Thierry, Consid., ch. IV. | 2. Cf. ici, p. xxx
INTRODUCTION
se ressemblent alors, si différents que soient leurs tempéraments ; Thierry, cœur chaud, âme toujours jeune, esprit un peu naïf, épris de vie et amoureux de sensations, passionné et inégal; Guizot, esprit froid et méthodique, âme austère, volonté ferme, travailleur incomparable, raisonnable, raisonneur, rationnel et rationaliste dès sa jeunesse.
Depuis 1812, Guizot enseignait à la Sorbonne l'histoire moderne. La Restauration de 1815 en fit un fonctionnaire : il fut d'abord secrétaire général dans les ministères, puis maître des requêtes au Conseil d'État, où il trouva pour collègue et eut pour ami Barante. En 1820, les libéraux furent brutalement frappés : ce qu'on appelait alors la contre-révolution l'emporta. Guizot redevint historien pour être pamphlétaire, et, reprenant les expressions courantes de Franc et de Gaulois, il se mit du côté des Gaulois vaincus et revendiqua leurs droits historiques. Il écrivait :
« La Révohition a été une guerre, la vraie guerre, telle que le monde la connaît entre peuples étrangers. Depuis plus de treize siècles, la France en contenait deux, un peuple vainqueur et un peuple vaincu. Depuis plus de treize siècles, le peuple vaincu luttait pour secouer le joug du peuple vainqueur. Notre histoire est l'histoire de cette lutte. De nos jours une bataille décisive a été livrée; elle s'appelle la Révolution ^ »
Augustin Thierry, cette même année 1820, faisait, lui aussi, « de la polémique avec l'antagonisme social des Francs et des Gaulois », et cherchait dans les vieux livres « un arsenal d'armes nouvelles contre le gouvernement* ». Ancien élève de l'Ecole Normale, il avait quelque peu enseigné dans l'Université^. Puis, en 1814, la philosophie humanitaire de Saint-Simon le séduisit; pendant trois ans il se dit « le fils adoptif » du maître et publia avec lui des traités sur la régénération de l'homme. En 1817, détaché du Saint-Simonisme, il se fit journaliste et défendit, dans le Censeur Européen, les droits du Gaulois vaincu, du conquis opprimé et de Jacques Bonhomme.
Ce fut dans ce journal que, de 1817 à 1820, il puljlia ces
1. Guizot, du Gouvernement de la France depuis la Restauration, 1820. Dans ses Mémoires (t. l, p. 298), Guizot est vraiment trop indulgent pour cet *5crit, qui n'a
qu'une valeur de circonstance.