à remettre toss les ana vingt captifs musuimans à acheter où il s*en troaverait. La guerre existant sans cesse entre quelque puissance masalmane et chrëtienne, ii devait être en tout temps facile de se procurer des prisonniers pour de Targent.
(i) Cet article sera plus développé dans le traité qui suit.
(2) Voyez le tome III de la Bihliothique des Croisades, p. S6.
(s) Voyez le Tableau d^ Venqùre oUaman, par IConradgea d*Ohsson, t. IV, p. 46S. Maintenant on fait <]ueIqncfoia répéter à quatre reprises la formule du serment. Voyez Mour. d*Obsson , t V, p. ita et 9f5; t. VI, p. t30etSB6.
RBIATIF8 AUX CROI8ÀDB8. 5S7
ce a Texemple de Dieu, qai, lorsqu'il jure dans PAIcoran, jure trois fois.
Le prince arménien jure ensuite par la yerite de la croix, par la vérité de i'Évangiie) par fa vérité du Père, du Fils et du Saint-Esprit y par la vérité des quatre évangéfistes-et des douze apôtres, par la vérité des trois cent dix-huit pères da premier concile de Nioée, par la vérité de la S** Vierge, de S. Jean-Baptiste , par la vérité du car4me et des dogmes da christianisme; il déclare qu'il s'engage à remplir son sermoBt et à exécuter le traité dans tout son contenu, sans qu'il lui soîl
(permis d'y donner un autre iens ou de s'eti faire délier par es évéques; que s'il manque à une seule des conditions, il s'oblige d'avance à distribuer tous ses biens aux pauvres, et à faire trente fois le pèlerinage de Jérusalem, les pieds nus , la tête découverte, jeûnant tout ce temps-là, enfin se soumettant à être traité comme le pins grand criminel.
Le roi d'Arménie fit le serment et exécuta fidèlement les conditions du trûté, c'est-à-dire qu'il paya une année de tribut d'avance , et qu'il mit en liberté tous les sujets du sultan : mais, sur ces entrefaites, une guerre s'étant élevée entre l'Arménie et le sultan d'Icône, il se fit des prisonniers de part et d'autre. Or Kelaoun prétendit qu'en vertu du traité, tous les musulmans d'Icône pris par le prince arménien devaient être mis en liberté. En vain le roi représenta que, par le traité, il s'était engagé envers le sultan seulement, et non envers tous les princes musulmans; que d'ailleurs, si l'on voulait qu'il rendit les prisonniers dloone , on devait lui rendre les siens. Kélaoun n'admit pas ces excuses; il répondit qu'en sa qualité de sultan , il était protecteur né de tous les musuln mans, dé quelque pays qu% fussent^ et le roi fut ootttMnt de céder (l).
On trouvera peut-être que nous nous sommes trop étendus ' sur ce sujet; mais notre intention était de faire connaître la politique des sultans d'Egypte et la décadence des rois chrén tiens d'Orient.
(t) La vérité est que le sultan disposait alors presque en maître
de l'Asie mineure, hauteur arabe dit positivement que fe sultan
d*Icone, et un autre petit prince musulman du voisinage, appelé le
fils de Carman, quand ils étaient menacés, recouraient à Kélaoun et
arharaieniison étendard.
558 BXTAàm 0'AimUM ABABB8
Traita de K'ûtonn aTec la prinoeMe de l^r.
Pendant que le sultan «tait eo négooiation avec le roi de la petit» Arménie, la princesse de Berjte et ceUe de Tjr envoyèrent aussi demander la paix. L'auteur de la vie du sultan a rapporté tout au long le tnûte' fait avec la princesse deTyr (l). Cette princesse ^appelée Marguerite, était soeur du roi de Chypre; ie traité devait durer pendant 4liz ans révolus (9) ; en voici les points principaux ;
Le premier article règle ce qui concerne les vilies de la principauté de Tyr qui étaient possédées à4a-fois par les chrétiens et les musulmans; il est décidé que les revenus seront partagés entre le sultan et la princesse par portions égales.
