Dix Ans, p
3. Voyez le livre de M. Valentin sur T/iierry (coUection Lecène et Oudin).
XVI I>TRODUC'WON.
résumés vivants, imagés, pleins d'émotion et de noblesse, qu'il a plus tard réunis dans ses Dix Ans d'études historiques^ : ce sont assurément des écrits de jeunesse et de circonstance, rapidement pensés et ^ite composés, mais où se marquent déjà le souci du document original et le goût de la couleur historique. Le premier et plus important est celui sur les Révolutions d'Angleterre, où il abuse étrangement de la conquête et de ses conséquences : mais, en parlant de l'Angleterre, c'était à la France qu'il songeait; il montrait comment, de l'autre côté du détroit, les vaincus avaient perdu et recouvré leurs droits et l'onde leurs libertés : en ce temps-là, les journalistes et les orateurs français parlaient aussi fréquemment des libertés anglaises que leurs ancêtres de 89 avaient parlé des Gracques et de Marins. — Trois ans après sa Vue sur les Révolutions d'Angleterre, Thierry terminait sa campagne dans le Censeur Européen par son Histoire véritable de Jacques Ronhomyne (mai 1820), où les passions du moment et les intérêts du parti se manifestaient encore trop clairement sous cette liistoire de la conquête* :
«X 11 semble que le jour où, pour la première fois, la servitude, fille de l'invasion armée, a mis le pied sur la terre qui porte aujourd'hui le nom de France, il ait été écrit là-liaut que cette servitude n en devait plus sortir; que, bannie sous une forme, elle devait reparaître sous une autre, et, changeant d'aspect sans changer de nature, se tenir debout à son ancien poste, en dépit du temps et des hommes. Après la domination des Romains vainqueurs, est venue la domination des vainqueurs franks, puis la monarchie absolue, puis l'autorité absolue des lois républicaines, puis la puissance absolue de l'empire français, puis cinq années de lois d'exception sous la Charte constitutionnelle. Il y a vingt siècles que les pas de la conquête se sont empreints sur notre sol ; les traces n'en ont pas disparu ; les générations les ont foulées sans les détruire; le sang des hommes les a lavées sans les effacer jamais. Est-ce donc pour un destin semblable que la nature forma ce beau pays que tant de verdure colore, que tant de moissons enrichissent, et qu'enveloppe un ciel si doux? »
Thierry entra, en juillet 1820, dans la rédaction du Courrier français, et commença à écrire ses Lettres sur l'Histoire de France^. Là encore, la pensée de la conquête le domine. Mais