Le second porte que tout navire qui fera naufrage sur les eAtes , trouvera sûreté et protection , et sera rendu au propriétaire, ou, à son défaut, au gouvernement dont il dépend. Si un sujet de f une des deux parties contractantes meurt dans les états de Fautet» sans laisser d'héritier , on suivra la même marche, sans qu'il soit permis de rien soustraire de la succession.
n est dit par le troisième article, que s'il se commet on meurtre par les sujets de Tune des deux parties sur ceux <ie Pantre, et que le meurtrier soit connu , il sera, s'il est sujet du ^ sultan, remis au gens du sultan , pour être jugé d'après les lois musulmanes ; s'il est sujet de la princesse , on le remettra à la princesse, et on lui appliquera la législation chrétienne ; mais toujours en présence d'un commissaire de l'autre partie , et chacun suivant les lois qui le régissent (3) : il en sera de
(l) Dans ce traité, KiJlaoan prend le titre de crnssim ou cMkgmt do cemBandear des croyaoSt par anaaion aax califes Abbasaidea, qei , depuis ia prise de Bagdad par les Tartares, e'taient établis en Egypte, et dont les snltaas s*ëtaient arrogé presque tonte Tantorité. U prend le même titre snr ses monnaies.
(s) Le traité deyait commencer an jendi 14 de gionmadi premier de Tan SS4 de Thégire, et finir an 14 de gionmadi premier de fan 694. Comme les mois dont il s'agit ici sont Innaires, il est évident qne les années i'étaient anssi.
(s) En Tnrqnie, d'après les lois actuelles , si un Bnropëen commet un meurtre snr la personne d'un ransniman , il est libre an ministre
RSI^TIFS AUX CROIAADBS. 559
même des malfaîtears et des perturbateurs du repos public : s'ils sont musulmans , ils seront mis à la disposition des gens du sultan ; et s'ils sont chrétiens , à ceux de la princesse. Que si Fauteur du meurtre reste incoanu , il sera accorde un délai de quarante jours pour instruire Tafiaire; si, le terme expire ^ on n'a rien decouyert , ou fera jurer au commandant du iiea où s'est commis le meurtre , et à trois personnes notables, an choix du demandeur , qu'ils ne savent rien sur le coupable ; s'ils s'y refusent , ils paieront eux-mêmes le prix du sang ; s'ila consentent à jurer« le prix du sang sera à la charge des habitans , et il sera levé une contribution en une seule fois , à tant par tête. Si le pajs où le meurtre a été commis est un de ceux qui sont occupes à4a-fois par des chétiens et des musulmtns^ I amende sera supportée par les habitans des deux religions , par portions égales. Le prix du sang sera, pour un cavalier, de douze cents pièces d'argent, monnaie de Tyr; pour un turcopole, de deux cents, et pour un paysan, de cent piicea d'or (i). Si le mort est un marchand , la somme se réglera selon son rang et sa naissance (9).
dé h paitsance à laquelle le coupable appartient , de Tabandonner aax tribananx da pays , ou de le faire paiser dans son pays , arec promeise qa*il y sera fiigé d'après tes lois nationales ; qoe si c*est nn Ottoman qui a tué «n Européen , if est libre an ministre de faire Ikire les poursuites nécessaires. Voyex le Tableau général de l'empire ottoman, tom. VI, p. s s 6.
(l) II doit y avoir ici erreur; sans doute il faut lire cent pièces d'argent; autrement un paysan, c'est-à-dire un vilain, suivant le style d'alors , aurait été estime plus qu*nn citadin.
(t) Le même esprit se fait encore remarquer dans fa jurisprudence orientale. Voyea les Mémoires du chevalier d'Anrienx » t. Vl , p. 393 et suiv. Dans l'idée des musulmans, tout meurtre exige une expiation ; êi le meurtre est volontaire , le coupable est digne de mort, à moins qu'il ne consente à payer le prix du sang ; s'il n'est pas volonlaire , |o
artisan , à ^ corporation ; si le meurtrier n'appartient à aucun corps, c'est à sa tribu ou à sa famille, sinon à Tétat. Que si l'on ignore routeur du meurtre , les parens du mort ont le droit de poursuivre les cinquante principaux notables du pays ou du quartier oà le cadavre a été trouv é. Ces cinquante personnes doivent attester par serment leur innocence et leur ignorance au sujet du crime en question ; si tonte»
560 ErTBAITB D'AmrBITRS AB4BS8
Le quatrième article est ainsi conça : 811 se fait une prise par les sujets de Fune des parties contractantes sur les états de l'aatre , eile sera restîtaée en natare an propriétaire , on , s'il en a déjà été disposé, on en remboursera la Talear; que si Fon ignore Panteor de la prise, on fera une enquête; si Ton ne découTre pas ie coapdMe, ce sera an commandant et anx trois personnes les ipius notables da pajs a payer cette somme , on, à lear défaut, aux babitans en masse. Ces deux articles sont réciproques entre les deux parties.
Dans le cinquième article , il est dit que Ton se livrera mutuellement les transfuges. On ne détermine rien pour le cas où les transfuges auraient changé de religion. Par une sixiAne disposition , il est dit , ainsi que dans les traités précédens, que la princesse de Tjr ne pourra élever de nouvelles fortifications dans ses étiits ni réparer les anciennes; de plus , elle promet de se séparer des princes chrétiens qui professeraient de mauvaises intentions contre le. sultan, et de n'entretenir aucune relation avec eux; que s'il survient une rupture , on accordera un délai de quarante fours , pour que chacun ait le temps de se mettre en surate , lui et ses biens ; enfin , et ceci caractérise une époque où les révolutions politiques étaient bien fréquentes , il est dit que ie traité ne pourra en aucun cas perdre son plein et entier effet, ni par la mort d'une des parties contractantes , ni même par «a Mchéanee et la substitution JCun autre souverain a sa place.
S CUL Prise de Laodictfe et de Tripoli par Kébomi.
An 68Ç [1287 de J, C 7. Les divers traités qu'on vient de lire n'empêchèrent pas le sultan de reprendre les armes et d'attaquer le comte de Tripoli. On Ignore la cause véritable de cette rupture : Makrizi met tout le tort du c6té da comte; il l'accuse d'avoir arrêté des marchands musulmaas qui se trouvaient dans ses états. Quoi qu'il en soit , le sultan se vengea sur la ville de Laodîcée, dont le riche commerce
jurent , ce sera aux babitans en masse à payer !e prix du sang ; s*ils refusent de jurer, le prix du sang sera k lenr charge. Voyez le Tableau général de l'empire ottoman, tom. VI , p. «S4, S7S , &c.
BBIATIFS ADX CROISADES. 561
inspirait depuis quelque temps de la (alousie aux habitaDs d'Alexandrie. Suivant l'auteur de la vie de Kelaoun , ce prince n'avait tant tarde d'attaquer cette -ville , que parce qu'elle était défendue par une tour extrêmement forte , située au milieu de la mer, et qu'il manquait de navires. « Cette année, Dieu permit, continue l'auteur, que cette tour fut ébranie'è ' par un violent tremblement de terre ; un quart environ fut renverse, ainsi que la tour des Pigeons, et le pbare qui guidait les vaisseaux pendant la nuit. Aussitôt le sultan fit marcher vers Laodicee ces redoutables machines dont les langues chantent les succès, et les doigts font signe à la victoire: elles furent placées sur une chanssée de pierres pratiquée dans la mer ; on ouvrit ensuite une large brèche. Bientôt les chrétiens craignirent de résister à une arntee protégée par les anges du ciel et les tremblemens de terre; ils demandèrent à capituler, et sortirent seulement avec ce qu'ils purent emporter. La tour fut sur-le-champ rasée et la ville occupée. «
An 688 [1289 de /. C,]. Cette année, le sultan se tourna contre Tripoli même. A cette époque, le comte était mort sans enfans, et la ville était en proie à l'anarchie; le pouvoir était disputé entre la mère du prince et sa sœur ; plusieurs partis s'étaient formés, et Paigreiir des esprits était extrême.
Un des chrétiens qui se firent le plus remarquer dans ces troubles, est un certain Barthélémy Giblat, au'Aboulmahassen nomme le sire de Telima, et qu'il prétena être un des anciens serviteurs de ce Barthélémy, seigneur de Marakia, qui avait poignardé son propre fils , parce qu'il avait voulu livrer le château de Marakia aux musulmans. Suivant Aboulmahassen, ce sire deTélima, après la mort du comte en 1^87, ayant formé le dessein de s'emparer de Tripoli , s'entendit avec le sultan y et promit, si on l'aidait dans son dessein, de céder aux musulmans la moitié de la ville. Kélaoun y consentit; mais quand le sire de Télima fut le maître , il ne voulut plus " remplir sa parole. Ce fut alors que le sultan, plein de colère, s'avança contre Tripoli.
Abouiféda, qui, avec le prince de Hamah son cousin ^ se trouva à ce siège, dit que la ville était pourja pins grande partie entourée des eaux de la mer, n'étant accessible par terre que du côté d'orient , sur un espace très-resserré. La ville fut prise un mardi 4 de rébi second [fin d'avril]. Au moment de l'entrée des musulmans , la population courut au
port pour s'embarquer et peVit en grande partie ; les hommes furent passes au ni de iVpe'e, les femmes et les enfans re'duits en eslavage ; le butin fut immense, a Près de Tripoli, ajoute Aboulfeaa, était une île (dite de Saint-Nicolas) oà se trouvait une église dédiée à S. Thomas ; elle n'était séparée du continent que par un petit bras de mer. L^ jour de n&tre entrée y un grand nombre d'habitans, hommes, femmes et enfans , se réfugièrent dans llle et dans l'église : les musulmans traversèrent ce bras de mer à cheval (1) , et, se rendant maîtres de llle , massacrèrent les hommes et se partagèreni les femmes et les enfans. J'allai moi-même peu de temps après dans l'ile , et je la trouvai jonchée de cadavres. »
Selon Makrizi , le siège de Tripoli n'aVait duré que trentequatre jours ; Jix-neuf machines de diverses grandeurs j avaient été mises en usage, ainsi que quinze cents hommes employés à la mine ou au feu grégeois. Une grande partie des chrétiens qui, au moment de la prise de la ville, s'étaient embarqués, furent repoussés par les vents sur la cote et tombèrent au pouvoir des vainqueurs ; le nombre des prisonniers fut très-considérable (9). Les remparts de Tripoli étaient assez larges pour y faire passer trois cavaliers de front ; la ville était alors très-florissante et contenait quatre mille métiers à soie ; tout fut détruit ; la ville fut rasée de fond en comble. Plus tard on en bâtit une nouvelle à quelque distance de l'ancienne , qui porta le même nom^ et qui est celle que nous connaissons aujourd'hui (3).
Ainsi tomba Tripoli, après avoir été près de cent quatre-
(i) Ce fait , tel que le rapporte Abonifëda » tëmoin oculaire, n*oflriv rien de Burnaturei. Cependant Ibn-féi*at| qui nest venu que deux cents ans après» afair de pre'senter ce fait comme un miracle de (a faveur divine , qui voulait , dit-il, que les eaux de la mer se retirasseat pour ouvrir un passage aux vrais crojans.
(s) Barthe'iemy Giblat, suivant fauteur de V Histoire de Kélmota, avait été du nombre de ceux qui périrent en voulant se sauver par mer. Ainsi c est à tort qu*on Ta confondu avec un chrétien apostst qui , deux ans après, fournit aux musulmans les moyens d*entrer dans ia viiie d*Acre. Deguignes a donné naissance à cette erreur, en citant dune manière inexacte le passage d'AbouImabaaseo. Vojcb son Histoire des Huns, tom. V, p. 1 60 et 1 6 1 .
(3) Aboulfarage Ait au reste, dans sa Chronique syriaque, qu*k rapproche du danger un grand nombre de chrétiens s'étaient sanvô dans rîïe de Chypre.
RBLATIF8 AUX C1IOI8ADBS. 56d
▼ingts ans au pouvoir des chrétiens. Aucun prince obretieif ne vint à son secours, si ce n'est le rot de ChjprCi dont parle Makrizi , et qui envoya quatre vaisseaux. Toutes les places voisines se rendirent sans résistance, et il ne resta plus aux Francs, de ce câte', que ia ville de Gîblë, d'autres uisent dé Gebail ou Bjblos.
Ibn-ferat raconte que, quelques années auparavant, une violente querelle avait éclate entre le seigneur de Gible et le comte de Tripoli. Le seigneur de Gible , de concert avec les templiers, avait forme le dessein de s'emparer de Tri* poii (l) ; mais arrête à temps, il avait^ expie' par sa mort cette trahison. Lorsque Tripoli fut tombe au pouvoir des musulmans , le fils du seigneur de Gible se présenta au sultan , qui Paccueillit avec bonté et le maintint dans ses possessions, moyennant un tribut annuel.
Tandis que les colonies chre'tiennes succombaient ainsi Tune après l'autre , de grands efforts se faisaient en Occident pour rallumer l'ancien feu des croisades; les Tartares de U Perse montraient aussi (>eaucoup de zèle. Menaces par les sultans d'Egypte, et ne pouvant plus se recruter comme jadis en Tartarîe , ils ne mettaient plus leur espoir que dans les princes d'Europe. AbouUarage, dans sa Chronique syriaque ^ cite le trait suivant Après la mort d'Abaga, et sous le règjoç de son fils Argoun , Gàîgatou , frère d'Argoun , qui avait le gouvernement des provinces de l'Asie mineure , étant entre en négociation avec le pape de Rome et divers prlbces de l'Occident , chercha à exciter une nouvelle crobade contre les musulmans ; Argoun envoya cette année même une solennelle ambassade au pape (S); un traite eut lieu; il fut convenu que de part et d'autre on ferait une guerre à mort àfislamisme. Mais cette alliance n'eut pas dç suite ; l'esprit i-eligieux perdait de jour en jour en Occident de sa force. Les
(i) Voyeft a ce 8iif«t one pièce fort curieiise parmi lespiècei jostificatiyes du IV® volame de V Histoire des Croisades, no iv.
(s) Pottr liien connaître ffaîstoire de cette amlhusade , il faut recourir aaz aotenrs latins. M. Abel-Rdmasat a parfaitement eciairci oc fait dans son second mëmoire sur les Relations des' princes tartares avec tes rois de l'accident, particulièrement avec les rois de France ; \\ a même pi^blië la lettre originale écrite par Argonn au roi de France ,- et conscirvifc dans les archives royides. Voyez les Nouveaux Mémoires de V Académie des inscriptions, t» VI.
564 ' ""^ EXTRAITS d'aDTEURS A.BABB8
rois de rOcddenI avaient cbacun iears intérêts particolien; d'ailleurs, l'esprit de comiûerce s'étendait toujours daranUige et devait finir par éteindre entièrement le feu des guerres saintes. A l'instant même où les papes s'efforçaient de remuer rOccident en faveur desi^olonies chre'tiennes^ des princes chrétiens s'alliaient avec le sultan d'Égjpte.